La Révolution cherche à détruire l’Eglise, c’est pourquoi nous devons nous opposer à sa propagation.
Ceci peut paraître une vérité élémentaire à certains, mais, chose extraordinaire, beaucoup de chrétiens ne sont pas de cet avis. C’est en particulier le cas dans les pays traditionnellement chrétiens d’Europe et d’Amérique du Nord. Beaucoup de gens s’y opposent à ce que l’Eglise lutte contre le communisme. « Le message chrétien », disent-ils, « n’est-il pas apolitique ? En conséquence, il peut s’accommoder de n’importe quel système politique, un chrétien ne peut-il pas être un bon socialiste ou un bon communiste ? (p. 63) » demandent-ils. « Pourquoi faire tant d’histoires au sujet du communisme pénétrant en Afrique ? Pourquoi ne pas se contenter de prêcher l’Evangile, sans s’occuper de la situation politique ? »
Qu’il me soit permis de l’affirmer catégoriquement : « Je ne lutte pas contre le communisme en tant que système politique ou économique, mais parce que c’est une organisation mondiale dont le combat est dirigé contre l’Eglise. » Ce ne sont pas les théories économiques du communisme qui me font peur, mais c’est en tant que religion qu’il est dangereux. Et le communisme est exactement cela : une religion qui vise à prendre possession des esprits et des cœurs. Partout où il se manifeste, il prend la place des autres idéologies et des croyances religieuses. Il a élaboré des contrefaçons de chaque doctrine et de chaque pratique chrétiennes. Il a plusieurs messies : Marx, Lénine, Mao ; une doctrine de la conversion ; la repentance des péchés « contre le peuple » ; et un engagement à la cause de la Révolution. Il possède ses propres Ecritures : le petit livre rouge de Mao, les œuvres de Marx et de Lénine. Il connait même la pratique de l’évangélisation : la campagne pour une Révolution mondiale à laquelle se dévouent partout dans le monde des jeunes russes, chinois et cubains.
Le communisme révolutionnaire n’est pas seulement une religion, c’est même une religion extrêmement intolérante. Il combat toute autre religion avec une implacable méchanceté. Il considère l’Eglise chrétienne comme son ennemie permanente. Il cherche à l’écraser pour lui enlever sa force, parce qu’il est clairement conscient que la foi chrétienne, quand elle est de bon aloi, est la seule force au monde capable de le vaincre.
Je suis épouvanté par la tendance à la mode en Amérique et en Europe occidentale de considérer la Révolution comme un adversaire docile et inoffensif. La politique de détente nous a bercés au point de nous endormir. Il n’est plus à la mode de s’opposer à la menace communiste. Et même dans nos églises on nous affirme que « les choses vont mieux » derrière le Rideau de Fer. « Les chrétiens, dit-on, n’y sont plus autant persécutés, et tout ce battage au sujet de la nécessité d’y faire parvenir des bibles en contrebande et de prier pour les chrétiens qui y sont en prison n’est qu’une romantique absurdité ». J’ai récemment entendu l’enregistrement d’un discours prononcé dans une église baptiste du Texas. Il y avait là trois pasteurs russes. Ils parlaient des conditions dans lesquelles l’Eglise vit derrière le Rideau de Fer. Ils affirmèrent solennellement qu’il n’y avait pas de persécution de chrétiens en Russie et assurèrent ceux qui les écoutaient que chacun y avait la liberté de pratiquer la religion qu’il voulait, et surtout qu’il n’y avait aucune nécessité d’y introduire des bibles en contrebande.
Quand j’entendis cet enregistrement, j’éprouvai une grande pitié pour ces trois ecclésiastiques, car je savais à quelle pression ils étaient soumis. Je sais en effet que ce qu’ils avaient dit, c’était de la propagande officielle et qu’ainsi ils trahissaient honteusement la vérité. Je ne les condamne pas. A mon avis, ce sont des victimes et non des traîtres. Jour après jour, ils vivent sous la surveillance de la police soviétique, alors que moi, je me trouve confortablement installé dans la liberté que m’assure la Hollande. Qui suis-je donc pour les juger ou les condamner ?
Mais, quelle qu’en soit l’origine, leurs affirmations sont fausses. Pendant une douzaine d’années, je suis allé dans ces pays. J’y ai visité des douzaines de villes et de villages. Je sais parfaitement qu’au moment où vous lisez ces lignes, maintenant, aujourd’hui même, l’Eglise passe par de grandes persécutions dans les pays communistes. C’est un fait indéniable. La Révolution y est l’ennemie de l’Eglise ; il en a toujours été ainsi et cela continuera à être le cas partout où ce mouvement politique dominera en maître. La confusion qui règne à ce sujet dans les pays occidentaux, surtout en Amérique, est le résultat d’une tragique évolution, qui aura pour conséquence d’aggraver les souffrances de nos frères et sœurs qui vivent dans les pays sous contrôle communiste.
Alexandre Soljénitsyne n’est pas porté à rechercher le sensasionnel dans le domaine évangélique. On peut donc le tenir pour un témoin honnête quand il décrit les conditions qui prévalent dans son pays. « Les autorités continuent à opprimer et à persécuter l’Eglise russe avec la même arrogance et la même méchanceté athée. Ils y tolèrent l’Eglise pour autant qu’elle soit nécessaire à des buts de propagande…» (Solzhenitsyn’s Religion). Cela permet de comprendre les rapports rassurants qui nous parviennent occasionnellement de Russie, tendant à montrer que tout y va bien. Chaque fois qu’on nous parle d’Eglises ou d’ecclésiastiques qui n’ont pas à se plaindre de la Révolution, ce sont des exemples du « décorum politique » dont parle Soljénitsyne. En réalité, les souffrances de la grande majorité des chrétiens sont toujours aussi grandes. Les prières des autres chrétiens sont comme une bouée de sauvetage lancée vers l’Eglise qui souffre. Le Diable en est parfaitement conscient. Il sait que si le monde chrétien libre peut être persuadé qu’il n’y a là aucun problème, et que l’idée qu’il faut agir sans tarder est une attitude démodée, datant du temps de la « guerre froide », alors l’Eglise sous la Croix perdra sa principale source d’aide. C’est pourquoi la campagne tendant à cacher la vérité dans ce domaine n’a jamais cessé. Par exemple, on a fait beaucoup de propagande en se servant de l’annonce que cinquante mille bibles ont été imprimées par le gouvernement roumain. Ce n’est que du bluff ! En effet, on ne nous a pas dit que ces bibles ont été imprimées dans une langue que les gens du peuple ne peuvent pas lire ; que la version adoptée est totalement inacceptable pour les protestants ; et que finalement chaque personne qui en acquiert un exemplaire doit s’annoncer à la police.
De tels exemples ne manquent pas. Il y a quelques années, les Russes ont annoncé que soixante baptistes avaient été relâchés de prison avant que leur temps de détention soit terminé. Ils ont publié ce fait comme étant digne d’être noté, comme pour prouver qu’ils étaient pleins de bonté. Et pourtant, peu avant, ils avaient affirmé qu’il n’y avait aucun baptiste en prison. De plus, personne n’est en mesure de leur demander : « S’il est vrai que vous avez libéré soixante baptistes, combien en reste-t-il encore derrière les barreaux ? » Une autre fois j’ai entendu un fonctionnaire soviétique se vanter en disant : « Bien sûr, nous avons des bibles en quantité en Russie. L’an dernier, nous avons autorisé la Société Biblique à nous en envoyer trois mille exemplaires. » Je me suis dit : « Trois mille exemplaires dans un pays où il y a deux cent cinquante millions d’habitants ! » Et malgré cela ils continuent à prétendre que leur gouvernement n’interdit pas l’importation de bibles.
Croire que le communisme ne se livre plus à l’oppression de l’Eglise est une dangereuse erreur. Partout où se trouve un gouvernement révolutionnaire, il y a plusieurs sortes de répression bien caractérisées :
LA JEUNESSE : Le gouvernement interdit aux jeunes de se rattacher à l’Eglise avant l’âge de dix-huit ans. Il n’autorise ni les leçons de catéchisme, ni les programmes d’éducation religieuse. En Chine, les étudiants des universités officielles n’avaient même pas le droit de remercier Dieu pour la nourriture. Il est même arrivé qu’on leur retire leurs bourses d’études s’ils refusaient de renoncer à leur foi.
LITTÉRATURE : En maints endroits la littérature chrétienne est illégale. Ailleurs ce n’est pas le cas, mais on ne peut ni en publier ni en importer. En Pologne par exemple, l’Eglise a le droit d’éditer seulement un livre par an. Dans beaucoup de pays, on peut voir des bibles ostensiblement exposées dans les endroits touristiques. Mais il n’y en a aucune dans les petites villes où habitent la plupart des gens et où il est plus facile de les contrôler. En Russie, chaque machine à imprimer est propriété d’Etat. Un groupe de chrétiens, surpris alors qu’il se servait d’une petite presse, est encore en prison.
LA VIE DE L’ÉGLISE : Dans beaucoup de pays, les églises peuvent être ouvertes mais leur emploi est sévèrement restreint. En Roumanie, il est illégal de célébrer plus d’un culte par semaine. Au Vietnam, dès que les communistes prirent le pouvoir, les églises n’eurent l’autorisation de se réunir qu’une heure par semaine. Bien souvent, les cultes y ont été troublés ou dispersés par la police, surtout quand l’esprit du Réveil faisait sentir son influence dans la région. Tant que l’Eglise n’est formée que de quelques personnes du troisième âge qui se réunissent tranquillement, et qu’elle ne cherche pas à atteindre de nouvelles personnes, il est plus que probable que l’Etat ne lui fera aucune difficulté, afin de pouvoir proclamer au monde qu’il laisse aux gens une totale liberté religieuse.
Il est évident qu’en Afrique la Révolution a adopté la méthode habituelle. Dès que la Révolution a conquis un pays, l’Eglise y est prise dans l’étau de la répression et de la persécution.
En Ouganda, le régime d’Idi Amin s’est mis à massacrer et à persécuter systématiquement les chrétiens. La plupart des écoles chrétiennes ont été fermées ou séquestrées par le gouvernement. L’Eglise a pu continuer à travailler, mais son action a été paralysée par le manque de moyens de transport et d’équipement pour expédier les bibles dans la campagne, où vivent la plupart des gens. Le responsable de la Société biblique de Kampala me disait en plaisantant : « Je lis dans la Bible que Dieu possède toutes les bêtes des montagnes par milliers. (Ps. 50.10). Je souhaiterais qu’il en vende une partie et me donne de quoi acheter des pièces de rechange pour nos autos. »
En Angola, l’Eglise a été complètement fermée tout récemment (1976), mais il semble qu’elle puisse à nouveau manifester son existence. Le MPLA, dirigé par les Cubains, suit la méthode habituelle. L’Eglise y est alternativement harcelée et ignorée pour faire régner un climat de crainte et de tension.
En Tanzanie, nous avons pu envoyer quinze mille Nouveaux Testaments imprimés en chinois. Ils ont été distribués dans les camps de travail où vivent des travailleurs chinois, occupés à la construction du chemin de fer Tan-Zam (Tanzanie-Zambie). Comment avons-nous pu les y faire parvenir ? Nous avons relié le texte à l’aide d’une couverture semblable à celle du fameux petit livre rouge du président Mao.
Des missionnaires ont dû quitter le Burundi où la station de radio chrétienne « Cordac » a été contrainte de supprimer toutes ses émissions religieuses.
Au Mozambique, le renversement du gouvernement par le mouvement révolutionnaire Frelimo a eu pour conséquence de graves persécutions. On estime que près de cent cinquante missionnaires ont été emprisonnés ; toutes les écoles missionnaires ont été nationalisées ; les jours fériés du calendrier chrétien ont été supprimés. Un fonctionnaire du gouvernement a déclaré : « Il faut que les gens comprennent que le fait d’aller à l’église ou d’obéir aux prédications des missionnaires signifie travailler contre le Mozambique et rester au service des puissances impérialistes. »
J’ai appris récemment, grâce à un message enregistré, qu’un chrétien noir du Mozambique avait été emprisonné pour avoir distribué des tracts chrétiens dans la rue. Il est resté dix-huit mois en prison. Il venait d’être relâché. Il avait réussi à introduire avec lui en prison quelques pages de la Bible. Il a affirmé que grâce à cette partie de la Bible, le livre de Jérémie, Dieu a transformé son temps d’emprisonnement en une merveilleuse expérience de développement spirituel. Lors de son arrestation il portait un T-shirt avec l’inscription « One Way » (« Un seul chemin »). Ses compagnons de prison lui donnèrent le sobriquet de « One Way ». Pendant son temps d’incarcération, il amena beaucoup d’entre eux à Jésus-Christ.
Au Soudan le gouvernement a ordonné la fermeture de la seule maison de publication chrétienne du pays. Il est indispensable d’avoir reçu une autorisation préalable pour toute réunion de l’Eglise. Il faut également déposer la liste de ceux qui ont l’intention d’y participer. Dans beaucoup de districts, les réunions de catéchisme sont interdites, à moins d’avoir reçu une autorisation spéciale.
En Guinée équatoriale, où le gouvernement est presque totalement marxiste, on signale que depuis 1971 cinq mille personnes ont été exécutées, la plupart parce qu’elles étaient catholiques. Beaucoup d’églises sont employées comme entrepôts ; l’instruction religieuse a été supprimée et les prêtres ont reçu l’ordre de ne critiquer le gouvernement en aucune manière.
Pour nous permettre de comprendre ce qui arrivera si la Révolution se répand sur tout ce continent, il suffit d’examiner ce qui s’est passé en Asie du Sud-Est. John Keam y a vu de quelle manière subtile et habile l’Eglise y a été paralysée. Il décrit la triste mais habituelle tournure des événements. Tout d’abord les révolutionnaires acceptent que les cultes continuent, mais ils soulignent que désormais les chrétiens n’auront plus le droit de parler de religion en dehors de l’église. Ainsi tout témoignage cesse. Les rencontres à domicile deviennent impossibles. « Nous sommes bons princes », disent-ils. « Nous vous autorisons à vous réunir à l’Eglise, mais vous, de votre côté, vous ne devez plus organiser de rencontres à domicile. C’est votre contribution à l’arrangement. » Puis ils diminuent progressivement les autorisations de rencontres, ils prennent le nom des gens qui y participent. Ces derniers ne tardent pas à perdre leur emploi et à être en butte aux persécutions du gouvernement.
Après quelques mois ils disent : « Nous avons nationalisé les banques et les industries. Nous voulons en faire de même de l’Eglise, pour bien montrer que nous sommes prêts à collaborer avec elle. Ainsi, l’Eglise est consacrée à l’Etat « seulement nominalement », assurent-ils. En conséquence, un fonctionnaire gouvernemental est nommé « président » de l’Eglise pour la surveiller ; — n’appartient-elle pas désormais à l’Etat ? Et bientôt il fait savoir que tous les pasteurs doivent être inscrits sur les registres du gouvernement et que toute littérature religieuse sera freinée parce que c’est un vestige de l’impérialisme colonial. Peu à peu les enfants rentrent de l’école en chantant des cantiques bien connus, mais avec des paroles à la gloire de la Révolution. S’il arrive qu’un croyant courageux élève la voix pour s’en plaindre et qu’il accuse l’Etat d’attaquer l’Eglise, on l’arrête et on l’envoie dans un camp de travail pour deux ans. Chef d’accusation : « A travaillé à renverser l’Etat. » Enfin, le soi-disant « président » de l’Eglise annonce que la mission établie dans le village est fermée de manière que ses bâtiments puissent être employés par l’Etat. « Mais ne vous inquiétez pas », dit-il aux villageois. « Il vous reste une église, où vous pouvez vous rendre une fois par semaine, dans la ville voisine, à cent kilomètres. » Et personne ne proteste plus.
Cela peut-il se répéter ? Toute cette succession d’événements, et bien plus encore, s’est produite au Laos en 1976 en l’espace d’une seule année.
Ne vous y trompez pas : la Révolution continue à détruire l’Eglise partout où elle en a le pouvoir.