JE VISITAIS UN JOUR UN HÔPITAL À LA HAVANE, et je remarquais que sur le mur de la grande salle de réception était écrite une citation de Che Guevara, héros de la révolution Cubaine : « Si cette révolution n’a pas pour but de changer les gens, je ne suis pas intéressé. »
En Christ, nous sommes appelés à une révolution semblable, mais elle est basée sur l’amour, celui qui procure le courage de suivre Christ et de faire face à la vie de conflit et de confrontation, qui fait partie du réel christianisme.
Personne d’autre que Paul — « l’apôtre de la confrontation » — n’a mieux illustré ce courage. Il parlait sans cesse de la guerre spirituelle dans laquelle les chrétiens s’engagent, et il ne craignait pas de s’opposer violemment aux puissances qui le pourchassaient. Il était en même temps un apôtre de l’amour et un homme d’une grande sensibilité, un vivant exemple de « l’amour de Dieu qui est répandu dans nos cœurs » (Rom. 5.5). C’est par cet amour que Paul eut le courage de tout affronter.
Il connaissait, mieux que n’importe qui, quels étaient les chrétiens hostiles, parce qu’un jour il avait personnifié le camp adverse. C’était le même Saul, un disciple rigoureux de la loi, qui avait montré son approbation lorsqu’une foule en colère avait lapidé le diacre Etienne. La mort d’Etienne déclencha une grande persécution des chrétiens et « Saul ravageait l’église ; il pénétrait dans les maisons, en arrachait hommes et femmes et les faisait jeter en prison » (Actes 8.3). Lorsqu’il devint lui-même un croyant — confronté à la voix de Jésus, alors qu’il était sur le chemin de Damas et qu’il « respirait encore la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur » (Actes 9.1) — Saul devint Paul, et alors qu’il avait un jour affronté la vérité de Dieu avec le fanatisme religieux traditionnel, il affrontait maintenant les mensonges de Satan avec la vérité qui avait régénéré sa vie. Cela demandait du courage, mais Paul savait sur quelle fondation il se tenait.
Cependant, l’une des marques distinctives des gens courageux, c’est qu’ils ne sont pas conscients de leur courage. Cela fait naturellement partie de leur vie ; autrement ils seraient des acteurs. Le courage c’est ce que les autres voient en vous, ce n’est pas quelque chose que vous revendiquez.
Quel était l’objectif du courage de Paul ? C’était Jésus. « Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ », dit Paul à son troupeau (1 Cor. 11.1). Quel témoignage ! Toute sa vie avait pour objectif de se tenir très près de Jésus, afin que l’amour de Dieu remplisse son cœur et le rende capable d’accomplir les choses qu’il n’aurait jamais faites autrement, C’était une attitude naturelle chez lui.
Ne croyez pas que ce soit une prouesse lorsque vous descendez dans le ruisseau pour en retirer des gens, ou lorsque vous pénétrez derrière le Rideau de Fer malgré les menaces des autorités. Ce n’est pas un courage inné ; ce n’est que la force qui vient de la marche dans le Saint-Esprit ainsi que Paul l’a expérimenté.
Je me figure Paul comme un « homme viril », un combattant. Ce n’est pas un comportement qui a débuté lorsqu’il est devenu un apôtre. Il avait persécuté l’Eglise avec un grand enthousiasme, chassant les chrétiens de Jérusalem à Damas avec zèle. Mais lorsque Paul rencontra Jésus sur le chemin de Damas et qu’il Lui donna sa vie (cf. Actes 9), tout son passé et sa personnalité furent remis sur de bonnes voies, comme quoi nos expériences passées peuvent être utilisées par Dieu, quel qu’ait été notre passé impie.
Dans le Livre des Actes nous voyons Paul prendre presque plaisir au tumulte qu’il causait partout où il allait. Plus les gens le provoquaient, plus il semblait se divertir dans la controverse. Il savait que lorsque la Parole de Dieu est à l’œuvre, elle fait bouger le statu quo et provoque de l’embarras. C’était justement la chose qu’il souhaitait.
A titre d’exemple, tout au début de son ministère il repartit pour Damas pour prêcher l’Evangile. Au bout d’un moment, les dirigeants juifs ne purent plus le supporter et complotèrent pour le tuer. Ses partisans durent le faire sortir discrètement de la ville, pendant la nuit, en le descendant le long de la muraille dans une corbeille (Actes 9.19-25). Paul ne semblait nullement affecté, ne craignant même pas la populace en colère.
Cependant le même Paul a dit aux anciens d’Ephèse qu’il n’avait pas cessé « nuit et jour d’avertir avec larmes chacun de vous » (Actes 20.31). Songez-y : l’un des hommes les plus forts du Nouveau Testament pleurant de compassion pour les perdus. Tout comme Jésus avait pleuré au tombeau de Lazare à cause de l’incrédulité humaine, Paul versa des larmes à cause de l’idolâtrie qu’il vit chez les Grecs et les Romains.
Une juste colère mêlée à la compassion — c’est la clé pour comprendre Paul. Ce n’est pas difficile de se mettre en colère ; beaucoup de gens se mettent en colère lorsqu’ils doivent s’arrêter à un feu rouge. La colère de Paul, par ailleurs, était motivée par l’amour. Il dit, par exemple, dans sa lettre à l’église de Rome : « Car je souhaiterais être moi-même anathème et séparé du Christ pour mes frères, mes parents selon la chair, qui sont les Israélites… » (Rom. 9.3). Combien d’entre nous, qui voyageons comme de « pieux touristes » en Israël, dirons cela ? Si cette même compassion brûlait dans nos cœurs jusqu’au renoncement de notre propre salut, si elle pouvait quelque chose pour le salut des autres, Israël ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui… l’Eglise non plus.
En prison ou en liberté, le seul désir de Paul était d’être utilisé par Dieu. Même lorsqu’on l’a jeté dans une cellule de la prison à Philippes, il passait tout son temps à chanter pour la gloire de Dieu. Comment pouvait-il être si fort face à l’adversité ? Peut-être pourrions-nous trouver la réponse sur le chemin de Damas.
Lorsque Paul rencontra Jésus face à face pour la première fois, il demanda au Seigneur ce qu’il devait faire. Au lieu de répondre à cette question, Jésus lui répondit combien il souffrirait. En d’autres termes, Dieu lui montra ce qu’il fallait qu’il soit, et non ce qu’il avait à faire.
Nous essayons souvent de faire des choses pour Dieu au lieu d’être ce qu’Il veut que nous soyons. Nous devons avoir une logique de caractère pour avoir le droit d’affronter. Sans « l’être », le « faire » est illogique. Dieu a montré à Paul qu’il y avait un prix à payer pour avoir le pouvoir de changer le monde, et que ce prix était dans la volonté de permettre à son caractère de se laisser transformer.
Dans Actes 17, nous apprenons que Paul avait l’habitude d’aller à la synagogue dès qu’il arrivait dans une ville. Là, il présentait, à la lumière des Ecritures, l’évidence que le Messie avait à souffrir, mourir, et ressusciter — un scénario qui ne cadrait pas avec l’attente des Juifs. C’était une puissante confrontation, car en démontrant que le Messie avait dû souffrir, Paul justifiait l’affirmation chrétienne que Jésus était ce même Messie qu’ils attendaient.
De plusieurs manières Paul avait acquit le droit à la confrontation, en se situant sur le plan où se tenaient ses interlocuteurs : dans l’attente, … dans l’attente du Messie. Il utilisa les mêmes Ecritures auxquelles ils étaient familiers ; il s’identifia à eux. Il était un Juif ; il avait étudié les Ecritures ; il avait gardé la loi. Il avait acquit le droit d’être entendu.
Cependant l’arrivée de Paul et de son groupe d’évangélistes dans une ville provoquait souvent la panique. Il ne demandait pas qu’on le reçoive avec les honneurs ou une délégation de dignitaires. Tout ce qu’il voulait, c’était qu’on écoute simplement son message. Cependant, la réaction était souvent haineuse.
Il était manifeste, alors, comme ça l’est à présent, que quelque chose n’allait pas dans le monde, et que Dieu voulait le corriger à travers Jésus-Christ. Mais les dirigeants Juifs, qui haïssaient les Romains plus que tout au monde, devenaient brusquement des Romains loyalistes et se plaignaient bruyamment contre Paul qu’ils accusaient de proclamer un autre roi à côté de César !
C’était une accusation dangereuse, mais c’était vrai, en fait. Paul enseignait aux gens à agir à l’encontre des décrets de César. Bien que ce fût exactement ce que les Juifs avaient tendance à faire, ils se mettaient du côté des Romains qu’ils haïssaient, afin de s’opposer à l’Evangile de Jésus-Christ.
Nous voyons la même chose dans le monde aujourd’hui. A chaque fois que nous prêchons un christianisme fondamental — celui qui opère véritablement une transformation dans la vie des gens — nous, qui gardons la loi de Dieu, sommes accusés d’être des transgresseurs de la loi. La question concerne quelquefois l’avortement, quelquefois la prière à l’école, mais l’accusation est toujours lancée.
Dans la même mesure où vous avez l’intention de suivre Jésus et Ses commandements, vous allez devoir affronter ce genre d’opposition. L’issue se résume à ceci : Jésus-Christ est-Il le Roi ou non ? Paul disait qu’Il l’est, et dans ce cas Sa Seigneurie doit régner sur chaque domaine de notre vie : physiquement, mentalement, spirituellement, émotionnellement, financièrement et ainsi de suite. Cela devient un honneur d’être détesté et accusé par ceux qui s’opposent à Jésus.
Malheureusement, il y a tant de compromissions dans nos cœurs ! Nous voulons être populaires, même auprès de ceux qui haïssent notre Maître. Nous faisons des concessions à droite et à gauche avec ceux qui accusent notre Seigneur, alors que nous devrions, au contraire, considérer leur haine comme une évidence que nous marchons dans les pas de Jésus.
L’histoire la plus touchante que j’aie jamais entendue concerne Aïda Skripnikova, une jeune-fille baptiste de Léningrad. Aïda reçut le Seigneur à dix-sept ans et eut rapidement des problèmes avec les autorités. Elle fut continuellement interrogée par la police, mais elle maintint son audacieux témoignage à chaque occasion. Elle distribua de la littérature évangélique juste en face du musée athée, sur la principale voie publique de la ville, et finalement les autorités la jetèrent en prison.
Cependant, elle voulait payer le prix. Pendant qu’elle était en prison subissant une sentence incroyablement pénible de trois ans, Aïda écrivit en secret une lettre qui sortit en fraude. Parmi les choses émouvantes qu’elle écrivit, il y avait ceci : « On m’a dit plus d’une fois que je peux croire en Dieu, mais que je dois agir comme si je ne croyais pas. C’est à cette condition que la liberté m’est offerte de plus en plus souvent. Le diable a commencé à me dire : ‘Ne rejette pas Dieu, ignore seulement Ses commandements.’ Mais pour moi, ça veut dire la même chose. »
En lisant cette lettre, je me représentais derrière Aïda les milliers d’autres qui sont en prison et dans des camps de concentration pour payer le prix, parce qu’ils proclamaient audacieusement que Jésus-Christ est Roi. Deux autres baptistes, parmi les anciens, furent arrêtés en même temps qu’Aïda. On a dit à l’un d’eux qu’il pourrait vivre selon la Bible au ciel, mais pas ici sur la terre. Il répliqua : « Si je ne vis pas selon la Bible sur la terre, je n’irai jamais au Ciel. »
Je suis convaincu qu’il a mis l’accent sur l’essentiel de l’Evangile. Ce qui vaut la peine lors d’une confrontation spirituelle c’est de donner un témoignage précis en faveur de Jésus-Christ. Tant de chrétiens pensent qu’ils peuvent diluer le message et vivre comme ils le veulent, aussi longtemps qu’ils donnent au Seigneur ses dix pour cent. Peut-être iront-ils au paradis à cause de la grâce de Dieu, mais ils ont, pour le moins, gaspillé leur vie sur la terre, en ne devenant pas les révolutionnaires de l’amour que Dieu veut que nous soyons.
Paul a réagi comme Dieu le voulait. Pendant qu’il était encore dans la poussière sur le chemin de Damas, aveuglé par la lumière de Dieu, il dit aussitôt : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Et Jésus répondit en lui disant combien il serait privilégié de souffrir pour le nom de Jésus, lui procurant en même temps la puissance nécessaire pour résister aux assauts de l’ennemi.
Quelle joyeuse récompense que celle de pouvoir résister au diable et de remporter la victoire, quoi qu’il en coûte !
Paul avait compris que le coût pour affronter l’ennemi était bien plus élevé que le prix personnel à payer pour lui résister. Vous souvenez-vous de l’histoire de David et de Goliath ? Les Philistins avaient envahi le territoire du peuple de Dieu, mais les Israélites n’étaient pas préparés pour la bataille. On ne devait trouver aucune arme en Israël parce que les Philistins en avaient donné l’ordre. Quelle humiliation ! La situation est semblable aujourd’hui lorsque les gouvernements athées essaient de dire au peuple de Dieu combien de Bibles ils peuvent avoir. Allons-nous permettre à l’ennemi de réduire nos activités et d’empêcher l’Eglise d’évangéliser le monde, ou allons-nous obéir à Jésus et « faire de toutes les nations des disciples » (Mt. 28.19).
Lorsque je lis les dédicaces concernant les révolutionnaires politiques d’aujourd’hui, je me demande comment l’Eglise va jamais pouvoir vaincre l’ennemi. Vous ne voyez pas de communistes ennuyés de donner leur dîme au parti ; ils ne peuvent même pas en être membres s’ils ne contribuent pas à 80 % de leurs revenus. Ils ne sont pas intéressés par l’amitié ni par le mariage, parce qu’ils ont tout donné volontairement pour la révolution. Cependant, combien de chrétiens sacrifieront leur soirée de télévision du dimanche soir dans l’intérêt de l’Evangile ?
Et sur qui retombera le blâme de nos échecs ? Lorsque Goliath se tenait sur la colline que Dieu avait donnée à Son peuple, narguant l’armée d’Israël, il méprisait en réalité le Dieu d’Israël. Ainsi que Paul l’a cité dans Esaïe : « Le nom de Dieu est blasphémé… à cause de vous » (Rom. 2.24).
Lorsque nous échouons, en tant que chrétiens, nous pouvons être assez malins pour fuir la responsabilité, mais le blâme retombera sur notre Dieu et il sera ridiculisé. Il a donné à l’Église l’autorité de gagner le monde ; si nous échouons, cela rejaillit plus que tout sur notre Maître.
Comme dans tous les palabres de Satan, Goliath débuta par un mensonge : « Pourquoi êtes-vous sortis en rangs pour la bataille ? » il voulait savoir. C’était le pays d’Israël, qui avait été envahi par les Philistins. Les Israélites ne réclamaient que ce qui leur appartenait de droit, cependant Goliath faisait comme s’ils étaient en train de pénétrer de force sur son territoire.
A chaque fois que nous nous défendons, en tant que croyants, l’ennemi essaie de nous bloquer par tous les moyens en alléguant que nous nous battons injustement contre lui. Cependant nous ne réclamons, strictement, que les droits qui nous ont été donnés par Dieu : … posséder une Bible personnelle. donner à nos enfants une éducation chrétienne. protéger ceux qui ne sont pas encore nés. Nous devons tenir bon, quoi que l’ennemi puisse entreprendre contre nous.
Dès les premières pages de la Bible, il est clairement démontré que nous sommes en guerre. Dieu Lui-même a déclaré une guerre sainte au diable dans Genèse 3. Le diable riposte, évidemment, en tentant de détruire le plan que Dieu a déjà élaboré dans le Ciel.
Chaque mauvaise action qui a été faite, depuis la création, contre la venue du Messie avait pour but d’empêcher Jésus de naître à Bethléem. En réponse, Dieu a appelé des personnes comme vous et moi à être des « héros de la foi », pour anéantir le plan du diable, quoiqu’il puisse nous en coûter personnellement.
Les héros de l’Ancien Testament ont rempli leur mission et Jésus est né — l’Agneau a été immolé avant la fondation du monde. Dieu a déjà pris soin du problème du péché ; tout ce qu’il fallait, c’était le temps convenable pour l’accomplissement du plan et les personnes appropriées pour réaliser son objectif. Continuerons-nous à être fidèles à cet objectif ?
Les guerres ne sont pas gagnées parce que d’un côté il y a la justice. Elles sont généralement gagnées par les gens qui acceptent de payer le prix le plus élevé pour obtenir la victoire. Sommes-nous disposés à proclamer la vérité de l’Evangile, même si cela nécessite une confrontation ? Sommes-nous disposés à payer le prix ultime pour voir l’Evangile de Jésus-Christ triompher dans le monde ?