André Adoul évangéliste itinérant

Chapitre 8

Une fleur pour logo

“Laissez les petits enfants,
et ne les en empêchez pas de venir à moi ;
car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent”

Mathieu 19.14

De par sa formation d’instituteur, André Adoul a toujours été sensible aux enfants.122 Comme nous l’avons vu, il avait aussi l’oreille musicale, et ce don lui a permis de composer des petits chœurs à leur intention qu’il faisait apprendre sur place lors de ses invitations dans les églises, comme celui-ci :

122 André et son épouse seront membres durant des années, de l’Institut Biblique de St Julien en St Alban qui propose un concours biblique pour les enfants de 8 à 16 ans.

1. Le ciel n’a qu’une seule porte, mais elle a deux côtés.
L’intérieur et l’extérieur, où veux-tu te trouver ?
2. Une porte seulement encore faut-il la clé ?
C’est le sang du Seigneur Jésus qui ôte les péchés,
3. Une porte seulement, possèdes-tu la clé ?
Appartiens-tu à Jésus ? Ton cœur est-il lavé ?123

123 Mélodie musicale en annexe 3.

Ce petit chant, aux paroles claires et directes, trois sœurs ne l’ont jamais oublié : C’était “en 1951, messieurs Bréchet, Adoul et Foix sont venus dans l’église évangélique d’Oran, en Algérie, où notre mère nous emmenait, afin de présenter l’œuvre de la Ligue pour la Lecture de la Bible. Nous étions trois petites filles attentives, désireuses de connaître la France et d’aller en colonie de vacances. Nos parents acceptèrent de nous inscrire à un camp. Quelle joie ! Nous gardons encore le souvenir de M Adoul, prêchant avec conviction, nous faisant chanter des cantiques, comme : Il vit, Il vit… ou : Le ciel n’a qu’une seule porte…, avec son poing battant énergiquement la mesure. Les chants et les études de la Bible nous ont transformées. Nous avons accepté toutes les trois Jésus-Christ comme notre Sauveur. A présent, nous sommes des grands-mères, mais nous n’avons pas oublié ces hommes de Dieu qui nous ont fait découvrir le Vrai chemin de la Vie.”124

124 Lydie, Antoinette et Jeanine Roméra, respectivement épouses Bloch, Guignard et Sanchez.

Ces activités à la L.L.B. particulièrement lors des camps de jeunes, lui permettent d’être plus sensible à l’écoute des enfants à leurs besoins spirituels. Ceux-ci sont comblés dans bon nombre de jeunes cœurs comme en témoigne l’un d’eux : “André Adoul a été mon « papa spirituel terrestre ». Je me suis converti dans une colonie en tant qu’enfant. Je croyais en Dieu, mon Sauveur, mais je n’avais pas réalisé qu’Il voulait être mon Seigneur, le Maître de toute ma vie. C’est lors d’un camp « Grande Joie » à Guebwiller, en août 1962, qu’André Adoul a su montrer que Jésus a donné sa vie pour moi, non pas seulement pour me sauver mais pour faire de moi son disciple. Jésus veut être le Seigneur de ma vie. D’après l’Evangile de Jean au chapitre 14, André, avec sa simplicité, son amour, son autorité, m’a fait découvrir la réalité de la vraie vie en Christ. Je me rappelle très bien de ce soir-là où, à genoux et en pleurs, j’ai accepté que Dieu soit le Maître de ma vie. En rentrant chez moi j’ai demandé le baptême et j’ai pu ainsi rendre mon témoignage.”125

125 M. R. Wurgler.

André “…n’avait pas été sans remarquer l’absence d’un journal chrétien destiné aux enfants et l’impact de la bande dessinée sur les jeunes. La B.D. commençait à déferler sur les librairies et les kiosques à journaux. Elle allait devenir rapidement la lecture la plus appréciée des jeunes puis des adultes. Il constata qu’elle n’était pas neutre non plus. Rahan, son principal héros, de l’époque, “Messie laïc” de la préhistoire, proclamait chaque semaine que la connaissance libère l’homme des mensonges de la religion, l’opium du peuple. Quand on sait qu’une B.D. est lue au minimum par cinq enfants, c’est trois millions d’entre eux qui recevaient chaque semaine le message de Rahan !126 “C’est pourquoi, dans la pensée d’André Adoul, l’illustré devrait être avant tout un moyen d’évangélisation en offrant à ses jeunes lecteurs, à travers des histoires, des modèles de comportements chrétiens, mais aussi faire référence à l’actualité et montrer la pertinence du message de l’Evangile à cette jeune génération. Il passe outre la répulsion que certains pouvaient éprouver à l’égard de la bande dessinée, et poursuit en exposant aux membres du comité de la L.L.B. quelques points techniques qu’il souhaiterait mettre en œuvre.127 Quelques mois plus tard, le 7 mai 1960, à l’occasion d’une autre rencontre du même type, bien que l’idée fasse son chemin et semble s’imposer dans les cœurs, André confie ses hésitations à mettre en route ce futur périodique. Convaincu que le projet vient de Dieu, la situation financière en particulier le préoccupe car l’œuvre de la Ligue se trouve être “en eaux basses”. Mais c’est unanimement, et assuré qu’il faut aller de l’avant que le comité suggère d’envoyer une circulaire aux amis de l’œuvre pour leur exposer les besoins concernant le futur illustré pour enfants. C’est le pas de foi que Dieu honore aussitôt ! Non seulement le financement est trouvé mais une équipe d’artistes est proposée à André sans qu’il se soit encore véritablement mis à les chercher lui-même. “L’aventure commence !” Tel sera l’intitulé de la première histoire biblique illustrée sur la vie du patriarche Jacob.128

126 Nigel Sylvester, l’histoire de la LLB., éditions LLB 1984, p.158-159.

127 Le contenu de ce journal devrait être de huit pages sur douze, essentiellement de bandes dessinées ; le format de 21 × 30 cms. Il propose qu’il paraisse au moins dix fois par an. Le premier numéro sera tiré à 50.000 ex. Ce journal doit être diffusé au maximum : dans les camps cet été et en l’adressant aux pasteurs, missionnaires et chefs de jeunes, ainsi que dans la presse protestante. Le prix est fixé à 0,50 N.F. Le premier numéro coûtera 5415 NF si aucune augmentation n’intervient. Il faut prévoir l’achat de 3 tonnes de papiers à “la dimension”, ce qui représente au moins 5400 NF. Enfin chaque numéro exigera 800NF pour régler les articles et les dessins. Il faudra donc trouver, dans les prochains mois plus de 1000 NF.

128 Les trois premiers numéros content l’histoire de Jacob. Suivra dans les numéros 4 à 9 celle de Joseph.

Lors du lancement du journal, en 1960, André Adoul écrit : “Tournesol vient de naître… Nous lui souhaitons une belle carrière.129 Cela nous prouvera qu’il vous plaît et vous instruit. En lançant Tournesol, nous poursuivons un double but. D’abord vous donner un journal captivant. Ensuite vous encourager à lire la Bible, le livre de Dieu qui nous conduit à Jésus-Christ le Sauveur des hommes.”

129 Aujourd’hui le journal parait encore trimestriellement et a su s’adapter au monde moderne.

Mais dès sa création et les premières prises de décisions, André se rend compte de l’ampleur et de la difficulté de la tâche, d’autant que le budget du journal se trouve malheureusement vite en déficit.

La question se pose de savoir s’il faut poursuivre cette aventure à peine commencée. André n’y est pas favorable : “Ce n’est pas une propagande (sérieuse) qui lui donnerait une impulsion suffisante (les gains paieraient juste celle-ci). De toutes les solutions de “remplacement” j’opte pour la suppression pure et simple du Journal. Je crains les solutions (peu héroïques) dont le vrai motif est celui de ne pas perdre la face. Mais que faire dans l’immédiat ?” Suite à un référendum le comité décide, malgré les réticences d’André, de continuer et de pallier le déficit. Très vite c’est un succès. Mais à quel prix ? Car pour André, s’il est quand même heureux de pouvoir offrir aux enfants cette revue, les responsabilités sont vraiment pesantes. A maintes reprises, il exprime sa difficulté à trouver les histoires, dessiner parfois, et surtout tenir les délais pour l’imprimeur.130 Il se sent souvent seul. Les extraits qui suivent en témoignent : “La rédaction de ce journal me prend encore beaucoup de temps (j’ai rédigé pour Tournesol, la valeur d’un livre de 200 p. environ et fait 80 dessins). Il faut que je m’emploie ces prochaines semaines à trouver de fidèles collaborateurs.”131 “J’ai passé, durant la semaine écoulée, des jours un peu pénibles. Etat dépressif ! J’ai mis 5 ou 6 jours pour rédiger mes couvertures. Tête vide et surtout, le poids de ce Tournesol qui n’est pas rédigé alors qu’il devrait être chez l’imprimeur. Peu d’idées ; tête vide ; et mon cœur !”132 “Je dois rattraper 20 pages, mon dessinateur n’ayant pas fourni le travail demandé.”133

130 Imprimerie à SCEAUX.

131 A. Adoul, rapport d’activité octobre 1963, archives L.L.B.

132 André Adoul, lettre du 24 novembre 1964 d’André à son ami T. Sintselaar.

133 André Adoul, rapport de Juillet 1965, archives L.L.B.

La revue Tournesol est, pour l’essentiel, composée d’histoires de héros bibliques et d’autres personnages divers, mises en bande dessinée. S’ajoutent à cela de petites anecdotes, illustrées de simples dessins, incitant les jeunes lecteurs à une réflexion plus moraliste.134 Mais aussi des petites histoires vraies très pertinentes conduisant à une réflexion spirituelle profonde, comme celle-ci intitulée : Encore dix minutes ! “Le jeune malheureux prince Eugène Louis Napoléon, fils unique de Napoléon III, perdit la vie dans une guerre en Afrique, à cause d’un instant de retard. Il était descendu de cheval pour se reposer un moment. L’officier qui l’accompagnait, connaissant le danger qu’il courait, le pressa de repartir. “Laissez-moi encore dix minutes” s’exclama le prince. Dans ce laps de temps, l’ennemi s’avança en rampant et, d’un seul coup, frappa le prince à mort. Quand on porta cette affreuse nouvelle à sa mère, l’impératrice Eugénie, elle s’écria “encore ces malheureuses dix minutes !” Puis elle raconta que, dans son enfance, le prince avait l’habitude de demander pour tout un renvoi de dix minutes. L’envoyait-on se coucher ? “Oh ! Encore dix minutes !” Devait-il se lever ? “Oh ! encore dix minutes !”. Toujours et pour tout, dix minutes. Et ces dix minutes lui coûtèrent la vie. N’attends pas dix minutes pour accepter le pardon que Dieu t’offre en Jésus-Christ. Tu pourrais le regretter pendant toute l’éternité.”135

134 Le 25 octobre 1962 (rencontre du comité) une remarque est faite à propos du caractère par trop religieux du journal ce qui pourrait à tout jamais l’exclure de certains milieux. Demande est faite d’avoir au sein du comité des pasteurs de l’Eglise Réformée et de l’Eglise Luthérienne.

135 Journal Tournesol, n°42, novembre 1964, p.9, éditions L.L.B.

Le journal est embelli et relevé d’une palette de couleurs aux tonalités rougeâtres qui le rend plus “flamboyant”. Mais si la réflexion et la découverte sont de mise, la distraction intellectuelle n’est pas oubliée pour autant grâce aux divers jeux proposés, comme des rébus, puzzles, culture générale, problème, mots croisés, questions d’anatomie, apprendre à dessiner, etc. Ceux-ci peuvent peut-être faire sourire aujourd’hui, mais à l’époque ils étaient au goût du jour ; on s’amusait de peu avant l’ère informatique ! A noter aussi un concours biblique stimulant les enfants à une propre recherche biblique récompensée par un prix. Les premiers numéros tirent leur originalité par une série d’épisodes intitulés les Martyrs de la jungle, placée en quatrième de couverture et qui tient en haleine les jeunes lecteurs numéro après numéro. Tournesol permet aussi d’annoncer les camps bibliques et les rallyes organisés, grâce aux petits encarts publicitaires d’autant que la première année est très encourageante : 11.000 abonnés en langue française !

En 1990, à l’occasion des trente ans de Tournesol, André Adoul, alors interviewé, dévoile une partie de la genèse du périodique :

Tournesol : Monsieur Adoul, pourriez-vous me dire comment je suis né à une époque où les journaux à “bandes dessinées” étaient rares dans le monde des croyants ?

A. Adoul : Que voilà une réponse embarrassante ! L’idée d’un périodique n’est pas de moi. C’est lors d’un camp de la Ligue à Guebwiller que M. Brechet demande à des jeunes quelle sorte de journal ils souhaiteraient recevoir. A l’unanimité, ils réclamèrent un illustré au goût du jour, c’est-à-dire avec des bandes dessinées. Et c’est l’un d’entre eux, si mes souvenirs sont bons, qui suggéra le nom Tournesol ! Un nom qui fit “tilt” dans toutes les têtes. Une vraie trouvaille ! Cette fleur, qui tourne tout au long du jour vers le soleil, c’est une belle illustration pour le chrétien. Elle lui rappelle qu’il doit garder constamment les regards sur Jésus.136

136 Hébreux chap. 12 v. 3.

Tournesol : Mais comment êtes-vous devenu le réalisateur et le rédacteur de Tournesol ? On ne s’improvise pas dans ce domaine.

A. Adoul : Acquis depuis longtemps à l’idée qu’il serait urgent que paraisse un tel journal137, M. Brechet et moi avons demandé à un ami d’en prendre la responsabilité, chose qu’il accepta car une telle publication l’intéressait beaucoup. Chrétien convaincu à la plume facile, dessinateur de talent, il était l’homme de la situation. Sans attendre davantage, on se mit à ramasser des documents, à préparer soigneusement le premier numéro et l’on fit paraître l’annonce de sa parution dans les divers journaux de la Ligue, en France, Suisse, Belgique. Tournesol était lancé.

137 C’est lors de la rencontre du comité de la Ligue, les 19 et 21 octobre 1959 qu’André exprime son désir et celui de M. Bréchet de toucher les enfants de 8 à 14 ans par un périodique illustré.

Hélas ! Alors que tout baignait dans l’huile, l’ami pressenti crut sage de renoncer à prendre la direction de ce périodique à cause d’ennuis de santé et d’un changement survenu dans sa situation. Or, il était trop tard pour reculer puisque les annonces étaient déjà faites, en bonne place, dans nos divers journaux. M. Brechet ne parut nullement catastrophé ! Il vint vers moi et avec assurance tranquille à faire fléchir les plus réticents, il me dit comme si cela allait de soi : “André, maintenant il n’y a que toi qui peux te charger de cet illustré. Habitué à rédiger des périodiques, tu n’auras aucune peine à prendre en main Tournesol (…)” Et c’est ainsi que Tournesol “m’est tombé dessus” alors que je n’avais nullement l’intention d’assumer cette publication, qui ne me lâcha pas durant plus de onze années consécutives.

Tournesol : Parlez-moi un peu de l’équipe qui participa à la réalisation de ce journal ?

A. Adoul : L’équipe ! Vous voulez rire ! Il est vrai que je pouvais compter sur deux ou trois dessinateurs…138 mais à quelques exceptions près139, je faisais tout le reste. Parfois même, pour gagner du temps ou boucher des trous, j’étais amené à réaliser des bandes dessinées (pas les meilleures d’ailleurs). Toujours à la hâte, je devais imaginer les scénarios, rédiger des articles, réaliser entièrement les pages de jeux, rendre visite à l’imprimeur, m’occuper de la mise en page, de la répartition des couleurs, corriger les épreuves… Comment “penser” un instant à “monter” une équipe lorsqu’on a d’autres soucis que Tournesol ? N’oubliez pas que j’avais la charge de deux périodiques bibliques140 à laquelle s’ajoutait la rédaction d’un nombre important de commentaires pour ces journaux. Si l’on sait que je n’avais pas de secrétaire et que j’étais absent de la maison six mois de l’année pour prêcher l’Evangile, enseigner la Bible ou participer à des camps, on comprendra que je n’avais guère la tête à chercher des collaborateurs et à passer du temps avec eux. Ce qui est bien dommage et que je regrette d’ailleurs.

138 Parfois il devait “rallonger” les jupes des jeunes filles, dessinées trop courtes à son goût…

139 “Quand il eut l’idée de créer ‘Tournesol’, il m’en parla à avec passion et me proposa de le seconder. Il aurait déjà voulu que je propose ma candidature à la Ligue dans ce but. J’ai seulement accepté de lui préparer quelques articles et des pages de dessins” (Richard Doulière).

140 Le Lecteur et le Jeune Lecteur de la Bible.

Tournesol : Pensez-vous que ce journal était lu hors des familles chrétiennes car ce sont elles surtout qui se sont intéressées à lui ?

A. Adoul : Dès le début, mais plutôt exceptionnellement, des chrétiens abonnèrent des petits voisins ou des camarades de leurs enfants. J’ai appris que Tournesol entrait régulièrement dans la famille d’un artiste de cinéma mondialement connu. Je veux croire que l’une des filles, actuellement vedette à son tour, a eu le journal entre les mains. Vous ai-je dit que je reçus un jour la lettre d’un monsieur dans la trentaine m’annonçant qu’il s’était converti à Jésus-Christ en lisant tel numéro de Tournesol ?

Tournesol : Permettez-moi, en terminant, de souhaiter longue vie à Tournesol. Qu’il devienne un instrument pour le salut de beaucoup de jeunes.”

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