Bataille pour l’Afrique

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Une nation pourrait sauver toute l’Afrique

« C’est le paradis sur terre. »

« Cet endroit est un camp de prisonniers. C’est une plaie purulente sur la face de l’humanité. »

Ce que vous venez de lire sont deux descriptions du même endroit : la Rhodésie, un pays du Sud de l’Afrique. Des opinions aussi différentes, aussi chargées d’émotion l’une que l’autre, permettent de comprendre à quel point la présence de la Rhodésie et de sa voisine l’Afrique du Sud dans le paysage actuel africain est facteur de division et d’éclatement. L’Union Sud-africaine et la Rhodésie ne sont plus seulement des pays, mais sont devenues des symboles aux yeux de ceux qui ont été placés d’un côté ou de l’autre de la bataille africaine. Aux yeux des Blancs habitant dans ces pays, et pour beaucoup d’Européens, ces pays sont également la manifestation du refus définitif et absolu de laisser aux Noirs les avantages chèrement acquis par les Blancs en Afrique. Pour la plupart des Noirs d’Afrique, et pour beaucoup d’autres gens partout dans le monde, ils ne sont que la manifestation évidente d’une domination arrogante et illégale exercée sur la population noire, vivant sur ses propres terres. Parvenir à une solution de cette situation désespérée et en apparence sans issue est un des éléments essentiels du combat qui se livre actuellement pour sauver l’Afrique.

Dans ces deux pays, une petite minorité de Blancs gouverne sans la participation des citoyens africains. Elle s’arroge des privilèges et des avantages qu’elle refuse aux Noirs. Il en résulte une séparation absolue entre Noirs et Blancs au nom de lois et de traditions sociales profondément enracinées. Les gouvernements blancs de ces deux pays ont résisté à la tempête grandissante des critiques et des désaveux venant de partout. Ils ont accepté mais à contre-cœur, d’apporter des modifications à l’ordre établi, malgré la marée sans cesse grandissante de l’agitation des populations noires des deux pays. Il y a cependant des différences fondamentales entre ces deux pays qui présentent par ailleurs tant de caractéristiques semblables. C’est pourquoi il est de plus en plus difficile de considérer les deux situations comme un seul et même problème.

RHODÉSIE

Au début de cette année, un de mes amis, qui a voyagé dans beaucoup de régions connaissant des troubles, m’a dit : « Nulle part au monde je n’ai vu un pays qui convienne aussi parfaitement au terrorisme que la Rhodésie. On ne saurait trouver terrain plus favorable aux opérations de guérilla. On dirait que ce pays a été fait pour cela. »

Effectivement, la Rhodésie est pleine d’opérations de guérilla. Au cours des dernières années, sa population noire — qui dépasse en nombre la classe dirigeante blanche dans la proportion de 23 à 1 — s’est engagée de plus en plus dans la violence pour forcer le gouvernement à abandonner le contrôle sur la vie du pays. En 1965, le gouvernement dirigé par Ian Smith a renoncé à son statut de colonie britannique ; il s’est alors déclaré république indépendante, plutôt que de s’incliner devant la demande des Anglais exigeant que les Rhodésiens noirs puissent jouer un rôle plus grand dans les affaires du pays. Depuis lors, la plupart des nations ont boycotté la Rhodésie, contestant sa légalité et refusant, plus ou moins officiellement, d’acheter ses produits. Et pendant ce temps, la marée montante du nationalisme noir a peu à peu encerclé le pays. Ses frontières touchent à des pays hostiles tels que la Zambie, le Botswana et la Mozambique. Des bandes de rôdeurs et de terroristes s’y réfugient et sont aidés par ces pays dans leur lutte pour chasser de leur patrie les envahisseurs blancs.

A l’intérieur de la Rhodésie règne une mentalité de place fortifiée. Les Blancs se sentent séparés du reste du monde. Ils placent leur espoir dans leur propre résolution de survivre à tout prix. D’une ville à l’autre, ils ne se déplacent qu’en convois de voitures afin de se défendre contre les attaques de guerilleros. Les fermes sont entourées de hautes barrières avec des systèmes d’alarme. De plus, elles sont en liaison radio avec le poste de police le plus proche. A Salisbury, la capitale, les responsables de l’avenir du pays cherchent le moyen d’arrêter l’exode des Blancs. Chaque mois il en part plus de mille. Des ordres de mobilisation pour de longues durées, et des impôts de plus en plus élevés, contribueront sans doute à faire empirer cet exode.

Il y aura encore des effusions de sang en Rhodésie avant qu’une solution définitive ne soit trouvée. Presque tout le monde est d’accord pour penser qu’une guerre totale pourrait éclater n’importe quand entre le gouvernement blanc et les forces nationalistes noires. Les divisions séparant les Noirs entre eux sont un élément négatif qui empêche l’établissement d’un compromis. Il y a quatre organisations principales, allant des partisans de l’évêque Abel Muzorewa, relativement modérés, au Front Patriotique conduit par Joshua Nkomo et Robert Mugabe, beaucoup plus extrémiste dans ses exigences. Les Blancs de Rhodésie craignent surtout que même si l’on arrivait à former pacifiquement un gouvernement à majorité noire, ces divisions ne déclenchent de sanglants combats entre eux pour s’assurer le pouvoir.

Comme toujours, la Révolution s’est servie du conflit rhodésien pour y créer troubles et divisions. La tension constante maintenue par le terrorisme et la crainte a divisé l’Eglise. Les chrétiens s’y sentent isolés. L’expansion du Royaume en est paralysée. Les divisions sont profondes et aigües. L’évêque catholique blanc d’Umtali, le révérend Donal Lamont, a été condamné en 1976 à dix ans de prison pour avoir omis de signaler la présence de révolutionnaires dans son diocèse. Il est représentatif d’un nombre grandissant d’ecclésiastiques — bien qu’ils ne soient encore qu’une minorité — qui estiment que la politique gouvernementale est désastreuse et non conforme aux exigences du christianisme. Il pense également que la sévérité dont il a été l’objet aura pour conséquences d’aggraver encore l’agonie d’une Eglise divisée.

En Rhodésie, beaucoup de chrétiens ont fait l’expérience de miracles. Ils ont échappé aux blessures, voire à la mort, dont les menaçaient des guerilleros, Souvent, des grenades n’ont pas explosé, des bandes armées ont été miraculeusement détournées, alors que la mort semblait certaine. Il y a d’autres expériences semblables. Beaucoup de Rhodésiens m’ont raconté de tels faits. Les événements leur font penser que Dieu est du côté des Blancs et qu’Il ne permettra pas que leur régime disparaisse. C’est une erreur déplorable, me semble-t-il, qui a été commise très souvent au Sud-Est asiatique. Pendant la guerre du Vietnam, j’ai travaillé dans un village indigène qui fut une fois totalement entouré d’anges protecteurs. Les Vietcong les ont vus : cela sauva ce village de la destruction. Je crois que de telles choses peuvent se produire, et je rends grâces à Dieu pour la protection qu’Il a accordée de même à des chrétiens de Rhodésie. Mais le Vietnam est tombé aux mains de la Révolution comme un fruit mûr. Ceux qui ont interprété ces miracles comme un signe montrant que le Vietnam du Sud l’emporterait ont été terriblement déçus. Je crois que de tels miracles s’adressent aux chrétiens pris individuellement, dans le but de les fortifier et de les encourager pour qu’ils puissent affronter les temps plus difficiles qui sont devant eux, et que personne ne connaît sinon Dieu. Les considérer comme un signe montrant que le pays ne succombera pas devant la Révolution est une terrible erreur.

En Rhodésie, j’ai rencontré le premier ministre, et j’ai parlé avec beaucoup de chrétiens remarquables. Mais la confiance en Dieu que l’on espérerait trouver dans une région où règnent des conditions aussi tragiques paraît faire défaut au sein de la population blanche, à quelques exceptions près. Ce qui y prévaut, c’est un mélange d’intransigeance obstinée (ou, en termes plus modérés, de détermination) et d’une sorte de fatalisme s’exprimant ainsi : « Quoi qu’il arrive, cela arrivera. »

Les Rhodésiens de race noire, bien qu’ils soient divisés politiquement, ont un dénominateur commun, le nouveau nom de la Rhodésie. Dès qu’ils seront au pouvoir, ils l’appelleront Zimbabwe. Ce mot dérive de deux racines shona qui signifient « maisons vénérées ». Il s’agit d’un amas de ruines formées d’énormes pierres. C’est probablement un dernier vestige d’une civilisation africaine très évoluée qui remonte à des centaines d’années. Il faut que le monde s’habitue à ce nom étrange. A moins d’un renversement dramatique et imprévisible de la situation en Rhodésie, ce pays portera ce nom avant qu’il soit longtemps.

UNION SUD-AFRICAINE

Plusieurs centaines de kilomètres plus au Sud du continent, là où vivent les Sud-Africains originaires des Pays-Bas, de Grande-Bretagne et de tous les pays occidentaux, les perspectives ne. sont pas aussi sombres. Tant humainement que spirituellement, les chances d’échapper aux soulèvements et aux carnages sont plus réelles.

Sur le plan strictement humain, le gouvernement de l’Afrique du Sud a plusieurs avantages sur son voisin de Rhodésie :

  1. En ce qui concerne la population, les différences sont moins importantes : il y a plus de quatre millions de Blancs, sur une population totale de vingt-deux millions d’habitants.
  2. L’Union Sud-africaine est technologiquement en avance. Elle compte dix-huit villes de plus de cent mille habitants, ce qui correspond à un développement industriel beaucoup plus grand.
  3. Ce pays, occupant l’extrémité méridionale du continent, a un très large accès à la mer, avec d’excellents ports, très bien équipés et modernes.
  4. La population indigène y participe davantage aux activités de la nation, car dans le domaine de l’instruction, de la médecine, du travail elle a été beaucoup plus avantagée que celle de Rhodésie.

Cependant ces avantages sont tout relatifs et signifient seulement que la situation de l’Union Sud-africaine est moins précaire que celle de la Rhodésie. Pris ensemble, ils peuvent contribuer à la survie plus ou moins longue de la nation sud-africaine, ou au contraire ne retarder que pour un temps la transmission des pouvoirs. Dans ce domaine, tout pronostic est impossible.

L’espoir le plus réel que peut avoir l’Union Sud-africaine d’éviter tant les effusions de sang que les soulèvements politico-sociaux ne repose pas sur ces éléments fragiles, mais sur une solution d’ordre spirituel. J’ai la certitude que Dieu porte un intérêt particulier au maintien de la nation sud-africaine. C’est une opinion discutable, sans doute, mais personnellement j’y crois profondément. Elle nous permet aussi d’examiner d’un point de vue critique les opinions que l’on s’est faites sur l’Eglise d’Afrique du Sud. Il me semble qu’il y a une place privilégiée dans les plans de Dieu pour l’Union Sud-africaine : pas nécessairement un pays dominé par les Blancs ou par les Noirs, mais une nation forte et saine, au sein de laquelle Noirs et Blancs vivent et travaillent côte à côte à l’évangélisation du reste du continent.

Je crois en une stratégie que l’on peut appeler « évangélisation régionale ». Dieu a donné à certains pays la responsabilité essentielle d’évangéliser la partie du monde où ils se trouvent. Une telle responsabilité régionale n’a pas été fixée dès le début des temps, comme par une sorte de prédestination. C’est bien plutôt un phénomène produit par l’évolution de l’histoire. « A qui il a été beaucoup donné, » est-il dit, « il sera beaucoup demandé. « En ce moment précis de l’histoire, certains pays sont responsables de larges régions du monde, en raison, à la fois, de leur plus grande puissance et des moyens à leur disposition pour atteindre ces régions. La Grande Mission confiée à tous les disciples les invite à aller jusqu’aux confins du monde. U devoir restreint, se rapportant à une seule région, ne supprime pas cette responsabilité planétaire, mais elle la complète.

Je crois que, dans le monde contemporain, l’évangélisation de l’Europe de l’Est est du ressort de l’Occident. Les Etats- Unis sont responsables dans ce domaine de l’Amérique centrale et du Sud. L’Australie et la Nouvelle-Zélande doivent s’occuper de toute l’Asie. Quant au continent africain, son développement spirituel dépend naturellement de l’action de l’Afrique du Sud.

Pourquoi ? Parce que l’Afrique du Sud a le moyen d’atteindre tout le continent. Elle a, à la fois, les ressources financières, la technologie, un très grand nombre de chrétiens sincères, la liberté et la stabilité politique. Elle a ainsi à sa disposition tout ce qui est essentiel à l’évangélisation de cet immense continent. Elle peut équiper les Africains noirs vivant dans les autres pays pour les rendre capables de participer à cette entreprise, pour que ce travail se fasse depuis le désert du Sahara jusqu’au Cap de Bonne Espérance. De plus, j’ai la certitude que Dieu interviendra dans le cours de l’histoire pour sauvegarder l’Union Sud-africaine, si ses habitants acceptent la tâche d’évangéliser le reste du continent.

Mais il est d’abord indispensable que Noirs et Blancs d’Afrique du Sud acceptent cette tâche et qu’ils se donnent la main pour l’accomplir. C’est un fait. L’histoire le prouve. Jusqu’à présent, les Sud-africains n’ont pas pris cette tâche assez au sérieux pour que Dieu puisse sauvegarder leur nation et s’en faire un outil de travail. Depuis trois cent cinquante ans les Blancs habitent là, ce qui leur permet, à juste titre, d’estimer qu’ils en sont « originaires ». Ils n’y sont pas en tant qu’immigrés récents ou comme des envahisseurs, pas plus que les Américains ne sont des étrangers sur les terres qu’ils occupent actuellement, ou les Brésiliens des intrus en Amérique du Sud. Ils sont réellement des Africains. Personne ne saurait le nier. Malheureusement, ils n’ont jamais abandonné leur attitude fondamentale du « nous contre eux » à l’égard des Noirs qui vivent plus au nord. Ceci les a empêchés d’assumer pleinement leur responsabilité concernant l’évangélisation de l’Afrique. Et maintenant qu’ils ont été dans une certaine mesure isolés par le nationalisme noir qui a balayé l’Afrique, ils se sont repliés sur eux-mêmes, pensant uniquement à leur survie nationale. Ils ont perdu la notion que les Noirs africains sont leurs frères et leurs partenaires sur le continent où ils vivent tous les deux. Ils en sont arrivés à considérer les Noirs d’Afrique comme leur problème et non pas comme leur chance. C’est là le nœud de la question.

L’Eglise de l’ Afrique du Sud est responsable du reste du continent, car c’est la partie la plus importante de l’Eglise sur terre africaine. J’ai dit plus haut à quel point j’admire les chrétiens sud-africains. Quand je leur ai parlé des besoins des Eglises martyres, leur réaction a été spontanée et beaucoup plus généreuse que partout ailleurs. Deux ans après que Portes Ouvertes y eut ouvert un bureau, nous avons eu plus d’abonnés à nôtre journal, plus de donateurs que nous n’en avons eu en Hollande après vingt ans d’activité.

En 1972, lors des Jeux Olympiques de Munich, un des plus grands contingents de jeunes témoins venait de l’Afrique du Sud. Ils étaient blancs et noirs. Aux Jeux Olympiques de Montréal, on a repris cette campagne d’évangélisation par le témoignage. Le groupe sud-africain, dont Portes Ouvertes était responsable, venait immédiatement, en nombre, après la délégation américaine, qui était la plus importante. L’an dernier, la Société biblique sud-africaine a dépassé toutes les autres, y compris celle d’Amérique, dans le domaine de la distribution de la Bible. Arthur Glasser est un dirigeant missionnaire, qui n’est pas particulièrement bien disposé à l’égard de la cause sud-africaine. Il nous a informé au début de cette année (1977) que sur un total de huit mille étudiants boers inscrits à l’université de Stellenbosch trois mille six cents se réunissent chaque semaine, prenant part à six cents groupes d’étude biblique pour étudiants. Il signale également qu’à l’occasion d’un seul appel adressé à des jeunes, soixante personnes se sont offertes spontanément pour travailler pendant une année, sans salaire.

L’Eglise sud-africaine est vraiment consacrée à Jésus-Christ. Elle possède à la fois les forces spirituelles et les moyens financiers pour atteindre l’Afrique noire, si c’est vraiment son désir et sa passion.

Je crois que le Diable en est parfaitement conscient, c’est pourquoi il fait tous ses efforts pour parvenir à séparer l’Afrique du Sud du reste du monde. Ce pays a été boycotté, mis. dans l’embarras et critiqué parce que le Diable désire l’isoler, pour l’empêcher d’accomplir la tâche que Dieu lui a confiée. (La plus grande partie de l’impopularité dont souffrent les Etats-Unis a d’ailleurs la même origine. Ce pays a aussi les effectifs nécessaires et les ressources spirituelles indispensables pour répondre à l’appel du Maître. Ce qui lui manque, c’est la volonté de le faire. Mais si l’opinion mondiale parvient à le critiquer et à le harceler au point de l’obliger à se recroqueviller- dans sa coquille et à devenir ainsi incapable de faire face à cet engagement, alors tout son potentiel évangélique pourrait être neutralisé).

Il y a encore un immense fossé que l’Afrique du Sud doit franchir avant de remplir toutes les conditions nécessaires à l’évangélisation du monde. Elle doit vraiment accepter l’homme noir comme un être humain à part entière, le considérer comme un frère, et lui conférer sa dignité l’homme. Dans ce pays, les Blancs répondront qu’ils ont offert aux Noirs de meilleurs soins médicaux, une meilleure instruction, de meilleures conditions d’habitation et de travail, et plus de choses qu’aucun autre Etat africain ne l’a fait pour ses concitoyens. Ils peuvent légalement affirmer que comparativement ils leur assurent plus de droits qu’ils ne sauraient en obtenir n’importe où ailleurs dans le continent. Mais là n’est pas la question. Il s’agit essentiellement de la dignité humaine, et les Sud-africains de race blanche doivent l’assurer à leurs frères noirs pour que la nation soit une.

Un jour j’ai rencontré un groupe de chrétiens sud-africains. Ils étaient prêts à m’aider à envoyer des bibles en Russie. Après les avoir entendus, je leur dis : «&nbs;Attendez un peu ! La première question, c’est de savoir si vous avez donné une bible à vos serviteurs noirs ? »

Ils parurent surpris. « Eh bien, répondirent-ils, non. D’’ail- leurs il n’y en a pas dans leur langue. » Il n’y avait qu’une chose à leur répondre. Je pensai bien que le prétendu problème de traduction n’était qu’une excuse, qu’il existait réellement des bibles dans beaucoup de langues africaines, ce que la Société biblique ne tarda pas à confirmer. « Je n’accepterai de vous aucune bible russe tant que vous n’aurez pas offert la Parole de Dieu à vos serviteurs noirs. » Et j’ajoutai : « l’Afri- que du Sud doit être votre première préoccupation. Résolve: d’abord ce problème. Quand vous aurez fait ce qui se doit ici alors nous pourrons collaborer jusqu’en Russie. »

Je suis absolument sûr que si les Blancs d’Afrique du Sud sont capables d’assumer leurs responsabilités en cette affaire et se consacrent vraiment à la propagation de l’Evangile en Afrique noire, Dieu protégera et maintiendra leur nation. En cessant de ne prêter attention qu’à leurs propres problèmes, ils deviendront capables de tendre la main pour donner à l’Afrique noire de l’aide spirituelle. Alors ils se rendront compte que leur destin national sera définitivement assuré.

Quand j’étais soldat dans l’armée hollandaise, gisant dans un hôpital indonésien, une nonne franciscaine me donna une leçon. « Savez-vous comment les indigènes attrapent les singes dans ce pays ? » me demanda-t-elle, « non » répondis-je. « Eh bien, ils prennent une noix de coco, et y font un trou juste assez grand pour que le singe puisse y enfiler la patte. Ils y mettent un petit caillou, et ils attendent dans les buissons avec un filet. Tôt ou tard, un singe, curieux de nature, arrivera. Il prendra la noix et la secouera. Il regardera à l’intérieur et glissera la patte dans la noix pour prendre le caillou. En essayant de sortir sa patte, il n’y arrivera pas, car il lui faudrait lâcher la pierre, ce qu’il ne voudra pas faire. Il croit tenir quelque chose de pré- cieux, dont il ne voudra plus se séparer. Et alors les indigènes lui lancent le filet dessus. Il n’y a rien de plus facile que d’attraper celui qui agit ainsi. »

La nonne me demanda : « André, êtes-vous agrippé à quelque chose qui vous empêche d’être libre ?&nbp;»

Les Blancs d’Afrique du Sud ont à faire face aux sérieuses exigences du dilemme national qui est le leur. Peut-être arriveront-ils à accepter qu’il y ait des choses auxquelles ils doivent renoncer s’ils veulent sauvegarder la liberté chez eux.

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