Bataille pour l’Afrique

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Que pouvez-vous faire ?

Sans doute connaissez-vous l’histoire du petit garçon hollandais qui mit son doigt dans un trou de la digue. Nul ne sait si elle est vraie, mais elle est vraiment touchante. Le petit garçon vit un petit trou dans la paroi de la digue qui retenait les flots de la mer. Il y mit son doigt jusqu’à ce qu’arrive de l’aide, et sauva ainsi toute la contrée d’une inondation catastrophique. La leçon de cette histoire c’est que même un petit enfant, s’il fait au bon moment ce qu’il y a à faire, peut contrecarrer la puissance effrayante de l’immense océan.

Il ne vaudrait pas la peine de vous parler ainsi de l’Afrique si je n’avais pas la certitude que vous pouvez faire quelque chose dans ce domaine.

La perspective d’une révolution universelle gagnant tout un continent paraît être une telle menace, d’une dimension si énorme et si mondiale, qu’il peut sembler absurde de penser qu’un seul individu puisse faire quelque chose pour exercer une influence dans un sens ou dans l’autre. Mais c’est bien le cas : par votre action personnelle, vous pouvez contribuer à changer les choses en Afrique. A l’exemple du petit Hollandais devant la digue, nous, chrétiens, pouvons refouler le puissant flot de la Révolution qui menace de tout écraser, si nous faisons la chose nécessaire au bon moment.

La raison en est simple. La bataille pour l’Afrique est un combat d’ordre spirituel. Dans un tel combat, les armes spirituelles sont essentielles. Si nous croyons au message de la Bible, nous devons nous souvenir qu’un jeune garçon nommé David se joua du monstrueux géant Goliath parce qu’il s’agissait d’une lutte d’ordre spirituel. Il en était vraiment persuadé, et agit en conséquence.

« Qui est donc ce Philistin, cet incirconcis, pour défier l’armée du Dieu vivant ? » s’écria David (1&nbs;Samuel 17.26).

Il lutta contre Goliath parce que celui-ci était l’ennemi de Dieu. Il ne le fit pas pour sa gloire ou son plaisir personnels mais uniquement dans un but spirituel, « … afin que toute la terre sache qu’Israël a un Dieu » (1 Samuel 17.46). David fut vainqueur parce que le combat qu’il livra était d’ordre spirituel.

Une autre raison permettant de comprendre que nous pouvons contribuer à changer les choses, c’est que l’issue du combat pour l’Afrique est encore indécise. Ce combat est loin d’être terminé. Il est possible que dans ce livre on ait insisté sur le travail accompli en Afrique par l’Ennemi : mais il faut aussi savoir qu’il y a des millions de chrétiens convaincus qui n’ont as encore abandonné l’Afrique à la Révolution. Dépassés en nombre, ils sont écrasés, mais ils sont toujours présents et la bataille n’est pas encore perdue. Il est encore temps d’y apporter son aide.

« Que puis-je faire ? » demandez-vous. « Quelle contribution personnelle puis-je apporter qui changera le cours des événements ? » Sur ce continent, vous pouvez collaborer efficace- ment à la cause de Dieu en étant prêt à vous y intéresser, prêt à apprendre, prêt à souffrir, prêt à donner, prêt à partir.

PRÊT À S’INTÉRESSER

Etes-vous vraiment prêt à vous préoccuper pratiquement de l’Afrique ? Si oui, ce sera déjà un début. Mais cela ne sera pas aussi facile qu’il ne le semble. Certes il est aisé de faire une rapide prière pour l’Afrique, puis de se livrer immédiatement à son propre travail, sans plus y penser. Pour beaucoup d’entre nous cependant, il est vraiment difficile de garder un intérêt actif pour des gens qui vivent très loin. Il faut se soucier vraiment de leur sort. Il est relativement facile de nous préoccuper des choses qui nous concernent directement, ou dont nous retirerons un profit immédiat. Mais sommes-nous prêts à porter notre attention vers l’Afrique du Sud ? Acceptons-nous de demander à Dieu de briser notre cœur et de nous charger du pesant fardeau de ce continent ?

Pendant les vingt dernières années, les investissements américains en Afrique noire ont triplé. Mais nos dons pour l’œuvre missionnaire ont-ils suivi la même courbe ascendante ? Le volume de nos prières a-t-il triplé ? Et le temps que nous consacrons à rechercher la volonté de Dieu pour l’Afrique a-t-il triplé ? Bien sûr que non ! Il semble que les non-chrétiens soient plus intéressés à gagner de l’argent que les croyants ne le sont à proclamer l’Evangile. Ils s’en soucient davantage. Je pense que si l’on disait au chrétien moyen qu’il pourrait doubler son capital en un mois en achetant des actions de la compagnie des mines de cuivre de Zambie, et qu’il investisse quelques milliers de francs dans cette compagnie, il s’intéresserait tout à coup beaucoup plus au Sud de l’Afrique. Il regarderait chaque jour dans le journal si ses actions prennent de la valeur ou en perdent. Si la Télévision donnait tout à coup des nouvelles de la Zambie, il réclamerait le silence pour pouvoir écouter attentivement et savoir ce qui se passe dans cette région du monde. En un mot, il aurait tout à coup placé son intérêt dans la Zambie, simplement parce qu’il y aurait quelques milliers de francs en dépôt. C’est de cette sorte d’intérêt passionné que chaque chrétien devrait être animé à l’égard de l’Afrique. Il ne s’agit pas d’une question d’argent, mais du sort de quatre cents millions d’invididus, et plus particulièrement de la force de la Révolution mondiale.

Ce qui se passe actuellement en Afrique est de toute importance, car ce n’est pas le sort d’un seul continent qui est en jeu. Il s’agit aussi d’un combat à livrer à l’échelle du monde. L’Afrique est la charnière de la Révolution mondiale. L’Europe de l’Est puis l’Asie ont été gagnées, puis ce sera le tour de l’Afrique. Si la Révolution y est victorieuse, rapidement elle tournera ses efforts vers l’Amérique latine, terminant ainsi son plan d’encerclement total du monde. Nous devons être conscients que tout se joue en Afrique. Il y va non seulement de l’avenir de l’Eglise africaine, mais de celui de toute l’Eglise de l’Occident. Un jour, aux Etats-Unis, je présidais un culte dans une église protestante. Je parlai des besoins des Eglises sous la Croix et montrai des diapositives permettant de voir dans quelles conditions vivent les croyants de l’Europe de l’Est. Ce fut une rencontre très émouvante. Il y eut même des pleurs quand je leur décrivis le sort de leurs frères et sœurs sous la persécution. Quand le service fut terminé, ils me remercièrent d’avoir été avec eux. Ils firent une collecte destinée à l’achat de nouveaux coussins pour les bancs de leur église. Je ne pouvais en croire mes yeux ; je repartis les mains vides ; quant à eux, ils pouraient se procurer de quoi rendre leurs cultes plus agréables à supporter ! Leur sympathie est allée jusqu’aux larmes ; ils éprouvèrent une certaine émotion. Mais dès que leurs pleurs furent séchés, tout fut accompli. Ils s’en retournèrent à leurs propres affaires, à leurs préoccupations égoïstes, à leur confort. Rien n’y fut changé. Ils ne furent pas disposés à s’intéresser assez aux autres pour participer positivement aux besoins de ceux qui souffrent pour leur foi.

PRÊT À APPRENDRE

Après nous être décidés à nous soucier de ce qui se passe en Afrique, nous devons également faire l’effort pour en savoir plus. Il faut absolument que nous soyons au courant de ce qui arrive là-bas, sinon comment pourrons-nous prier efficacement, donner comme il convient ou accomplir ce qui doit l’être ? Beaucoup trop de chrétiens agissent la tête vide : ils sont facilement émus, mais ne cherchent pas à s’informer réellement. Dieu s’attend à ce que vous cherchiez à connaître ce qui se passe en Afrique. Cela signifie être ouvert aux différents aspects des événements qui s’y déroulent.

Supposez par exemple qu’une connaissance vienne vous dire : « J’ai un ami nommé Robert. Seriez-vous prêt à prier pour lui ? » Quelle serait votre réaction ? Si vous êtes réellement croyant et animé d’un ardent amour du prochain, vous sauriez sans doute trouver le temps et les occasions de prier pour ce Robert. Mais votre requête ne servirait pas à grand-chose. Il vous serait difficile de rester intéressé et enthousiaste longtemps. Il est à craindre que votre prière ne soit pas de longue durée.

Pourquoi ? Non pas que le sort de Robert vous laisse indifférent, mais parce que vous ne savez rien de lui. Après avoir mentionné son nom quelques fois et avoir prié pour lui de manière générale, que pourriez-vous faire de plus ? Beaucoup de chrétiens essayent d’intercéder pour l’Afrique de cette manière. Ils ont une idée assez vague de ce continent : il est peuplé de Noirs qui ont besoin de leurs prières ; mais ils ne savent rien de plus. C’est seulement si vous vous tenez au courant de ce qui se passe en Afrique que votre prière deviendra une intervention sérieuse et significative. Vous ne pouvez prier vraiment efficacement pour les autres que si vous avez devant vos yeux leurs visages et leurs besoins particuliers.

Il importe d’être bien au courant des événements d’Afrique pour une autre raison. Ainsi il y aura plus de chances que notre aide parvienne à la bonne place. Dans les Eglises d’Afrique, un mouvement prend de plus en plus d’importance. Ses membres semblent s’intéresser plus à la Révolution qu’à l’Evangile. En 1974, lors d’une conférence réunissant toutes les Eglises d’Afrique, des délégués ont demandé que l’on renonce aux missionnaires étrangers. En même temps, ils ont applaudi des orateurs recommandant l’usage de la violence comme moyen légitime d’opposition aux gouvernements blancs. Un des responsables de l’organisation affirma que la présence des missionnaires en Afrique « réduisait les chrétiens africains en esclavage. » Le secrétaire général de cette assemblée affirma aussi que « la racine du problème africain, c’est l’arrogance culturelle de cette petite minorité de l’humanité résidant dans le monde de l’Atlantique nord… »

Byant Kato, l’un des responsables africains les plus écoutés dans les milieux évangéliques, a donné la description suivante de cette rencontre :

« Des poèmes sur la libération politique y ont pris la place de la lecture de la Bible. Des délégués ont hurlé jusqu’aux heures avancées de la nuit pour que l’on adopte des méthodes plus violentes pour traiter des questions relatives à la libération. Le lieu de la rencontre était décoré d’images des opprimés et de croisades pour la libération. Mais je ne me souviens pas d’y avoir entendu une référence au péché, cause essentielle du problème auquel doit faire face l’humanité. De même, aucun appel n’y a retenti pour rappeler le devoir urgent d’apporter le salut en Jésus-Christ aux pécheurs, qu’ils soient opprimés ou oppresseurs. »

Il faut en être conscients. C’est à ce genre de christianisme que beaucoup de chrétiens accordent leur aide et leur argent. On dit que depuis 1972, le Conseil œcuménique a mis 1,2 millions de dollars à la disposition des mouvements africains de libération, et qu’il a incité les Eglises à appuyer les mouvements révolutionnaires et de résistance dans leur lutte contre le racisme, Le Daily Telegraph, journal londonien, a lancé un avertissement au public en écrivant à ce sujet dans un de ses éditoriaux : « Il fut un temps où c’étaient les missionnaires qui recevaient notre aide… maintenant ce sont d’obscures organisations de Zambie ou de Tanzanie portant comme noms de longs sigles. Elles déposent de nuit des explosifs. Elles sont les ennemies de la paix et de la prospérité. »

Il importe aussi de nous laisser instruire par ces Africains qui ont beaucoup à nous apprendre sur leur continent et ses problèmes essentiels. Nous devons mériter leur confiance en étant prêts à les écouter et à leur prouver notre amour en restant sans cesse prêts à l’action. Quand les amis de Job allèrent le voir dans sa misère profonde, ils s’assirent pendant sept jours sans rien dire. Ensuite seulement ils commencèrent à parler et gâchèrent alors leur visite : C’est ce que nous faisons en Afrique. Nous essayons de secourir avant d’avoir écouté et avant d’avoir assez appris.

PRÊT À SOUFFRIR

Etes-vous prêt à souffrir pour l’Afrique ? Etes-vous vraiment disposé à payer de votre personne pour contribuer à la victoire dans la bataille pour l’Afrique ? Si oui, vous pourrez le faire, et vous le ferez, même si vous ne deviez jamais quitter votre ville.

Je l’ai déjà dit, la tâche principale que Dieu m’a confiée pendant toutes ces années, c’est de m’occuper de l’Eglise martyre. J’ai la certitude que les chrétiens qui vivent dans la liberté sont responsables de ceux qui sont dans l’esclavage. Sans doute est-ce également la volonté de Dieu, Père céleste. Il est tout spécialement près de ceux de Ses enfants qui souffrent. J’ai cinq enfants et je les aime tous également. Mais si l’un d’eux devait tomber malade, ma femme et moi, nous nous occuperions surtout de lui, ce qui serait normal. Il en est ainsi des enfants de Dieu. Non seulement le Dieu d’amour ne négligera aucun de ceux qui passent par l’épreuve, mais au contraire, il leur accordera un soin tout spécial.

La moitié de la population mondiale se trouve actuellement derrière les barbelés. Dans ce pays, on les empêche de servir Dieu et la liberté n’existe pas. Il est invraisemblable que nous tous, vivant dans des pays où la liberté nous est assurée, nous soyons tant absorbés par nos propres affaires que nous en oubliions nos frères et sœurs dans l’épreuve. Il faut qu’ils sachent que nous les aimons, et que nous pensons chaque jour à eux. Ceux qui sont en prison au Mozambique doivent savoir que nous les aimons. Il faut aussi que ceux qui craignent pour leur vie en Angola aient la certitude que nous ne les oublions pas, mais que nous les présentons au Seigneur dans la prière. Il importe que nous arrivions à eux, même si nous devons franchir les frontières sans visa, pour leur apporter des bibles, du matériel et la preuve de notre amour fraternel. Nous devons aussi leur rappeler qu’eux et nous, nous faisons partie du Corps du Christ et qu’ils ne sont pas oubliés. Il ne saurait exister deux sortes de chrétiens : ceux qui paient le prix et ceux qui s’en dispensent ; ceux qui vivent dans les épreuves et ceux qui sont habitués au luxe ; ceux qui portent leur croix et ceux qui se reposent parmi « les parterres de fleurs ». Nous devons accepter de partager la souffrance de l’Eglise en captivité, si nous sommes vraiment enfants de Dieu. Nous devons être prêts à subvenir à ses besoins en souffrant avec elle. Nous ne pouvons nous contenter de prier superficiellement pour l’Eglise qui souffre. Notre intercession pour elle ne saurait être simplement une partie d’une liste de requêtes que nous présentons à Dieu de manière monotone. La Bible nous enseigne que nous pouvons réellement prier pour nos frères de manière à participer vraiment à leurs souffrances. Nous qui vivons dans des pays libres, nous ne sommes pas obligés de rechercher la souffrance, mais nous pouvons accepter de souffrir avec ceux qui passent par l’épreuve. Il est possible de s’identifier avec eux, de telle manière que nous souffrions avec eux en esprit (Hébreux 10.32-33). Ceci est un message d’espérance pour nos églises occidentales qui ne connaissent pas à quel point elles sont privilégiées. Nous avons tout en abondance, la liberté et le confort. Nous nous complaisons dans les avantages qui sont les nôtres à l’Ouest. Quand nous entendons parler des terribles souffrances que les autres doivent subir, nous nous sentons coupables et gênés par l’abondance de nos privilèges. Mais éprouver une telle culpabilité n’a rien de positif. Ce n’est pas vous qui avez choisi de naître là où vous êtes venus au monde. Vous ne pouvez pas non plus courir à la prison la plus proche pour demander au gardien de vous y enfermer pour l’Eglise. Mais il y à cependant une chose positive que vous pouvez faire : demander à Dieu de vous charger des besoins de l’ Afrique au point que vous en souffriez réellement, concrètement. Acceptez-vous de le faire ? Par exemple, ce soir avant de vous endormir, accepterez-vous que Dieu vous fasse éprouver douloureusement la peine de Marie Luwum ? Acceptez-vous de partager la crainte dans laquelle vivent les chrétiens qui doivent se cacher, ou la solitude de ceux qui sont en exil ?

Si vous consentez à partager les souffrances des membres de l’Eglise sous la Croix, alors votre prière pour eux parviendra jusqu’au cœur de Dieu. C’est l’unique condition. La prière d’intercession a une puissance incalculable. Son pouvoir est réel, mais elle doit être accompagnée de l’engagement personnel dont je viens de parler. Votre prière d’intercession concourra-t-elle à améliorer la condition de l’Eglise en Afrique ? Sans aucun doute : un passage de la Bible (Hébreux 13.3, 18-19) indique clairement que la prière d’intercession peut aider à faire sortir les gens de prison. La durée de la condamnation n’est pas déterminée par le juge, bien qu’il puisse le croire, mais par ceux qui prient. Pour que les prières d’intercession soient utiles, il ne suffit pas de les prononcer de temps à autre, sans se concentrer sur ce que l’on fait. Asseyez-vous et tenez vous tranquille. Essayez de chasser toute pensée étrangère. Attendez que vous puissiez vraiment voir cette personne dans sa cellule, ou ailleurs, et alors mettez-vous à prier pour elle comme si elle était votre fils ou votre propre père. Dieu exaucera une telle prière.

Si vous désirez prier ainsi, efforcez-vous d’être un avec le frère persécuté. Nous sommes tous membres d’un seul corps. Si un homme se fait mal au pied, c’est sa bouche qui criera. En Afrique, les chrétiens sont frappés, tourmentés, torturés, mais ils ne peuvent parler. Nous pouvons le faire pour eux. Nous devons pleurer avec eux, jeûner avec eux, et même, si possible, aller jusqu’à eux.

Cela sert-il à quelque chose ? Aïda Skripnikova a été condamnée à trois ans de prison pour avoir distribué de la littérature évangélique. Pendant qu’elle subissait sa peine, à Léningrad, nous lui avons envoyé un petit paquet de chocolat. Les autorités pénitentiaires le lui annoncèrent, mais refusèrent de le lui transmettre. Après sa libération elle put s’entretenir avec nous. Elle nous avoua que d’entendre parler de ce chocolat que nous lui avions envoyé lui fit autant de bien que si elle l’avait vraiment reçu. Cela lui rappelait que d’autres pensaient à elle. Ainsi, malgré tout, notre geste ne fut pas vain. Je crois fermement en la valeur de l’intercession, car j’ai parfois été parmi ceux qui en avaient besoin. Il y eut des moments de ma vie où j’étais déprimé, malade ou fatigué. Subitement, sans en connaître la raison, je me suis senti encouragé, j’ai reçu comme un contact physique, un renouvellement spirituel. Je sus alors que quelqu’un priait pour moi, quelque part, à ce même moment, et que Dieu entendait cette prière. Dieu répondra à votre prière et permettra que votre force passe de vous à votre frère dans la peine. Mais il faut d’abord que vous soyez prêt à souffrir pour lui, avec lui.

PRÊT À DONNER

Comment pouvez-vous aider à gagner la bataille pour sauver l’Afrique ? En donnant.

Mais avant que vous sortiez votre carnet de chèques, permettez-moi de vous expliquer de quelle générosité il s’agit. Je ne pense pas à une simple question d’argent. Il ne me semble pas que Dieu ait beaucoup d’estime pour les « chrétiens qui manient leur carnet de chèques », qui prennent un peu de leur superflu dans leur compte en banque pour le mettre dans une enveloppe pour les Missions. Cela, c’est la chose la plus facile à faire. Celui qui donne quelque chose doit être engagé personnellement par ce geste, pour que Dieu puisse honorer ce qu’il a donné.

Les Américains sont le peuple le plus généreux du monde. Ils sont même trop généreux. Ils ont un cœur si généreux et ils sont si sentimentaux que parfois c’est poussés par l’émotion qu’ils donnent, mais non pas avec intelligence. Dès qu’un appel les touche profondément, ils ouvrent automatiquement leur porte-monnaie. Mais cela ne saurait suffire. Sans doute devons-nous donner généreusement, mais il faut aussi le faire en pensant aux vrais besoins, ce qui sera le cas si nous prions. Si nous sommes certains que la bataille pour l’Afrique est un combat spirituel, c’est une absurdité de ne penser qu’aux problèmes de la pauvreté, de la nourriture, des orphelins, tout en négligeant totalement les sacrifices que nous devons faire pour soutenir l’œuvre d’évangélisation. Il importe qu’en donnant nous ayons la perspicacité indispensable pour contribuer vraiment au changement du système et de ne pas nous contenter de nourrir un enfant affamé. Nous devons savoir pourquoi il a faim et nous attaquer aux racines du mal. Il faut nous occuper des causes et non seulement des symptômes.

Les communistes ne donnent jamais de nourriture à ceux qui ont faim. Lénine a dit : « La Révolution ne doit pas avoir pour objectif de donner de l’argent au mendiant. Tout au contraire, il faut le rendre plus pauvre encore, afin qu’il ait plus de raisons de se révolter contre le système qui est responsable de sa misère. Occupez-vous de son esprit, mais non de son estomac. » Il y a là une leçon dont il importe que nous nous inspirions. Consacrons notre argent aux problèmes qui, une fois résolus, produiront un changement définitif. En même temps que vous nourrissez son corps, donnez à celui qui a faim l’Evangile, la Vérité, nourrissez également son âme.

Sans doute est-il important d’être généreux, mais prenons garde à la manière dont nous le sommes. Que ce ne soit pas un geste accompli bon gré mal gré, inspiré par une impulsion sentimentale, et non par la prière. Il est arrivé que Dieu me dise un certain jour de donner tout ce que l’on me demanderait pendant cette journée. Et je l’ai fait. Parfois, quand je prie le matin, l’Esprit Saint me rappelle tel passage de la Bible, par exemple Matthieu 5.42 : « Donne à celui qui te demande. » Quand j’ai reçu cette indication, je sais que je dois m’y soumettre. Cela s’est toujours produit. Un jour, je priais à Berlin avec un groupe de réfugiés. Alors que nous priions ensemble, ce verset m’a traversé l’esprit. Sur le chemin du retour, alors que je marchais dans une sombre ruelle, un homme sortit de l’ombre et me demanda mon argent. Cela ne me surprit pas le moins du monde. Je pris mon porte-monnaie et le lui tendis. J’ignore si c’était un ivrogne, un voleur ou qui que ce soit d’autre ; cela n’a d’ailleurs aucune importance. Je sais au contraire que pour une raison ou une autre c’était dans la volonté de Dieu qu’il ait mon argent. Et en continuant ma route je dis : « Loué soit Dieu », parce que cela prouvait qu’Il me prenait au sérieux.

Un autre jour, alors que j’étais à l’école biblique, je reçus le même ordre. Dans la même journée, un camarade me demanda de lui donner mon accordéon. J’avais toujours désiré en posséder un, et il n’y avait pas longtemps que j’avais celui-là. Néanmoins, je le lui donnai et j’en éprouvai une très grande joie. L’an dernier, participant à une rencontre missionnaire, j’eus de nouveau la même directive. Il en résulta que je donnai mes souliers à un missionnaire. Ils lui allaient parfaitement. Quand à moi, je retournai à ma chambre d’hôtel en chaussettes. Une autre fois un pasteur cubain vint m’accompagner à l’aérodrome de la Havane. En le quittant je lui dis : « De quoi avez- vous besoin, frère ? »

‘ D’une paire de souliers. ’

‘ Loué soit Dieu, frère : les voici. ’

J’enlevai mes souliers et les lui tendis. J’entrai dans l’avion en chaussettes, en route pour l’Europe. En partant, sans cesse j’entendis se répéter en mon esprit les dernières paroles de cet homme quand il reçut mes souliers :

« Maintenant, André, vous avez tout donné », dit-il avec conviction. « La dernière chose qu’il vous reste à offrir, c’est votre vie. »

Ce qui est essentiel, quand nous offrons quelque chose, c’est que ce soit personnel et que nous le fassions en réponse à une indication divine. Une méthode empirique me permet de savoir si ce que je donne est voulu de Dieu. Je me pose la question : « André, es-tu prêt à accorder ton aide chaque fois que Dieu te le demande ? ». Cela peut signifier que je doive aller dans une région lointaine. Vous devrez peut-être vous engager comme instituteur, comme technicien ou comme missionnaire. Mais acceptez-vous de faire ce que Dieu pourra vous demander pour aider l’Afrique ? Si vraiment vous êtes prêt à partir et que Dieu vous dise : « Non, n’y va pas : donne plutôt ce que tu aurais dépensé pour ce voyage », soyez d’accord et offrez cet argent à Dieu, Il vous bénira. Mais ne le faites pas si c’est seulement pour mettre votre conscience à l’aise ou pour pouvoir dire que vous avez fait votre part. Si vous êtes réellement prêt à aider selon la volonté de Dieu, et qu’Il vous demande de le faire en offrant votre argent, alors il n’y a pas à hésiter, c’est vraiment ainsi qu’il faut agir.

PRÊT À PARTIR

Ceci nous amène à l’exigence la plus difficile de toutes : vous pouvez jouer un rôle dans la bataille pour l’Afrique en étant prêt à y aller vous-même. Et c’est ici que chacun commence à dire : « Qui ? Moi ? ». Sans doute presque tous ceux qui liront ce livre penseront que d’aller eux-mêmes en Afrique est une suggestion absurde, car impossible à réaliser.

Mais au contraire c’est dans l’ordre des choses faisables.

La plupart des gens gagnent assez d’argent en cinq ans pour pouvoir couvrir les dépenses de la sixième année, à condition toutefois de s’en tenir aux dépenses strictement indispensables. Alors pourquoi ne pas déposer chaque année à la banque le cinquième de votre revenu et consacrer la sixième année à un travail bénévole en Afrique ? Vous en aurez alors les moyens : Il y a réellement des centaines, voire des milliers de maîtres d’école chrétiens qui pourraient enseigner pendant deux ans en Afrique, dans les pays anglophones ou francophones. La vie n’y serait pas aussi agréable que chez eux, mais ce serait une manière de servir. Lorsqu’on commença à construire un oléoduc en Alaska, on fit savoir que l’on y avait besoin de techniciens et d’ouvriers qui pourraient gagner gros en participant à ce travail. Pour gagner cet argent, il fallait accepter de vivre dans des conditions épouvantables : froid de loup, séparation d’avec les familles, et malgré cela les hommes arrivèrent sur ce chantier par milliers. Les chrétiens seraient-ils moins disposés à souffrir pour le Royaume que ceux qui cherchent à s’enrichir le sont pour gagner des dollars ?

Dans presque toutes les universités d’Afrique, on cherche des professeurs pour occuper des postes vacants. Le journal londonien « Times » publie chaque semaine des annonces venant des pays africains dits « fermés » et qui cherchent du personnel enseignant pour leurs universités. Un enseignant chrétien ne peut plus y pénétrer en tant que missionnaire, mais il y sera admis comme professeur. Il en va de même pour différentes catégories d’ingénieurs, de techniciens, de travailleurs qualifiés. Cette stratégie n’est certainement pas inconnue des révolutionnaires. Partout dans les pays sous-développés du monde, des professeurs d’université de gauche ont su profiter de cette occasion pour influencer les étudiants africains et asiatiques. Ayant vu ces annonces, ils n’ont pas hésité à s’engager. Pourquoi ne ferions-nous pas de même ? Les portes qui semblent fermées à l’Eglise restent souvent largement ouvertes à chaque chrétien pris individuellement. L’époque du travail missionnaire traditionnel sera bientôt révolue. Mes fils m’ont confié qu’ils désiraient devenir missionnaires. Je leur ai répondu : « Non ! Apprenez d’abord un métier. Ensuite vous partirez avec quelque chose à offrir à ceux chez qui vous irez. Cela les encouragera à prêter attention à votre Evangile. »

Un jour, des jeunes gens participant à un cortège politique à Pékin portaient des banderoles où était écrit : « Va là où la Révolution a le plus besoin de toi. » Tel devrait être le défi de l’Evangile de Jésus-Christ : « Va là où le Royaume a le plus besoin de toi. » Acceptez-vous de collaborer au combat pour sauver l’Afrique, même si cela implique que vous vous y rendiez vous-même ? Il y a beaucoup d’organisations qui se développent et qui ont besoin du concours des jeunes : Opération Mobilisation, Jeunesse en Mission, Croisade Universitaire pour Christ, Traducteurs de la Bible Wycliffe, par exemple. Toutes ont besoin de collaborateurs ; elles vous enverront, avec un petit salaire, dans des régions stratégiques de l’Afrique où vous serez utile. Une chose est certaine : si vous vous souciez vraiment de l’Afrique et que vous soyez vraiment prêt à y aller quel qu’en soit le prix, Dieu trouvera bien le moyen de vous y faire parvenir. Ce n’est pas à la légère qu’il impose des fardeaux aux hommes.

Le Père Walter Ciszek est un prêtre jésuite. Il a passé vingt-trois ans dans un camp de concentration en Sibérie. Il aurait pu en sortir beaucoup plus tôt, mais il a préféré y rester pour témoigner devant tous les autres et leur transmettre sa connaissance de l’Evangile. J’ai aussi connu des chrétiens chinois qui sont rentrés en Chine rouge avec le but précis de s’y faire arrêter afin de pouvoir prêcher et témoigner dans leur prison. « Il est très facile d’entrer en Chine », ont-ils dit, « à condition d’être d’accord de n’en plus ressortir ». C’est cette sorte de disciples chrétiens révolutionnaires qui peut vaincre n’importe quelle révolution humaine.

Les Blancs d’Afrique devraient se demander : « Est-il possible que nous soyons un jour vendus comme esclaves en Afrique noire ? Et si cela devait être, serions-nous prêts à l’accepter et à en profiter pour évangéliser l’Afrique, quoi qu’il puisse nous en coûter ? » Et nous, gens de l’Occident, nous devons nous poser cette question : « S’il n’y a pas d’autre moyen, accepterons-nous de renoncer à notre liberté et à notre mode de vie pour porter l’Evangile en Russie ou en Chine, si nous y sommes emmenés comme citoyens de nations conquises ? » Si nous sommes d’accord d’envisager une situation aussi grave, et si nous sommes prêts à accepter n’importe quoi sans toujours poser nos conditions, mais en disant tout simplement : « Seigneur, j’irai… », alors seulement nous serons sûrs qu’il sera impossible de perdre la bataille pour l’Afrique.

C’est un grave défi. J’ignore si je pourrai y répondre. Mais je prie Dieu chaque jour, lui demandant de me mettre dans cette position d’obéissance absolue et de m’y maintenir. Je pense à Abraham devant le sacrifice d’Isaac qui lui était demandé. Je sais que si je suis prêt à accepter le sacrifice absolu, alors je serai en état d’être employé par Dieu à son service.

C’est alors que nous pourrons nous présenter aux peuples d’Afrique en leur disant en toute franchise : « Nous voulons être vos serviteurs et non vos maîtres ; nous connaissons l’histoire de vos pays et nous en sommes désolés ; mais, Dieu en soit loué, cela n’est pas notre dernier mot. Nous pouvons ajouter à cela que nous vous aimons et nous sommes prêts à vous le montrer en partageant avec vous, côte à côte, la responsabilité de l’œuvre pour l’établissement de son Royaume. »

Alors avec l’aide du Seigneur, ensemble, nous gagnerons la bataille pour l’établissement en Afrique du Royaume de Dieu.

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