André Adoul évangéliste itinérant

Chapitre 10

Une plume à la portée de tous

“Je vous écris ceci, enfants :
vos péchés vous sont pardonnés à cause de ce que Jésus-Christ a fait.
Je vous écris ceci, pères :
vous connaissez celui qui est dès le commencement.
Je vous écris, jeunes gens :
vous avez vaincu l’esprit du mal.”

1 Jean 2.12-13

André Adoul n’aimait pas qu’on dise de lui qu’il était un écrivain, mais simplement un auteur. Il aimait les livres mais, à son grand regret, n’avait pas forcément beaucoup de temps pour s’y plonger dedans.161 Mais bien évidemment, le livre qu’il chérissait par-dessus tout était la Bible. Il a dit un jour, en toute modestie, qu’il l’avait lue de nombreuses fois et qu’il avait commenté par écrit les 66 livres qui la composent, et même certains d’entre eux plusieurs fois en plusieurs cycles en trente ans. Comme nous l’avons vu précédemment, il a particulièrement travaillé aux notes bibliques de la Ligue qui consistent en un bref commentaire des portions des écritures162 de façon à amener le lecteur à découvrir et méditer cette Parole de Dieu, réfléchissant sur son propre vécu. Celles-ci “furent en quelque sorte, mon institut biblique à la maison” disait André. Au fil des années de lecture il avait annoté sa Bible personnelle, preuve de sa persévérance et de son goût de l’étude des Saintes Ecritures. Un jour, au cours d’un déplacement dans Paris, il a malencontreusement oublié son précieux livre dans le métro. Cette perte l’a profondément affecté, car les annotations y étaient considérables et précieuses pour l’enseignant et le prédicateur qu’il était. Après quelques jours de réelle tristesse et de regrets, se souvient Alice son épouse, il a fini par accepter cette perte, reconnaissant et confessant en même temps, qu’il y avait mis trop mis son cœur. Cette expérience lui a fait comprendre que le Seigneur avait permis qu’il l’égare pour lui apprendre la leçon du détachement aux choses de ce monde.

161 Son auteur préféré était Michel Droit, romancier, journaliste, interlocuteur privilégié du Général de Gaulle lors des entretiens télévisés et membre de l’Académie Française.

162 Le cycle de lecture couvrait 5 années, à raison d’un petit commentaire par jour. André fut responsable des notes bibliques et pris en charge ce travail pendant 6 cycles environ. Il a souvent été confronté à la difficulté de trouver des collaborateurs capables de rédiger assidûment ces petites textes journaliers. A cause de cela, il en écrivit la plupart et, par modestie, signait certain d’entre eux du nom de Gustave Blonbel (pseudonyme utilisant le prénom de son père et le nom de sa mère).

André a toujours aimé l’écriture. Ses nombreux cahiers “d’écoliers”, garnissant sa bibliothèque et soigneusement numérotés, remplis de notes manuscrites, datant pour les premiers de 1945, témoignent de son souci quasi constant de travailler et retravailler encore la Bible, conscient que, malgré les années passées à son étude, il n’en tirerait jamais toute la divine substance et peut-être même d’en comprendre tous les récits. Un de ses amis de toujours, M. Chaix, se souvient que lorsqu’il le visitait dans son appartement parisien, il pouvait chaque fois voir sur son bureau des manuscrits prêts pour ce ministère de l’Ecriture. Ce travail herculéen aurait bien été allégé s’il était né quelques décennies plus tard, pour profiter de l’aide qu’apporte aujourd’hui l’informatique. A ce sujet, il su quand même en profiter pendant les vingt dernières années de sa vie. Et malgré son âge et ses habitudes, particulièrement en matière de rédaction, André s’y était rapidement fait. Il faut dire qu’il avait tout de suite ‘accroché’ et avait vite apprécié ce nouvel outil, comme en témoigne l’un de ses collaborateurs :

“Au début de l’année 1987, André et Alice nous invitent, mon épouse et moi, à déjeuner chez eux, à Chilly-Mazarin, en région parisienne. Pendant notre visite, André m’amène discrètement dans son bureau pour me montrer avec enthousiasme “un petit bijou”.163 Il s’agit d’un nouvel appareil de travail qu’il vient d’acquérir et qui facilite énormément son travail de rédaction d’ouvrages. Je découvre alors le tout premier ordinateur Macintosh et la démonstration qui m’est aussitôt offerte par son heureux possesseur me laisse à penser qu’il répondrait à merveille à mes besoins dans le même domaine. J’achète donc à mon tour un exemplaire de cet appareil qui trouve rapidement sa place dans mon bureau. Merci, cher André pour le bon tuyau !”164

163 André ne se désintéressait pas des nouvelles technologies. Le 2 mars 1969 fut réalisé le premier vol à Toulouse du supersonique Concorde. Cet événement n’est pas passé inaperçu pour lui, et en juin 1970, il s’est rendu au Bourget, sur le terrain d’aviation de Paris Nord. Ce moment fut inoubliable, mais aussi instructif pour lui, toujours à l’affût d’une leçon à apprendre : “Je désirais voir le Concorde. J’arrivai sur une piste couverte d’avions de tous calibres et de toutes origines. Une foule énorme — quelque 2 à 300 000 personnes — envahissait la pelouse et, le nez en l’air, frissonnait en suivant les acrobaties aériennes. Je m’approchai du Concorde D qui tenait haut son fuselage. Immobile sur ses longues “pattes”, il attendait le départ à 30 ou 40 mètres de la barricade. Je restai là, infatigable, pour suivre les préparatifs d’envol. Des techniciens vêtus de blanc s’affairaient sous ses ailes en triangle. Soudain, le micro annonça : Le Concorde britannique 002 va bientôt apparaître et sera rejoint par le français, 001. A l’instant même — quelle précision — je perçus le bruit de ses moteurs dans le lointain, puis je le vis grandir dans le ciel. Emu, je ne pus m’empêcher de penser au Seigneur qui allait bientôt apparaître sur les nuées mais seulement pour ceux qui l’attendent. Le 002 anglais était la copie conforme du Concorde français qui, dans un bruit énorme de moteurs, était allé se placer — en bout de piste pour voler à la rencontre de son sosie. Les applaudissements crépitaient. C’était un vrai jour de fête que le soleil illuminait. Quelques minutes plus tard, les deux appareils se croisaient au-dessus de nos têtes. Je fus impressionné par leur silhouette étrange ; ces deux prototypes, parfaitement identiques, ressemblaient à de grands oiseaux au bec redoutable. Deux nations avaient collaboré pour réaliser plus vite un appareil d’avant-garde. Ce qui est vrai — mais en plus petit — pour notre journal. Il est rédigé en partie en Suisse et en partie en France et en Belgique. Espérons que cette collaboration durera longtemps encore. (…) Apprenons à travailler avec les autres et puis, ensemble, tenons ferme jusqu’à ce que le Seigneur revienne. C’est en tous cas ce que j’ai appris au Bourget.” (André Adoul, Le jeune lecteur de la bible, Janvier-Mars 1970).

164 Maurice Decker, ancien collaborateur à France Evangélisation ; témoignage ; octobre 2010.

Que ce soit à travers son premier roman pour enfants sorti en 1955165, La valise introuvable, qui aura un franc succès166, suivit de Paton chez les mangeurs d’hommes (1959), André ne s’éloignera plus de l’écriture prenant toujours plus conscience du don qui était le sien aussi dans ce domaine.167 Don qu’avait fort justement remarqué son ami de l’époque, M. Snitselaar, qui lui écrivait un jour, comme pour lui ouvrir les yeux sur une autre manière d’exercer son ministère de proclamateur de l’Evangile : “Dieu ne t’a pas seulement donné la parole mais aussi l’art d’écrire. Si des livres de ta plume pouvaient courir le monde ton ministère n’en serait-il pas décuplé ?”168

165 Cette même année de 1955, André participe à un concours d’écriture et propose un livre ; il écrit le 10 août : Cher frère en Christ, le délais fixé pour la fin du concours étant dépassé depuis plus d’un mois, je me permets de vous réclamer quelques nouvelles. J’espère que tout s’est bien passé et que le dépouillement touche à sa fin. J’aimerais connaître où en sont ces opérations et si mon livre “Le Mystère de Pignon-Blanc”, a trouvé grâce eux gens du jury. Excusez mon impatience ! (…) J’attends de vos nouvelles (…)

166 Traduit en italien et portugais.

167 Les notes bibliques de la Ligue, le lecteur de la Bible pour les jeunes et les articles diffusés ça et là dans le monde évangélique. A noter que dans les années 90 à 92, André Adoul fut aussi rédacteur de la rubrique « Entretien » pour le journal Avènement.

168 Lettre de T. Snitselar à André du 22 février 1964.

André s’attellera donc à cette tâche en poursuivant simultanément la rédaction d’histoires pour enfants et des thèmes bibliques pour adultes, fruits de ses propres recherches spirituelles et de ses expériences personnelles vécues : Notes sur le livre de Josué (1950) ; Un homme dans la tour (1967) ; Notes Explicatives sur le Nouveau Testament (1972) ; Echec à la dépression (1975) ; Tourisme en Fraude (1977) ; L’île terrible (1978) ; Priorité à la liberté (1976) ; Je veux t’aimer (1977) ; Nos enfants169 (1979) ; Destination Ciel (1982) ; Dieu et mes sous (1983) ; Propos sur le temps (1986) ; Sa présence (1990) ; Foi et guérison (1994) ; Le servir en attendant (1997) ; Une offrande calculée (2002) ; La fin est proche (2002) ; Irréprochables devant sa gloire (2005).

169 Traduit en allemand, voir annexe 4.

Vous noterez qu’à travers les titres de ses ouvrages, André Adoul n’hésite pas à aborder des sujets difficiles voire périlleux, comme celui de son premier livre pour adultes, intitulé Échec à la dépression170. Ce titre a été l’objet de discussions et de correspondances entre André et son ami Théo Snitselaar, alors Secrétaire général de la Ligue, éditeur du dit ouvrage. “Je suis encore troublé par le titre que tu as choisi car celui de Entretien sur la dépression me semble plus approprié que Echec à la dépression. Ce dernier titre me semble trop péremptoire et un titre plus souple conviendrait mieux à un sujet aussi délicat. Peut-être qu’un autre que “Entretien…” conviendrait mieux, je ne peux pas l’imaginer tout de suite mais je ne voudrais pas que l’on trouve ton titre présomptueux et que par là-même on en limite l’efficacité. Pourrais-tu me dire assez rapidement ta pensée à ce sujet ?” En post-scriptum de la lettre tapée à la machine, il ajoute de sa main : “le dessinateur aime ton titre ‘Echec’”.171

170 Sorti en fin d’année 1975 ; aux éditions L.L.B. ; réédité plusieurs fois ; traduit en italien.

171 M. Snitselaar, lettre du 23 juin 1975 ; archives L.L.B.

Le livre est un réel succès. Les deux mille exemplaires du premier tirage se sont envolés en deux mois seulement ! A cette époque, le sujet n’est pas abordé, pour ne pas dire évité dans les milieux évangéliques, alors que tant de personnes souffrent, malheureusement souvent en silence, de dépression nerveuse. C’est ce qu’avait constaté André Adoul et qui l’avait encouragé à rédiger cet ouvrage, comme il l’écrit lui-même : “A l’occasion d’une retraite spirituelle, je fis allusion à la dépression au cours d’un exposé. Une simple allusion. Il en résulta une suite quasi ininterrompue de longs entretiens. Je constatai combien sont nombreux ceux qui sont ainsi éprouvés, même dans nos milieux chrétiens.”172 “Dans les différentes retraites auxquelles j’ai pris part (…) j’ai pu m’entretenir avec de nombreuses personnes dépressives. Dieu m’accorderait-il un ministère particulier auprès de tels malades ? Alors qu’il me forme pour cette tâche difficile car la détresse ne manque pas ! A ce sujet j’accepte de prendre contact avec tous ceux qui souffrent de dépression nerveuse…”173

172 André Adoul, Echec à la dépression, édition LLB, 1975, p. 7.

173 André Adoul, rapport d’activité de 1972.

Concernant le livre intitulé “Dieu et mes sous”, André n’hésite pas non plus à aborder ce thème avec clarté, honnêteté et sans pudeur, alors qu’il est tabou chez les chrétiens. L’ouvrage se veut pratique, pour amener le lecteur à réfléchir et méditer devant l’importance, l’esprit et les implications d’une libéralité selon le Seigneur. Dès les premières lignes, le ton est donné. André dénonce cette hypocrisie latente concernant l’argent : “Des confessions ! J’en ai entendues des centaines et de tout acabit, certaines étant des plus compromettantes : le vol, le crime, l’adultère… Et pourtant durant quarante années d’itinérance174, je n’ai pas trouvé sur ma route un seul chrétien qui ait osé me dire : “Je suis attaché aux richesses et dois reconnaître mon avarice. Après tout, j’aime les sous.”175 Lui-même, avec son humour qui le caractérisait, lorsqu’il usait de libéralité envers un collègue, il apposait au dos du chèque cette note : “une petite image pour ta collection”.

174 “J’étais serein durant mon activité au sein de la Ligue pour la lecture de la Bible, sans inquiétude. Certes, je savais que l’œuvre dépendait très largement des dons qu’elle recevait, mais elle était bien établie, favorablement connue et portée par de nombreux et fidèles croyants. En outre, s’attendant au Seigneur, son Conseil s’engageait à rémunérer ses collaborateurs, l’ouvrier méritant son salaire. Plus tard, j’ai pu expérimenter la vie par la foi sans jamais rédiger de circulaire : Etais-je, à cause de cela, hors de toute préoccupation financière ? Honnêtement, non !” Dieu et mes sous, édition L.L.B., 1983, p.21.

175 André Adoul, Dieu et mes sous, édition L.L.B., 1983, p. 9.

Dans la même pensée, la petite brochure intitulée “Une offrande calculée” qu’il fait éditer au début des années 2000, soit vingt sept ans après la parution du livre “Dieu et mes sous” André témoigne toujours de son souci d’interpeller les chrétiens pour les placer en face de leur responsabilité et de leur devoir envers Dieu, de plus en plus négligé à ses yeux. Lors de la parution de cette petite étude, il adresse aux responsables des églises qu’il a visitées cette lettre pour leur expliquer d’une part sa motivation et d’autre part la manière d’utiliser le fascicule :

“Cher collègue, beaucoup de chrétiens versent dans le tronc de l’Église un peu n’importe quoi, souvent la première pièce qui leur tombe sous la main, sans songer à qui est destinée leur obole. Aussi l’offrande est-elle souvent dérisoire, ce qui ne manque pas d’attrister le Seigneur ! Peut-être en est-il ainsi parce que les chrétiens n’ont pas été enseignés sur ce sujet important. Je le sais ! Il n’est pas facile pour le serviteur de Dieu de parler d’argent dans l’église, sans donner l’impression qu’il prêche pour sa propre bourse. C’est pour faciliter la chose que nous venons d’éditer une brochure que nous vous offrons gratuitement. Nous donnons donc avec ce fascicule (au dos de la couverture) quelques directives pour employer ces pages avec profit. Lors d’une réunion où le thème débattu sera “l’argent dans l’Église”, le trésorier ou le pasteur lira lentement et distinctement, page après page la présente brochure, tandis que les membres de l’Églises suivront sur le fascicule ouvert au bon endroit. On ménagera, avant de lire la page suivante, un temps de halte pour exprimer sa pensée ou poser des questions. A la fin, les chrétiens seront invités à prendre librement une décision (voir p. 15). Je reste à votre disposition pour vous envoyer autant de fascicules que vous désirez.”176

176 André Adoul, lettre du 17 juin 2002, archives familiales.

Tous ses écrits interpellent par des questions de bon sens, des affirmations et des anecdotes qui enrichissent et rendent vivantes les leçons spirituelles enseignées. “J’ai cru devoir citer de nombreux faits afin de rendre l’exposé plus attrayant et sa lecture plus facile. Confucius n’affirmait-il pas qu’une illustration vaut plus que mille mots ? Je le crois aussi… C’est pourquoi il convient surtout de retenir l’enseignement qui se dégage de chaque anecdote.177 Celles-ci témoignent de la répartie d’André dans ses nombreux entretiens, particulièrement aux sorties de réunions publiques, qui avaient l’avantage de couper court à la discussion tellement la leçon était évidente, comme en témoigne le fait suivant :

177 André Adoul, Dieu et mes sous, éditions LLB, p. 6.

“Je citais cette confession de l’apôtre Paul lors d’une conférence dans une salle de mairie en Bretagne : “Ce qui est bon, je le sais n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair : j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi”178 A la sortie, je fus accosté par un auditeur presque indigné :

178 Romains chap. 7.18-21.

— Ah, non ! Je ne suis pas d’accord avec vous lorsque vous affirmez qu’il n’y a rien de bon en l’homme, qu’il est incurable, incapable d’aucun bien. Mais réfléchissez donc ! Lorsque je porte secours à une veuve ou vais scier le bois de ma voisine fort âgée, dois-je me convaincre que c’est mauvais ? En parlant ainsi, je crains que vous ne découragiez les braves gens.

Pris de court par ces propos, j’hésitai un instant. Puis, sans doute inspiré, j’enchaînai :

— Cher monsieur, pensez à une maman qui vient d’être abandonnée par son mari, elle et ses quatre enfants. Iriez-vous féliciter l’infidèle si vous apprenez qu’il porte secours à une veuve ou va scier du bois d’une vieille dame impotente ? Et quelle réponse recevriez-vous de sa victime si vous allez lui dire : “Madame, quel bon mari est le vôtre ! C’est un homme de cœur qui vient en aide à ses voisins dans la peine…” Que répondra-t-elle ? Aussi longtemps que mon mari ne met pas sa vie en ordre avec moi, le bien qu’il prétend faire n’a aucun valeur à mes yeux. L’indignation de cette épouse blessée fera écho à vos propos élogieux. Les prétendues bonnes actions de l’infidèle ne cacheront pas son inconduite. Elle ne le dispenseront pas de reconnaître ses torts, de changer de vie et de retourner vers sa femme pour implorer son pardon et reprendre, si elle y consent, la vie commune.”179

179 André Adoul, archives personnelles.

Cette réponse, aussi directe, manifestait le souci de l’évangéliste qu’il était, d’interpeller en toute occasion ceux de sa génération et les faire ainsi réfléchir sur cette question essentielle de l’existence de Dieu et de notre comportement envers Lui. Comme ce fut le cas quelques années auparavant : “Je reçus un jour une lettre,180 un brin impertinente et le ton ne m’incitait guère à y donner suite :

180 Lettre datée du 6 avril 1960.

“Pour commencer je vais rapidement me présenter. Sexe féminin ; âge 17 ans. Niveau d’instruction : En seconde… Je suis dans une période de doute et de questions. C’est assez grave. J’ai opté pour l’indifférence car je n’ai pas trouvé de raisons valables pour croire en Dieu… ni pour être sûre que Jésus-Christ est le Messie et non un faux prophète. Je vous scandalise ? Allons du calme. Vous devez vous dire : “Encore une imbécile qui n’a rien compris à la Bible, au salut (avec un grand S), à la mort sur la Croix et à la résurrection ! Il n’y a rien à comprendre. Il n’y a qu’à accepter bêtement ce qu’un tas de gens ont dit avant vous, qu’à s’émouvoir, s’attendrir devant quelque chose qu’on ne cherche pas à comprendre : La Création :! L’amour de Dieu ! Le Christ ! La passion ! La résurrection… Voilà. C’EST LA SOLUTION FACILE ! Le tout est de pouvoir s’exalter suffisamment devant ces hypothèses pour être amené à un état d‘extase et de volonté qu’on appelle : FOI. C’est simple. Pas besoin de réfléchir. Moi je me suis fait une raison pour ne pas y croire purement et simplement. Mon esprit critique n’admet pas cela. Je me suis dit que c’est le besoin impérieux d’un idéal qui a poussé les hommes à personnifier ces puissances supérieures ou à en inventer d’autres. Mais, me direz-vous, et la Bible ? Bien sûr, la Bible ! Mais qui a écrit la Bible, pour commencer ? Des hommes, des hommes avant tout capables de se tromper. Est-ce qu’il a vu Dieu celui qui a écrit : Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre ? Et qu’est-ce qu’il en sait ? Il raconte la création comme s’il en avait été le témoin oculaire ! Franchement ! Ou croyez-vous que Dieu lui a fait des confidences ?

D’ailleurs, on n’y comprend rien souvent. Qui est-ce qui comprend l’Ancien Testament ? C’est un fatras d’incohérences et de contradictions. Naturellement, on en lit et commente des extraits. Et il y en a qui se dépêchent de prendre au pied de la lettre tout ce qui est dit. Alors vous voyez ce que cela donne ? Et vous vous étonnez que je me pose des questions, que je doute, moi qui essaie d’y voir clair ? On ne peut pas y voir clair, d’ailleurs, c’est impossible. CELA NOUS DÉPASSE. Mais il y a Jésus. Qui était cet homme ? En supposant que le Nouveau Testament dise vrai, c’est le Fils de Dieu, le Sauveur, le Messie… Pouvez-vous me prouver le passage du Christ sur la terre, sans vous servir de la Bible ? Non, n’est-ce pas. Il n’a pas laissé de trace. Aucun indice. Le Christ ? Ni vu ni connu. Les païens adorent Dieu dans la nature. Un tas d’autres religions que j’ignore ont encore d’autres conceptions. Comment en sortir ? Qui est dans le vrai ? Les autres religions ont aussi leur livre !

Ce que j‘attends de vous ! La preuve pratique que la Bible est vraie. Une vague allusion sur les auteurs. Une explication générale de ce qu’elle contient — Dieu. Qui a vu Dieu ? Qui est-ce ? Comment est-il par rapport à nous ? — Le Christ. Son passage certain sur la terre. N’importe quel homme possédé n’aurait-il pas pu faire ce qu’il a fait ? Si vous n’êtes pas capable de me donner une réponse réfléchie, saine, venant de vous-même, avec des mots de tous les jours et non des phrases tirées de la Bible, si vous n’êtes pas capable de me convaincre, en un mot, je renonce à tout. Votre conscience professionnelle — puisque votre profession est de sauver les âmes — vous obligera à réfléchir, à me répondre. Faites attention à ce que vous direz. Je n’accepte pas les phrases triviales. Excusez cette franchise, mais tâchez d’en sortir. Répondez-moi, je vous en conjure… ou confiez à d’autres ce soin… j’aimerais avoir l’opinion d’un homme intelligent…

Sincèrement à vous, dans l’attente… etc.”

La réponse d’André Adoul dut surprendre la jeune fille. Voici ce qu’il lui a répondu :

“Mademoiselle, je suis incapable de vous prouver l’existence de Dieu pas plus que je ne puis vous démontrer que la Bible est le livre inspiré dans lequel il parle. Mes meilleurs arguments ne vous convaincraient pas. Au contraire, ils vous ancreraient dans votre incrédulité et assureraient votre triomphe. Vous concluriez en jubilant :

— Je l’ai eu. En voilà un autre qui n’a pu m’éclairer. J’ai donc bien raison de douter.

Pour moi, je vois Dieu partout et je fais l’expérience que la Bible est de Dieu. Elle m’avertit et me console. C’est le livre qui a sauvé mon âme. Quant à vous le prouver… je ne le puis. Cependant, mademoiselle, je ne capitule pas. A mon tour de vous demander : Vous, démontrez-moi que Dieu n’existe pas ! Que la Bible n’est pas Sa Parole. J’attends vos arguments. Une réponse intelligente. Soyez droite jusqu’au bout. Vous non plus vous ne pouvez pas me fournir des preuves irréfutables, convaincantes sur de telles questions. Avec la différence que vous n’êtes pas sûre dans votre incrédulité. Alors je vous demande : Et si Dieu existait ! Avez-vous réfléchi à votre situation, dans ce cas ? Ignorer le Créateur ! Perdre sa vie et perdre son âme ! Eternellement ! C’est trop grave pour décider avec désinvolture qu’on opte pour l’indifférence. Au contraire, de telles pensées devraient vous inciter à CHERCHER Dieu plutôt qu’à vous persuader qu’il n’existe pas.

Et puis, réfléchissez ! Voici une bouteille de vin rouge sur la table. On m’a dit qu’il était doux. Je l’ai goûté et je dis avec certitude : C’est vrai ! Vous, au contraire, vous exigez des preuves pour croire : — Démontrez-moi qu’il est doux. Je vous réponds : Impossible. Si vous voulez être au clair, goûtez le vin. Suis-je un sot en raisonnant ainsi ? Goûtez la Bible, lisez-la avec un cœur ouvert et sincère et vous saurez avec certitude. Vous êtes dans une pièce obscure et je vous affirme qu’il y a quelqu’un dans la pièce. Est-ce raisonnable (puisque vous faites appel à votre raison) de déclarer : Il n’y a personne puisque je ne vois rien ? Soyez sage. Appelez ce quelqu’un et vous serez fixée s’il vous répond. De même pour Dieu. Appelez-le ! Dites lui : “Si tu existes, révèle-toi à moi. Je suis prête à être convaincue et à te suivre (…)”

Aussi franc et direct à l’oral qu’à l’écrit, André Adoul se battait inlassablement pour que cette Vérité spirituelle, qui avait transformé sa propre vie, puisse en changer beaucoup d’autres.

chapitre précédent retour à la page d'index chapitre suivant