Si Dieu opère toutes choses d'après le conseil de sa volonté (Ép. 1.11), il est tout à fait indiqué, après une discussion sur la personne De Dieu, de présenter les œuvres de Dieu. Avant de pouvoir faire cela cependant, il nous faut analyser les décrets de Dieu.
Les décrets de Dieu peuvent être définis comme le (dans un sens réel, toutes choses sont englobées dans un seul dessein) ou les desseins éternels de Dieu, fondés sur son conseil le plus sage et le plus saint, par lesquels il prescrit librement et immuablement, pour sa propre gloire, soit avec efficacité soit avec permission, tout ce qui se produit.
Cette définition comprend plusieurs éléments :
1. Les décrets constituent le dessein éternel de Dieu. Il ne fait pas ses plans ni ne les change à mesure que se développe l'histoire de l'homme. Il les a faits dans l'éternité et, parce qu'il est immuable, ils demeurent inchangés (Ps. 33.11 ; Ja. 1.17).
2. Les décrets sont basés sur son plus sage et plus saint conseil. Il est omniscient et sait par conséquent ce qui est le mieux, et il est absolument saint et ne peut donc pas avoir pour dessein quelque chose de mauvais (Es. 48.11).
3. Les décrets ont leur origine dans la liberté de Dieu (Ps. 135.6 ; Ep 1.11). Il n'est pas obligé d'avoir pour dessein quelque chose à l'extérieur de lui-même, mais s'il se propose quelque chose, il le fait sans contrainte. La seule obligation qui pèse sur lui sous ce rapport, c'est celle qui provient de ses propres attributs en tant que Dieu sage et saint. Ce n'est cependant que par une révélation spéciale de sa part que nous pouvons savoir s'il s'est proposé quelque chose à l'extérieur de lui-même ou non et, si oui, ce qu'il s'est proposé.
4. Il est omnipotent et capable de faire tout ce qu'il désire (Da. 4.35).
5. Les décrets ont pour but la gloire de Dieu. Ils ne visent pas principalement le bonheur des créatures, ni le perfectionnement des saints, bien que ces deux choses fassent partie de ses buts, mais la gloire de celui qui est la perfection absolue (No. 14.21 ; És. 6.3).
6. Il y a deux sortes de décrets : les efficaces et les permis. Il y a des choses que Dieu se propose et qu'il détermine également de faire arriver avec efficacité ; il y en a d'autres qu'il détermine simplement de permettre (Ro. 8.28). Mais même dans le cas des décrets permis, il fait tout concourir à sa gloire (Mt. 18.7 ; Ac. 2.23).
7. Et finalement, les décrets englobent tout ce qui se passe. Ils comprennent tout le passé, le présent et l'avenir ; ils englobent aussi bien ce qu'il fait arriver de façon efficace que ce qu'il ne fait que permettre (Es. 46.10ss.). "Autrement dit, avec une puissance et une sagesse infinies, Dieu a, de toute éternité, décidé, choisi et déterminé le cours de tous les événements sans exception pour toute l'éternité à venir."1
1 — Buswell, A Systematic Theology of the Christian Religion, I, p. 163.
Les Écritures enseignent que les événements de l'univers ne sont ni une surprise ni un désappointement pour Dieu, ni le résultat de ses caprices ou de sa volonté arbitraire, mais l'effet d'un dessein et d'un plan précis de Dieu :
L'Éternel des armées l'a juré, en disant : Oui, ce que j'ai décidé arrivera, ce que j'ai résolu s'accomplira... Voilà la résolution prise contre toute la terre, voilà la main étendue sur toutes les nations. L'Éternel des armées a pris cette résolution : qui s'y opposera ? Sa main est étendue : qui la détournera ? (Es. 14.24, 26ss.)
Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu'il avait formé en lui-même... En lui nous sommes aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant le plan de celui qui opère toutes choses d'après le conseil de sa volonté (Ép. 1.9-11)
Les décrets sont parfois présentés comme un seul décret : "appelés selon son dessein" (Ro. 8.28 ; voir aussi Ép. 1.11). Bien que les décrets puissent sembler être un grand nombre de desseins, pour l'intelligence divine ils ne sont en fait qu'un seul grand dessein qui comprend tout. Nous pouvons donc parler d'un univers plutôt que d'un multivers.
De plus, ils sont présentés comme éternels : "selon le dessein éternel qu'il a mis à exécution par Jésus-Christ notre Seigneur" (Ép. 3.11) ; "prédestiné avant la fondation du monde" (1 Pi. 1.20) ; "En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde" (Ép. 1.4) ; "selon son propre dessein, et selon la grâce qui nous a été donnée en Jésus-Christ avant les temps éternels" (2 Ti. 1.9) ; et "sur l'espérance de la vie éternelle, promise avant tous les siècles par le Dieu qui ne ment point" (Tit. 1.2). Comme le dit Shedd : "Les choses décrétées se produisent dans le temps et en séries successives ; mais elles constituent un grand système qui, en tant qu'un seul tout et une unité, était compris dans l'unique dessein éternel de Dieu".2
2 — Shedd, Dogmatic Theology, 1, p. 395.
Une claire compréhension des fondements sur lesquels ils reposent jette beaucoup de lumière sur la doctrine des décrets. Nous demandons spontanément pourquoi Dieu ne s'est pas contenté de limiter sa communion et son activité à la Trinité.
Il faut souligner que les décrets de Dieu n'ont pas vu le jour par nécessité. Dieu n'avait pas à se proposer quoi que ce soit et il n'était pas non plus limité par quoi que ce soit en dehors de lui-même en faisant ses décrets. Ce que Dieu a décrété, il l'a décrété librement, volontairement ; rien ne rendait ses décrets nécessaires. En outre, les décrets ne sont pas dus à de simples caprices ou à une volonté arbitraire. Dieu n'agit pas par simple impulsion émotionnelle ; il le fait toujours de façon rationnelle. Il ne fait pas toujours connaître ses raisons pour décréter une chose plutôt qu'une autre, mais nous pouvons être assurés qu'il y a toujours des raisons (Deu. 29.29). "Tu le comprendras bientôt" (Jn. 13.7) est un encouragement en ce que nous comprendrons un jour la signification de certains passages incompréhensibles et le mystère entourant certains actes de Dieu qui peuvent nous sembler confus. Dieu ne fait pas non plus preuve d'une volonté arbitraire. Certains déterministes extrêmes ont soutenu le caractère absolu de la volonté divine. Ils ont enseigné qu'aucun critère de valeur ne détermine la volonté de Dieu. Une chose est juste parce que Dieu le veut ainsi. Si cela est vrai, la mort de Jésus-Christ n'était donc pas rendue nécessaire par un principe quelconque en Dieu, mais simplement par la volonté de Dieu, et si Dieu avait voulu sauver l'homme sans la mort de Jésus-Christ, il aurait pu le faire en toute justice.
Les décrets de Dieu sont plutôt fondés sur son conseil le plus sage et le plus saint. Étant infiniment sage, connaissant la fin dès le commencement, sachant que le péché entrerait dans le monde (puisqu'il avait décidé de le permettre), sachant ce que serait la nature du péché et comment il devrait en venir à bout s'il voulait sauver quelqu'un, il s'appuya sur cette connaissance et cette compréhension pour établir ses plans. Étant parfaitement saint et incapable de partialité ou d'injustice, il fit ses plans selon ce qui était absolument juste. Il ne peut sauver le pécheur que si, en ce faisant, il peut demeurer absolument juste (Ro. 3.25). De cette manière, Dieu peut satisfaire son amour et sa justice (Ps. 85.11). C'est donc sur le fondement de sa sagesse et de sa justice qu'il a établi ses décrets, aussi bien les efficaces que les permis.
Quelle était la raison fondamentale de Dieu pour se proposer et entreprendre quelque chose à l'extérieur de lui-même ? Y a-t-il un but dans l'univers ? Si oui, quel est-il ?
Ce n'est certainement pas principalement le bonheur ni la sainteté des créatures. Cependant, Dieu cherche effectivement à favoriser le bonheur de ses créatures. Paul a dit à Lystre : "Quoiqu'il n'ait cessé de rendre témoignage de ce qu'il est, en faisant du bien, en vous dispensant du ciel les pluies et les saisons fertiles, en vous donnant la nourriture en abondance et en remplissant vos cœurs de joie" (Ac. 14.17). Dans sa lettre à Timothée, il a écrit : "Dieu... nous donne avec abondance toutes choses pour que nous en jouissions" (1 Ti. 6.17). Paul considérait les principes ascétiques des gnostiques, qui disaient : "Ne prends pas ne goûte pas ne touche pas !", comme "les ordonnances et les doctrines des hommes" qui avaient "une apparence de sagesse en ce qu'ils indiquent un culte volontaire, de l'humilité, et le mépris du corps, mais cela sans valeur réelle et ne sert qu'à satisfaire la chair" (Col. 2.21-23). Dieu cherche effectivement à favoriser le bonheur de l'homme, même le bonheur soi-disant extérieur, mais le bonheur est une fin secondaire, non première.
Et Dieu s'intéresse certainement à promouvoir la sainteté de ses créatures. Pour le prouver, nous n'avons qu'à remarquer qu'il créa l'homme "dans une justice et une sainteté que produit la vérité" (Ép. 4.24). Il exhorte l'homme à être saint comme il est lui-même saint (Lév. 11.44 ; 1 Pi. 1.16), il lui donna sa sainte loi comme norme de vie (Ro. 7.12), Christ mourut afin de pouvoir sanctifier le peuple (Ép. 5.25-27), et le Saint-Esprit est venu pour régénérer et sanctifier les hommes (Jn. 3.5 ; 1 Pi. 1.2). Bien que Dieu cherche à promouvoir la sanctification de ses créatures, ce n'est cependant pas son but le plus élevé.
Le but le plus élevé des décrets de Dieu, c'est sa propre gloire. La création le glorifie. David dit : "Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l'étendue manifeste l'œuvre de ses mains" (Ps. 19.2). Dieu déclare qu'il éprouvera Israël dans la fournaise de l'adversité et ajoute : "C'est pour l'amour de moi, pour l'amour de moi, que je veux agir ; car comment mon nom serait-il profané ? Je ne donnerai pas ma gloire à un autre" (És. 48.11). Paul explique que Dieu retarde le jugement parce qu'il "a voulu faire connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu'il a d'avance préparés pour la gloire" (Ro. 9.23), et qu'il a prédestiné les croyants "pour célébrer la gloire de sa grâce" (Ép. 1.6 ; voir aussi Ép. 1.12, 14 ; 2.8-10). Et les 24 anciens jettent leur couronne devant le trône de Dieu et disent : "Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, l'honneur et la puissance ; car tu as créé toutes choses, et c'est par ta volonté qu'elles existent et qu'elles ont été créées" (Ap. 4.11). La fin de toutes choses, c'est donc la gloire de Dieu ; et ce n'est que si nous adoptons cela comme notre vrai but dans la vie que nous vivrons sur le niveau le plus élevé et en pleine harmonie avec les desseins de Dieu.
Il serait égoïste pour l'homme de rechercher sa propre gloire, mais c'est parce que l'homme est pécheur et imparfait. Rechercher sa propre gloire serait rechercher à glorifier le péché et l'imperfection. Mais ce n'est pas le cas pour Dieu. Il est absolument sans péché et parfait en sainteté. Pour lui, avoir pour but sa propre gloire, c'est donc simplement chercher la gloire de la sainteté absolue et de la perfection sans péché. Il n'y a rien ni personne de plus digne d'être glorifié. En fait, Dieu vise en toute chose la gloire de celui qui est la manifestation de toute bonté, pureté, sagesse et vérité, et c'est également ce que nous devrions faire.
Dieu a décrété tout ce qui se passe. On peut diviser cela en quatre grandes catégories.
Dieu a décrété de créer l'univers et l'homme (Ge. 1.26 ; Ps. 33.6-11 ; Pr. 8.22-31 ; Es. 45.18). Dieu a décrété de fonder la terre (Ps. 119.90ss.) et les saisons (Ge. 8.22). Il a aussi décrété de ne plus jamais détruire la population de la terre par un déluge (Ge. 9.8-17). De plus, Dieu a décrété la répartition des nations (Deu. 32.8), la durée de leur existence et l'étendue de leur domaine (Ac. 17.20). Paul ajoute qu'il a fait cela afin "qu'ils cherchent le Seigneur, et qu'ils s'efforcent de le trouver en tâtonnant, bien qu'il ne soit pas loin de chacun de nous" (Ac. 17.27). Il a aussi décrété la durée de la vie humaine (Job 14.5) et notre façon de quitter ce monde (Jn. 21.19 ; 1 Co. 15.51ss. ; 2 Ti. 4.6-8). Tous les autres événements du domaine matériel et physique ont de même été décrétés et font partie de ses plans et desseins (Ps. 104.3, 14-23 ; 107.25, 29 ; És. 14.26ss.).
En parlant des décrets de Dieu dans ce domaine, nous sommes confrontés à deux problèmes fondamentaux : l'existence du mal dans le monde et la liberté de l'homme. Comment un Dieu saint peut-il permettre le mal et un Dieu souverain permettre à l'homme d'être libre ? Nous devons faire certaines hypothèses ou présuppositions :
Quant à l'ordre logique des décrets et à la manière dont le péché entre dans la volonté permise de Dieu, les théologiens ne sont pas tous d'accord. Certains disent que l'ordre logique est le suivant : Dieu a décrété :
1° de sauver certains hommes et de réprouver les autres,
2° de créer les deux,
3° de permettre la chute des deux,
4° d'envoyer Jésus-Christ pour racheter les élus et
5° d'envoyer le Saint-Esprit pour appliquer cette rédemption aux élus.
Ce point de vue est appelé le "supralapsarisme".
Un autre point de vue appelé l'"infralapsarisme" ou le "sublapsarisme" soutient que les décrets sont dans l'ordre suivant : Dieu a décrété :
1° de créer l'homme,
2° de permettre la chute,
3° d'élire certains des perdus au salut et de laisser les autres comme ils sont,
4° de pourvoir à un rédempteur pour les élus et
5° d'envoyer l'Esprit pour appliquer cette rédemption aux élus.
Ce point de vue enseigne une expiation limitée.
Une variation de la position ci-dessus, qui tient compte d'une expiation illimitée, se présente comme suit : Dieu a décrété :
1° de créer l'homme,
2° de permettre la chute,
3° de pourvoir en Jésus-Christ à une rédemption suffisante pour tous,
4° d'en élire certains au salut et de laisser les autres comme ils sont, et
5° d'envoyer l'Esprit pour assurer l'acceptation de la rédemption par les élus.
Cette dernière séquence semble être la plus en harmonie avec les Écritures en ce qu'elle tient compte de l'élection et d'une expiation illimitée (1 Ti. 2.6 ; 4.10 ; Tit. 2.11 ; 2 Pi. 2.1 ; 1 Jn. 2.2) tout en reconnaissant son efficacité particulière dans le cas des élus Jn. 17.9, 20, 24 ; Ac. 13.48 ; Ro. 8.29ss. ; Ép. 1.4 ; 2 Ti. 1.9ss. ; 1 Pi. 1.1ss.).
En essayant de comprendre plus complètement la place du péché et l'offre du salut au pécheur, il nous faut remarquer quatre choses.
1. Dieu a déterminé de permettre le péché. Bien que Dieu ne soit pas l'auteur du péché (Ja. 1.13ss.) et qu'il ne l'ait pas rendu nécessaire, il a toutefois décrété, sur le fondement de son sage et saint conseil, de permettre la chute et le péché. Il l'a fait à la lumière de ce qu'il savait être la nature du péché, de ce qu'il savait ce que le péché ferait à la créature et de ce qu'il savait ce qu'il devrait faire pour sauver quelqu'un. Il aurait pu empêcher le péché. S'il avait décidé de préserver la volonté des anges et des hommes de la chute, ils auraient persévéré dans la sainteté. Mais pour de sages et saintes raisons, que nous ne pourrons peut-être pas sonder pleinement (Ro. 11.33), il a décidé de permettre le péché. Que le péché ait été ainsi permis, bien que non rendu nécessaire, apparaît :
1° dans toutes les menaces de punition du péché (Ge. 2.17 ; Ex. 34.7 ; Ec. 11.9 ; Ez. 18.20 ; 2 Th. 1.7ss.),
2° dans les déclarations suivantes du psalmiste : "Dieu leur donna ce qu'ils avaient désiré" (Ps. 78.29) et "il leur accorda ce qu'ils demandaient ; puis il envoya le dépérissement dans leur corps" (Ps. 106.15) et
3° dans l'affirmation suivante de Paul : "Ce Dieu, dans les âges passés, a laissé toutes les nations suivre leurs propres voies" (Ac. 14.16 ; voir aussi Ac. 17.30).
2. Dieu a déterminé de faire concourir le péché au bien. Cette détermination est inséparable de celle de permettre le péché. Il a décrété de le permettre, mais aussi de le faire concourir au bien. Nous pouvons mentionner plusieurs choses pour prouver ce point. Joseph a dit à ses frères : "Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l'a changé en bien, pour accomplir ce qui arrive aujourd'hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux" (Ge. 50.20). Le psalmiste dit : "L'Éternel renverse les desseins des nations, il anéantit les projets des peuples ; les desseins de l'Éternel subsistent à toujours, et les projets de son cœur, de génération en génération" (Ps. 33.10ss.) et "L'homme te célèbre même dans sa fureur, quand tu te revêts de tout ton courroux" (Ps. 76.11). La tentative de Nebucadnetsar d'éliminer les trois Hébreux dans la fournaise ardente a abouti à la reconnaissance royale du Dieu des Hébreux et à la promotion des trois jeunes (Da. 3.19-30). Paul exprima sa confiance que son séjour en prison à Rome se terminerait par sa libération (Ph. 1.19ss.). Cela est dû au fait que Dieu est souverain, saint et sage.
Il semble évident que celui qui aurait pu garder le péché hors de l'univers peut aussi en régler et en contrôler la manifestation. Il a le droit et le pouvoir de dominer dans sa propre création. De plus, il hait le péché (Jér. 44.4 ; Am 5.21-24 ; Za. 8.17 ; Ap. 2.6) ; il ne peut pas permettre qu'il vienne contrecarrer ses desseins de sainteté ; il le fait donc concourir au bien. Paul était indigné des calomnies qui lui faisaient dire : "Et pourquoi ne ferions-nous pas le mal afin qu'il en résulte du bien ?" (Ro. 3.8 ; voir aussi Ro. 6.1). Dieu n'a pas permis le péché afin qu'il en résulte du bien ; il l'a plutôt permis pour d'autres raisons et il a décrété de le faire servir au bien. Finalement, il a la connaissance et l'intelligence pour le faire concourir au bien. Il sait exactement jusqu'où le laisser aller, comment le restreindre et comment le faire concourir à ses propres desseins de sainteté.
3. Dieu a déterminé de sauver du péché. Voici le cœur du problème. Tous les chrétiens s'accordent pour dire que Dieu a décrété de sauver les hommes, mais tous ne sont pas d'accord quant à la façon dont il le fait. Nous devons, sous ce rapport, nous rappeler particulièrement :
En reconnaissant ces trois présuppositions, les croyants évangéliques interprètent cette question d'une des deux façons fondamentales suivantes : certains considèrent l'élection comme dépendante de la prédestination divine, d'autres voient l'élection et la prédestination, en ce qu'elles ont rapport à la foi qui sauve, comme essentiellement inséparables.
Ces deux approches méritent d'être analysées.
a. Dans la première approche, l'élection est considérée comme cet acte souverain et bienveillant de Dieu par lequel il a choisi en Jésus-Christ, pour le salut, tous ceux qui, il le savait d'avance, allaient répondre favorablement à la grâce prévenante. Nous pouvons analyser cette position de la façon suivante. À l'origine, l'homme avait une liberté selon deux sens du terme : la liberté de mettre à exécution les ordres de sa nature et la liberté d'agir contrairement à sa nature. Il avait la capacité de pécher et celle de ne pas le faire. Lors de la chute, il perdit cette capacité de ne pas pécher (Ge. 6.5 ; Job 14.14 ; Jér. 13.23 ; 17.9 ; Ro. 3.10-18 ; 8.5-8). Il n'est maintenant libre que dans le sens où il peut faire ce que sa nature déchue lui suggère. Parce que l'homme n'a ni capacité ni désir de changer, Dieu a réagi par la grâce prévenante.
Cette grâce (parfois considérée comme faisant partie de la grâce commune ou universelle) rend au pécheur la capacité de répondre favorablement à Dieu (Ro. 2.4 ; Tit. 2.11). Cela est sous-entendu dans les rapports de Dieu avec Adam et Ève après la chute (Ge. 3.8ss.) et dans les nombreuses exhortations adressées aux pécheurs et les invitant à se tourner vers Dieu (Pr. 1.23 ; És. 31.6 ; Ez. 14.6 ; 18.32 ; Joë. 2.13ss. ; Mt. 18.3 ; Ac. 3.19), à se repentir (1 Ro. 8.47 ; Mt. 3.2 ; Lu. 13.3, 5 ; Ac. 2.38 ; 17.30) et à croire (2 Ch. 20.20 ; Es. 43.10 ; Jn. 6.29 ; 14.1 ; Ac. 16.31 ; Ph. 1.29 ; 1 Jn. 3.23).
À cause de la grâce prévenante, l'homme peut donner à Dieu une réponse initiale et Dieu lui donnera alors la repentance et la foi (Jér. 31.18 ; Ac. 5.31 ; 11.18 ; Ro. 12.3 ; 2 Ti. 2.25 ; 2 Pi. 1.1). Dans sa prescience, Dieu sait ce que les hommes feront en réponse à sa grâce prévenante, s'ils recevront "la grâce de Dieu en vain" (2 Co. 6.1) ou non. Ainsi la prescience n'est pas en elle-même causale. Il y a des choses que Dieu connaît d'avance parce qu'il s'est proposé de permettre qu'elles se produisent et d'autres parce qu'il voit d'avance ce que les hommes feront sans pour autant le leur faire faire. Dieu savait d'avance ce que les hommes feraient en réponse à sa grâce prévenante et il a élu ceux qui, il l'avait prévu, allaient répondre favorablement. De cette façon, l'élection suit la prescience. Dans l'élection, Dieu détermine :
a. de sauver ceux qui, il l'avait prévu, allaient répondre (1 Pi. 1.1ss.),
b. de leur donner la vie (Ac. 13.48),
c. de les mettre dans la position de fils (Ga. 4.5ss. ; Ep. 1.5) et
d. de les conformer à l'image de Jésus-Christ (Ro. 8.29ss.).
Bref, dans cette approche vers une solution, Dieu, par l'entremise de la grâce prévenante, donne à chacun la capacité de répondre s'il le veut. Dieu, connaissant d'avance ceux qui allaient répondre, les a élus au salut.
b. L'élection et la prescience sont inséparables et essentiellement semblables. Dans cette approche, on interprète l'élection différemment. L'élection peut ici être interprétée comme cet acte de Dieu par lequel il choisit, dans sa grâce et sans avoir vu d'avance aucun mérite, certaines personnes parmi les pêcheurs pour qu'elles deviennent les récipiendaires de sa grâce salvatrice spéciale. Cette position ne considère pas la grâce prévenante comme faisant partie de la grâce commune, ni la prescience comme une simple prévision. Il est vrai que la grâce commune s'adresse à tous (Ac. 14.17), que Dieu ne veut pas qu'aucun périsse (2 Pi.3.9), que l'expiation est illimitée (1 Jn. 2.2) et que l'appel au salut est universel (Ro. 10.13) ; néanmoins, les Écritures montrent très clairement que seuls ceux qui sont élus seront sauvés. Nous pouvons montrer de plusieurs manières le caractère raisonnable de cette affirmation. Dieu peut faire grâce à qui il veut (Mt. 20.12-15 ; Jn. 15.16 ; Ro. 9.20ss.). Il en choisit effectivement certains pour le salut (Ac. 13.48 ; Ep. 1.4 ; 2 Th. 2.13). La prescience n'est pas une simple prévision, mais inclut aussi un choix fait avec bonté et une relation (Ro. 8.27-30 ; 1 Pi. 1.1ss. ; voir aussi l'emploi de "connaître" dans les Écritures : Ex. 2.25 ; Ps. 1.6 ; Mt. 7.23 ; Ro. 11.2 ; Ga. 4.9 ; 1 Th. 5.12 ; 1 Pi. 1.20 ; 1 Jn. 2.3, 13). De plus, l'élection a eu lieu dans l'éternité passée (Ép. 1.4 ; 2 Ti. 1.9) ; Dieu a donné les élus à son Fils (Jn. 6.37 ; 17.2, 6, 9 ; 1 Pi. 2.9) ; le salut dépend de la volonté de Dieu, non de celle de l'homme (Jn. 1.13 ; 1 Jn. 4.10) ; et, finalement, la repentance, la foi et la sainteté sont toutes des dons de Dieu (Jn. 6.65 ; Ac. 5.31 ; 1 Co. 12.3 ; Ép. 2.28ss. ; 2 Ti. 2.25).
Il nous faut maintenant examiner les arguments contre cette approche de l'élection. On pourrait dire que cela est injuste pour ceux qui ne sont pas élus. Mais Dieu n'est pas injuste en condamnant ; le salut est par pure grâce. Nous devons louer Dieu de ce qu'il en sauve quelques-uns plutôt que de l'accuser de condamner les masses (Ps. 44.4 ; Lu. 4.25-27 ; 1 Co. 4.7). On prétend aussi que cela présente Dieu comme arbitraire. Mais le choix de Dieu n'est pas arbitraire ; c'est le libre choix d'un Dieu sage, saint et aimant. Cela implique-t-il la réprobation ? Non, Dieu permet simplement au pécheur de poursuivre la rébellion qu'il a lui-même choisie et qui aboutit à une condamnation éternelle (Os. 4.17 ; Ro. 9.22ss. ; 1 Pi. 2.8).
La doctrine de l'élection, quand elle est bien comprise, pousse le croyant à l'admiration (Deu. 32.4), au respect (Jér. 10.7), à l'humilité (Ro. 11.33), à la soumission (Da. 4.35) et à l'adoration (Ro. 11.33-36).
4. Dieu a déterminé de récompenser ses serviteurs et de punir les désobéissants. Dans sa bonté, Dieu a non seulement décrété d'en sauver certains, mais aussi de récompenser ceux qui le servent (És. 62.11 ; Mt. 6.4, 19ss. ; 10.41ss. ; 1 Co. 3.8 ; 1 Ti. 5.18). Ce décret trouve essentiellement son origine dans sa grâce. L'homme ne peut rien faire de plus que son devoir. Jésus a dit : "Vous de même, quand vous aurez fait tout ce qui vous aura été ordonné, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n'avons fait que ce que nous devions faire" (Lu. 17.10). Autrement dit, Dieu a droit à une obéissance absolue en toutes choses et en tout temps et il n'est nullement obligé de récompenser ceux qui observent parfaitement et constamment ses commandements. Mais dans sa grande bonté, il a décrété de récompenser ceux de ses enfants qui le servent. Certains ont parlé de cela comme de sa justice rémunératrice, en contraste avec sa justice distributive, mais le décret des récompenses est essentiellement dû à sa bonté et non à sa justice.
Par contraste, à cause de sa sainteté et de sa justice absolues, Dieu a décrété de punir les méchants et les désobéissants. Cela s'applique à Satan et à ses armées (Ge. 3.15 ; Mt. 25.41 ; Ro. 16.20 ; Ap. 20.13, 10) de même qu'aux hommes (Ps. 37.20 ; Ez. 18.4 ; Na. 1.3). Cette condamnation est, jusqu'à un certain point, infligée aux méchants au cours de leur vie (No. 16.26 ; Ps. 11.6 ; 37.28 ; És. 5.20ss. ; Jér. 25.31), mais la véritable condamnation est reportée au jour du jugement (Ps. 9.18 ; És. 3.11 ; Mt. 13.49ss. ; 25.46 ; 2 Th. 1.8ss. ; Ap. 20.11-15).
1. La famille et le gouvernement humain. Le décret fondamental dans ce domaine est celui de la famille et du foyer. Tout au commencement, Dieu a dit : "Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui" (Ge. 2.18). Par le fait qu'il ne créa qu'un seul homme et une seule femme, il indiqua que le mariage devait être monogame et indissoluble (Mt. 19.3-9). Tout au long des Écritures, la sainteté du mariage est reconnue (2 Sa. 12.1-15 ; Mt. 14.3ss. ; Jn. 2.1ss. ; Ep. 5.22-33 ; Hé. 13.4). Le décret du mariage implique le décret d'avoir des enfants (Ge. 1.27ss. ; 9.1, 7 ; Ps. 127.3-5) et d'établir un foyer (Deu. 24.5 ; Jn. 19.27 ; 1 Ti. 5.4 ; Tit. 2.5).
Le décret du gouvernement humain (Ge. 9.7ss.) lui est étroitement lié. Par décret, Dieu a fixé l'emplacement, la durée d'existence et les limites des nations (Deu. 32.8 ; Ac. 17.26). Il a de même institué les dirigeants des nations (Da. 4.34ss. ; Ro. 13.1ss.). Tous les dirigeants doivent reconnaître l'autorité souveraine de Dieu, rechercher sa volonté et la mettre en œuvre (Ps. 2.10-12). Si un dirigeant ne le fait pas et que les exigences de son gouvernement viennent en conflit avec les commandements de Dieu, ses sujets doivent alors obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes (Ac. 4.19ss. ; 5.29).
2. L'appel et la mission d'Israël. Dieu choisit Abraham pour qu'il devienne le chef d'un peuple particulier (Ge. 12.1-3). Il limita la lignée après lui à Isaac (Ge. 17.21), à Jacob (Ge. 25.23 ; 27.27-29) et aux douze fils de Jacob (Ge. 49). Il choisit Israël pour lui-même, pour en faire un royaume de sacrificateurs et une nation sainte (Ex. 19.4-6). Ce n'était pas un décret visant en premier lieu le salut mais une position et des privilèges extérieurs. Cette position et ces privilèges devaient cependant, par sa loi sainte et ses institutions divines, conduire Israël au salut et à un service acceptable. Était incluse dans ce dernier la solennelle responsabilité d'être une bénédiction spirituelle pour les nations qui l'entouraient (Ge. 12.2).
Mais Israël manqua misérablement à ses engagements envers Dieu. Dieu en espérait des raisins, mais la nation ne produisit que des raisins sauvages (Es. 5.1-7). En fait, les Israélites ont maltraité et mis à mort les représentants de Dieu qui exigeaient un fruit spirituel de la part du peuple. Comme conséquence, le royaume leur fut temporairement retiré en tant que nation (Mt. 21.33-43). Les branches naturelles furent coupées et les païens, les branches d'un olivier sauvage, furent greffées sur le tronc (Ro. 11.11-22). Un jour, Dieu regreffera les branches naturelles (Ro. 11.23-27 ; voir aussi Éz. 37.1-23 ; Os. 2.14-23). Entre temps, il y a encore aujourd'hui un reste selon l'élection de la grâce (Ro. 11.1-10). Tous ces décrets faisaient partie du décret original de Dieu.
3. La fondation et la mission de l'Église. De toute éternité, Dieu décréta la fondation et l'édification de l'Église, bien que ce fait ne fut pleinement révélé qu'au temps de Jésus et des apôtres. Le fait que Jésus déclara qu'il bâtirait son Église (Mt. 16.18) indique qu'elle n'existait pas encore à ce moment. Paul déclara que, bien que l'Église ait fait partie du dessein éternel de Dieu, sa nature n'en avait pas été pleinement révélée jusqu'à ce jour (Ép. 3.1-13). L'Église n'est donc pas un judaïsme amélioré (Mt. 9.14-17) mais une création tout à fait nouvelle. Dans l'Église, Dieu a fait un seul homme nouveau des Juifs et des païens (Ép. 2.11-15). Le dessein actuel de Dieu est d'appeler, du milieu des nations et du reste d'Israel, selon l'élection de la grâce, un peuple qui porte son nom (Ac. 15.13-18 ; Ro. 11.1, 30ss.). Le Saint-Esprit et l'Église sont les intermédiaires par lesquels il cherche à accomplir ce dessein (Mt. 28.19ss. ; Ac. 1.8). Quand ce dessein aura été réalisé, Jésus-Christ reviendra, prendra son peuple avec lui (Jn. 14.3 ; Ro. 11.25 ; 1 Th. 4.16-18), fera paraître l'Église devant lui (Ép. 5.25-27) et reviendra bénir et sauver Israël (Za. 12.10-13.1 ; Ro. 11.25-27).
4. Le triomphe final de Dieu. Dieu décréta de donner tous les royaumes du monde à Jésus-Christ (Ps. 2.6-9 ; Da. 7.13ss. ; Lu. 1.31-33 ; Ap. 11.15-17 ; 19.11-20.6). Quand il s'emparera de ces royaumes, il y aura également une "régénération" de la nature (Mt. 19.27-30 ; Ro. 8.19-22 ; voir aussi És. 35.1-10). La paix et la justice caractériseront son règne (Ps. 2.8ss. ; 72.1-19 ; Es. 9.5ss.). Cette première étape du triomphe de Dieu sur la terre durera mille ans (Ap. 20.1-6). Après la révolte finale de Satan et le jugement du grand trône blanc (Ap. 20.7-15), il y aura de nouveaux cieux, une nouvelle terre et la nouvelle Jérusalem (Ap. 21.1-22.5). Christ remettra alors le royaume à Dieu, c'est-à-dire au Père ; et le Dieu trinitaire, Père, Fils et Saint-Esprit, régnera alors pour l'éternité (1 Co. 15.23-28). Toutes ces choses ont été décrétées par Dieu et elles se réaliseront très certainement.