CHAPITRE XII
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Les œuvres de Dieu : son gouvernement souverain

Ayant montré que toutes choses ont leur origine dans les décrets ou les desseins de Dieu et que Dieu a créé tout l'univers matériel et immatériel, nous en venons ensuite à considérer la question du gouvernement de l'univers.

Dieu, en tant que créateur de toutes choses visibles et invisibles, et propriétaire de toutes, a le droit absolu de régner sur toutes (Mt. 20.15 ; Ro. 9.20ss.) et il exerce cette autorité dans l'univers (Ép. 1.11). Hodge a écrit :

Si Dieu est Esprit et, par conséquent, une personne infinie, éternelle et immuable dans son être et ses perfections, celui qui a créé et qui maintient l'univers, il en est de plein droit le souverain absolu... Cette souveraineté de Dieu est la raison de la paix et de la confiance de son peuple. Ceux qui lui appartiennent se réjouissent de ce que l'Éternel Dieu règne ; que ce n'est ni la nécessité, ni le hasard, ni la folie de l'homme, ni la méchanceté de Satan qui contrôle la suite des événements et tout ce qui s'y rattache.1

1 — Hodge, Systematic Theology, I, p. 440-441.

Les Écritures enseignent à maintes reprises que Dieu est souverain dans l'univers : "À toi, Éternel, le règne, car tu t'élèves souverainement au-dessus de tout !" (1 Ch. 29.11) ; "Notre Dieu est au ciel, il fait tout ce qu'il veut" (Ps. 115.3) ; "Malheur à qui conteste avec son créateur — Vase parmi des vases de terre — L'argile dit-elle à celui qui la façonne : Que fais-tu ? Et l'œuvre dit-elle à l'ouvrier : Tu n'as point de mains ?" (Es. 45.9) ; "Voici, toutes les âmes sont à moi ; l'âme du fils comme l'âme du père, l'une et l'autre sont à moi ; l'âme qui pèche, c'est celle qui mourra" (Éz. 18.4) ; "Tous les habitants de la terre ne sont à ses yeux que néant : il agit comme il lui plaît avec l'armée des cieux et avec les habitants de la terre, et il n'y a personne qui résiste a sa main et qui lui dise : Que fais-tu ?" (Da. 4.35) ; et "Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ?" (Mt. 20.15 ; voir aussi Ro. 9.14-21 ; 11.36 ; Ép. 1.11 ; 1 Ti. 6.15ss. ; Ap. 4.11). La souveraineté de Dieu implique la préservation et la providence.

I. LA DOCTRINE DE LA PRÉSERVATION

A. LA DÉFINITION DE LA PRÉSERVATION

Par préservation, nous voulons dire que Dieu, dans sa souveraineté et par une action continuelle, maintient en existence tout ce qu'il a fait, de même que toutes leurs propriétés et facultés. Cette définition implique qu'il faut distinguer la préservation de l'acte de création, car seul ce qui existe déjà peut être préservé, que la création objective n'existe pas par elle-même et ne se maintient pas elle-même ; et que la préservation ne consiste pas simplement à empêcher la destruction de ce qui a été créé mais une action continuelle de Dieu par laquelle il maintient en existence ce qu'il a créé.

B. LA PREUVE DE LA DOCTRINE DE LA PRÉSERVATION

La doctrine de la préservation peut être démontrée par la raison et par les Écritures. La matière n'a pas en elle-même la cause de son être. Elle est partout contingente, dépendante et changeante ; elle n'existe pas par elle-même et ne se maintient pas elle-même. Aucune force n'existe par elle-même ni ne se renouvelle elle-même, car partout la force implique l'existence d'une volonté qui l'exerce et la maintient. De nouveau, Dieu ne serait pas absolument souverain si quelque chose se produisait ou existait dans l'univers en dehors de sa volonté et de son pouvoir.

Les Écritures enseignent que, bien que Dieu se soit reposé après avoir complété l'œuvre de la création et avoir établi l'ordre des forces naturelles, il continue cependant son activité en soutenant l'univers et ses forces. Christ est l'agent médiateur dans la préservation, comme il l'a été dans la création. Certains passages bibliques parlent de façon détaillée de son activité de préservation. Par exemple, "C'est toi, Éternel, toi seul, qui as fait les cieux, les cieux des cieux et toute leur armée, la terre et tout ce qui est sur elle, les mers et tout ce qu'elles renferment. Tu donnes la vie à toutes ces choses" (Né. 9.6) ; "Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui" (Col. 1.17) ; "Le Fils est le reflet de sa gloire et l'empreinte de sa personne, et il soutient toutes choses par sa parole puissante" (Hé. 1.3).

D'autres passages bibliques mentionnent des choses précises qu'il soutient. Il soutient la création animée et inanimée : "Éternel tu soutiens les hommes et les bêtes" (Ps. 36.7) ; "Tu caches ta face : ils sont tremblants ; tu leur retires le souffle : ils expirent, et retournent dans leur poussière" (Ps. 104.29) ; "Il a conservé la vie à notre âme, et il n'a pas permis que notre pied chancelle" (Ps. 66.9) ; et "Car en lui nous avons la vie, le mouvement, et l'être" (Ac. 17.28). Dieu soutient également ses saints : "En protégeant les sentiers de la justice et en gardant la voie de ses fidèles" (Pr. 2.8) ; "Car l'Éternel aime la justice, et il n'abandonne pas ses fidèles ; ils sont toujours sous sa garde, mais la postérité des méchants est retranchée" (Ps. 37.28) ; "Je leur donne la vie éternelle ; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main" (Jn. 10.28).

C. LA MÉTHODE DE PRÉSERVATION

Bien que tous les théistes seraient d'accord pour dire que Dieu, d'une manière ou d'une autre, préserve tout ce qu'il a créé, ils ne s'accorderaient pas tous quant à la façon dont il le fait. En fait, deux des théories qui ont été avancées nient pratiquement la doctrine de la préservation.

1. La théorie déiste. Le déisme explique la préservation en fonction de la loi naturelle. Il soutient que Dieu créa l'univers et le dota de forces suffisantes pour assurer lui-même son existence. L'univers est donc un grand mécanisme qui se soutient lui-même et Dieu un simple spectateur du monde et de son fonctionnement, et n'exerçant aucune capacité directe pour le maintenir. Mais il s'agit d'une fausse hypothèse, car où peut-on trouver une machine qui peut se soutenir elle-même ? De plus, des preuves montrent que Dieu ne s'est pas retiré de l'univers. Les chrétiens croient que nous avons dans la Bible une révélation spéciale de Dieu, que Dieu s'est incarné en Jésus-Christ par une naissance miraculeuse, que la régénération est une œuvre surnaturelle de Dieu dans le cœur de l'homme, que Dieu répond aux prières et qu'il intervient parfois de façon miraculeuse dans les affaires du monde. Du point de vue chrétien, cette théorie est donc très insatisfaisante.

2. La théorie de la création continue. Cette théorie confond création et préservation. Le point de vue déiste soutient que tout est maintenu par la loi naturelle ; cette position-ci soutient que de temps en temps, Dieu crée l'univers et tout ce qu'il contient. Elle est fondée sur la conception que toute force est la volonté divine à l'œuvre. Elle ne laisse aucune place à la volonté de l'homme ni à l'exercice indirect de la volonté divine sous la forme de la loi naturelle. Cette théorie conduit nécessairement au panthéisme. Voici quelles sont les erreurs de cette théorie :

  1. elle fait de l'activité régulière dans la nature une répétition de la création plutôt que l'exercice indirect de la puissance de Dieu ;
  2. elle fait de Dieu l'auteur du péché en faisant de toute volonté sa volonté ;
  3. elle nie que l'homme soit un véritable agent moral douée d'autodétermination ;
  4. et elle supprime toute responsabilité morale.

3. La théorie de la concurrence. Cette théorie présente le point de vue biblique. Elle soutient que Dieu concourt à toutes les opérations de la matière et de l'esprit. Bien que la volonté de Dieu ne soit pas la seule force dans l'univers, aucune force ni personne ne peut continuer d'exister ou d'agir sans son concours (Ac. 17.28 ; 1 Co. 12.6). Sa puissance s'entremêle à celle de l'homme sans toutefois la détruire ni l'absorber. Les hommes retiennent leurs facultés naturelles et les exercent. Mais il est évident que, bien que Dieu soutienne l'esprit et le corps dans leur fonctionnement, il ne concourt toutefois aux actes mauvais de ses créatures qu'en tant qu'ils sont naturels, et non en tant qu'ils sont mauvais. Autrement dit, dans les actes mauvais, Dieu ne donne que la faculté naturelle ; c'est l'homme seul qui dirige mal ces facultés. Le fait que Dieu ait déclaré qu'il hait le péché prouve qu'il n'est pas la cause des actions mauvaises des hommes : "Ne faites pas ces abominations, que je hais" (Jér. 44.4) ; et "Que personne, lorsqu'il est tenté, ne dise : C'est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne. Mais chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise" Ja. 1.13ss. ; voir aussi Ha. 1.13).

II. LA DOCTRINE DE LA PROVIDENCE

Le point de vue chrétien affirme que Dieu a non seulement créé l'univers avec toutes ses propriétés et ses facultés, et qu'il préserve tout ce qu'il a créé, mais aussi qu'en tant qu'être saint, bienveillant, sage et omnipotent, il exerce également sur lui un contrôle souverain. Ce souverain contrôle est appelé providence.

A. LA DÉFINITION DE LA PROVIDENCE

Étymologiquement, le mot "providence" signifie prévoyance. Mais en domaine, le mode ace si unis ioni lacion opinie de Dieu pas laquelle il fait en sorte que tous les événements des domaines matériel, mental et moral accomplissent leur but, et ce but n'est rien d'autre que le dessein original de Dieu dans la création. Il est certain que le mal est entré dans l'univers, mais il ne peut pas contrecarrer le but original, bienveillant, sage et saint de Dieu.

B. LES PREUVES DE LA DOCTRINE

1. La nature de Dieu et l'univers. Étant donné que Dieu n'est pas seulement un être personnel, infini en sagesse, bonté et puissance, mais aussi le créateur et, par conséquent, le propriétaire de l'univers, on peut s'attendre à ce qu'il gouverne ce qui lui appartient. En tant que Dieu personnel et sage, on peut s'attendre à ce qu'il agisse de façon rationnelle ; en tant que Dieu bon, on peut s'attendre à ce qu'il ait à cœur les intérêts de ses créatures ; en tant que Dieu omnipotent, on peut avoir confiance qu'il a le pouvoir d'accomplir tous ses desseins. Le chrétien fonde en partie sa confiance dans le triomphe ultime du bien, sur sa conception de la nature de Dieu.

Comme preuve pratique de la croyance que Dieu exerce un gouvernement souverain sur sa création, nous remarquons que l'univers montre partout l'évidence d'une intelligence et d'un contrôle bien que cette intelligence ne soit pas dans la matière elle-même. Les moyens conviennent aux fins, aussi bien dans le monde visible que dans le monde invisible. Nous découvrons qu'un royaume s'adapte à un autre et le système solaire à notre monde pour ne former qu'un tout. Cette évidence d'une intelligence et d'un contrôle se voit également dans la constitution de l'homme. Notre sentiment de dépendance implique l'idée, non seulement que nous avons en lui notre origine, mais aussi que nous lui devons de continuer d'exister. C'est lui qui donne vie à notre âme ; quand il nous retire le souffle, nous mourons. On pourrait déduire la même chose de notre sentiment de responsabilité. Il implique que Dieu a le droit d'établir les lois de la conduite morale, qu'il connaît toutes nos voies et qu'il récompensera les justes et punira les injustes. Autrement dit, l'univers porte la marque du gouvernement souverain de Dieu sur lui.

2. L'enseignement des Écritures. Les Écritures parlent davantage de l'œuvre de Dieu dans la providence que de son œuvre dans la création. Elles montrent que Dieu exerce un règne souverain sur tout l'univers matériel, sur la création végétale et animale, sur les peuples de la terre et sur tous les individus.

a. Sur l'univers matériel. Les Écritures indiquent que Dieu contrôle tout l'univers matériel. Le soleil (Mt. 5.45), le vent (Ps. 147.18), les éclairs (Job 38.25, 35), la pluie (Job 38.26 ; Mt. 5.45), le tonnerre (1 Sa. 7.10), les eaux (Ps. 147.18), la grêle (Ps. 148.8), la glace (Job 37.10), la neige (Job 37.6 ; 38.22) et la gelée (Ps. 147.16) sont tous soumis à ses ordres. Les corps célestes, tels le soleil (Mt. 5.45) et les étoiles (Job 38.31-33), obéissent à sa volonté. Les montagnes sont transportées (Job 9.5), la terre tremble (Job 9.6) et le sol produit en fécondité (Ac. 14.17) sous son mandat. Il se sert des éléments bienfaisants comme expressions de sa bonté et de son amour, des éléments destructeurs comme instruments de sa discipline et de son châtiment. Les hommes devraient donc s'humilier dans les périodes de punition matérielle et se tourner dans la prière vers celui qui a tous les éléments en son pouvoir.

b. Sur la création végétale et animale. Toute créature vivante est entre les mains de Dieu (Job 12.10). Dieu s'occupe de la subsistance des plantes (Jon. 4.6 ; Mt. 6.28-30), des oiseaux (Mt. 6.26 ; 10.29), des bêtes (Ps. 104.21, 27ss. ; 147.9) et des poissons (Jon. 1.17 ; Mt. 17.27) et les contrôle également.

c. Sur les peuples de la terre. Dieu "domine sur les nations" (Ps. 22.29). Il leur donne de l'accroissement ou les fait périr (Job 12.23), les observe et les juge (Ps. 66.7 ; 75.8), établit ou détrône les dirigeants (Da. 2.37-39 ; 4.25), fixe les limites de leur territoire (Ac. 17.26) et utilise les nations et leurs chefs dans l'exercice de sa volonté (Es. 7.20 ; 10.5-15 ; 45.1-4). "Il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu" (Ro. 13.1).

d. Sur tous les domaines de l'existence de l'homme.
1° Sur la naissance, la carrière et la mort des hommes.
Dieu est activement à l'œuvre dans la vie de chacun avant même qu'il ne soit né (Ps. 139.16 ; Jér. 1.5) et accomplit ses desseins dans la vie de chacun (1 Sa. 16.1 ; Ga. 1.15ss.). Il en est ainsi que l'on s'en rende compte ou non (És. 45.5 ; Est. 4.14). Dieu pourvoit aux besoins des hommes (Mt. 5.45 ; 6.25-32 ; Ac. 14.17) et détermine le moment et les circonstances de leur mort (Deu. 32.49ss. ; Jn. 21.19 ; 2 Ti. 4.6-8).

2° Sur les succès et les échecs des hommes.
L'Éternel élève et abaisse les hommes (Ps. 75.8), renverse les puissants et exalte les humbles (Lu. 1.52), il enrichit et appauvrit (1 Sa. 2.6-8). Il intervient même dans le processus de pensée de l'homme (Pr. 21.1).

3° Sur les circonstances les plus insignifiantes.
Il s'intéresse aux passereaux et même aux cheveux de notre tête (Mt. 10.29ss.). Il détermine la façon dont le sort tombe (Pr. 16.33). Il donne ou refuse même le sommeil (Est. 6.1).

4° Sur les besoins de son peuple.
Il prend soin des siens (1 Pi. 5.7), donne la sécurité (Ps. 4.9), protège (Ps. 121.3), fait du bien (Ps. 5.13), soutient (Ps. 63.9), comble les besoins (Ph. 4.19) et fait, de façon générale, concourir toutes choses au bien de ceux qui l'aiment (Ro. 8.28). "Jamais on n'a appris ni entendu dire, et jamais l'œil n'a vu qu'un autre Dieu que toi fasse de telles choses pour ceux qui se confient en lui" (És. 64.3).

5° Sur la destinée des sauvés et de ceux qui ne le sont pas.
Il conduira le croyant jusque dans la gloire (Ps. 73.24) et, s'il tombe, l'Éternel le relèvera (Ps. 37.23ss.), mais le jugement de l'Éternel tombera sur les incroyants (Ps. 11.6).

6° Sur les actes libres des hommes.
Il travailla dans le cœur des Égyptiens pour leur faire obéir à ses ordres (Ex. 12.36) ainsi que dans le cœur de David (1 Sa. 24.18), d'Artaxerxès (Esd. 7.27), du croyant (Ph. 2.13), du roi (Pr. 21.1) et même de tous les hommes (Jér. 10.23). "Les projets que forment le cœur dépendent de l'homme, mais la réponse que donne la bouche vient de l'Éternel" (Pr. 16.1).

Comment les actions mauvaises des hommes entrent-elles donc dans le programme d'un Dieu souverain ? Dieu rend-il le péché nécessaire ? Plusieurs incidents sembleraient le montrer.

Si Dieu n'est pas l'auteur du péché (Ha. 1.13 ; Ja. 1.13 ; 1 Jn. 1.5 ; 2.16), comment expliquer ces incidents ? Quelle relation y a-t-il entre Dieu et les actions mauvaises des hommes ? On peut répondre à cela de quatre façons :

1° Dieu empêche souvent l'homme de commettre le péché qu'il avait l'intention de commettre. C'est ce qu'on appelle la "providence préventive". Dieu a dit à Abimélec : "Aussi t'ai-je empêché de pécher contre moi. C'est pourquoi je n'ai pas permis que tu la touches" (Ge. 20.6). David a prié : "Garde aussi ton serviteur des péchés commis avec fierté ; qu'ils ne dominent pas sur moi" (Ps. 19.14, Darby ; voir aussi Mt. 6.13). Dieu a promis de ne pas laisser le croyant être tenté au-delà de ses forces (1 Co. 10.13).

2° Dieu, au lieu d'empêcher activement l'homme de faire le mal, va parfois permettre au péché de suivre son cours. C'est ce que l'on appelle la "providence permissive". Dans Os. 4.17, Dieu dit : "Ephraïm est attaché aux idoles : laisse-le !". Dieu "a laissé toutes les nations suivre leurs propres voies" (Ac. 14.16 ; 2 Ch. 32.31 ; Ps. 81.13 ; Ro. 1.24, 26, 28).

3° De plus, Dieu fait appel à la providence dirigée. Il permet le mal, mais dirige la façon dont il s'accomplit. Jésus a dit à Judas : "Ce que tu fais, fais-le promptement" (Jn. 13.27). Ceux qui ont été mêlés à la crucifixion de Jésus-Christ ont fait ce que Dieu avait annoncé d'avance (Ac. 2.23 ; 4.27ss.). L'intention de l'homme était mauvaise, mais Dieu se servit de cette mauvaise intention pour accomplir sa volonté. Dieu se sert même de la colère des hommes pour sa propre gloire (Ps. 76.11 ; voir aussi És. 10.5-15).

4° Finalement, Dieu, par la providence restrictive, détermine les limites auxquelles le péché et ses conséquences pourront aller. Il a dit à Satan : "Voici, tout ce qui lui appartient, je te le livre ; seulement, ne porte pas la main sur lui" (Job 1.12 ; voir aussi Job 2.6 ; 1 Co. 10.13 ; 2 Th. 2.7 ; Ap. 20.2ss.).

Il est clair, d'après ces considérations, que les actions mauvaises des créatures sont entièrement sous le contrôle de Dieu. Elles ne peuvent se produire que par sa permission et seulement jusqu'au point où il le permet. Bien qu'elles soient mauvaises en elles-mêmes, il les fait concourir au bien. Ainsi la mauvaise conduite des frères de Joseph, l'obstination de Pharaon, la soif de conquête des nations païennes qui ont envahi la Terre sainte et ont finalement emmené le peuple en captivité, le rejet et la crucifixion de Jésus-Christ, la persécution de l'Église et les guerres et les révolutions parmi les nations ont tous servi au but et à la gloire de Dieu. Le fait que Dieu a changé le mal en bien devrait inciter ses enfants à lui faire confiance pour qu'il fasse la même chose avec le mal de la génération actuelle.

C. LES BUTS VISÉS PAR LA PROVIDENCE

Dieu gouverne le monde en vue du bonheur de ses créatures. Quand il tenta Ève, Satan laissa sous-entendre que Dieu essayait de priver Adam et Ève de quelque chose de bon (Ge. 3.4ss.) et, depuis ce temps, c'est ce qu'il s'est efforcé de faire croire aux hommes. En contraste, Paul dit : "Quoiqu'il n'ait cessé de rendre témoignage de ce qu'il est, en faisant du bien, en vous dispensant du ciel les pluies et les saisons fertiles, en vous donnant la nourriture avec abondance et en remplissant vos cœurs de joie" (Ac. 14.17). Jésus a dit que Dieu "fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes" (Mt. 5.45). Sa bonté a pour but de conduire les gens à la repentance (Ro. 2.4). Dieu recherche en particulier le bien-être de ses enfants, car le psalmiste a dit : "Il ne refuse aucun bien à ceux qui marchent dans l'intégrité" (Ps. 84.12). Et Paul a dit : "Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein" (Ro. 8.28).

Dieu gouverne aussi le monde en vue du développement mental et moral de la race. Il y a une éducation de la race mais ce n'est pas une éducation qui prend la place du salut. Tout le système lévitique avait un but éducatif ; il préparait la voie à l'introduction du véritable Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Ga. 3.24). Ce développement mental et moral s'est manifesté de différentes façons au cours des siècles chrétiens. On le voit dans l'élévation de la femme, l'érection d'hôpitaux, la mise sur pied de systèmes d'enseignement, l'abolition de l'esclavage, l'octroi d'une liberté religieuse, le développement de la technologie dans des domaines comme les communications et les transports, etc. Ce sont tous des développements humanitaires mais, même là, nous devons les faire remonter au gouvernement providentiel de Dieu dans le monde. Bien qu'ils aient en eux-mêmes une valeur temporelle, ils peuvent servir de moyens pour répandre l'Évangile.

Dieu gouverne le monde en vue du salut et de la préparation d'un peuple qui lui appartienne. Il a choisi Israël afin qu'il lui appartienne (Ex. 19.5ss.) et il a appelé l'Église dans le même but (Tit. 2.4 ; 1 Pi. 2.9). L'incarnation de Dieu en Jésus-Christ, sa mort expiatoire, le don et la venue du Saint-Esprit, la production et la préservation des Écritures, et l'institution de l'Église et de son ministère avaient tous pour but de sauver et de préparer ce peuple pour Dieu. Dans un sens très réel, la providence de Dieu vise la production et la préservation des saints (Ép. 3.1ss. ; 5.25-27). Il est également clair que Dieu accorde beaucoup de bénédictions à ceux qui ne sont pas sauvés à cause de la présence de son peuple parmi eux (Ge. 18.22-33 ; 2 Ro. 3.13ss. ; Mt. 5.13-16).

Le but primordial du gouvernement de Dieu, c'est sa propre gloire. Il gouverne dans le but de manifester ses perfections : sa sainteté et sa justice, sa puissance, sa sagesse, son amour, sa vérité. La providence de Dieu vise à faire connaître ces qualités de son être. Sa sainteté et sa justice sont manifestées dans sa haine du péché et son opposition à son égard ; sa puissance se manifeste dans son œuvre de création, de préservation, de providence et de rédemption ; sa sagesse, dans le choix des fins et des moyens pour atteindre ces buts ; son amour, dans le fait qu'il pourvoit aux besoins de ses créatures, particulièrement au salut des hommes par le don de son Fils ; et sa vérité, dans l'établissement des lois de la nature et de l'esprit, et dans sa fidélité à ses promesses. L'objet principal de son règne souverain, c'est donc la manifestation de sa propre gloire. Comme il le dit lui-même : "C'est pour l'amour de moi, pour l'amour de moi, que je veux agir ; car comment mon nom serait-il profané ? Je ne donnerai pas ma gloire à un autre" (Es. 48.11).

D. LES MOYENS UTILISÉS DANS L'EXERCICE DE LA DIVINE PROVIDENCE

Dans les affaires extérieures, Dieu se sert des lois de la nature. Par ces lois, il a établi les saisons et nous a assuré la nourriture pour notre subsistance (Ge. 8.22). Par celles-ci, il a également donné à l'homme l'instinct de conservation et le sentiment de sa responsabilité morale (Ro. 1.26 ; 2.15). Il supplémente parfois ces lois par des miracles. C'est ainsi qu'il a préparé et délivré Israël par un miracle (Ex. 14.21-31), il est venu au secours de son peuple en temps de guerre (2 Ro. 3.16ss.), il a délivré son serviteur Élisée (2 Ro. 6.18) et il a libéré Pierre pour qu'il poursuive son ministère (Ac. 12.1-19). Par sa parole puissante, il accomplit certaines choses. "Il parle et la chose arrive, il ordonne et elle existe" (Ps. 33.9) ; quand il appelle des insectes nuisibles, ils paraissent (Ps. 105.31, 34) ; quand il prononce une parole de guérison, la maladie s'en va (Mt. 8.8, 13) ; et quand l'impie viendra et dominera le monde pendant un certain temps, Jésus-Christ apparaîtra et le détruira par sa parole puissante (2 Th. 2.8 ; voir aussi Ap. 19.20ss.).

Dans les affaires internes de son gouvernement, il se sert d'une variété de moyens.

1° Il se sert de sa Parole.
Les hommes sont souvent priés de se reporter aux Écritures pour y trouver direction et conseil (Jos. 1.7ss. ; Es. 8.20 ; Col. 3.16). Les rois et leurs sujets doivent se soumettre à la Parole de Dieu (Deu. 17.18-20).

2° Dieu fait appel à la raison de l'homme dans la solution de leurs problèmes (Ac. 6.2).
Les voies de Dieu ne peuvent pas être sondées par la raison, mais elles ne sont pas contraires à la saine raison.

3° Dieu se sert de la persuasion.
Il a institué le ministère pour enseigner la vérité et en persuader les hommes (Jér. 7.13 ; 44.4 ; Za. 7.7 ; Ac. 17.30). Par ses serviteurs, Dieu supplie les hommes de se réconcilier avec lui (2 Co. 5.20).

4° Dieu se sert des empêchements et des entraves intérieurs.
Paul était très sensible à de telles indications de la volonté de Dieu (Ac. 16.6ss.).

5° Dieu se sert des circonstances extérieures.
Il dirige aussi bien en fermant des portes qu'en en ouvrant (1 Co. 6.9 ; Ga. 4.20). Il est cependant toujours possible que des circonstances malencontreuses constituent une épreuve de notre foi plutôt qu'une entrave providentielle à une certaine action. Seules la prière et une soigneuse étude peuvent déterminer quel est le cas dans une situation donnée.

6° Dieu incline le cœur des hommes.
Il le fait dans une direction plutôt que dans une autre (1 Ro. 8.58 ; Ps. 119.36 ; Pr. 21.1 ; 2 Co. 8.16). Il incline même le cœur des hommes méchants à faire sa volonté (2 Ro. 19.28 ; Es. 45.1-6 ; Ap. 17.17).

7° Dieu guide parfois les hommes par des rêves et des visions.
Joseph (Mt. 2.13, 19, 22) et Paul (Ac. 16.9ss. ; 22.17ss.) furent guidés de cette façon.

Dans certaines de ses opérations providentielles, Dieu emploi des agents particuliers ; les anges et le Saint-Esprit. Il semble qu'il se sert des anges dans l'administration externe de son gouvernement (2 Ro. 19.35 ; Da. 6.22 ; 10.5-21 ; 12.1 ; Mt. 28.2 ; Ac. 8.26 ; 12.7-10) et du Saint-Esprit dans la partie intérieure et spirituelle de son règne (Lu. 4.1 ; Jn. 16.7-15 ; Ac. 8.29 ; 10.19ss. ; 16.6s ; Ro. 8.14, 26). Les premiers, bien que dotés d'une grande puissance, ne sont cependant pas omnipotents ; le dernier, étant lui-même Dieu, est à la fois omniscient et omnipotent.

E. LES THÉORIES OPPOSÉES À LA DOCTRINE DE LA PROVIDENCE

Bien que la doctrine à l'étude soit une des plus précieuses pour l'enfant de Dieu, elle est rejetée par ceux qui ne croient pas au vrai Dieu. Nous pouvons brièvement mentionner trois théories qui y sont opposées.

1. Le naturalisme. Le naturalisme soutient que la nature constitue la totalité de la réalité. Tout ce qui se produit dans l'univers est dû au fonctionnement des lois de la nature. Le bonheur et les chances de succès de l'homme dépendent de sa connaissance de ces lois et de sa coopération avec elles. Bien que les Écritures reconnaissent l'existence des lois de la nature, elles n'enseignent pas que ces lois fonctionnent de façon indépendante. La Bible nous les présente comme ne se dirigeant et ne se soutenant pas elles-mêmes. Dieu concourt au fonctionnement de ces lois, aussi bien celles de la matière que celles de l'esprit, et il agit parfois indépendamment d'elles. C'est de cette façon que nous pouvons expliquer les miracles de l'incarnation et de la résurrection de Jésus-Christ.

2. Le fatalisme. Il faut faire une distinction entre le fatalisme et le déterminisme. Le premier soutient que tous les événements sont déterminés par le destin plutôt que par des causes naturelles et que l'homme, par sa volonté et ses actes, ne peut nullement en affecter le cours ; le déterminisme soutient que les événements se produisent par nécessité, mais qu'ils sont rendus nécessaires par les événements qui les précèdent immédiatement et avec lesquels ils sont dans une relation de cause à effet. Le fataliste peut parler du pouvoir qu'a Dieu de décréter, mais ce n'est certainement pas le Dieu des Écritures. Le fatalisme reconnaît l'insuffisance du naturalisme pour expliquer tout ce qui se passe et attribue à l'action directe du destin les événements qui ont lieu en dépit des lois naturelles. La principale objection au fatalisme, c'est qu'il rend la cause originaire arbitraire et amorale, et habituellement impersonnelle.

3. Le panthéisme. Puisque toutes les théories panthéistes sont déterministes par nature, elles n'ont pas de véritable doctrine de la providence. Étant donné qu'elles sont obligées de faire de la cause dominante l'auteur du péché, elles détruisent toute possibilité de véritable moralité. L'homme, faisant partie de ce dieu panthéiste, ne peut pas faire autrement que de pécher. De plus, ces théories ne peuvent pas expliquer les miracles. Elles peuvent parler de "mutations" et d'"évolution en voie de développement", mais ces idées ne peuvent pas expliquer les miracles de l'incarnation et de la résurrection de Jésus-Christ ni d'ailleurs aucun des autres miracles bibliques. Elles rejettent également la liberté de l'homme. Faisant partie de ce système, l'homme agit donc lui aussi par nécessité. L'homme sent cependant qu'il peut, dans un sens très réel, initier une action et qu'il est responsable de sa conduite. Il ne sacrifiera pas sa liberté à un processus logique ou à un grand mécanisme dont il est supposé faire partie.

F. LA RELATION ENTRE LA PROVIDENCE ET CERTAINS PROBLÈMES PARTICULIERS

Il est difficile de s'empêcher d'adopter l'un ou l'autre des deux extrêmes suivants : Dieu est le seul acteur dans l'univers ou l'homme en est le seul acteur. La vérité se situe quelque part entre ces deux extrêmes. Il nous faut garder ce fait à l'esprit en rapport avec notre conception de la liberté de l'homme et de la prière. Remarquons brièvement les relations suivantes :

1. La relation entre la providence et la liberté. Comme nous l'avons dit, Dieu laisse parfois l'homme faire ce qui lui plaît ; c'est-à-dire qu'il n'entrave pas l'homme dans l'exécution de ses mauvais désirs. Il arrive aussi que Dieu empêche l'homme de faire ce qu'il aurait fait autrement en toute liberté. Pour cela, il se sert des circonstances, de l'influence de certains amis et des contraintes intérieures. Il contrôle parfois le péché en lui permettant d'aller jusqu'à un certain point mais pas au-delà. Finalement, Dieu prévaut toujours sur ce que l'homme fait de manière à accomplir ses propres buts. Il fait même en sorte que la fureur de l'homme le glorifie.

2. La relation entre la providence et la prière. Certains soutiennent que la prière ne peut pas avoir de véritable effet sur Dieu, puisqu'il a déjà décrété exactement ce qu'il fera dans chaque circonstance. Mais il s'agit d'une position extrême. Il ne faut pas oublier le verset qui dit : "Vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas" (Ja. 4.2). Il y a certaines choses que Dieu ne fait qu'en réponse à la prière ; il y en a d'autres qu'il fait sans que personne n'ait prié ; il fait aussi certaines choses contrairement à ce qui a été demandé dans les prières. Dans son omniscience, il a tenu compte de toutes ces choses et, dans sa providence, il les accomplit souverainement en accord avec son propre plan et dessein. Si nous ne prions pas pour les choses que nous pourrions obtenir par la prière, nous ne les aurons pas. Si Dieu veut faire une chose pour laquelle personne ne prie, il la fera sans que personne n'ait prié. Si nous prions pour des choses contraires à sa volonté, il refuse de nous les accorder. Il y a donc une harmonie parfaite entre son dessein et sa providence d'un côté, et la liberté de l'homme de l'autre.

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