Évangile pour le monde – De l’athéisme à Jésus-Christ

De l’athéisme à Jésus-Christ1

Gérard J.
(Allier)

1 Extrait de l’interview de Gérard JOURIST par Philippe MALIDOR, « L’homme des deux Testaments », Une causerie de Radio Réveil et Paroles de Vie (Edition : Action Chrétienne par la Radio et Presse, Bevaix, Suisse).

Gérard Jourist : Mes origines sont très mélangées, je suis né d’un père russe d’origine juive et d’une mère bretonne. J’ai été élevé dans l’idéal communiste et, sur le plan religieux, dans l’athéisme. Je ne croyais pas en Dieu puisqu’on ne m’en avait pas parlé.

Quand j’eus trois ans, mes parents ont divorcé et, six ans plus tard, ma mère s’est remariée avec un homme, catholique, d’extrême‑droite et antisémite. Il faisait partie de la bourgeoisie alors que jusqu’alors la famille était au bas de l’échelle sociale.

Philippe Malidor : Votre situation familiale a changé du tout au tout. Comment avez‑vous vécu cette rupture d’identité ?

G. J. : Très mal. Je me souviens encore d’un film vu à l’école maternelle, Le dictateur, avec Charlie Chaplin. Il m’avait fait de l’effet parce que mon père avait la même petite moustache qu’Hitler‑Charlot. Et moi, je ne savais plus qui était mon père ! J’avais des problèmes d’identité. Adolescent, je cherchais mon père un peu partout.

P. M. : Vous étiez comme beaucoup de Français ayant des problèmes familiaux.

G. J. : Oui, absolument.

P. M. : Vous avez quitté la famille assez tôt…

G. J. : J’avais 18 ans. Il faut préciser que, les années précédentes, j’avais été élevé dans le catholicisme. Mais après ma communion je suis devenu résolument athée, scientiste. J’ai abandonné toute pratique religieuse, elle était artificielle. À 18 ans, je suis monté à Paris pour réaliser mon rêve, être imprimeur.

Paris, c’était pour moi métro‑boulot‑dodo. Au bout d’une année, j’ai été appelé sous les drapeaux. J’ai alors donné libre cours à des idées fascisantes : je considérais la vie comme une jungle au sein de laquelle il fallait, pour survivre, écraser les autres. J’étais très seul sur le plan affectif et à tout point de vue. Mais je pensais que c’était normal. Il devait en être ainsi pour tout le monde, autant l’accepter.

P. M. : Vous ne vous sentiez donc pas marginalisé… ?

G. J. : Non, puisque je voyais que tout un chacun se trouvait dans la même situation. On est toujours seul en fin de compte, c’était la conclusion que j’en tirais à l’époque.

Témoignage imprimé

À l’issue du service militaire je suis retourné dans cette grosse imprimerie avec ses trois cents ouvriers qui imprimait des guides. Un jour, on mit sous presse un journal chrétien. Je fus alors effaré – le mot n’est pas trop fort ! – à la lecture de ses articles.

J’étais en particulier intrigué par celui d’une jeune fille. Elle faisait part de la joie qui l’habitait en dépit des circonstances, depuis qu’elle avait rencontré Jésus. Très étonné, je me demandais s’il était possible de vivre ainsi. Malgré mes doutes, je ne pouvais pas contester ce qui relevait à l’évidence d’une expérience personnelle. C’est pourquoi mon incrédulité laissait aussi une porte ouverte à la foi qui l’animait.

Dans ce même journal, j’ai pu lire le compte rendu d’un « meeting » tenu à l’université de Berkeley aux États‑Unis. Comment en plein vingtième siècle des centaines d’étudiants avaient‑ils pu se rassembler si nombreux pour écouter un message, celui de l’Évangile, que je considérais, moi, à cette époque‑là, comme une vieille histoire digne de notre moyen‑âge obscurantiste ?

P. M. : A quelle époque cela se passait‑il ?

G. J. : Dans les années soixante.

P. M. : Donc, à une période où l’athéisme et le marxisme gardaient toute leur vigueur.

G. J. : Oui, tout à fait.

P. M. : Ce n’était pas encore le retour du religieux, mais bien plutôt sa fuite ! Je comprends que, dans ce contexte‑là, la lecture d’un journal chrétien ait pu choquer, sinon interpeller.

G. J. : En tout cas, la surprise fut totale parce que j’étais vraiment scientiste. Je croyais à l’apothéose de la science, au rêve de son âge d’or.

Mais en imaginant ces milliers d’étudiants réceptifs aux paroles du prédicateur, je me demandais qui, de lui ou de moi, avait raison ! Dieu existe‑t‑il ? Je n’en savais rien et, si le problème se réduisait à une question d’intelligence, je devais bien reconnaître que ces étudiants n’étaient pas plus idiots que moi !

Cette idée de Dieu a continué de me tourmenter. J’étais bien embarrassé parce que la seule image que j’avais de lui remontait à mon enfance. Le discours religieux se limitait alors à quelques injonctions morales bien connues : « faut‑pas‑faire‑ci, faut‑pas‑faire‑ça ».

Vous comprenez que, pour moi, Dieu était devenu l’empêcheur de tourner en rond. J’étais absolument certain que ce Dieu‑là ne pouvait pas et ne devait même pas exister.

En revanche, et à en croire le journal, il était apparu sous un autre jour à cette fille qu’il rendait heureuse.

P. M. : D’où l’intérêt de témoigner de ce qu’on vit réellement avec Dieu, si du moins on croit en lui.

G. J. : En effet, le témoignage de cette jeune fille ne m’a pas laissé indifférent.

P. M. : Que s’est‑il passé par la suite ?

G. J. : Après avoir lu ces articles, j’ai bien réfléchi ! Si Dieu existe, et s’il est bon et plein d’amour comme l’écrivait cette jeune fille, il doit pouvoir entrer en communication avec moi, et plus encore le vouloir. S’il en est incapable, soit il n’existe pas, soit il ne m’intéresse pas. Et on en resterait là.

P. M. : En somme, vous avez pris Dieu au mot.

G. J. : Disons qu’il était ma dernière carte. J’étais prêt à le rencontrer mais il devait se manifester d’une manière ou d’une autre. Je ne voyais pas comment je pouvais faire le premier pas. C’était à lui de prendre les devants.

C’est alors que je me suis demandé si la vie n’avait pas finalement un sens. Avec ou sans Dieu, il devait bien exister une raison de vivre.

En prenant mon café le matin, je réfléchissais, harcelé par des questions qui me poursuivaient jusque dans mes derniers retranchements : pourquoi prendre mon café, me dis‑je ? Pour se donner de l’énergie, pardi ! Mais pourquoi ? Pour assumer mon travail, quelle question ! Pourquoi travailler, au fait ? Pour gagner de l’argent bien évidemment. Et pourquoi en gagner ?... Eh bien, pour m’acheter, entre autres, ce café dont j’ai tellement besoin pour commencer une nouvelle journée de travail !

La vie était une sorte de cercle vicieux... et nous une machine plus ou moins bien rôdée. Je raisonnais comme un matérialiste, assurément. On répondait à des besoins que notre être sollicitait, et on s’agitait toute une vie pour pas grand‑chose. J’ai fini par me demander où j’allais comme ça.

P. M. : Vous en étiez réduit à une espèce de robot qu’on entretient bêtement, sans trop savoir pourquoi.

G. J. : Exactement. Je n’arrivais pas à répondre à des questions toutes simples : Où allons‑nous ? Pourquoi nous agitons‑nous ? Une seule chose est certaine : nous nous dirigeons tous, et tout droit, vers la mort.

P. M. : Et les autres n’avaient pas plus d’idéal que vous n’en aviez à ce moment‑là ?

G. J. : Non.

P. M. : Mais les autres, apparemment, le supportaient relativement bien.

G. J. : Ce n’était pas mon cas ! Quelque chose ne tournait pas rond en ce bas monde. Et j’étais stupéfait de voir combien de gens allaient à l’abattoir comme des moutons, sans trop se poser de questions.

P. M. : Finalement ce qui est terrible, c’est de ne pas s’en poser ! Il vaut mieux les affronter même s’il faut en souffrir !

G. J. : Je suis tout à fait d’accord avec vous, et pour ce qui me concerne, toutes ces questions se bousculaient et se heurtaient en moi ! J’ai trouvé toutes sortes de réponses, parfois farfelues, d’autres plus sérieuses.

Je me souviens de l’ouvrage de ce théologien qui expliquait que le sens de la vie se manifestait par une incessante quête... de sens. Je restais sur ma faim !

Un 2 décembre 1967, fendant une foule parisienne toute émoustillée, voire stressée, par les préparatifs de Noël, je me dirigeais vers un grand magasin lorsqu’un grand blond me tendit un prospectus que je consultai rapidement d’un air négligé :

« Jeunesse insoumise,
le film qui crie au monde sa vérité »

Le graphisme s’inspirait visiblement des affiches promouvant les films de James Dean. Or, c’était tout à fait mon style ! De plus, ce petit morceau de papier avait été imprimé sur ma machine ! Et il avait été donné par un inconnu, alors que j’étais un anonyme parmi tant d’autres dans une foule plus préoccupée – comme moi du reste ! – par ses achats que par le sens profond de la naissance du divin enfant. Drôles de coïncidences !

Sur le coup, je n’y ai pas beaucoup prêté attention... Mais le titre volontairement provocateur du film proposé ne pouvait qu’attiser ma curiosité. Peut‑être allait‑il répondre à mes questions. Il fallait voir.

Et j’ai vu. C’était un film de Billy Graham que l’on entendait prêcher deux fois. Il m’a appris au sujet de Jésus certaines choses que je ne connaissais pas. La pellicule ne se terminait pas par l’inévitable « FIN », mais par ce verset biblique :

« Jésus dit : je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14.6).

Cette parole m’a vivement frappé. Par rapport à d’autres propositions, erronées ou creuses, cela me semblait beaucoup plus sérieux. Cette allégation méritait de toute façon réflexion et toute mon attention.

Le grand virage

Des pensées contradictoires se bousculaient, passé et présent se télescopaient. Je mettais en doute cet Évangile dont il venait d’être fait mention. Je l’avais toujours pris comme une invention des apôtres. Mais dans la minute qui suivait, je reconnaissais qu’un homme avait quand même osé dire des paroles franchement fracassantes qu’il avait assumées. Si celui qui était mort sur la croix avait prononcé et vécu jusqu’au bout de tels propos, il méritait mieux que mon indifférence, ou qu’une opposition systématique et irréfléchie.

Le film terminé, un pasteur s’est présenté et au terme de son discours, il a invité tous ceux qui le voulaient à manifester, en levant la main, leur confiance en Jésus‑Christ.

Au même instant, un combat s’est livré en moi. Je craignais d’avoir entendu ce soir‑là la vérité. Devenir chrétien ne m’enchantait guère. Je risquais fort de perdre mes amis, tous athées, ainsi que ma famille d’obédience communiste. Les problèmes n’allaient pas manquer de surgir dans mes relations avec eux.

J’ai hésité jusqu’à ce que finalement je fasse fi de tout complexe ou scrupule anxieux. Puisque personne n’avait su me donner de réponse adéquate, je pouvais me sentir libre de prendre en considération celle qui m’avait été présentée ce soir.

Je voulais en savoir plus et être convaincu de la véracité, ou au contraire de l’inanité, du message évangélique. J’ai levé la main.

À la suite de ce geste qui m’engageait, le pasteur m’a salué et proposé de prier avec lui. J’eus un haut‑le‑cœur, j’étais très embarrassé. Moi, un athée, prier ? Je lui ai expliqué que je ne savais pas prier. Pouvait‑on appeler prières des récitations que j’avais formulées, enfant, sans y mettre tout mon cœur ?

Le serviteur de Dieu m’a répondu très doucement : « Si tu veux, pour t’aider, tu répètes les paroles après moi ». Je reconnais aujourd’hui que j’y ai mis toute mon âme... de scientifique ! Je m’observais comme un laborantin avec son microscope ! Autant dire que je parlais au mur.

Et pourtant, ces instants sont à marquer d’une pierre blanche parce que j’ai osé terminer cette prière répétée par des mots de mon cru – et le cœur y était : « Vraiment, si tu es cette personne qui a dit : “Je suis le chemin, la vérité et la vie”, si tu es ce Dieu qui a rendu cette fille heureuse, c’est le moment de te manifester, de me dire si tout ça est vrai ». À l’instant même, une paix est venue en moi, la certitude que « tout ça » était vrai.

Le pasteur m’a invité à revenir le lendemain, dimanche, pour célébrer un culte d’adoration. Quand je suis sorti de la salle, j’avais envie de danser ! et c’est ainsi que débuta mon apprentissage de la vie chrétienne : autour d’un vieux poêle dans une petite salle qui rassemblait une vingtaine de frères et sœurs dans la foi.

En ce premier dimanche d’Église, j’avais encore beaucoup à apprendre : je ne savais pas ce que pouvaient recouvrir des notions telles que « péché » ou « adoration ». Mais l’important n’était‑ce pas de commencer à vivre cette expérience merveilleuse de la conversion ? Il était temps.

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