Le développement de la biologie semble, à première vue, favoriser la thèse évolutionniste puisqu’il n’est pas rare de rencontrer dans des publications sérieuses des articles consacrés aux preuves modernes de l’évolution qui viennent renforcer celles déjà connues de l’anatomie et de l’embryologie.
Dans ces deux chapitres, nous examinerons la valeur de ces preuves et nous commencerons par analyser celles de la cytologie et de la biochimie.
Il est certain qu’il y a des affinités fondamentales entre tous les êtres vivants. Ces ressemblances sont d’abord d’ordre chimique. On y rencontre partout, à côté des substances minérales, les mêmes composés organiques : protides, lipides et glucides, par exemple. De la bactérie à l’homme, en passant par les plantes et les éponges, on rencontre les mêmes acides aminés intervenant dans la composition des protéines. On trouve l’acide palmitique dans toutes les matières grasses, quelle que soit leur source.
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Croquis illustrant quelques-unes des nombreuses structures des cellules. A. cellules animales ; B, cellules végétales ; C. structures communes aux cellules animales et végétales.
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On a constaté que les hémoglobines1 des Vertébrés possèdent des. caractères communs qui, semble-t-il, ne peuvent être interprétés qu’en supposant une seule et même source. Cette observation a engendré d’ailleurs une nouvelle science : la paléogénétique2.
1 Par contre, celles des Invertébrés semblent provenir de transformations évolutives indépendantes. E. SCHNEIDER, La biologie humaine, N.R.F., Paris, 1964, p. 10.
2 E. ZUCKERKANDL, The Evolution of Hemoglobin, « Scientific American », 212, mai 1965, p. 110.
De plus, on fait remarquer que tout le monde vivant est formé de cellules ayant toutes des caractères communs et bâties sur le même modèle. Il y a, certes, des différences, mais on les considère comme peu importantes dans l’optique évolutionniste3. Les cellules des plantes, par exemple, ont toutes une paroi cellulosique et de grosses vacuoles qui n’existent pas chez les cellules animales. De même, seules celles du règne végétal possèdent les plastes qui sont le monopole des plantes vertes.
3 E. SCHNEIDER, op. cit., p. 10.
Finalement, on attire l’attention sur le fait que le mécanisme de l’hérédité obéit le plus souvent au même plan. Ainsi les chromosomes remplissent le même rôle chez l’algue primitive et chez l’homme. Les lois de l’hérédité concernent aussi bien les plantes que les hommes4.
4 R. HOVASSE, Problèmes de l’évolution, dans J. ROSTAND et A. TÉTRY, Biologie, N.R.F., Paris, 1965, p. 1572.
Cette liste, qui met en évidence une unité fondamentale impressionnante, démontrerait, pensent les évolutionnistes, l’origine commune de toutes les cellules vivantes. S’appuyant sur ce postulat, les tenants de la théorie ont même dessiné l’arbre généalogique des êtres vivants, depuis l’apparition de la vie jusqu’à l’homme, à partir des bases biochimiques5 (voir fig. 10, p. 95).
5 E. ZUCKERKANDL, op. cit.
Il est tentant, effectivement, d’admettre qu’il y a une souche commune pour les deux règnes. Mais de telles observations témoignent tout aussi bien en faveur d’une création, d’un plan de construction identique pour les mêmes fonctions. Admettre l’une ou l’autre de ces deux conclusions est une affaire de choix dicté par toute une philosophie de la nature et de l’existence. Eliminer a priori l’une de ces deux voies est une erreur méthodologique.
Pour terminer, donnons cet exemple : tous les horlogers utilisent les mêmes pièces pour le fonctionnement de toutes les marques de montres dans le monde entier. Pourquoi ? Parce que chaque pièce assure une fonction déterminée dans la mécanique horlogère. Ce sont les lois de cette mécanique qui dirigent le constructeur dans la conception et la mise en place de chacune de ces pièces. Il en est de même ici, pour tous ces mêmes éléments de même nature que l’on rencontre dans tout le monde vivant. Ils se ressemblent parce qu’ils sont parfaitement adaptés ou aptes à remplir les fonctions qui sont les leurs. Les faits s’expliquent tout autant dans l’hypothèse créationiste que dans celle de l’évolution.
Les naturalistes constatent, en étudiant les organes d’animaux différents, deux sortes de similitudes :
On cite comme organes analogues :
Au contraire, puisqu’ils sont à l’intérieur d’un même type d’organisation, les organes suivants sont homologues :
Ces observations anatomiques ne peuvent s’expliquer, d’après la thèse évolutionniste, que si l’on admet une origine commune des êtres vivants à partir de laquelle ils se seraient diversifiés6. P. Grassé écrit à ce propos : « Le passé, par un legs constant du plan d’organisation, d’organes homologues, poursuit son influence agissante le long de la chaîne sans fin des générations7. »
6 R. HOVASSE, Problèmes de l’évolution, dans J. ROSTAND et A. TÉTRY, op. cit., p. 1576. De même dans P. GRASSÉ et M. ARON, Biologie animale, Masson, Paris, 1948, p. 1148, et P. VINCENT, Sciences naturelles, Vuibert, Paris, 1969, p. 354.
7 P. GRASSÉ et M. ARON, op. cit., p.1149.
Plusieurs auteurs signalent qu’il y a eu des exagérations, de la part des morphologistes, dans le but d’appliquer le principe d’homologie à l’idée d’évolution.
De son côté, Vialleton fait remarquer que, d’une manière générale, l’homologie que l’on constate à partir des comparaisons de différentes pièces est bien abstraite. Il souligne qu’en les examinant d’un peu plus près, on ne voit pas très bien « la possibilité du passage d’une pièce à la correspondante d’un autre type8 ». Et il poursuit : « Les humérus d’homme, de lion, de baleine, de chauve-souris, d’oiseau, de tortue, etc. répondent à la même idée morphologique de pièce squelettique de la base du membre antérieur et présentent les mêmes parties : tête articulaire pour l’épaule, trochenters, condyles discaux, etc. Mais les parties de même nom ne concordent cependant pas entièrement en situation, en forme, en puissance. Elles diffèrent au contraire dans chacune des espèces énumérées ci-dessus, à cause de l’orientation de l’humérus, de ses connexions avec la ceinture pectorale ou l’avant-bras, de ses rapports avec le tronc dont il est plus ou moins dégagé, etc.8 »
8 L. VIALLETON, L’origine des êtres vivants, Plon, Paris, 1929, p. 94, 95, C’est nous qui soulignons.
Il ressort de cette longue citation que comparer et attribuer les mêmes noms à des pièces occupant la même situation ou ayant la même forme sont des abstractions qui engendrent parfois des erreurs de jugement dans la description et l’interprétation des faits. De telles opérations intellectuelles sont toujours guidées, consciemment ou inconsciemment, par le souci de faire descendre tous les êtres vivants d’un ancêtre commun.
Et Vialleton de conclure : « La prétention d’expliquer les homologies, comme le font les transformistes, par des transformations graduelles de pièces initiales simples, transformations causées et dirigées par des forces naturelles seules, est insoutenable9. » En cela il rejoint le doute sérieux que Morgan éprouvait à l’égard de la valeur démonstrative des méthodes de l’anatomie comparée10.
9 L. VIALLETON, op. cit., p. 97.
10 T.H. MORGAN, A critique of the Theory of Evolution, Princeton, 1919, p. 13.
En bref, les analogies témoignent aussi bien d’un plan d’organisation commun à tous les êtres vivants que d’une filiation de ces êtres vivants. On retrouve les mêmes types d’organes parce que ces organes sont les plus aptes à remplir cette fonction. L’idée d’un Créateur sort renforcée de cette constatation, bien plus que celle d’évolution. En effet, les similitudes qui existent entre des organes analogues non homologues (par exemple dans deux groupes très éloignés l’un de l’autre dans la classification évolutionniste) s’expliquent si on admet un Créateur. Elles s’expliquent moins bien si on s’en remet à une transformation conduisant à des résultats semblables à partir de « matériaux » bien différents.
Ce qu’on appelle les organes rudimentaires constitueraient aussi un soutien en faveur de l’évolution. Nous verrons qu’ici, comme ailleurs, on peut adopter une autre optique et aboutir ainsi à des conclusions tout à fait différentes.
Il s’agit « des organes qui, comparés aux organes homologues des types du même groupe, sont nettement moins développés chez les adultes, alors qu’à une phase du développement embryonnaire, ils paraissent normaux. Leur croissance et leur différenciation se sont arrêtées avant l’arrivée à l’âge adulte11. »
11 R. HOVASSE, Problèmes de l’évolution, dans J. ROSTAND et A. TÉTRY, op. cit., p. 1579.
On cite comme exemples :
L’existence de ces organes, pense-t-on, est un argument très favorable à la thèse évolutionniste. Pour les expliquer, Hovasse écrit : « Il est facile d’imaginer, dans un monde physique qui se transforme sans cesse, des organes, favorables, ou faciles à construire à une certaine époque, et en utilisant certains produits, devenus ensuite inutiles, ou impossibles à achever, les produits utilisables ayant pu varier en quantité ou en qualité. Ou encore une compétition entre ébauches d’organes, favorable plus à l’une qu’à l’autre, ou au contraire nulle, selon les réserves utilisables à une époque donnée12. »
12 R. HOVASSE, op. cit., p. 1580.
Remarquons d’abord qu’au début du siècle, Wiedersheim (1902) a signalé plus de 180 organes rudimentaires pour l’homme seulement13 ! Avouons que c’est beaucoup. Depuis, on s’est aperçu que la plupart d’entre eux ont des fonctions utiles. Si certains apparaissent comme des organes réduits, aux fonctions moins apparentes, d’autres, par contre, ne semblent pas du tout être réduits et seraient destinés à des fonctions particulières. Aujourd’hui, beaucoup d’ouvrages d’anatomie et de physiologie reconnaissent que très peu d’organes, sinon aucun, n’ont pas de fonction. Dans le passé, la plupart des glandes endocrines étaient sur la liste des organes rudimentaires, car on ne s’était pas encore aperçu qu’elles envoyaient leurs sécrétions directement dans le corps.
13 L. VIALLETON, op. cit., p. 162.
Voyons maintenant les fonctions des « organes rudimentaires » cités plus haut. Le coccyx aide à soutenir la cavité pelvienne, en fournissant une surface d’attache pour une grande partie des muscles qui maintiennent le fémur et assurent sa rotation. Il constitue à la fois un point d’attache pour la terminaison du cordon médullaire et un point de départ pour les différents nerfs de cette partie du corps. Il est donc loin d’être inutile.
Pour des animaux ayant de grands pavillons, la mobilité de ceux-ci est assurée par les muscles de l’oreille externe. Pour l’homme, le pavillon étant réduit, ce rôle diminue aussi en importance. Néanmoins, ces muscles contribuent en plus à assurer le mouvement du cuir chevelu. Pour cette fonction, il n’est pas nécessaire d’avoir des muscles bien développés14. Chez les baleines, bien que le bassin soit réduit, on lui reconnaît cependant des fonctions. On ne peut pas le considérer comme « un reliquat de membre ayant fonctionné15 ». Il en va de même pour les autres exemples16.
14 L. VIALLETON, op. cit., p. 163 et dans R.M. RITLAND, A Search for Meaning in Nature, Mountain View, 1970 p. 292, 293, On a trouvé ainsi que l’appareil de GOLGI, qui jusqu’alors avait été jugé sans fonction définie, a, au contraire, un rôle important au sein de certaines cellules.
15 L. VIALLETON, op. cit., p. 166.
16 Ainsi R. HOVASSE, op. cit., p. 1580, mentionne comme organe rudimentaire « l’appendice cæcal », homologue du cæcum des herbivores, et dont on sait que sa régression varie selon les races humaines, les races jaune et noire l’ayant nettement plus développé, moins rudimentaire que la race blanche. Cette dernière y gagne une fréquence beaucoup plus grande de l’appendicite ». C’est bien la preuve que cet « organe rudimentaire » a son utilité, puisque son atrophie entraîne chez les Blancs une plus grande prédisposition : l’appendicite. (C’est nous qui soulignons.)
Comme dans le cas de l’embryologie, nous constatons que la plupart des organes vestiges ont une fonction bien définie. Si certains en rappellent d’autres appartenant à des types du même groupe, c’est parce qu’ils assurent presque toujours à peu près les mêmes fonctions. Il serait peu rationnel d’en inférer une souche commune à tous les êtres porteurs de ces organes. Nous ne sommes nullement ici en présence de preuves véritables de l’évolution, mais bien de faits explicables dans le cadre d’une théorie tout aussi bien — ou aussi mal — que dans l’autre.