Les conséquences du premier péché d'Adam peuvent être considérées sous les trois sous-titres suivants : la corruption, la culpabilité et la peine.
Le fait que l'homme n'a plus sa justice originelle ni de saintes affections à l'égard de Dieu, que sa nature morale est corrompue et qu'il est porté au mal, c'est ce que nous appelons la corruption. Les Écritures et l'expérience humaine témoignent toutes deux de son existence. L'enseignement des Écritures selon lequel tous les hommes doivent naître de nouveau montre l'universalité de son existence.
La Bible parle de la nature humaine comme étant entièrement corrompue. La doctrine de l'"entière corruption" est cependant souvent mal comprise et mal interprétée. Il est important de savoir ce qu'elle ne veut pas dire et ce qu'elle veut dire.
Du côté négatif, elle ne veut pas dire que tout pécheur est dénué de toute qualité aimable ; qu'il commet ou qu'il est porté à commettre toute forme de péché ; ou qu'il est aussi âprement opposé à Dieu qu'il est possible pour lui de l'être. Jésus a reconnu l'existence de qualités aimables chez certains individus (Mc. 10.21) ; il a dit que les scribes et les Pharisiens faisaient certaines choses exigées par Dieu (Mt. 23.23) ; Paul a affirmé que certains païens "font naturellement ce que prescrit la loi" (Ro. 2.14) ; Dieu a dit à Abraham que l'iniquité des Amoréens empirerait (Ge. 15.16) ; et Paul a dit que "les hommes méchants et imposteurs avanceront toujours plus dans le mal" (2 Ti. 3.13).
Du côté positif, elle signifie que tout pécheur est entièrement dépourvu de cet amour pour Dieu qui constitue l'exigence fondamentale de la loi (Deu. 6.4ss. ; Mt. 22.37) ; qu'il est enclin au suprême degré à se préférer lui-même à Dieu (2 Ti. 3.2-4) ; qu'il a une aversion pour Dieu, qui, à l'occasion, se transforme en inimitié contre lui (Ro. 8.7) ; que ses facultés mêmes sont déséquilibrées et corrompues (Ép. 4.18) ; qu'il n'a aucune pensée, sentiment ou acte que Dieu puisse pleinement approuver (Ro. 7.18) ; et qu'il progresse constamment dans la perversité et qu'il ne pourra pas s'en détourner par ses propres forces (Ro. 7.18). La corruption s'est infiltrée dans l'homme tout entier : son intelligence, ses émotions et sa volonté.
La corruption a produit chez le pécheur une impuissance spirituelle totale, dans le sens où il ne peut pas, par sa propre volonté, changer son caractère et sa vie de manière à les rendre conformes à la loi de Dieu, ni changer sa préférence fondamentale pour le moi et le péché en un amour suprême pour Dieu, mais qu'il lui reste cependant un certain degré de liberté. Il peut, par exemple, choisir de ne pas pécher contre le Saint-Esprit, décider de commettre un péché moins grave, résister à certaines formes de tentation, faire certaines bonnes œuvres, même si c'est avec des motifs déplacés et profanes, et même chercher Dieu pour des motifs entièrement égoïstes. La liberté de choix à l'intérieur de ces limites n'est pas incompatible avec un total esclavage de la volonté en ce qui concerne les choses spirituelles. Cette impuissance consiste non pas en la perte d'une faculté quelconque de l'âme, ni dans la perte du libre arbitre, car c'est encore le pécheur qui détermine ses propres actes, ni dans un simple manque de disposition envers ce qui est bien, mais plutôt dans un manque de discernement spirituel, et par conséquent d'affections appropriées. Il ne peut pas, par sa propre volonté, se régénérer lui-même, ni se repentir, ni manifester la foi qui sauve (Jn. 1.12ss.). Mais la grâce et l'Esprit de Dieu sont prêts à le rendre capable de se repentir et de croire à salut.
Le fait que l'on considère la culpabilité après la corruption ne veut pas dire qu'elle ne vient que par la suite. Ces deux conséquences affligent l'homme simultanément comme conséquences de la chute. Dans une discussion sur la culpabilité, il faut considérer sa signification et les degrés de culpabilité.
La culpabilité signifie un état appelant une condamnation méritée ou l'obligation de satisfaire Dieu. La sainteté de Dieu, comme nous le montrent les Écritures, réagit contre le péché ; c'est ce que l'on appelle "la colère de Dieu" (Ro. 1.18). Mais la culpabilité n'est encourue que pour une transgression consciente, soit de la part de l'humanité en Adam, soit de la part de chaque personne individuellement. La culpabilité provient d'un péché dans lequel nous avons joué un rôle. En tant que souillure, le péché est un manque de conformité au caractère de Dieu, mais en tant que culpabilité, c'est une opposition à sa sainte volonté. Ces deux éléments sont toujours présents dans la conscience du pécheur. La culpabilité est aussi une conséquence directe du péché, car tout péché, de quelque nature qu'il soit, est une offense contre Dieu et sujet à sa colère. Il ne faut pas confondre cela avec la conscience subjective qu'on en a. Le péché a premièrement rapport à Dieu, et ensuite à la conscience. Dans la conscience, la condamnation de Dieu se manifeste elle-même en partie et de façon prophétique (1 Jn. 3.20). La persistance et le progrès dans le péché seront caractérisés par une sensibilité réduite du discernement et des sentiments moraux.
La Bible reconnaît différents degrés de culpabilité provenant de différentes sortes de péché. Ce principe est reconnu dans l'Ancien Testament par la variété des sacrifices exigés pour différentes transgressions de la loi mosaïque (Lév. 4-7). Il est également indiqué par la variété des jugements dans le Nouveau Testament (Lu. 12.47ss. ; Jn. 19.11 ; Ro. 2.6 ; Hé. 2.2ss. ; 10.28ss.). L'Église catholique romaine a cependant mis sur pied une fausse distinction entre les péchés véniels et les péchés mortels ; les péchés véniels sont ceux qui peuvent être pardonnés, tandis que les péchés mortels sont ceux qui sont volontaires et délibérés, et qui entraînent la mort de l'âme. En face de cela, nous pouvons cependant remarquer les véritables différences de culpabilité résultant de différences dans les péchés. Il y a au moins quatre groupes de péchés qui s'opposent.
1. Les péchés de nature et les transgressions personnelles. L'homme est pécheur par nature et par action. Il y a une culpabilité due au péché inné et il y a une plus grande culpabilité lorsque la nature pécheresse pousse l'homme à commettre des actes de transgression personnelle. Les paroles du Christ, "le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent" (Mt. 19.14), parlent de l'innocence relative de l'enfance, tandis que ses paroles adressées aux scribes et aux Pharisiens, "Comblez donc la mesure de vos pères" (Mt. 23.32), font allusion aux transgressions personnelles ajoutées à la corruption héritée de leurs ancêtres.
2. Les péchés d'ignorance et les péchés de connaissance. La culpabilité est ici déterminée par la quantité d'informations que possède l'individu. Plus la connaissance est grande, plus la culpabilité est grande (Mt. 10.15 ; Lu. 12.47ss. ; 23.34 ; Ro. 1.32 ; 2.12 ; 1 Ti. 1.13-16).
3. Les péchés de faiblesses et les péchés de présomption. Le degré de force de volonté indique ici le degré de culpabilité. Le psalmiste a prié d'être préservé des péchés de présomption (Ps. 19.14), et Ésaïe a parlé de ceux qui "tirent l'iniquité avec les cordes du vice, et le péché comme avec les traits d'un char" (És. 5.18). Ce sont ceux qui s'adonnent sciemment et définitivement au péché. D'un autre côté, Pierre, dans son reniement du Christ, illustre le péché de faiblesse. Il est tombé en dépit de sa détermination à résister (Lu. 22.31-34, 54-62). Il est intéressant de remarquer qu'il n'y avait pas de sacrifice pour les péchés délibérés (No. 15.30 ; voir aussi Hé. 10.26).
4. Les péchés résultant d'un manque complet ou incomplet de sensibilité. Le degré auquel l'âme s'est endurcie et est devenue insensible aux offres répétées de la grâce de Dieu détermine ici le degré de culpabilité. Une âme peut se détourner de l'amour de la vérité et devenir complètement insensible aux incitations de l'Esprit (1 Ti. 4.2 ; Hé. 6.4-6 ; 10.26 ; 2 Pi. 2.20-22 ; 1 Jn. 2.19 ; 5.16ss.).
Bien qu'il soit vrai, jusqu'à un certain point, que les conséquences naturelles du péché constituent une partie de la peine du péché, nous devons cependant nous rappeler que la peine entière est d'une nature différente. La corruption et la culpabilité, en tant que conséquences du péché, pèsent dès maintenant sur l'humanité, mais la peine dans sa totalité est réservée à un jour futur.
La peine est cette perte ou douleur infligée directement par le législateur pour défendre sa justice, qui a été outragée par la violation de la loi. Cela implique et inclut les conséquences naturelles du péché, mais celles-ci ne constituent nullement la totalité de cette peine. Dans toute peine, il y a un élément personnel, c'est-à-dire la sainte colère du législateur, et cela n'est que partiellement exprimé par les conséquences naturelles. À la lumière de cela, il est facile de voir que la peine n'a pas essentiellement pour but d'entraîner la réforme du contrevenant. Il y a une différence entre la discipline et la condamnation. La discipline provient de l'amour et elle a pour but de corriger (Jér. 10.24 ; 2 Co. 2.6-8 ; 1 Ti. 1.20 ; Hé. 12.6) ; mais la condamnation procède de la justice et n'a donc pas pour but de réformer le contrevenant (Ez. 28.22 ; 36.21ss. ; Ap. 16.5 ; 19.2). Elle n'a pas non plus principalement pour but d'avoir un effet de dissuasion et de prévention, bien que ce soit parfois ce qui se produit, car il n'est jamais juste de punir un individu simplement pour le bien de la société ; la punition ne servira d'ailleurs à rien de bon à moins que la personne punie ne l'ait méritée. La punition infligée par la loi n'est pas une discipline ni un remède, mais une simple rétribution. Ce n'est pas un moyen, mais une fin en soi. On ne corrige pas un meurtrier en le condamnant à mort ; il reçoit cependant une juste rétribution pour son geste. La peine capitale est un mandat divin (Ge. 9.5ss.).
Il ne faut qu'un seul mot pour énoncer la peine du péché et ce mot nous est donné dans la Bible : la mort. C'est une triple mort : physique, spirituelle et éternelle.
1. La mort physique. La mort physique est la séparation du corps et de L'âme. Elle est présentée dans les Écritures comme faisant partie de la peine du péché. C'est la signification la plus naturelle de Deu. 2.17 ; 3.19 ; No 16.29 ; 27.3. La prière de Moïse (Ps. 90.7-11) et celle d'Ézéchias (És. 38.17ss.) reconnaissent le caractère pénal de la mort. La même chose est vraie dans le Nouveau Testament (Jn. 8.44 ; Ro. 4.24ss. ; 5.12-17 ; 6.9ss. ; 8.3, 10ss. ; Ga. 3.13 ; 1 Pi. 4.6). Pour le chrétien, la mort n'est toutefois plus une peine, puisque Christ a souffert la mort comme peine du péché (Ps. 17.15 ; 2 Co. 5.8 ; Ph. 1.21-23 ; 1 Th. 4.13ss.). Pour lui, le corps dort, attendant la résurrection, et l'âme, absente du corps, entre consciemment dans la présence du Seigneur Jésus.
2. La mort spirituelle. La mort spirituelle est la séparation de l'âme d'avec Dieu. La peine proclamée en Éden, et qui a été infligée à toute la race, c'est principalement cette mort de l'âme (Ge. 2.17 ; Ro. 5.21 ; Ép. 2.1, 5). Par elle, l'homme a perdu la présence et la faveur de Dieu de même que la connaissance et le désir de Dieu. À cause de cela, il a besoin de passer de la mort à la vie (Lu. 15.32 ; Jn. 5.24 ; 8.51 ; Ép. 2.5).
3. La mort éternelle. La mort éternelle est simplement l'aboutissement et la pleine réalisation de la mort spirituelle. C'est la séparation éternelle de l'âme d'avec Dieu ainsi que le remords et la condamnation qui l'accompagnent (Mt. 10.28 ; 25.41 ; 2 Th. 1.9 ; Hé. 10.31 ; Ap. 14.11). Ce sujet sera examiné plus en détail dans notre étude des choses à venir.