CHAPITRE XXII
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La personne de Christ :
Points de vue historique et état préincarné

C'est par la descendance de la femme que Dieu a choisi de racheter L'homme (Ge. 3.15). Le rédempteur devait naître d'une femme, naître sous la loi (Ga. 4.4). Il devait être à la fois humain et divin afin de pouvoir être le médiateur entre Dieu et l'homme, et réconcilier l'homme avec Dieu. La réconciliation ne pouvait s'accomplir que par l'incarnation, Dieu devenant chair. Le présent chapitre traitera de divers points de vue historiques sur la personne de Christ et présentera une brève étude de son état préincarné.

I. POINTS DE VUE HISTORIQUES

Un survol historique des points de vue concernant la personne de Christ montre qu'il y a eu une grande diversité de points de vue à propos de sa personne ; nous ne mentionnerons ici que les plus frappants.

A. LES ÉBIONITES

Ce groupe constituait le reste d'un christianisme judaïsant extrémiste. Ils enseignaient que Jésus, le fils de Marie et de Joseph, a si bien accompli la loi mosaïque que Dieu l'a choisi pour être son Messie. C'est à son baptême, quand il a reçu le Saint-Esprit, qu'il a pris conscience que Dieu l'avait choisi pour être le Messie. Ils niaient la divinité et la naissance virginale de Christ. La croyance à la divinité du Christ semblait incompatible avec le monothéisme. L'hérésie de ce point de vue est évidente.

B. LES GNOSTIQUES

Tandis que les Ébionites démontraient une perversion juive de la vérité, les Gnostiques représentent une perversion païenne. Ce système était fondamentalement imprégné de dualisme : le plus haut et le plus bas, l'esprit et la chair, le bien et le mal. Parce que la chair était considérée comme mauvaise, Dieu ne pouvait certainement pas devenir chair, du moins pas selon l'interprétation orthodoxe de l'incarnation. La personne de Christ était donc présentée de l'une des deux façons suivantes :

Les Épîtres aux Colossiens, les deux Épîtres aux Thessaloniciens, la première Épître de Jean, l'Épître de Jude et l'Apocalypse combattent le début du gnosticisme. L'erreur doctrinale se rapportant à la personne du Christ est fortement réfutée dans des passages comme Col. 1.15-18 ; 2.9 ; Hé. 2.14 ; 1 Jn. 2.22ss. ; 4.2-6, 15 ; 5.1-6 et 2 Jn. 1.7.1

1 — Pour une discussion plus approfondie des Ébionites et des Gnostiques, voyez Berkhof, The History of Christian Doctrines, p. 44-50.

C. LES ARIENS

Au début du quatrième siècle, Arius d'Alexandrie défendit la position que Christ, bien qu'il puisse être appelé Dieu, n'était pas vraiment Dieu et n'était aucunement égal à Dieu quant à son essence ou à son éternité ; il fut créé avant que le temps n'existe. Logos de Dieu, il était le premier-né de toute la création et l'agent qui a servi à façonner le monde. Lors de l'incarnation, le Logos est entré dans un corps humain, prenant la place de l'esprit humain. Christ n'a donc jamais été pleinement Dieu ni pleinement homme. On se servait de versets comme Mc. 13.32 ; Jn. 5.19 ; 14.28 et 1 Co. 15.28 pour soutenir cette théorie. Le Concile de Nicée, tenu en 325, rejeta l'arianisme comme une hérésie et déclara que Jésus-Christ est engendré et non créé, et qu'il était de la même substance que le Père.

D. LES APOLLINARISTES

Le Concile de Nicée ne mit cependant pas fin à la controverse, car la relation entre les deux natures de Christ n'avaient pas été clarifiées. Il y avait danger de tomber dans un des deux extrêmes suivants : d'un côté, la nature divine pouvait si bien absorber l'humaine qu'elle en perdait en fait son identité, ou, de l'autre côté, les identités des deux natures pouvaient être si séparées que Christ serait en fait deux personnes. Apollinaire, défendant la première position, soutint que Jésus avait un véritable corps et une âme animale, mais pas d'esprit ou de pensée rationnel. Le Logos prenait la place de l'intelligence humaine. Ce point de vue honorait la divinité de Christ, mais avait pour effet de détruire sa pleine humanité. Le Premier Concile de Constantinople, tenu en 431, condamna cela comme une hérésie.

E. LES NESTORIENS

Nestorius niait la véritable union des deux natures de Christ en une seule personne, et laissait sous-entendre une double personnalité. Le Logos habitait dans l'homme Jésus, si bien que l'union des deux natures était en quelque sorte analogue à l'habitation de l'Esprit. Cela compromettait la véritable divinité du Christ, puisqu'il n'était différent des autres hommes en qui Dieu habitait que par la plénitude de sa présence et la maîtrise absolue que le divin en Christ exerçait sur l'humain. Le Synode d'Éphèse, en 431, condamna cet enseignement.

F. LES EUTYCHIENS

Les Eutychiens furent conduits à l'autre extrême. Ils soutenaient qu'il y avait, non pas deux natures en Christ, mais une seule. Tout en Christ était divin, même son corps. En lui, le divin et l'humain étaient mélangés, ce qui constituait une troisième nature. Les Eutychiens furent souvent appelés Monophysites, parce qu'ils ramenaient en fait les deux natures de Christ à une seule. Le Concile de Chalcédoine, en 451, condamna cette doctrine. La controverse monophysite prit alors un nouveau tournant. Certains disciples de ce point de vue enseignaient maintenant que Christ n'avait qu'une seule volonté. Mais le Troisième Concile de Constantinople, en 681, condamna la doctrine monothélite, déclarant qu'il y a en Christ deux natures distinctes, une humaine et une divine, et que, par conséquent, il doit nécessairement avoir deux intelligences et deux volontés.

G. LE POINT DE VUE ORTHODOXE

Le Concile de Chalcédoine, en 451, a établi ce qui a été depuis la position de l'Église chrétienne. Il n'y a qu'un seul Jésus-Christ, mais il a deux natures, une humaine et une divine. Il est vraiment Dieu et vraiment homme, composé d'un corps et d'un esprit rationnel. Il est consubstantiel au Père dans sa divinité et consubstantiel à l'homme dans son humanité, à part le péché. Dans sa divinité, il est engendré du Père avant tout temps, et, dans son humanité, il est né de la vierge Marie. La distinction entre les natures n'est nullement diminuée par leur union, mais le caractère particulier de chacune est préservé, et elles sont unies dans une seule personne. Jésus n'est ni séparé ni divisé en deux personnes ; il est une seule personne, le Fils de Dieu.

II. LE CHRIST PRÉINCARNÉ

Nous abordons maintenant l'étude de la personne du Christ historiquement, mais dans un autre sens, et nous remarquerons d'abord certaines choses qui nous montrent son être véritable dans son état préincarné. Certaines de ces choses ont déjà été mentionnées dans l'étude de la Trinité, mais elles valent la peine d'être répétées, et d'autres seront ajoutées ici. Dans l'éternité passée, Christ "était avec Dieu" en fait, il "était Dieu" (Jn. 1.1). C'était "avant que le monde soit" (Jn. 17.5). Il est appelé "la Parole" (Jn. 1.1, 14 ; Ap. 19.13). La parole est un véhicule de la manifestation, un moyen de communication et une méthode de révélation. En harmonie avec cette interprétation, nous lisons dans Hé. 1.2 que "Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils". D'après la structure de sa phrase, il est évident que Jean concevait le Logos comme personnel. Il dit theos en ho logos, ce qui signifie que le Logos est Dieu, mais ce qui ne signifie pas qu'il était tout ce qu'il y avait en Dieu. S'il avait dit bo theos en ho logos, il aurait fait des termes Dieu et Logos des termes interchangeables et aurait donc enseigné le Sabellianisme. Paul l'appelle "le premier-né de toute la création" (Col. 1.15 ; voir son utilisation messianique dans Ps. 89.28). Ce titre ne veut pas dire que Christ lui-même a été le premier être créé ; "ce que ce titre veut dire, c'est que Christ, existant avant toute création, exerce le privilège de la primogéniture en tant que Seigneur de toute la création, l'"héritier de toutes choses" (Hé. 1.2) établi par Dieu. Il était là lorsque la création commença, et c'est pour lui aussi bien que par lui que toute cette œuvre a été faite."2 Nous connaissons très peu de choses de l'œuvre du Christ pendant cette période, sauf que c'est par lui que le Père a créé le monde (Hé. 1.2) et que c'est en lui qu'il a élu les croyants avant la fondation du monde (Ép. 1.4).

2 — Simpson and Bruce, Commentary on the Epistles to the Ephesians and the Colossians, p. 194.

Les Écritures déclarent à plusieurs reprises que Christ a joué un rôle dans la création. Jean écrit que "toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle" (Jn. 1.3 ; voir aussi Jn. 1.10). Paul dit que de lui viennent toutes choses et que nous avons été créés par lui (1 Co. 8.6), et que "en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui" (Col. 1.16ss.). Ces passages présentent Christ comme créateur, sustentateur et but de la création. On peut accorder une attention particulière au fait que, lorsque Dieu était sur le point de créer l'homme, il y a d'abord eu un conseil au sein de la divinité. Dieu a dit : "Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance" (Ge. 1.26). Nous lisons dans Pr. 8.30 : "J'étais à l'œuvre auprès de lui".

Bien que la deuxième personne de la Trinité apparaisse souvent dans l'Ancien Testament, elle n'est jamais appelée Christ. Nous avons plutôt les noms Fils, Éternel et ange de l'Éternel. Dans Ps. 2.7, l'Éternel l'appelle son Fils. Le plus souvent il est appelé Éternel. Remarquez l'emploi dans Ge. 19.24 : "Alors l'Éternel fit pleuvoir du ciel sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu, de par l'Éternel." C'est sans aucun doute le même qui est appelé Éternel dans Ge. 18.13ss., 17-20, 33. Dieu a dit : "Mais j'aurai pitié de la maison de Juda ; je les sauverai par l'Éternel, leur Dieu" (Os. 1.7). Dans Ps. 45.7, l'Éternel l'appelle Dieu. Très souvent, il apparaît comme l'ange de l'Éternel.

Ses apparitions dans l'Ancien Testament en tant qu'ange de l'Éternel sont significatives. En tant qu'ange de l'Éternel, il apparaît à Agar et lui dit de retourner se soumettre à Sara, en ajoutant qu'il multipliera sa postérité (Ge. 16.7-14). En tant que tel, il est apparu à Abraham et a retenu sa main quand il était sur le point de sacrifier son fils Isaac (Ge. 22.11-18). En tant qu'ange de Dieu, il a dit à Jacob qu'il le ferait prospérer malgré les traitements injustes qu'il aurait à subir de la part de Laban (Ge. 31.11-13). À Moïse, l'ange de l'Éternel apparut dans une flamme de feu surgissant du buisson et lui demanda de ne pas s'approcher, car cette terre était sainte (Ex. 3.2-5). Remarquez qu'il est appelé Dieu au v. 4 (Ex. 3.4). Puis nous lisons que l'ange de Dieu allait devant Israël quand celui-ci quitta l'Égypte (Ex. 14.19 ; voir aussi Ex. 23.20 ; 32.34). Paul dit que le rocher qui les suivait était Christ. (1 Co. 10.4). Quand Balaam vint pour maudire Israël, l'ange de l'Éternel l'intercepta et l'informa de ne répéter que ce qu'il lui dirait (No. 22.22-35). Plus loin, l'ange de l'Éternel vint vers Gédéon lorsque celui-ci était en train de battre du blé en secret pour le cacher des Madianites, et lui dit d'aller délivrer Israël (Jg. 6.11-24). À Manoach, cet ange apparut et lui promit un fils, que sa femme appela Samson (Jg. 13.2-24). Quand David pécha en dénombrant le peuple, Dieu envoya l'ange avec la peste (1 Ch. 21.1-27). Quand Élie prit la fuite devant Jézabel, l'ange de l'Éternel vint lui redonner des forces sous le genêt (1 Ro. 19.5-7). C'est sans aucun doute la même personne qui lui parla au mont Horeb (1 Ro. 19.9-18). Dans les jours où Sanchérib envahit Juda, l'ange de l'Éternel vint à la rescousse des Juifs en détresse et frappa 185 000 Assyriens en une seule nuit (2 Ro. 19.35). Dans Za. 1.11, l'ange de l'Éternel se tient parmi les myrtes et reçoit les rapports des divers messagers. Et dans Za. 3.1, Josué, le souverain sacrificateur, est présenté comme se tenant debout devant cet ange. De tous ces passages, nous apprenons que Christ avait une existence personnelle distincte pendant la période de l'Ancien Testament et qu'il s'est intéressé à plusieurs reprises et de façon très nette aux Israélites.

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