Dans cette section, nous avons exposé les arguments biologiques de la thèse évolutionniste et nous en avons souligné les faiblesses. On les trouve à de nombreux niveaux.
— Au niveau de l’apparition de la vie : la vie serait apparue spontanément, par hasard, selon les lois physico-chimiques actuelles… mais ce phénomène n’aurait eu lieu qu’une fois.
— Au niveau de l’évolution de la vie : selon cette thèse, tous les êtres vivants sont liés par des liens de parenté dans une filiation ininterrompue : les unicellulaires ont produit des pluricellulaires, puis les Invertébrés, ceux-ci donnant naissance aux Vertébrés. Ces derniers ont évolué des Poissons aux Amphibiens, des Amphibiens aux Reptiles, des Reptiles aux Oiseaux et aux Mammifères, puis à l’Homme. Or, nous l’avons constaté, les recherches successives des savants biologistes ont toujours abouti à des découvertes qui ont infirmé la thèse évolutionniste1.
1 Voir sur ce point les chapitres 13, 14 et 15, p. 145 ss.
— La thèse de Lamarck, séduisante, puérile par certains aspects (l’exemple de la girafe en fait foi), a été ruinée par les découvertes de Mendel et de Weismann, puisque les caractères acquis sont rigoureusement intransmissibles et que le « milieu » ne modifie l’être vivant qu’en surface. Les tentatives récentes de renouveau lamarckiste ont lamentablement échoué (voir chapitre 12).
— La thèse de Darwin, de caractère plus scientifique, s’appuie sur des réalités : les variations individuelles et la sélection. On a constaté après lui que certaines de ces réalités, les mutations, devaient même être considérées comme les seules causes de l’évolution.
L’existence des mutations ranima donc l’espoir des évolutionnistes car, pour la première fois, la science découvrait l’existence d’un facteur favorable à la théorie de l’évolution, à une époque où l’idée s’était déjà fortement implantée.
Mais ces espoirs furent déçus, car il s’avéra rapidement, grâce aux expériences de laboratoire (Morgan, Jordan, etc.), que ces mutations sont rarissimes, limitées, sans grande ampleur, amoindrissantes, souvent léthales, incapables de créer des organes nouveaux, bref sans aucune « vertu » évolutive. Comment soutenir la thèse évolutionniste par de tels mécanismes de dégénérescence ?
— Les évolutionnistes modernes ont alors accumulé tous les arguments favorables à l’idée d’évolution, tirés de la systématique, de la taxinomie, de l’anatomie comparée, etc. Ils ont abouti à une théorie extrêmement structurée, très dogmatique, profondément influencée par une conception mécaniste du monde, dont Dieu est exclu2.
2 Cette philosophie règne en maîtresse dans les sciences. Cependant, on remarque actuellement une réaction contre la tyrannie de cette idée. En biologie par exemple, des penseurs comme W.M. ELSASSER, dans Atome et organisme, Paris, 1970, ont introduit une conception qui rejette les fondements du mécanisme et qui se rapproche beaucoup, par certains aspects, d’une vision créationiste. Nous recommandons ce livre, malgré sa lecture difficile (elle nécessite une solide culture en mathématique, en biologie et en physique).
Mais ce dogmatisme, qui fait la force de cette théorie, fait aussi sa faiblesse. D’éminents biologistes comme Rostand, Guyénot, Grassé, Gavaudan, etc. n’ont pas manqué de le remarquer ; la thèse actuelle, largement teintée de néo-darwinisme, est inadéquate. On ne peut pas justifier l’évolution par les causes qu’elle invoque.
La situation présente du transformisme doit être une fois de plus soulignée ; c’est celle d’une thèse qui ne repose sur aucune certitude réelle et qui ne peut invoquer aucun mécanisme satisfaisant. D’où le trouble profond de certains savants contemporains.
Ainsi, en 1965, le professeur Weisskopf, alors directeur du CERN, avait réuni quelques-uns des meilleurs savants — ses amis — pour une discussion sur le « doute mathématique » que suscite la théorie actuelle de l’évolution3. Les doutes émis alors furent tels qu’ils décidèrent de réunir un colloque au Wistar Institute pour discuter de ces questions. Les meilleurs biologistes physiciens et biochimistes du monde étaient là. Les conclusions de ce colloque furent très nettes : la thèse évolutionniste actuelle est inapte à rendre compte de son interprétation des faits.
3 Fait rapporté dans la préface de l’excellente monographie de P.S. MOORHEAD et M.M. KAPLAN, Mathematical Challenges to the neo-darwinian Interpretation of Evolution, Wistar Institute, Philadelphia, 1967. Cet ouvrage est pour nous d’un intérêt capital car les différents savants qui y ont participé ont tous souligné la faiblesse de la thèse néo-darwinienne, lui portant des coups mortels et confessant leur incapacité d’en imaginer une autre. La lecture de cet ouvrage très technique est malheureusement assez difficile pour le lecteur moyen.
Mentionnons ici quelques-unes des contributions les plus importantes : L. Eiseley, professeur d’histoire des sciences et d’anthropologie à l’université de Pennsylvanie, s’attaque au dogmatisme du néo-darwinisme : il constate qu’en dépit de son succès, la thèse néo-darwinienne ne fournit pas de réponses pleinement satisfaisantes4.
4 Voir l’ouvrage ci-dessus, de P.S. MOORHEAD et M.M. KAPLAN. Les auteurs mentionnés ci-après ont tous écrit dans cet ouvrage.
M. Eden, professeur au M.I.T., expose « l’inadéquation de l’évolution néo-darwinienne comme théorie scientifique5 ». Il souligne avec force l’incohérence d’une théorie qui prétend expliquer un phénomène en faisant appel à des lois inconnues. Pour lui, l’explication de l’évolution par la sélection naturelle est une tautologie : ce sont des termes creux. Plus loin, appliquant à l’apparition de la vie et à sa complexification — supposée par l’évolution — les calculs des mathématiques modernes, il parvient à la conclusion que la genèse du vivant ne peut aucunement être régie par le hasard. Pour continuer à affirmer cela, il faudrait « la découverte de nouvelles lois naturelles en physique, en physico-chimie et en biologie6 ».
5 L. EISELEY, dans P.S. MOORHEAD et M.M. KAPLAN, op. cit., p. 5.
6 M. EDEN, dans P.S. MOORHEAD et M.M. KAPLAN, op. cit., p. 109.
P. Gavaudan, professeur à l’université de Poitiers, montre que les particularités très spécialisées de certaines plantes, l’adaptation des êtres vivants en général, leur complexité, etc. postulent un plan général, ce qui, on le voit, se rapproche beaucoup de notre interprétation des faits. Il souligne ensuite le manque de valeur scientifique de la thèse néo-darwinienne. Avec un sens aigu de l’ironie, il conseille à ses lecteurs de lire les meilleurs ouvrages évolutionnistes du monde actuel : le lecteur aura alors un ensemble d’environ 50 000 pages (200 km de texte) avec des tableaux, des diagrammes, etc. « mais à peu près pas de lois ou de théorèmes vraiment généraux propres à la vie elle-même7 ». Sa constatation désabusée et ironique sera aussi la nôtre : « Tout cet ensemble, mise à part l’indéniable réussite qu’il représente sur le plan de l’empirisme et de ses applications, ne possède cependant sur le plan de la connaissance qu’une valeur à peu près égale à celle de la comédie humaine de Balzac, d’un livre de cuisine ou d’un inventaire8. »
7 P. GAVAUDAN, dans P.S. MOORHEAD et M.M. KAPLAN, op. cit., p. 132, 133.
8 Ibid.
Ces savants constatent qu’après un siècle de recherches en biologie, les lois présentes ne permettent pas de donner une synthèse évolutionniste satisfaisante. Le développement considérable de la biochimie et de la biologie — en révélant l’extraordinaire complexité de la vie et la parfaite adaptation de tous les éléments à leur fonction — souligne la « finalité » du monde vivant9. Il a mis cette grandiose théorie en difficulté. Les savants commencent à lui demander des comptes et à réaliser son inaptitude à accorder les phénomènes qu’elle suppose aux faits et aux lois scientifiques dûment reconnus par la science contemporaine. Jamais le caractère hypothétique de l’évolutionnisme n’est apparu aussi clairement.
9 La finalité du vivant a été soulignée par tous les savants, même athées. Ainsi OPARINE, op. cit. Voir aussi les remarquables ouvrages de L.J. HENDERSON, L’ordre de la nature, Paris, 1965, et The Fitness of Environment, Boston, 1958, 2° éd.