Les passages suivants enseignent que le Christ préexistant devint homme : "la Parole a été faite chair" (Jn. 1.14) ; "mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme" (Ga. 4.4 ; voir aussi Ro. 8.3) ; "existant en forme de Dieu... il s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes" (Ph. 2.6ss.) ; et "Ainsi donc, puisque les enfants participent au sang et à la chair, il y a également participé lui-même" (Hé. 2.14).
Les récits de la nativité (Mt. 1 ; 2 ; Lu. 1 ; 2) nous donnent le compte-rendu historique de l'incarnation et l'attribuent à l'œuvre miraculeuse du Saint-Esprit. Que le Jésus historique était en fait le Fils éternel de Dieu, dont la venue était prédite dans l'Ancien Testament, constituait le thème de la prédication apostolique (Ac. 17.3 ; 18.5, 28). Même l'histoire profane reconnaît que Jésus-Christ a existé. Tacite (112 apr. J.-C.), l'historien romain, et Josèphe, l'historien juif du premier siècle, font tous deux mention de Jésus.1 C'est vers les Écritures que nous devons nous tourner pour déterminer les raisons et la nature de l'incarnation.
1 — Geisler, A Popular Survey of the Old Testament, p. 11.
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles Dieu est devenu homme.
Il est devenu homme pour confirmer les promesses faites aux pères et pour faire preuve de miséricorde à l'égard des païens (Ro. 15.8-12). En commençant par la promesse faite dans Ge. 3.15 et en continuant tout au long de l'Ancien Testament, Dieu a, à plusieurs reprises, promis d'envoyer son Fils dans le monde. Ainsi Ésaïe dit : "Car un enfant nous est né, un fils nous est donné" (Es. 9.5), et "Voici, la vierge deviendra enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d'Emmanuel" (Es. 7.14). Michée dit : "Et toi, Bethléhem Ephrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui dominera sur Israël, et dont les activités remontent aux temps anciens, aux jours de l'éternité" (Mic. 5.1). Un examen attentif de l'Ancien Testament révèle qu'il y a deux lignes de prédictions concernant la venue de Christ : il devait venir pour sauver du péché et pour régner dans son royaume.
Le premier de ces buts est préfiguré dans les sacrifices de l'Ancien Testament (1 Co. 5.7) et enseigné dans un grand nombre de Psaumes (Ps. 16.8-10 ; 22.2, 8, 18 ; 41.10-12) et dans les Prophètes (Es. 52.14 ; 53.4-6 ; Da. 9.26 ; Za. 11.12ss. ; 13.1, 7). Le dernier de ces buts est prédit dans plusieurs passages de l'Ancien Testament (Ge. 17.6, 16 ; 49.9s ; Deu. 17.14-20 ; 2 Sa. 7.12-17 ; Ps. 2 ; 8 ; 24 ; 45 ; 72 ; 89 ; 110 ; Es. 11.1-10 ; Jér. 23.5 ; 31.31-34 ; Ez. 37.15-24 ; Za. 14.9). Par conséquent, lorsqu'il est venu, il est apparu dans le double rôle de Sauveur et de Roi ; comme le dit Matthieu, il était à la fois fils de David et fils d'Abraham (Mt. 1.1). Gabriel avait dit à Marie que le Seigneur Dieu lui donnerait "le trône de David, son père" (Lu. 1.32), et il a dit lui-même : "Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël" (Mt. 15.24). Toutefois, les siens ne l'ont pas reçu (Jn. 1.11) ; et bien que la multitude l'ait acclamé comme le Fils de David lorsqu'il entra à Jérusalem monté sur un âne (Mt. 21.9), quelques jours plus tard les chefs incitèrent la multitude à demander qu'il soit crucifié. Il est donc mort comme sacrifice substitutif et il est devenu le Sauveur du monde et la pierre principale de l'Église (Mt. 16.18, 21 ; Ac. 20.28 ; Ép. 2.20 ; 5.25).
Dans l'Ancien Testament, Dieu est présenté comme le créateur et le Dieu souverain. L'Ancien Testament révèle l'unité, la sainteté, la puissance et la bienveillance de Dieu. Christ compléta la révélation en ajoutant l'idée que Dieu était un Père (Mt. 6.9). Jean a écrit : "Personne n'a jamais vu Dieu ; Dieu le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître" (Jn. 1.18). Jésus a enseigné que le voir, c'était voir le Père (Jn. 14.9), que le Père lui-même nous aimait (Jn. 16.27), que le Père sait ce dont nous avons besoin avant même que nous le lui demandions (Mt. 6.8 ; voir aussi Mt. 6.32), qu'il ne privera ses enfants d'aucune bonne chose (Mt. 5.45 ; Jn. 3.3, 5 ; 1 Jn. 3.1ss.). La relation de l'enfant de Dieu avec son Père céleste est un précieux concept du Nouveau Testament.
Il est venu se qualifier pour agir comme fidèle souverain sacrificateur. Christ est venu afin d'avoir part à chaque expérience humaine, à l'exception du péché, afin de se qualifier comme souverain sacrificateur. Les souverains sacrificateurs de l'Ancien Testament étaient choisis parmi les hommes afin qu'ils puissent fidèlement les représenter (Hé. 5.1ss.), et Christ a été de même choisi du sein des hommes pour les mêmes raisons (Hé. 5.4ss.). "Il convenait, en effet, que celui pour qui et par qui sont toutes choses, et qui voulait conduire à la gloire beaucoup de fils, ait élevé à la perfection par les souffrances le Prince de leur salut" (Hé. 2.10). Il y a donc une perfection que Christ a obtenue par ses expériences ici-bas en tant qu'homme. Remarquez de plus qu'"il a dû être rendu semblable en toutes choses à ses frères, afin qu'il soit un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu, pour faire l'expiation des péchés du peuple ; car, du fait qu'il a souffert lui-même et qu'il a été tenté, il peut secourir ceux qui sont tentés" (Hé. 2.17ss.). "Car nous n'avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos faiblesses ; au contraire, il a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché" » et c'est à cause de cela qu'il est écrit : "Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins" (Hé. 4.15ss.). Le fait même qu'il ait connu la faim, le manque de sympathie de la part des autres, qu'il ait subi chaque sorte de tentation que connaissent les hommes, qu'il a été incompris, abandonné, persécuté et livré à la mort a servi de préparation à son ministère actuel de sacrificateur.
Il est venu pour effacer le péché par son propre sacrifice (Hé. 9.26). Cette vérité a déjà été mentionnée en rapport avec le premier but de son incarnation, mais il est nécessaire de l'énoncer encore plus particulièrement comme le but de tous les buts. Jésus a dit : "Le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de beaucoup" (Mc. 10.45). Il est clairement indiqué qu'il fallait qu'il devienne un homme afin de mourir pour les péchés de l'humanité. Nous lisons dans Hébreux : "Mais celui qui a été abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d'honneur à cause de la mort qu'il a soufferte ; ainsi par la grâce de Dieu, il a souffert la mort pour tous" (Hé. 2.9) ; et Jean a écrit : "Or, vous le savez, Jésus a paru pour ôter les péchés, et il n'y a point en lui de péché" (1 Jn. 3.5).
Il nous faut remarquer certaines choses. Si Christ est venu pour donner sa vie comme la rançon de beaucoup, nous savons alors qu'il est venu pour racheter les hommes de leurs péchés par sa mort. Nous savons également que sa mort était une mort substitutive et, en outre, que tous ne seront pas sauvés, mais seulement beaucoup. L'idée d'enlever le péché semble faire allusion au bouc émissaire de l'Ancien Testament. Au grand jour des Expiations. un bouc était offert en sacrifice et un autre envoyé dans le désert après que les péchés du peuple aient été confessés sur sa tête (Lév. 16.20-22). Christ était donc "l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde" (Jn. 1.29 ; voir aussi Jn. 1.36). Comme le dit Ésaïe : "Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie ; et l'Éternel a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous" (Es. 53.6). Et lorsqu'il est dit qu'il a souffert la mort pour tout homme, ce qui est sous-entendu, c'est qu'il l'a fait à la place de tout homme. Ceux qui croient à cette vérité n'aurons pas à souffrir la mort eux-mêmes. Paul déclare que celui qui ne connaissait pas le péché a été fait péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu (2 Co. 5.21). Christ est venu pour enseigner les hommes, pour les aider dans les domaines matériels et physiques, pour leur donner un exemple, et ainsi de suite, mais par-dessus tout, il est venu mourir pour les péchés des hommes. Sa mort est la base de toutes les autres bénédictions dont nous jouissons.
Après avoir déclaré que Christ avait paru pour ôter les péchés (1 Jn. 3.5), Jean a écrit qu'il avait également paru pour détruire les œuvres du diable (1 Jn. 3.8). La Bible dit : "Ainsi donc, puisque les enfants participent au sang et à la chair, il y a également participé lui-même, afin que, par la mort, il rende impuissant celui qui avait la puissance de la mort, c'est-à-dire le diable" (Hé. 2.14). Il en a été ainsi afin qu'il "délivre tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie retenus dans la servitude" (Hé. 2.15).
La venue de Christ, particulièrement son œuvre sur la croix, a provoqué la défaite de Satan (Jn. 12.31 ; 14.30). Il est un ennemi vaincu. Il a perdu son emprise sur ses sujets. Il sera jeté un jour dans l'étang de feu (Ap. 20.10). Alors tout ce qu'il aura fait par l'introduction du péché prendra fin, à l'exception de la condamnation de ceux qui l'auront suivi. Stott suggère : "Si le but de la première apparition de Christ était d'ôter les péchés et de détruire les œuvres du diable, les chrétiens ne doivent donc pas faire de compromis ni avec le péché ni avec le diable, sinon ils se trouveront à combattre contre Christ".2
2 — Stott, The Epistles of John, p. 125.
Bien que ce but ne soit nulle part énoncé de cette façon, il est cependant sous-entendu dans plusieurs passages. Par exemple : "Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos pour vos âmes" (Mt. 11.29) ; "Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres" (Jn. 13.14) ; "Et c'est à cela que vous avez été appelés, parce que Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces" (1 Pi. 2.21) ; et "Celui qui dit qu'il demeure en lui doit marcher aussi comme il a marché lui-même" (1 Jn. 2.6). Les auteurs des Saintes Écritures étaient infaillibles dans leurs enseignements, mais ils ne l'étaient pas dans leurs actes. Christ est le seul qui était infaillible dans ses enseignements et dans ses actes. Il était nécessaire que nous ayons une illustration de ce que Dieu veut que nous soyons. Christ est le Sauveur du croyant, et il est aussi son exemple. À celui qui n'est pas sauvé, la Bible dit : "Crois et tu vivras" ; à celui qui est sauvé, elle dit : "Marche dans ses traces." On ne doit jamais renverser cet ordre. Ce qui peut le plus nous inciter à la sainteté, ce n'est pas le précepte, mais l'exemple, particulièrement l'exemple de quelqu'un qui est près de nous. Quand Moïse redescendit de la montagne où il avait parlé face à face avec Dieu, son visage resplendissait (Ex. 34.29). De la même manière, le croyant est transformé à la même image en contemplant "comme dans un miroir la gloire du Seigneur" (2 Co. 3.18).
La Bible dit : "De même Christ, qui s'est offert une seule fois pour porter les péchés de beaucoup d'hommes, apparaîtra sans [rien à voir avec le] péché une seconde fois à ceux qui l'attendent pour leur salut" (Hé. 9.28). Le salut comporte deux parties, à savoir l'offre du salut et son application ; le salut doit être offert avant d'être appliqué.
Manifestement, la plus grande partie du salut offert par Christ est présentement en train d'être appliquée. Les croyants sont sauvés de la condamnation et de la culpabilité du péché au moment où ils acceptent Jésus-Christ ; ils sont en train d'être sauvés de la puissance du péché par l'intercession de Christ et en lui abandonnant tout leur être ; mais ils ne seront pas sauvés de la présence du péché tant qu'ils ne seront pas enlevés pour aller à sa rencontre. En outre, il y a la rédemption du corps. Lorsque Christ est mort sur la croix, il est mort pour l'homme tout entier. Mais la guérison corporelle n'est pas aujourd'hui accordée à tout homme, et l'immortalité corporelle est entièrement à venir. Il en est également de même pour la rédemption de la création. Sur la croix, Christ a racheté toute la création, mais il réserve la délivrance de la création pour le jour où les fils de Dieu seront révélés (Ro. 8.18-25). C'est en tant qu'Agneau "comme immolé" (Ap. 5.6) que Jésus-Christ ouvrira les sceaux du livre, le titre de propriété de ce qu'il a racheté. Sa première venue était nécessaire pour préparer la seconde.
Il y a plusieurs passages classiques sur ce sujet. Dans Ph. 2.6, il est à noter que l'humiliation a commencé dans l'attitude d'esprit de Christ ; il a considéré qu'être égal à Dieu n'était pas quelque chose dont il devait s'emparer ou qu'il devait retenir à tout prix. Le fait de devenir un homme ne constituait pas pour lui une menace personnelle. Il s'agit là d'une attitude d'humilité, car l'orgueilleux est non seulement désireux de garder tout ce qu'il possède, mais aussi de se procurer tout ce qu'il n'a pas encore. L'incarnation implique deux choses primordiales : Christ s'est dépouillé lui-même et il est devenu semblable aux hommes.
D'abord, il nous est dit que Christ "s'est dépouillé lui-même" (Ph. 2.7). Le mot grec est kenoo (2758), et de là vient le mot kenosis. Beaucoup de gens ont malheureusement mal interprété l'acte ainsi décrit. Ils ont dit que Christ s'était dépouillé de ses attributs relatifs : son omniscience, son omnipotence et son omniprésence, tout en retenant ses attributs immanents : sa sainteté, son amour, et sa vérité. On a enseigné qu'il avait une très grande connaissance, mais pas une connaissance complète ; qu il était puissant, mais pas tout-puissant.
Ce n'est cependant pas le cas. Jésus-Christ a revendiqué à plusieurs reprises une connaissance divine. Nous lisons que "il... connaissait tous (les hommes)", qu'il "savait lui-même ce qui était dans l'homme" (Jn. 2.24ss.), et qu'il savait "tout ce qui devait lui arriver" (Jn. 18.4). Pour ce qui est de sa puissance, nous lisons non seulement qu'il a menacé le vent, miraculeusement nourri les affamés, guéri les malades, chassé les démons et ressuscité les morts, mais qu'il invitait souvent les gens à croire en lui à cause de ses œuvres, s'ils ne voulaient pas croire à ses paroles (Jn. 6.36 ; 10.25, 37ss. ; 14.11 ; 15.24). Jean a présenté plusieurs miracles tirés du ministère de Jésus-Christ afin que ses lecteurs puissent croire "que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant" ils aient "la vie en son nom" (Jean 20.31). Les œuvres d'Elie et d'Elisée n'indiquaient certainement pas qu'ils étaient Dieu incarné, puisqu'ils les ont accomplies par la puissance de l'Esprit ; mais nous sommes appelés à croire que Jésus-Christ est Dieu à cause des œuvres qu'il a faites. Cela ne peut être le cas que s'ils les a accomplies, du moins un grand nombre d'entre elles, par la puissance de sa propre divinité. Christ a fait des miracles par sa propre puissance inhérente (Mt. 9.28), les apôtres les ont faits au nom de Christ, et Christ les a a parfois accomplis par la puissance du Saint-Esprit, et non par sa propre puissance (Mt. 12.28).
Certaines choses se sont produites dans l'humiliation de Christ. D'une certaine manière, sa gloire divine a été voilée, mais non abandonnée (Jn. 1.14 ; 2.11 ; 17.5). Il a volontairement quitté les richesses du ciel pour se revêtir de la pauvreté humaine (2 Co. 8.9). Il s'est revêtu de la chair humaine non glorifiée qui était sujette à la faiblesse, à la douleur, à la tentation et aux limitations. Il a volontairement choisi de ne pas utiliser les prérogatives de sa divinité, telles son omnipotence, son omniprésence et son omniscience, pour rendre sa voie plus facile. Il s'est fatigué, il a voyagé d'un point à un autre, et a grandi en sagesse et en connaissance. Bien qu'il n'ait pas abandonné ses attributs divins, il a volontairement accepté de ne pas exercer certains attributs de la divinité afin de s'identifier à l'homme. Comme Walvoord l'a écrit : "L'acte de la kenosis... peut... être compris comme le fait que Christ n'a abandonné aucun attribut de la divinité, mais qu'il en a volontairement restreint l'usage en accord avec son but de vivre parmi les hommes et avec leurs limitations".3
3 — Walvoord, Jesus Christ Our Lord, p. 144.
Il est évident que la Bible, lorsqu'on la prend globalement, enseigne que Jésus-Christ n'a abandonné que l'exercice de certains de ses attributs relatifs ou transitifs. Il n'a en aucun sens abandonné ses attributs absolus ou immanents ; il a toujours été parfaitement saint, juste, miséricordieux, véridique et fidèle ; et il a toujours aimé avec toute l'intensité de son être. Mais il s'est dépouillé lui-même en abandonnant l'exercice de ses attributs relatifs. Il était donc omniscient, omnipotent et omniprésent lorsque le Père lui permettait d'exercer ces attributs. C'est ce qui est impliqué dans le fait qu'il a quitté la gloire qu'il avait auprès du Père avant que le monde fût (Jean 17.5) et qu'il a pris la forme d'un serviteur (Ph. 2.6). Il est évident qu'il en est vraiment ainsi dans le fait que Jésus parle des choses que le Père lui a montrées (Jn. 5.20 ; 8.38), lui a enseignées (Jn. 8.28) et lui a données à faire (Jn. 5.36) de même que dans le fait que le Père lui a accordé un certain pouvoir (Jn. 10.18), que le Père l'a "oint du Saint-Esprit et de force" (Ac. 10.38), qu'il a, du moins à certaines occasions, chassé les démons par le Saint-Esprit (Mt. 12.28), qu'il a, par le Saint-Esprit, donné des commandements aux apôtres (Ac. 1.2), et qu'il s'est offert lui-même à Dieu par l'Esprit éternel (Hé. 9.14). Comme le fait remarquer Müller :
Il s'est dépouillé lui-même en prenant la forme d'un serviteur. Il n'est rien dit à propos d'un abandon d'attributs divins, de la nature divine ou de la forme de Dieu ; il n'y a qu'un paradoxe divin énoncé ici : il s'est dépouillé lui-même en prenant quelque chose sur lui-même, c'est-à-dire une façon d'être, la nature ou la forme d'un serviteur ou d'un esclave. Lors de son incarnation, il est resté "en forme de Dieu" et en tant que tel il est le Seigneur et le Maître de tout, mais il a aussi accepté la nature d'un serviteur comme faisant partie de son humanité.
4 — Muller, The Epistles of Paul to the Philippians and to Philemon, p. 82.
Bien qu'existant en forme de Dieu, il est devenu semblable aux hommes (Ph. 2.7). Celui qui était et qui est Dieu par nature est devenu homme. Jean a déclaré que "la Parole a été faite chair" (Jn. 1.14 ; voir aussi 1 Jn. 4.2ss. ; 2 Jn. 7). Christ a reçu un corps humain (Hé. 10.5) afin que Dieu puisse habiter parmi nous (Jn. 1.14). En Christ "habite corporellement toute la plénitude de la divinité" (Col. 2.9). Que Christ ait pris la chair sur lui ne veut pas dire qu'il a pris la chair pécheresse. Paul affirme que Dieu a envoyé "son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché" (Ro. 8.3).
Murray clarifie l'expression "dans une chair semblable à celle du péché" en disant que Paul "utilise le mot "semblable" non dans le but de suggérer une irréalité quelconque à propos de la nature humaine de notre Seigneur. Cela contredirait les paroles explicites de Paul ailleurs dans cette épître et dans d'autres épîtres. Il est obligé d'employer ce mot ici parce qu'il s'est servi du terme "chair... de péché" et qu'il n'aurait pas pu dire que Christ avait été envoyé dans "une chair de péché". Cela aurait contredit le fait que Jésus était sans péché, ce que le Nouveau Testament affirme jalousement."5
5 — Murray, The Epistle to the Romans, 1, p. 280.
Voici d'autres passages qui parlent de l'incarnation : Ro. 1.3 ; Ga. 4.4 ; 1 Ti. 3.16 ; et Hé. 2.14. Christ est non seulement devenu homme, mais tout en étant en forme de Dieu, il a pris la forme d'un serviteur (Ph. 2.7). Hendriksen explique : "Le texte ne peut pas vouloir dire qu'il "a échangé la forme de Dieu pour une forme de serviteur", comme cela est trop souvent avancé. Il a pris la forme d'un serviteur tout en retenant la forme de Dieu. C'est exactement ce qui rend notre salut possible et qui l'accomplit."6
6 — Hendriksen, Exposition of Philippians, p. 109.