Évolution ou création

Conclusion de la première partie

On présente souvent le transformisme comme un fait ou, pour le moins, comme une théorie ayant un si haut degré de probabilité qu’elle équivaut à une certitude ! Sur quoi est donc fondée cette « certitude1 ? A notre avis, sur un postulat, une « preuve » et des arguments.

1 J. ROSTAND, L’Homme, Paris, 3e éd., 1962, p. III.

1. UN POSTULAT

Les faits étudiés doivent pouvoir s’expliquer sans Dieu. Or ce postulat n’est pas le seul qu’on puisse poser. Certes, nous concédons qu’il serait dangereux et peu scientifique de faire intervenir la notion de Dieu pour expliquer l’inexplicable, ou pour assurer un refuge à l’esprit humain lorsqu’il rencontre une difficulté d’ordre rationnel. Une telle position, qui était celle des croyants des siècles passés — mais peut-on leur en tenir rigueur de nos jours2 ? —, ne se justifie plus. Cependant, nous pouvons raisonnablement choisir parmi les interprétations des faits celles qui sont compatibles avec l’hypothèse de départ que constitue, pour le croyant scientifique, l’existence de Dieu. Dans ce cas, entre deux voies, nous choisirons de préférence celle qui n’exclut pas Dieu ou ne détruit pas le sens profond de la Révélation divine. Le transformisme, lui, choisit l’autre voie. Les deux voies reposent, en fait, sur un postulat. Un postulat en vaut un autre. De plus, notre choix confère à notre interprétation une cohérence interne indiscutable.

2 Il est tout aussi stupide de ridiculiser l’attitude « antiscientifique » des croyants vivants dans une époque non scientifique que de ridiculiser les savants qui ont eu, en leur temps, des idées fausses, des conceptions étranges à nos yeux. La liste serait longue des savants aux esprits encombrés d’irrationnel, ou défendant des conceptions qu’un enfant de notre temps saurait réduire à néant ! Mentionnons seulement ARAGDO et son attitude sceptique à l’égard des vitesses supérieures à 50 km/h pour les chemins de fer. On ne peut pas exiger d’un homme qu’il ne soit pas « de son temps ». Ce qui est valable pour les savants l’est, a fortiori, pour les « croyants » en général, les plus humbles en particulier.

2. UNE « PREUVE »

Celle de la paléontologie. Tous les transformistes le reconnaissent, c’est la seule dont ils disposent : « La Paléontologie nous autorise à affirmer que l’évolution est bien une réalité », affirme R. Hovasse, qui ajoute : « Avec la Paléontologie, le savant disposait de la durée : elle lui a permis de donner des preuves de la réalité de l’évolution3. » Que vaut cette « preuve » ? Nous avons vu qu’elle repose elle-même sur des a priori. Que nous rappelons.

3 R. HOVASSE, Problèmes de l’évolution, dans La biologie, de J. ROSTAND et A. TÉTRY, Paris, 1965, p. 1570. Le problème de la durée sera abordé dans l’annexe de cet ouvrage.

Les fossiles seraient des témoins des formes de vie du passé, for- mes qui auraient été « figées » au cours des millions d’années de l’histoire de la vie sur terre. Chaque type de fossiles serait donc le reflet d’une époque du passé. Or rien ne prouve qu’il en soit ainsi. Il se peut que les différences constatées entre fossiles soient dues à une origine géographique différente, et non à une origine différente dans le temps.

La classification des fossiles est établie selon leur ressemblance morphologique. Il est clair qu’une telle classification suggère l’idée d’évolution. Mais, en aucun cas, cette classification — établie à partir de l’idée que ressemblance implique filiation — ne peut être invoquée pour « prouver » cette même filiation ! Sinon, c’est la théorie qui se prouve elle-même et le raisonnement tourne au cercle vicieux.

La stratigraphie nous renseignerait sur des millions d’années qui nous ont précédés. Chaque couche se serait déposée lentement, pendant des périodes extrêmement longues, sans catastrophes à l’échelle mondiale, si bien que ces couches seraient comme des instantanés successifs de la vie se déroulant au fil des millénaires. Or cette hypothèse n’est pas la seule qu’on puisse avancer. Il est possible, et nous tenterons de l’établir dans les pages qui suivent, que les couches géologiques soient plutôt le résultat d’un cataclysme mondial avec dépôt rapide et massif. Dans ce cas, c’est la base même du transformisme qui ferait défaut.

Enfin, les nombreuses difficultés que nous avons signalées : lacunes dans les lignées évolutives, rareté ou absence de chaînons intermédiaires, présence de fossiles vivants actuels, explosion brutale des formes de vie au Cambrien., etc., militent plutôt contre l’idée d’évolution. On le voit, la paléontologie n’est pas une preuve : elle est tout au plus un indice. Les faits paléontologiques n’imposent pas le transformisme.

3. DES ARGUMENTS

D’ordre biologique surtout, que nous avons évoqués au chapitre 17. Mais la biologie, de l’aveu même des évolutionnistes, a beaucoup moins de poids dans la défense de leur thèse que la paléontologie. « L’apport des sciences biologiques au même problème est plus modeste et n’aboutit qu’à développer des arguments, dont nous allons examiner les principaux4 », écrit encore R. Hovasse. Et il mentionne ceux qui sont tirés de la cytologie, de la biochimie, de l’anatomie comparée. Or, nous l’avons vu5, ces arguments n’imposent pas l’idée d’évolution. Tout au plus peut-on dire que les faits invoqués ne sont pas incompatibles avec cette idée.

4 Ibid.

5 Cf. chapitre 17, Les arguments biologiques.

Il n’en est pas de même des lois de la biologie et de la mathématique des probabilités qui, elles, s’opposent à l’évolution en ruinant la possibilité théorique des mécanismes invoqués pour en rendre compte. Si bien que l’on peut dire ceci : Non seulement la biologie ne prouve pas l’évolution, mais elle affirme que toutes les théories avancées pour la justifier ne sont pas recevables. La plus universellement reçue de nos jours, le néo-darwinisme invoquant mutation et sélection naturelle, est très improbable, comme le reconnaissent beaucoup de biologistes actuels6.

6 J. ROSTAND admet : « Pour ma part. je ne suis nullement persuadé que la mutation et la sélection naturelle aient sui à tirer, des formes primitives, les organismes les plus complexes » (dans l’introduction à R. MOORE, L’évolution, Time-Life, 1966, p. 6). Voir aussi E. GUYÉNOT, L’origine des espèces, Paris, 1967, p. 107, 124, etc. Rappelons que « les mutations que nous connaissons offrent presque toutes un caractère amoindrissant, destructeur, soustractif. Même parmi celles qu’on peut considérer comme additives, aucune n’apporte dans l’espèce quelque chose de tout à fait neuf, et d’assez révolutionnaire pour être vraiment évolutif » (J. ROSTAND, L’Homme, op. cit., p. 125). De même dans l’ouvrage de PAUL S. MOORHEAD et MARTIN M. KAPLAN Mathematical Challenges to the Neo-Darwinien Interpretation of Evolution, The Wistar Institute, Press. N° 5, 1967, des savants mondialement connus tels que MURRAY EDEN, professeur au MIT, MARCEL SCHUTZENBERGER, professeur de mathématiques à Paris, Georges WALD, professeur de biologie à Harvard, V.F. WEISSKOPF, professeur de physique au MIT, ancien directeur du CERN, et bien d’autres encore, ont constaté honnêtement l’inadéquation de la thèse évolutionniste actuelle. Il y a là un problème fondamental, insoluble pour les évolutionnistes : concilier la théorie avec les faits et avec les données mathématiques des probabilités.

En définitive, nous nous trouvons devant la constatation suivante : la théorie évolutionniste n’est pas « certaine ». Elle s’appuie sur un ensemble de faits dont les uns sont compatibles avec elle, dont les autres sont difficilement assimilables, dont quelques-uns enfin apparaissent. comme presque irréductibles à la théorie. En particulier, dans le domaine de la biologie, la seule porte ouverte pour expliquer le mécanisme de l’évolution — les mutations — se referme, aussitôt entrebâillée, à tel point que Guyénot a pu écrire : « L’explication mutationniste se heurte là à une véritable impossibilité7. »

7 E. GUYÉNOT, op. cit., p. 124.

Dès lors, il nous semble qu’il faut cesser d’affirmer que l’évolution est un fait. Il faut, au contraire, reconnaître avec honnêteté que l’évolution n’est qu’une interprétation possible de ces faits ; qu’elle frôle même parfois l’impossible. Est-ce la seule ? Nous ne le pensons pas. Dans les pages qui suivent nous tenterons de donner une autre interprétation, qui pourrait s’accorder à la fois avec les faits scientifiques et avec les données essentielles de la foi chrétienne fondée sur la révélation biblique.

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