CHAPITRE XXVIII
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Élection et vocation

En traitant l'élection et la vocation comme l'application de la rédemption de Christ, nous laissons sous-entendre qu'elles suivent logiquement, dans les décrets de Dieu, le décret de la rédemption. Comme nous l'avons noté précédemment, le supralapsarisme suggère l'ordre suivant des décrets :

  1. le décret de sauver certaines personnes et de réprouver les autres ;
  2. celui de créer les deux ;
  3. celui de permettre la chute des deux ;
  4. celui de pourvoir à la rédemption des élus en Christ ;
  5. et celui d'envoyer l'Esprit pour appliquer cette rédemption aux élus.

Certains théologiens unissent 4) et 5) en un seul décret. Nous rejetons le supralapsarisme, car Dieu n'a sûrement pas décrété de sauver ou de réprouver avant de décréter de créer. De plus, comme nous l'avons déjà mentionné, il est préférable d'envisager les décrets dans l'ordre suivant :

  1. le décret de créer l'homme ;
  2. celui de permettre la chute ;
  3. celui de choisir pour le salut certains des perdus ;
  4. celui de pourvoir à la rédemption des élus ;
  5. et celui d'envoyer l'Esprit pour appliquer cette rédemption aux élus.

Mais même ce point de vue, que l'on appelle le sublapsarisme, comporte un inconvénient fondamental en ce qu'il ne permet pas une expiation illimitée. Il est donc préférable d'élargir 4) pour lire : le décret de pourvoir à une rédemption suffisante pour tous, et d'échanger ensuite l'ordre de 3) et 4) de manière à ce que le décret de pourvoir à la rédemption vienne avant celui d'élire. En ce qui nous concerne, nous supposerons donc l'ordre suivant : Dieu a décrété :

  1. de créer l'homme ;
  2. de permettre la chute ;
  3. de pourvoir en Christ à une rédemption suffisante pour tous ;
  4. d'en élire certains au salut ;
  5. et d'envoyer l'Esprit pour assurer l'acceptation du salut de la part des élus.

I. LA DOCTRINE DE L'ÉLECTION

En admettant l'ordre des décrets ci-dessus, il nous reste encore différentes perspectives concernant la définition de l'élection. L'élection est-elle l'acte souverain de Dieu par lequel il choisit certaines personnes pour le salut, exclusivement sur la base de la grâce souveraine, sans tenir compte des mérites ou des actes de l'individu, ou est-ce l'acte souverain de Dieu par lequel il choisit ceux qui, selon sa prescience, allaient répondre à sa gracieuse invitation ? Quelle est la bonne définition de l'élection ?

A. LA DÉFINITION DE L'ÉLECTION

L'élection dont nous parlons a trait à l'élection dans son aspect rédempteur. La Bible parle :

Dans son aspect rédempteur, l'élection signifie cet acte souverain de Dieu par lequel il choisit, par grâce, en Jésus-Christ, pour le salut, tous ceux qu'il a connus d'avance.

L'élection est un acte souverain de Dieu ; Dieu n'est absolument pas obligé de choisir qui que ce soit, puisque tous ont perdu leur position devant Dieu. Même après la mort de Christ, Dieu n'était pas obligé d'appliquer ce salut, sauf qu'il devait à Christ de respecter l'accord conclu avec lui à propos du salut de l'homme. L'élection est donc un acte souverain, parce qu'elle n'est due à aucune contrainte imposée à Dieu. C'est un acte de grâce, en ce que Dieu choisit ceux qui étaient tout à fait indignes du salut. L'homme méritait exactement le contraire, mais, dans sa grâce, Dieu a choisi d'en sauver quelques-uns. Il les a choisis "en Christ" (Ép. 1.4). Il ne pouvait pas les choisir pour eux-mêmes parce qu'ils méritaient tous le jugement ; il les a donc choisis d'après les mérites d'un autre. De plus, il a choisi ceux qu'il avait connus d'avance. Mais quelle est la relation entre la préconnaissance et la prédestination d'un côté, et l'élection de l'autre ?

Nous entrons ici dans un des grands mystères de la foi chrétienne. L'Église chrétienne est divisée quant à la compréhension de cette doctrine, particulièrement en ce qui touche la souveraineté de Dieu et la responsabilité de l'homme, de même que la justice et la sainteté de Dieu, et la nature pécheresse de l'homme. La Bible indique que l'élection est basée sur la prescience (1 Pi. 1.1ss. ; voir Ro. 8.29), mais on s'interroge sur le vrai sens de la prescience. Est-ce simplement une préconnaissance ou une prévision, ou est-elle liée plus étroitement à un choix véritable ? Dans sa prescience, Dieu a-t-il perçu ce que chaque homme ferait en réponse à son appel et l'a-t-il ensuite élu pour le salut selon cette connaissance ? Ou la prescience signifie-t-elle que Dieu, dans l'éternité passée, a regardé certains avec faveur et les a ensuite élus au salut ? Ces deux positions doivent être présentées avec des arguments pour et contre.

B. L'ÉLECTION BASÉE SUR LA PRESCIENCE

Selon cette position1, Dieu, dans sa prescience, a prévu ceux qui allaient répondre à son offre de salut et les a activement élus pour le salut. C'est-à-dire que l'élection est cet acte souverain de Dieu par lequel il a choisi en Christ pour le salut tous ceux qui, selon ce qu'il savait d'avance, allaient l'accepter. Bien qu'il ne nous soit dit nulle part ce qui, dans la prescience de Dieu, détermine son choix, les enseignements répétés des Écritures, selon lesquels l'homme est responsable d'accepter ou de rejeter le salut, suggère que c'est la réponse de l'homme à la révélation que Dieu donne de lui-même qui est la base de son élection. Les élus sont ceux qui, comme Dieu l'a prévu, répondront personnellement à l'Évangile.

1 — Il s'agit de la position défendue par l'auteur.

La prédestination est étroitement liée à l'élection. Le verbe grec revient à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament (Ac. 4.28 ; Ro. 8.29ss. ; 1 Co. 2.7 ; Ep. 1.5, 11). Il comporte l'idée de distinguer ou d'ordonner d'avance. Bien que l'élection et la prédestination aient un sens similaire, on peut peut-être les distinguer de la façon suivante : par l'élection, Dieu a déterminé de sauver ceux qui acceptent son Fils et le salut offert ; par la prédestination, il a résolu d'accomplir effectivement ce dessein. Paul écrit donc : "Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils" (Ro. 8.29), et "il nous a prédestinés dans son amour à être ses enfants d'adoption par Jésus-Christ" (Ép. 1.5 ; voir Ép. 1.11).

1. Arguments en faveur de ce point de vue de l'élection. Cette position peut être défendue de plusieurs façons.

a. La Bible enseigne que le salut de Dieu, apportant la grâce, est apparu à tous les hommes et non pas seulement aux élus (Tit. 2.11). Bien que l'humanité soit complètement morte par ses offenses et ses péchés, et ne puisse rien faire pour obtenir le salut, Dieu, par sa grâce prévenante, a redonné à tous les hommes la capacité suffisante de faire un choix en ce qui concerne la soumission à Dieu. Cette grâce agit sur la volonté avant que quelqu'un ne se tourne vers Dieu. Dieu, par sa grâce commune, accorde à l'humanité de nombreuses bénédictions : la vie, la santé, des amis, des saisons fertiles, la prospérité, un délai dans le jugement, la présence et l'influence de la Bible, le Saint-Esprit et l'Église. En plus de tout cela, il a redonné au pécheur la capacité de répondre favorablement à Dieu. Ainsi Dieu, dans sa grâce, a rendu le salut de tous les hommes possible. Il n'y a aucun mérite dans cette affaire ; tout est de Dieu.

b. La Bible enseigne clairement et sans équivoque que Christ est mort pour tous (1 Ti. 2.6 ; 4.10 ; Hé. 2.9 ; 2 Pi. 2.1 ; 1 Jn. 2.2 ; 4.14).

Dieu ne désire pas "qu'aucun périsse, mais... que tous arrivent à la repentance" (2 Pi. 3.9 ; voir Ez. 18.32). L'invitation au salut s'adresse à tous, à "quiconque" (Jn. 3.15ss. ; 4.13ss. ; 11.26 ; 12.46 ; Ac. 2.21 ; 10.43). Il est difficile de concevoir une invitation universelle à laquelle seuls quelques-uns ont la capacité de répondre.

c. Il y a de nombreuses exhortations à se tourner vers Dieu (És. 31.6 ; Joë. 2.13ss. ; Mt. 18.3 ; Ac. 3.19), à se repentir (Mt. 3.2 ; Lu. 13.3, 5 ; Ac. 2.38 ; 17.30) et à croire (Jn. 6.29 ; Ac. 16.31 ; 1 Jn. 3.23). Paul écrit : "Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée" (Tit. 2.11). Cela produit une libération de la volonté à l'égard du salut. De cette façon, l'homme peut commencer à répondre à Dieu, à la suite de quoi Dieu pourra lui donner la repentance et la foi. Si l'homme se tourne vers Dieu sur la base de la grâce prévenante, Dieu se tournera alors vers lui (Jér. 31.18ss.) et lui accordera la repentance (Ac. 5.31 ; 11.18 ; 2 Ti. 2.25) et la foi (Ro. 12.3 ; 2 Pi. 1.1).

d. Les Écritures fondent l'élection sur la préconnaissance (Ro. 8.28-30 ; 1 Pi. 1.1ss.), et dire que Dieu a su toutes choses d'avance parce qu'il avait arbitrairement déterminé toutes choses, c'est ignorer la distinction entre les décrets efficaces et les décrets permissifs de Dieu. Dieu a prévu que le péché entrerait dans l'univers mais il ne l'a pas pas décrété efficacement. Il peut certainement prévoir aussi comment les hommes agiront sans décréter efficacement comment ils agiront. Dieu sait comment l'homme répondra à l'invitation de l'Évangile, mais il n'oblige pas arbitrairement l'homme à répondre de cette façon.

e. Dans cette discussion, il faut aussi considérer la justice de Dieu. Il est admis que Dieu n'est pas obligé d'accorder le salut à qui que ce soit, puisque tous sont responsables de leur présente condition déchue. De plus, Dieu n'est pas obligé de sauver qui que ce soit, même si Christ a pourvu à un salut suffisant pour tous. Mais n'est-il pas difficile de comprendre comment Dieu peut choisir certains hommes coupables et condamnés, pourvoir à leur salut et l'assurer efficacement, et cependant ne rien faire pour tous les autres ? Dieu ne ferait pas preuve de partialité s'il laissait tous les hommes aller au destin qu'ils méritent ; mais comment peut-il ne pas être partial s'il en choisit certains parmi cette multitude et fait certaines choses pour eux et en eux qu'il ne fait pas pour les autres, s'il n'y a pas quelque chose qui établit une différence entre ces deux classes d'hommes ? La grâce commune s'étend à tous les hommes, et chacun a retrouvé la capacité de vouloir "faire sa volonté" (Jn. 7.17). La grâce, source de salut, a été manifestée à tous les hommes ; mais certains la reçoivent en vain. Dieu n'est vraiment juste que s'il pourvoit à la même chose pour tous et fait la même offre à tous.

f. L'acceptation de ce point de vue de l'élection incite logiquement à de grands efforts missionnaires. Christ a envoyé ses disciples dans tout le monde, et il leur a enseigné à prêcher l'Évangile à toute créature. Si l'élection signifie que tous ceux que Dieu a arbitrairement choisis seront certainement sauvés et que ceux qu'il n'a pas choisis ne seront pas sauvés, pourquoi le chrétien devrait-il se soucier de prêcher l'Évangile à toute créature ? Mais le fait de savoir que le salut est offert à tous stimule et encourage l'activité missionnaire.

2. Les objections à cette conception de l'élection. Certaines objections ont été soulevées contre cette façon de comprendre l'élection. Il nous faut les aborder.

a. Il y a des déclarations selon lesquelles le Père en a donné certains à Christ (Jn. 6.37 ; 17.2, 6, 9), et on présume qu'il s'agit là d'un acte arbitraire de Dieu par lequel les autres ont été livrés à la perdition. Mais il est plus probable qu'il a agi ainsi à cause de ce qu'il avait prévu qu'ils feraient, plutôt que simplement pour exercer son autorité souveraine.

b. Christ a dit : "Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire" (Jn. 6.44). Il nous faut cependant lire ce verset à la lumière d'une autre déclaration de Christ : "Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi" Jn. 12.32). La croix de Christ émet une puissance qui va vers tous les hommes, bien qu'un grand nombre continuent de résister à cette puissance.

c. Paul écrit que Dieu produit en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir (Ph. 2.13). On présume qu'il n'y a rien qu'un pécheur puisse faire tant que Dieu n'a pas produit ces choses en lui. Toutefois, ce passage ne s'adresse pas à des incroyants, mais à des croyants. Jésus a clairement dit à quelques Juifs : "Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie" (Jn. 5.42), laissant clairement sous-entendre qu'ils le pourraient s'ils le voulaient.

d. Dans Ro. 9.10-16, il est dit que Dieu a choisi Jacob plutôt qu'Ésaü, même avant qu'ils ne soient nés et qu'ils aient pu faire le bien ou le mal. Mais il y a deux choses ici que nous devons remarquer. Bien qu'il soit dit qu'ils n'avaient pas encore fait le bien ou le mal, il n'est pas dit que Dieu ne savait pas qui ferait le bien et qui ferait le mal. Ésaü a constamment choisi les choses profanes de la vie, et Jacob, bien que loin d'être constant dans les choses de Dieu, a choisi des choses plus spirituelles. De plus, le choix de Jacob de préférence à Ésaü était un choix en vue de privilèges extérieurs et nationaux, non directement un choix pour le salut. La Bible déclare que ce ne sont pas tous les descendants d'Israël (Jacob) qui constituent Israël, et que ce ne sont pas tous les enfants d'Abraham qui sont les enfants de la promesse. Un descendant d'Ésaü pouvait aussi bien être sauvé qu'un descendant de Jacob.

e. Nous lisons dans Ac. 13.48 : "Et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent." Que cela ne puisse pas faire allusion à un décret absolu est prouvé par le fait que, dans le contexte de Ac. 13.46, Paul a déjà déclaré que les Juifs, par leur propre choix personnel, ont rejeté le message. Dans sa prescience, Dieu a donc destiné au salut ceux qui croiraient. Il est également possible que le verbe "étaient destinés" compris comme étant à la voix moyenne, ce qui donnerai "tous ceux qui se destinèrent à la vie éternelle crurent."

f. De nouveau, dans Ép. 1.5-8 ; 2.8-10, le salut a pour origine le choix de Dieu et est entièrement par grâce. Mais cela ne contredit nullement le point de vue présenté ici. Dieu doit prendre l'initiative, et il le fait par la grâce prévenante. Si ce n'était de l'action de sa grâce dans le cœur du pécheur, aucun homme ne pourrait être sauvé. Mais cette grâce prévenante ne sauve pas l'homme, elle ne fait que le rendre capable de choisir qui il veut servir.

g. Finalement, certains prétendent que, si la prédestination n'est pas inconditionnelle et absolue, alors tout le plan de Dieu est incertain et risque d'échouer. Mais cela ne pourrait être vrai que si Dieu n'avait pas connu d'avance le résultat et ne l'avait pas adopté comme son plan. Dieu a prévu tout ce qui se produira et il a tenu compte de ces éventualités dans son programme. Son plan est certain bien que tous les événements qui en fassent partie ne soient pas obligés de se produire.

C. L'ÉLECTION BASÉE SUR LE CHOIX

La seconde façon d'aborder l'élection, c'est de comprendre la prescience comme considérant certains hommes avec faveur et les élisant ensuite au salut. L'élection est l'acte souverain de Dieu par lequel il en choisit certains parmi la race humaine pécheresse pour devenir les bénéficiaires de sa grâce salvatrice. Ce n'est que d'après sa volonté souveraine qu'il effectue ce choix et sans tenir compte d'aucun mérite prévu chez ceux qui ont été choisis. Selon cette approche, la prescience n'est pas simplement une préconnaissance, mais elle est plus étroitement liée au choix concret. Que Dieu a connu d'avance signifie qu'il a choisi. Sa prescience, c'est son choix. De plus, le terme "connaître" et les divers mots qui lui sont apparentés, comporte souvent l'idée de "connaître intimement", "connaître avec appréciation", "connaître affectueusement" . Nous en trouvons des exemples aussi bien dans l'Ancien que dans le Nouveau Testaments. Dieu déclare : "Je vous ai choisis (connus), vous seuls parmi toutes les familles de la terre" (Am. 3.2). Keil suggère que l'on utilise dans ce verset le terme "reconnus". Il écrit : "Reconnaître, de la part de Dieu, n'est pas simplement prendre note, mais c'est quelque chose d'énergique, qui englobe l'homme dans son être le plus intime, l'entourant et le pénétrant de l'amour divin." Il poursuit en disant que la reconnaissance "inclut non seulement l'idée d'amour et de soins, comme dans Os. 13.5, mais qu'elle exprime généralement la communion du Seigneur avec Israël, comme dans Ge. 18.19, et qu'elle est pratiquement équivalente à l'élection, incluant à la fois le motif et le résultat de l'élection."2 Les fils d'Éli "ne connaissaient point l'Éternel" (1 Sa. 2.12). Cela ne veut certainement pas dire qu'ils n'avaient nullement conscience de Dieu, mais plutôt qu'ils ne reconnaissaient pas Dieu ou n'avaient pas le respect et l'appréciation qu'ils auraient dû avoir pour lui. Le verbe "connaître" est également employé de façon similaire dans le Nouveau Testament. Paul parle de notre obligation de connaître (d'avoir de l'appréciation pour) nos chefs spirituels (1 Th. 5.12). Jean écrit : "Si nous gardons ses commandements, nous savons par cela que nous l'avons connu" (1 Jn. 2.3). Il ne s'agit pas ici d'avoir simplement connaissance de Dieu ; mais plutôt d'avoir une relation d'amour avec Dieu, de le reconnaître. Avec cela à l'esprit, ne pouvons-nous pas interpréter la prescience de Dieu comme Dieu, dans l'éternité passée, regardant certains avec faveur et les élisant pour le salut ? La prescience précède l'élection, et les deux sont des actes déterminants de Dieu ; le premier n'est pas une connaissance passive, mais active.

2 — Keil, The Twelve Minor Prophets, I. p. 259.

1. Les arguments en faveur de ce point de vue de l'élection. Les raisons ultimes de l'élection dépassent la pensée humaine. Nous en laissons finalement la compréhension à un Dieu sage, souverain et plein d'amour. Nous nous en remettons aux paroles de Dieu dans Deu. 29.29 : "Les choses cachées sont à l'Éternel notre Dieu ; les choses révélées sont à nous et à nos enfants, à perpétuité, afin que nous mettions en pratique toutes les paroles de cette loi." Mais il y a cependant plusieurs arguments ou preuves que nous pouvons donner à l'appui de cette doctrine.

a. Il y a de claires affirmations bibliques qui soutiennent l'élection. Nous lisons dans Ac. 13.48 : "Et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent" (voir Ro. 8.27-30 ; Ga. 4.9 ; Ép. 1.5, 11 ; 1 Th. 1.4 ; 1 Pi. 1.1ss. ; 2.9).

b. Tout le processus du salut est un don de Dieu (Ro. 12.3 ; Ép. 2.8-10). Il est vrai que l'homme doit répondre à l'Évangile, mais même cette capacité de répondre est un don de Dieu. Paul a écrit aux Philippiens : "Dieu... produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir" (Ph. 2.13).

c. Il y a des versets qui disent que des hommes ont été donnés à Christ (Jn. 6.37 ; 17.2) et que Dieu attire les hommes à Christ (Jn. 6.44).

d. Il y a, dans la Bible, des exemples de l'appel souverain de Dieu adressé à des individus, comme Paul (Ga. 1.15) et Jérémie (Jér. 1.5 ; voir Ps. 139.13-16).

e. C'est sur la base de l'élection qu'est lancé l'appel à une vie sainte (Col. 3.12 ; 2 Th. 2.13 ; 1 Pi. 2.9).

f. L'élection est décrite comme étant de toute éternité. Dieu "nous a sauvés, et nous a adressé une sainte vocation, non à cause de nos œuvres, mais selon son propre dessein, et selon la grâce qui nous a été donnée en Jésus-Christ avant les temps éternels" (2 Ti. 1.9).

Il nous faut ajouter deux points, qui proviennent tous deux de l'expérience humaine. Les chrétiens remercient universellement Dieu pour leur salut ; ils ne se l'attribuent pas à eux-mêmes. De plus, pourquoi prier Dieu pour le salut d'autres personnes, si nous ne nous attendons pas à ce que Dieu agisse souverainement dans leur vie pour les amener à répondre à l'Évangile ? Ainsi, par l'intercession pour le salut d'autres et par les actions de grâce pour le salut, les chrétiens reconnaissent partout et confessent la souveraineté de Dieu dans le salut. Dans tout cela, nous reconnaissons un mystère dans la façon dont Dieu agit souverainement dans la libre volonté de l'homme.

2. Objections à cette conception de l'élection. Plusieurs objections peuvent être soulevées contre ce point de vue de l'élection.

a. Il fait de la prescience et de l'élection pratiquement la même chose. On soutient que prévoir, c'est simplement connaître d'avance. Dieu a prévu que le péché entrerait dans le monde, mais il n'a pas fait en sorte qu'il en soit ainsi, il ne l'a que permis. De la même manière, affirme-t-on, Dieu a prévu comment l'homme répondrait lorsqu'on lui présenterait Christ et il a ensuite choisi ceux qui répondraient favorablement. Il a cependant été démontré que, pour Dieu, connaître quelqu'un est souvent plus que simplement avoir une certaine connaissance de cette personne. Cela fait souvent allusion à une relation personnelle avec cette personne. La préconnaissance est donc active, non passive. De plus, la doctrine de l'élection maintient la souveraineté de Dieu. Il peut déterminer de sauver qui il veut. Luc nous fait part de la réponse à l'Évangile à Antioche de Pisidie : "Tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent" (Ac. 13.48).

b. On affirme que, si l'élection est limitée par Dieu, il doit sûrement en être de même de l'expiation. Cela est toutefois contraire aux nombreux passages bibliques qui enseignent une expiation illimitée Jn. 1.29 ; 3.16 ; 1 Ti. 2.6 ; Hé. 2.9 ; 1 Jn. 2.2). L'homme reste responsable de rejeter l'expiation. Elle est offerte à tous, mais l'homme s'en détourne volontairement. Que certains hommes la rejettent limite son efficacité, mais non sa disponibilité. Nous pourrions prendre comme illustration ceux qui ont crucifié notre Seigneur. Il était ordonné de Dieu que Christ soit crucifié, mais les hommes qui l'ont effectivement mis à mort en seront tenus coupables (Ac. 2.23 ; 4.27ss.). Jésus a dit : "Il est nécessaire qu'il arrive des scandales ; mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive !" (Mt. 18.7). Ryrie donne le conseil suivant :

En considérant cette doctrine, il nous faut avoir de l'équilibre. Il ne faut pas perdre de vue la réalité de la responsabilité, mais cette responsabilité ne doit pas non plus obscurcir la pleine signification de la grâce. La grâce concerne les origines, la responsabilité concerne les réactions. C'est Dieu qui est à l'origine de son plan de salut et il l'a fondé entièrement sur la grâce (car l'homme pécheur ne pouvait pas mériter sa faveur) ; l'homme est cependant entièrement responsable d'accepter ou de rejeter la grâce de Dieu.3

3 — Ryrie, The Grace of God, p. 85.

Le salut est disponible pour tous ; il est illimité. Mais il est en fait limité par le propre rejet de l'homme.

c. Il rend Dieu responsable de la réprobation. Pourquoi Dieu n'en a pas élu certains au salut est un profond mystère. Mais n'oublions pas que l'élection ne s'adresse pas à d'innocentes créatures, mais à des créatures pécheresses, coupables, viles et condamnées. Qu'il y en ait qui soient sauvés relève entièrement de la grâce (Ép. 2.8). Ceux qui ne sont pas inclus dans l'élection n'ont que ce qu'ils méritent. Nous devrions plutôt glorifier Dieu d'en sauver quelques-uns, que de l'accuser d'être injuste en n'en sauvant que quelques-uns. Dieu ne prend pas plaisir à la mort du méchant (Ez. 33.11) et il ne veut pas que personne périsse (2 Pi. 3.9), mais les iniquités de l'homme l'ont séparé de Dieu (Es. 59.2). Le décret de la réprobation, si en fait on peut en parler de cette façon, est un décret de ne rien faire, un décret de laisser le pécheur à lui-même, à son propre endurcissement et à sa propre destruction. Il est injuste de dire que Dieu en destine certains à l'enfer. Lorsque Pierre écrit : "Ils s'y heurtent pour n'avoir pas cru à la parole, et c'est à cela qu'ils sont destinés" (1 Pi. 2.8), il enseigne qu'ils ont été destinés, non pas à la désobéissance, mais à se heurter parce qu'ils sont désobéissants. C'est de la même façon qu'il faut comprendre la conclusion de Paul : "Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut" (Ro. 9.18). Dieu laisse l'homme suivre ses propres voies de destruction et d'endurcissement, et, dans ce sens, il endurcit le cœur de l'homme.

d. En outre, l'élection décourage l'évangélisation. On demande : "Si seuls les élus seront sauvés, pourquoi évangéliser ? Ceux qui sont élus au salut seront sauvés ; ceux qui ne sont pas élus ne seront pas sauvés ; alors pourquoi évangéliser ?" Il faut noter ici certaines choses.

1° Le dernier commandement de Christ était de communiquer l'Évangile au monde (Ac. 1.8). Ce commandement est notre mandat. Dieu a choisi l'évangélisation comme la méthode par laquelle son élection trouve son accomplissement (Ac. 13.48 ; 18.10).

2° Cette doctrine donne au chrétien de l'encouragement pendant qu'il partage sa foi. Paul écrit : "C'est pourquoi je supporte tout à cause des élus, afin qu'eux aussi obtiennent le salut qui est en Jésus-Christ, avec la gloire éternelle" (2 Ti. 2.10).

3° L'enfant de Dieu qui commence à comprendre le grand amour de Dieu à son égard en le choisissant pour le salut a une motivation renouvelée de faire connaître cette grande vérité du salut aux autres. Paul déclare : "Car l'amour de Christ nous presse" (2 Co. 5.14), et il continue quelques versets plus loin : "Nous faisons donc les fonctions d'ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous ; nous vous en supplions au nom de Christ : Soyez réconcilies avec Dieu !" (2 Co. 5.20)4

4 — Pour une discussion plus approfondie de ce sujet, voir Packer, L'Évangélisation et la souveraineté de Dieu.

e. Il présente Dieu comme partial et arbitraire. Au premier coup d'œil, cette objection peut sembler valable, mais deux choses doivent être notées. D'abord, ça ne concerne en rien la partialité car il n'y a rien en l'homme pour le recommander à Dieu. Deuxièmement, dire que l'élection est arbitraire, c'est accuser indirectement Dieu d'être ni sage, ni libre, ni plein d'amour. L'élection est faite par un Dieu sage et plein d'amour.

f. finalement, cette doctrine de l'élection insuffle de l'orgueil aux élus. Mais ce n'est sûrement pas le cas. Les œuvres et les efforts de l'homme font naître l'orgueil (Lu. 18.11ss. ; Ro. 4.2 ; Ép. 2.9) ; la grâce souveraine de Dieu inspire plutôt l'adoration.

Peu importe l'approche de la doctrine de l'élection qui nous semble la plus appropriée et la plus biblique entre les deux sus-mentionnées, notre réaction devrait être celle de l'apôtre : "O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu Que ses jugements sont insondables, et ses voies incompréhensibles !" (Ro. 11.33). Nous concluons avec Paul : "À lui la gloire dans tous les siècles Amen !" (Ro. 8.36 ; voir És. 55.8ss.).

II. LA DOCTRINE DE LA VOCATION

C'est la doctrine de l'appel de Dieu. La grâce de Dieu est glorifiée non seulement par le fait que Dieu a pourvu au salut, mais aussi par le fait qu'il offre le salut à des personnes qui ne le méritent pas. Nous pouvons définir l'appel de Dieu comme cet acte de grâce par lequel il invite les hommes à accepter par la foi le salut offert en Jésus-Christ.

A. LES PERSONNES APPELÉES

La Bible indique que le salut est offert à tous. Il est offert aux "prédestinés" (Ro. 8.30), à ceux qui sont "fatigués et chargés" (Mt. 11.28), à "quiconque croit en lui" (Jn. 3.16 ; voir Jn. 3.15 ; 4.14 ; 11.26 ; Ap. 22.17), à "Vous tous qui êtes aux extrémités de la terre !" (Es. 45.22 ; voir Ez. 33.11 ; Mt. 28.19 ; Mc. 16.15 ; Jn. 12.32 ; 1 Ti. 2.4 ; 2 Pi. 3.9), et à "tous ceux que vous trouverez" (Mt. 22.9).

À ce point-ci, nous devons soulever deux questions :

1° Si certains sont élus et d'autres ne le sont pas, l'appel de Dieu adressé à tous est-il sincère ? Si l'est, est-il compatible avec la doctrine que le pécheur, par nature, est incapable d'obéir ? Il ne faut pas oublier que l'incapacité est une incapacité morale, non une incapacité physique. L'incapacité de l'homme est due à sa propre mauvaise volonté, pour laquelle l'homme est lui-même responsable. On pose également la question : en quoi cet appel est-il compatible avec l'élection ? Mais la difficulté est la même que nous parlions du fait que Dieu permet aux hommes de rejeter son appel, ou du fait qu'il a su d'avance que certains le rejetteraient.

2° Une seconde question a trait à l'efficacité de l'appel. L'appel est-il irrésistible ? Ce terme peut laisser une fausse impression de Dieu exerçant sur l'esprit humain une pression de l'extérieur. Nous reconnaissons certainement que Dieu agit dans l'homme pour accomplir sa volonté (Ph. 2.13). Dieu est capable d'agir souverainement dans le cœur des hommes pour les amener à répondre personnellement et par leur propre volonté à l'appel de Dieu. Jean a rassemblé de façon surprenante la souveraineté et le libre arbitre en ce qui a trait à l'appel de Dieu : "Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue. Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu" (Jn. 1.11-13).

B. L'OBJET DE L'APPEL

Dit simplement, Dieu n'appelle pas les hommes à une réforme de leur vie, aux bonnes œuvres, au baptême, à un engagement dans l'Église, etc. Ce sont toutes de bonnes choses en soi, mais ce ne sont que les fruits de ce à quoi il appelle les hommes. Ce à quoi il appelle les hommes, c'est à la repentance (Mt. 3.2 ; 4.17 ; Mc. 1.14ss. ; Ac. 2.38 ; 17.30 ; 2 Pi. 3.9) et à la foi (Mc. 1.15 ; Jn. 6.29 ; 20.30ss. ; Ac. 16.31 ; 19.4 ; Ro. 10.9 ; 1 Jn. 3.23).

C. LES MOYENS DE L'APPEL

Dieu a une variété de moyens par lesquels il appelle les hommes.

1° Il les appelle par la Parole de Dieu (Ro. 10.16ss. ; 1 Th. 2.13 ; 2 Th. 2.14).

2° Il les appelle aussi par son Esprit (Jn. 16.8 ; Hé. 3.7ss. ; voir Ge. 6.3). Le Saint-Esprit invite le pécheur à accepter Christ.

3° Dieu se sert de ses serviteurs pour appeler les hommes (2 Ch. 36.15 ; Jér. 25.4 ; Mt. 22.2-9 ; Ro. 10.14ss.). Jonas est un bon exemple des messagers humains dont Dieu se sert pour amener une ville à la repentance. À ceux qui ne sont pas sauvés, la Parole de Dieu doit être apportée par des personnes régénérées, des personnes qui peuvent témoigner de la puissance de la Parole et de l'Esprit dans leur propre vie (1 Th. 1.5).

4° Et Dieu appelle par ses rapports providentiels avec les hommes. Sa bonté a pour but d'amener les hommes à la repentance (Jér. 31.3 ; Ro. 2.4), mais si elle ne réussit pas, ses jugements devront alors prendre la relève (Ps. 107.6, 13 ; És. 26.9).

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