Évolution ou création

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Le monde après le déluge

Le déluge peut fournir une explication plausible de la formation des strates et de la présence des fossiles dans ces strates. Nous devons maintenant nous demander si les formes actuelles des paysages qui nous entourent, ainsi que la répartition des faunes et des flores, sont compatibles avec cette explication « catastrophique ». En d’autres termes, si le déluge a bien eu lieu dans un passé relativement proche1, comment peut-on expliquer les formes actuelles du relief, les vallées, les pics, les gorges, les glaciations intenses dont on a la preuve, la dispersion des espèces, le peuplement des continents, etc. Telle est la question à laquelle nous allons tenter de répondre maintenant.

1 Le chiffre de 10 000 ans avancé au chapitre précédent n’a aucune valeur définitive. Nous avons seulement voulu montrer que la présence des amino-acides dans les fossiles postule un âge bien plus récent qu’on ne le croit.

1. L’APRÈS-DÉLUGE : PEUPLEMENT ET CLIMAT

Aussitôt après avoir abordé sur le mont Ararat2, Noé sortit de l’arche avec les animaux rescapés. Au fur et à mesure que les eaux se retiraient, les animaux gagnèrent peu à peu les zones qui leur étaient favorables. Mais, les conditions climatiques ayant changé, ils durent migrer pour retrouver, dans des régions parfois lointaines, les conditions de vie qu’ils avaient connues avant le déluge dans un rayon restreint. Comment ces migrations ont-elles été possibles ? En particulier comment les îles furent-elles peuplées ? Ne faut-il pas imaginer quelque dérive des continents entraînant faune et flore ? Ce n’est pas nécessaire. Les exemples ne manquent pas d’îles récemment apparues, par volcanisme par exemple, qui se peuplent assez rapidement3. L’explication la plus vraisemblable et la plus conforme aux faits observés est celle des îles flottantes, signalées entre autres par Cailleux, Romer et Moody. On a rencontré en plein océan, de nos jours, de ces îles de végétaux accumulés, atteignant une surface et une épaisseur telles qu’elles portent des palmiers de 7 à 10m de hauteur, et que des faunes et des reptiles peuvent y vivre jusqu’à ce que « l’île » aborde la terre ferme4.

2 Un argument décisif en faveur de l’historicité du déluge pourrait être donné si on pouvait en démontrer l’authenticité. Il s’agit des morceaux de poutres équarries, trouvées près du sommet du mont Ararat par l’expédition archéologique entreprise par NAVARRA en 1952 et 1955. Ces poutres, qui portent nettement la trace de l’industrie humaine, ne peuvent guère avoir été apportées à cette altitude par d’autres agents que l’eau ! De là à y voir les restes de l’arche, il n’y avait qu’un pas. Nous ne le franchissons cependant pas, à cause de l’incertitude qui règne encore concernant les faits décrits. Voir cependant sous toute réserve et avec quelque scepticisme, F. NAVARRA, J’ai trouvé l’arche de Noé, Paris, 1956, p. 220, 221 en particulier.

3 Voir par exemple S. THORARINSSON, Surtsey : the New Island in the North Atlantic, New York, 1967. Voir aussi R. FURON, Introduction à l’histoire de la terre, Paris, 1970, p. 210-213, et R. FURON, Causes de la répartition des êtres vivants, Paris, 1958.

4 Cf. AS. ROMER, Vertebrate Paleontology, Chicago, 1955, 2e éd., p. 513 ; P.A. MOODY, Introduction to Evolution, New York, 1953, p. 262, ou R. FOUET et Ch. POMEROL, Les montagnes, Paris, 1965, p. 33.

Dans ces conditions, le peuplement des continents éloignés ne pose pas de problèmes insurmontables ; d’autant plus que des liaisons intercontinentales ont pu exister lors des glaciations, en particulier par le détroit de Bering. Le seul point délicat reste sans doute le peuplement si particulier de l’Australie. Pour l’expliquer, il faut supposer une migration des marsupiaux vers le sud-est, leur passage en Australie par des isthmes aujourd’hui affaissés5 et le développement de ces marsupiaux, désormais à l’abri de leurs ennemis par l’effondrement des isthmes leur ayant permis le passage6.

5 On sait que cette région, encore actuellement très instable, donne lieu à des mouvements tectoniques fréquents.

6 Cf. J.C. WHITCOMB et H.M. MORRIS, The Genesis Flood, Philadelphia, 1969, 13e éd., p. 82.

Le climat de l’après-déluge, depuis la disparition de la couverture protectrice de vapeur d’eau, était devenu variable selon les latitudes et selon les saisons7. Nous avons tout lieu de croire cependant qu’il est demeuré, dans l’ensemble, plus chaud et plus humide que de nos jours. On s’accorde à penser que le climat au Pléistocène est resté doux et humide dans les régions tempérées jusqu’à l’époque des glaciations8. Cette persistance du climat humide et chaud peut s’expliquer par la grande quantité d’eau, d’une part, et par la pénétration des rayons solaires, d’autre part. On peut aussi penser à la quantité de chaleur dégagée par le volcanisme intense et l’orogenèse qui se poursuivait sans aucun doute à ce moment, le réajustement isostatique n’étant pas encore achevé.

7 Il n’est pas absurde de penser que l’inclinaison de l’axe terrestre par rapport au plan de l’écliptique date du déluge.

8 Cf. G. et H. TERMIER, Initiation à la paléontologie, Paris, 1952, t. II, p. 142. Il y a cependant des traces de glaciation à la fin du Pliocène (Donau) mais le schéma d’ensemble reste valable pour le Pléistocène.

2. ÉROSION PAR LES EAUX

Il est logique de penser que, sur des terrains sédimentaires encore mal consolidés et affectés de mouvements de grande ampleur, l’érosion due au retrait des eaux et aux pluies fut intense. La couverture végétale, encore récente, devait être facilement « décapée » par l’érosion qui pouvait alors agir avec une puissance énorme. Tous les géologues s’accordent maintenant à dire que l’érosion en climat tropical, semi-tropical ou tempéré reste faible si le sol est couvert de végétation. En revanche, elle peut atteindre des proportions gigantesques en l’absence de celle-ci. Lors du retrait des eaux, de vastes vallées ont donc pu être creusées dans les continents en voie de surrection. Ces « fleuves » énormes sont probablement aussi responsables de la formation des canyons sous-marins, récemment découverts, qui prolongent les fleuves. On les attribue généralement à des « courants de turbidité », c’est-à-dire à des avalanches ou à des courants sous-marins9. On voit que les conditions d’érosion durent être maximales lors du retrait des eaux, après le déluge, à cause de l’ampleur des forces et de l’état non consolidé de la plupart des sédiments.

9 Cf. B.C. HEEZEN, The Origin of Submarine Canyons, dans « Scientific American », vol. 195, août 1956, p. 36-41. Etude récente de la sédimentation par turbidité dans M.G. CAIRD, Sedimentology of the Greenland Group…, dans « New Zealand Journal of geology and geophysics », vol. 15, n° 3, septembre 1972, p. 372-393.

Fig. 20 - Deux exemples de pénéplénation : a, la région de Dinant-Namur ; b, la région de Caen.

C’est également ce retrait des eaux qui serait responsable, selon nous, des vallées beaucoup trop larges pour les fleuves actuels, comme on en rencontre partout10. Creusées par les masses d’eau en régression, dans des sédiments encore tendres et sans protection végétale, elles furent ensuite utilisées par les fleuves actuels. De même, il est possible que la pénéplénation de certaines régions côtières soit due à l’érosion des eaux se retirant, en nappes cette fois, et érodant, comme un rabot gigantesque, une région qui venait d’être plissée. Les raz de marée eux aussi pourraient y avoir contribué pendant ou peu après le déluge (voir figure 20, p. 269). En tout cas, l’explication présentée ici serait plus plausible que celle que l’on trouve dans beaucoup de manuels et que A. Cailleux critique justement en ces termes : « On présente souvent les pénéplaines comme l’aboutissement de l’érosion fluviale. Mais celle-ci est linéaire et tend à accentuer le relief et les seuls agents d’aplanissement qu’on puisse observer présentement en action sont l’écoulement liquide en nappe ou réticulé, l’abrasion marine et (avec doute) le gel en climat froid11. »

10 C’est vrai aussi bien en Europe (Seine, Loire) qu’aux Etats-Unis, où le Mississipi lui-même a eu un précurseur. Voir sur ce point R.E. JANSSEN, The Teays River, Ancient Precursor of the East, dans « Scientific Monthly », vol. 77, décembre 1953, p. 309.

11 A. CAILLEUX, La géologie, Paris, 1967, 6e éd., p. 51.

D’une manière générale, on voit que les conditions d’érosion durent être maximales peu après le déluge : pluies intenses, orogenèse récente, sédiments mal consolidés, retraits massifs des eaux, couverture végétale faible permettant des écoulements en nappes et un ruissellement très actif, etc. Toutes ces conditions réunies ont pu être cause de la formation du relief actuel dans ses grandes lignes. Des « retouches », nous le verrons plus loin, furent apportées par les glaciers.

De même, se trouvent expliquées par le phénomène du retrait des eaux les terrasses fluviales que l’on rencontre s’étageant à des altitudes de 50 à 100 m au-dessus du niveau actuel. Chacune d’elles pouvant être liée à un stade de retrait des eaux correspondant au niveau de la mer à ce moment. Certaines terrasses marines surélevées pourraient avoir la même origine, par formation rapide dans des sédiments encore relativement meubles.

On peut croire que ce retrait, intense mais assez rapide, n’est pas si éloigné de notre époque : que l’on songe par exemple au Sahara, jadis occupé par une véritable mer intérieure, habité et cultivé il n’y a pas plus de 5 ou 6000 ans selon les évaluations courantes.

3. OROGENÈSE ET VOLCANISME

On conçoit aisément, si l’on se reporte au chapitre 24, « Déluge et géologie », que le rajustement isostatique responsable de la montée des continents et de l’enfoncement (ou subsidence) des bassins océaniques, ne s’acheva pas du jour au lendemain. Le bouleversement avait été trop intense. Pendant de nombreux siècles, les forces isostatiques agirent puissamment, entraînant séismes, orogenèse et volcanisme. Sans revenir ici sur les processus impliqués, il nous faut souligner que les régions les plus affectées par ces forces furent évidemment les régions « charnières » entre les « radeaux » continentaux et océaniques. On s’explique alors que ces régions soient précisément les plus montagneuses (Rocheuses, Andes, Japon) et les plus affectées par le volcanisme et par les séismes (voir carte, p. 234).

Une grande proportion de ces phénomènes ont pu avoir lieu peu après le déluge, ce qui correspondrait en gros à « l’époque » Pliocène-Pléistocène. On a depuis longtemps remarqué, en effet12, que ces époques sont les plus fertiles en ce domaine. On trouverait là l’explication du lien si souvent constaté entre séismes, orogenèse et volcanisme13.

12 Cf. R.F. FLINT, Glacial and Pleistocene Geology, New York, 1967, p. 550 ss.

13 Cf. J. ROTHE, Séismes et volcans, Paris, 1968, 5e éd., p. 89. J.T. WILSON, Geophysies and Continental Growth, dans « American Scientist », vol. 47, mars 1959, p. 23. H.B. HOWELL, Introduction à la géophysique, Paris, 1969, p. 328-331, etc.

Il est certain, en tout cas, que l’époque Pléistocène fut particulièrement affectée par le volcanisme. Il est logique d’y voir la conséquence du rajustement isostatique. Les mouvements de l’écorce terrestre permettent les intrusions de magma dans la croûte supérieure. Ces intrusions purent être éjectées immédiatement sous forme d’éruptions gigantesques (fissurales par exemple, ou volcaniques du type actuel). Mais il arrive aussi que ces intrusions de magma stationnent quelque temps dans des « chambres réservoir » et soient expulsées avec retard. De telles « chambres » ont été mises en évidence sous un bon nombre de volcans actuels, à 5 ou 6 km de la surface (Vésuve), parfois beaucoup moins (Japon)14. On peut imaginer, dans ces conditions, que le déluge a causé la mise en place et le remplissage d’un grand nombre de ces « chambres réservoir ». Celles-ci, à leur tour, furent la cause d’éruptions volcaniques intenses à l’époque post-diluvienne, après une durée qu’il est impossible d’évaluer.

14 Cf. G.A. McDONALD, Volcanology, dans « Science », vol. 133, 10 mars 1961, p. 673-678, ou B. GEZE, Les roches volcaniques el la volcanologie, dans La terre, de J. GOGUEL, Paris, 1959, p. 866-925.

Nous verrons que ce décalage a pu permettre un climat doux et humide dans cet intervalle. Puis, à celui-ci, succéda une phase d’intense refroidissement causant les glaciations quaternaires dont on connaît l’ampleur : L’inlandsis polaire descendit jusqu’à la Tamise et le milieu de l’Allemagne, tandis que les glaciers alpins poussèrent jusqu’à Lyon, par les « cluses » structurales déjà en place et qu’elles n’ont fait que sur-creuser (Annecy, Chambéry, Grenoble).

4. GLACIATIONS OU ÉPOQUE GLACIAIRE

Fig. 21 – A. Hypothèse des 4 glaciations. B. Hypothèse d’une glaciation avec fortes avan- ces et retraits importants.
La persistance de la faune et de la flore chaudes (Ch) jusqu’à la fin de Würm ne s’explique bien que dans le schéma B. Cette faune et cette flore chaudes sont alors remplacées par la faune et la flore tempérées-froides (TF).

Si l’on est d’accord sur l’existence et sur l’ampleur des glaciations, on ne l’est pas sur leur nombre. En général, les spécialistes de France et des Etats-Unis admettent 4 glaciations auxquelles on a donné les noms des rivières d’Allemagne où l’on aurait trouvé leurs traces : dans l’ordre chronologique Gunz, Mindel, Riss et Würm. La première semble toutefois hypothétique. On suppose généralement que ces glaciations se sont étendues sur plusieurs dizaines de millions d’années et furent séparées les unes des autres par des périodes interglaciaires tempérées ou semi-tropicales de durées équivalentes. La dernière, et aussi la mieux connue (Würm), aurait duré plus de 50 000 ans et se serait terminée il y a environ 8 à 10 000 ans. Cependant, de nombreux arguments peuvent être avancés contre cette manière de voir. Aussi certains glaciologues pensent-ils que ces 4 glaciations pourraient bien n’être que des phases d’avance et de recul des glaciers au cours d’une seule et même époque glaciaire. On les appelle des « monoglacialistes »15. Ainsi R.J. Lougée, professeur de géomorphologie à l’université Clark (Etats-Unis), a pu montrer que les dépôts autrefois attribués à 4 ou 5 glaciations furent en réalité le fait d’un seul et même phénomène 16. Un fait nous pousse à adopter cette manière de voir : c’est la permanence du climat révélée par les restes fossiles et les pollens, depuis le début du Pléistocène jusqu’à la dernière glaciation (Würm) ; ce sont des espèces de régions tempérées, voire semi-tropicales : « Le climat chaud continue à régner en Europe au cours du 2e et du 3e interglaciaire, sans que les deux glaciations de Mindel et de Riss paraissent avoir provoqué des changements notables de la composition de la faune17. » On a la preuve de la persistance de la faune (éléphants, rhinocéros, hippopotames, ours, lions, hyènes, etc.) et de la flore des zones chaudes depuis Günz jusqu’à Würm. Ce qui signifie que cette faune et cette flore auraient résisté à 3 glaciations de plusieurs milliers d’années18, La faune et la flore froides ne s’installent qu’avec la dernière glaciation, celle de Würm. Cela n’est guère vraisemblable (fig. 21 A, p. 273). Au contraire, dans l’hypothèse mono-glacialiste fig. 21 B, p. 273), on comprend bien que la faune et la flore de climat chaud aient pu se perpétuer jusqu’à la glaciation et se maintenir aux abords mêmes des glaciers pendant les premières poussées de ceux-ci. Mais la glaciation se maintenant, elles disparaissent définitivement pour laisser la place à la faune et à la flore semi-boréales attestées pendant la glaciation de Würm seule.

15 P. BELLAIR et Ch. POMEROL, Eléments de géologie, Paris, 1965, p. 446.

16 R.J. LOUGEE, Ice-Age History, dans « Science », vol. 128, 21 novembre 1958, p. 1290, 1291.

17 C. ARAMBOURG, La genèse de l’humanité, Paris, 1969, 8e éd., p. 21.

18 Cf. D. DE SONNEVILLE-BORDES, L’âge de la pierre, Paris, 1965, p. 20, 21.

Fig. 22 – Limites sud de la banquise aux époques historiques récentes (d’après Dentonorter).

Quant à la vitesse et à la durée des variations, il n’est pas besoin d’imaginer des millénaires. Les études faites sur les climats des époques historiques19 ont montré que d’importantes variations pouvaient survenir en un temps relativement bref. On a pu mettre en évidence 5 « petits âges glaciaires20 ».

19 Voir par exemple E. LE ROY LADURIE, Histoire du climat depuis l’an mil, Paris, 1967.

20 Cf. L. LLIBOUTRY, Physique des glaciers, dans la Géophysique, de J. GOGUEL, Paris, 1971, p. 990.

  1. Vers 3300 av. J.-C.
  2. Entre 1600 et 1300 av. J.-C.
  3. Entre 1200 et 900 av. J.-C.
  4. Entre 400 et 600 ap. J.-C.
  5. Entre 1560 et 1860 ap. J.-C.

L’histoire a gardé les traces de ces « petits âges glaciaires ». Ainsi, en 1709, le vin gelait dans le verre du Roi Soleil à Versailles. Inversement, des temps interglaciaires chauds sont attestés : ainsi, vers 800, on traversait à pied la plupart des cols alpins aujourd’hui englacés21. À cette même époque, des régions septentrionales furent colonisées : l’exemple le plus fameux est celui du Groenland, colonisé par les Normands d’Eric le Rouge et habité jusqu’au 12e siècle. Le nom même (pays verdoyant) prouve amplement que le climat d’alors était plus favorable que de nos jours. L’étude des sépultures normandes du Groenland montre une dégénérescence rapide et progressive des habitants jusqu’au 11e-12e siècle. On l’explique généralement par un retour du froid. En Scandinavie, des fragments de charrue des 5e et 8e siècles ont été découverts sous les dépôts glaciaires, ce qui est bien la preuve de l’avancée rapide des glaciers à l’époque historique. L’influence de ces variations « historiques » ne fut pas mince sur les régions glaciaires. G.H. Denton et S.C. Porter22 ont pu montrer qu’à des époques bien plus récentes des variations considérables avaient eu lieu. La carte qu’ils ont dressée (voir fig. 22, p. 274) montre qu’en 1770 la limite sud de la banquise descendait au-dessous des îles Faroe, tandis qu’en 1920, elle passait entre le Groenland et l’Islande. C’est-à-dire qu’en l’espace de 150 ans la variation atteignit jusqu’à 1000 km environ ! Et ceci sans variation intense de climat.

21 Cf. R. KOECHLIN, Les glaciers et leur mécanisme, Lausanne, 1944, p. 49. Voir aussi l’excellente étude de E. LE ROY LADURIE, op. cit., p. 78-84, et le colloque sur Les cols des Alpes, Paris, 1955.

22 G.H. DENTON et S.C. PORTER, Neoglaciation, dans « Scientific American », vol. 222, juin 1970, p.101-119.

Dès lors, on peut imaginer que dans un passé un peu plus lointain des causes plus importantes aient pu entraîner la descente des glaces de 1500 à 2000 km plus au sud, en un temps à peine plus long !

CONCLUSION

Les conditions climatiques de la période suivant immédiatement le déluge (fin Pliocène-Pléistocène, selon les régions) nous semblent donc capables d’expliquer le relief actuel dans ses grandes lignes. Les agents principaux ayant modelé ce relief furent le retrait en masse des eaux, les raz de marée et l’érosion fluviatile ou en nappes. Ces agents furent d’autant plus actifs qu’ils s’exerçaient sur des couches sédimentaires encore mal consolidées, au détriment de roches magmatiques encore instables. Le volcanisme fut aussi, très certainement, un actif créateur de formes structurales23. Ces formes furent ensuite, dans les régions froides et tempérées du moins, retouchées plus ou moins profondément par l’érosion glaciaire lors des périodes glaciaires qui vont maintenant retenir notre attention.

23 Rappelons à ce propos le relief lunaire si accentué, avec son célèbre canyon révélé par la mission américaine Apollo 15 en été 1971. Le canyon, aux parois abruptes et profondes, recoupe des terrains où l’on croit distinguer des strates causées par la pression. Beaucoup de savants attribuent ces reliefs aux agents volcaniques, en l’absence de toute forme d’érosion. Cet exemple montre bien que l’érosion, sur la lune en tout cas, n’est pas la principale responsable des formes accentuées de relief, comme on le croyait, il y a encore peu de temps. Ceci confirme notre explication qui attribue ces formes à la structure et aux agents catastrophiques dont le volcanisme fait partie.

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