CHAPITRE XXXI
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L'union avec Christ et l'adoption

C'est le dernier point dans la considération de l'application du salut à ses débuts. Nous devons analyser l'union du croyant avec Christ et sa position découlant de son adoption.

I. L'UNION DU CROYANT AVEC CHRIST

L'âme régénérée est introduite dans une union vitale avec Christ. Nous ne voulons pas par là nier qu'il y ait, tout d'abord, une union représentative avec Christ. Par cette union légale, Christ, en tant que second Adam (1 Co. 15.22), assume les obligations que le premier Adam n'a pas remplies, et il s'en acquitte en faveur de l'humanité. Les résultats de cette union avec Christ sont l'imputation de nos péchés à Christ, et de sa justice à nous, et tous les avantages légaux qui en découlent. Ce qui nous occupe maintenant, c'est cependant l'union vitale du croyant avec Christ.

A. LA NATURE DE CETTE UNION

La Bible présente l'union du croyant avec Christ de différentes manières. Il y a d'abord les analogies tirées des relations terrestres, telles :

1. Les représentations bibliques. Il y a aussi les nombreuses affirmations directes de ce fait. Il est fréquemment dit que le croyant est "en Christ". Jésus a parlé des croyants comme étant en lui (Jn. 14.20), et, dans ses Épîtres, Paul parle à maintes et maintes reprises des croyants comme étant en Christ (Ro. 6.11 ; 8.1 ; 2 Co. 5.17 ; Ép. 2.13 ; Col. 2.11ss.). C'est également vrai des Épîtres de Jean (1 Jn. 2.6 ; 4.13 ; 3.16 voir 2 Jn.1.9). Il est également souvent dit que Christ est dans le croyant (Jn. 14.20 ; Ro. 8.10 ; Ga. 2.20 ; Col. 1.27). En fait, Jésus déclare que lui et le Père demeurent dans le croyant (Jn. 14.23). Le croyant est, de plus, présenté comme participant de Christ (Jn. 6.53, S6ss. ; 1 Co. 10.16ss.) et de la nature divine (2 Pi. 1.4), et comme étant un seul esprit avec le Seigneur (1 Co. 6.17). La semence de Dieu demeure en lui (1 Jn. 3.9).

2. Le côté négatif. Pour comprendre ce que cette union n'est pas, il nous faut rejeter certains concepts. Premièrement, cette union n'est pas l'union mystique des panthéistes. Les Écritures ne font jamais allusion à une union entre Dieu ou Christ et une personne irrégénérée. Il ne s'agit pas non plus d'une simple union morale, une union d'amour et de sympathie, comme entre des amis. L'âme de Jonathan était attachée à celle de David (1 Sa. 18.1), mais l'union du croyant avec Christ transcende toute union semblable d'intérêts et de but. Ce n'est pas non plus une union d'essence par laquelle la personnalité humaine est détruite ou absorbée en Christ ou en Dieu. Ce point de vue a été soutenu par certains mystiques, mais la Bible présente la relation entre Christ et le croyant comme une relation entre deux personnes distinctes, même dans le cas de ceux qui sont les plus avancés dans la vie chrétienne (Ph. 3.7-14). Finalement, il ne s'agit pas non plus d'une union physique et matérielle que certains prétendent obtenir en participant aux ordonnances de l'Église. Selon la Bible, les ordonnances n'assurent pas cette Union, mais sont présentées comme présupposant que l'union existe Déjà.

3. Le côté positif. Quelle est donc cette union ?

1° Nous pouvons dire de façon positive qu'il s'agit d'une union spirituelle. "Mais celui qui s'attache au Seigneur est avec lui un seul esprit" (1 Co. 6.17 ; voir 1 Co. 12.13 ; Ro. 8.9ss. ; Ép. 3.16ss.). Le Saint-Esprit est l'auteur de cette union.

2° Il s'agit d'une union vitale. Paul écrit : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi" (Ga. 2.20) et "Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. Quand Christ, votre vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire" (Col. 3.3ss.). La vie de Christ est la vie du croyant.

3° C'est une union complète. Paul écrit encore : "Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part" (1 Co. 12.27) et "Parce que nous sommes membres de son corps" (Ép. 5.30 ; voir 1 Co. 6.15). Chaque partie du corps est à la fois un moyen et une fin. Les mains existent pour les yeux, et les yeux pour la main. Chaque partie existe pour la tête, et la tête pour chaque partie.

4° C'est une union insondable. La Bible dit : "Ce mystère est grand ; je dis cela par rapport à Christ et à l'Église" (Ép. 5.32) et "La glorieuse richesse de ce mystère parmi les païens, savoir : Christ en vous, l'espérance de la gloire" (Col. 1.27). Que les païens allaient être acceptés et incorporés dans le corps est un mystère.

5° Et finalement, elle est indissoluble. Jésus a dit : "Je leur donne la vie éternelle ; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main" (Jn. 10.28). Paul demande : "Qui nous séparera de l'amour de Christ ? Sera-ce la tribulation, ou l'angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l'épée ?" ; puis il répond : "Mais dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés" (Ro. 8.35, 37 ; voir aussi Ro. 8.38ss.). Christ nous donne la vie éternelle, ce qui signifie que nous ne périrons jamais ; en plus de cela, il nous tient dans sa main, ce qui nous assure que personne ne nous ravira de sa main.

B. LA MÉTHODE DE CETTE UNION

Comment cette union entre Christ et le chrétien est-elle établie ? La Bible ne parle directement que très peu de ce sujet. Nous pouvons cependant noter certaines choses. Cette union a son origine dans le dessein et le plan de Dieu. Il est dit : "En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde" (Ép. 1.4) et "Selon que tu lui as donné pouvoir sur toute chair, afin qu'il accorde la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés" (Jn. 17.2). Cela commence dans les chrétiens lorsqu'ils sont rendus vivants avec Christ (Ép. 2.5). Paul parle de ce que "nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort" (Ro. 6.5). Dans 1 Co. 12.13, nous lisons que nous avons été baptisés en un seul corps par le Saint-Esprit. Dans 1 Co. 6.17, il est fait allusion au fait que nous sommes attachés au Seigneur, mais il n'est pas mentionné comment nous avons été attachés de cette façon. Il n'y a certainement que Dieu qui peut prendre une personne et la greffer sur Jésus-Christ. C'est en tant qu'ayant été rendus vivants que nous participons à cette union de vie avec Christ.

C. LES CONSÉQUENCES DE CETTE UNION

Il y en a quatre.

1° L'union avec Christ signifie la sécurité éternelle (Jn. 10.28-30). Rien ne peut séparer le croyant de l'amour de Dieu, qui est en Jésus-Christ notre Seigneur (Ro. 8.38ss.). Quand Jésus parle de retrancher le sarment qui ne demeure pas en lui, il doit vouloir dire celui qui n'est en Christ que de nom (Jn. 15.6), car "si nous nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité a sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection" (Ro. 6-52). [Ed. Certains voient dans ce retranchement de Jn 15.6 la privation de certains privilèges dont jouirons les fidèles, comme ce sera le cas pour ceux qui seront sauvés comme au travers du feu (1 Co. 3.15).]

2° L'union avec Christ signifie aussi que nous porterons du fruit (Jn. 15.5). Ce fruit, c'est celui de l'Esprit (Ga. 5.22ss. ; voir Ro. 6.22 ; 7.4 ; Ép. 5.9). L'émondage est une des méthodes du Seigneur pour accroître la production de fruit dans le sarment qui demeure en lui (Jn. 15.1ss.).

3° L'union avec Christ signifie une dotation pour le service. Les croyants sont les membres du corps de Christ et, en tant que tels, ont divers dons et fonctions (1 Co. 12.4-30). C'est la tête qui dirige ce service. Cette union avec Christ comporte logiquement une coopération entre les membres. Elle conduit à une unité dans le corps au sein de la diversité.

4° Finalement, l'union avec Christ signifie une communion avec Christ. Il nous fait des confidences et nous fait connaître ses desseins et ses plans (Ép. 1.8ss.).

II. L'ADOPTION DU CROYANT

La doctrine de l'adoption est purement paulinienne, et nous lui accordons la dernière place. Les autres écrivains du Nouveau Testament associent les bénédictions que Paul relie à l'adoption, aux doctrines de la régénération et de la justification. Le mot grec traduit par "adoption" ne revient que cinq fois dans les Écritures, et seulement dans les écrits de Paul (Ro. 8.15, 23 ; 9.4 ; Ga. 4.5 ; Ép. 1.5). Paul applique une fois ce terme à Israël en tant que nation (Ro. 9.4) ; une autre fois, il reporte la pleine réalisation de l'adoption à la future venue de Christ (Ro. 8.23) ; à trois reprises, il déclare que c'est un fait actuel dans la vie du chrétien.

A. LA DÉFINITION DE L'ADOPTION

Comme l'indique le mot grec, l'adoption est littéralement "l'établissement comme fils". Evans a bien résumé ce que c'est : "La régénération a à faire avec notre changement de nature ; la justification, avec notre changement de rang ; la sanctification, avec notre changement de caractère ; l'adoption, avec notre changement de position."1 Ce mot est employé à propos des croyants lorsque des questions de droits, de position et de privilèges sont en jeu. Jean insiste sur la relation des croyants en tant qu'enfants de Dieu ; nous sommes nés de Dieu et nous grandissons en maturité (Jn. 1.12ss. ; 1 Jn. 3.1). Paul insiste davantage sur la position ; nous sommes des fils de Dieu et nous avons été adoptés dans la famille de Dieu.

1 — Evans, The Great Doctrines of the Bible, p. 161.

Il semble que Paul considérait les croyants de l'Ancien Testament comme "des enfants", mais toutefois, comme des "mineurs" ; mais il estimait les croyants du Nouveau Testament à la fois comme des "enfants" et comme des "fils majeurs". Les principaux avantages du statut de fils, selon Paul, sont la libération par rapport à la loi (Ga. 4.3-5) et la possession du Saint-Esprit, l'Esprit d'adoption (Ga. 4.6 ; voir Ro. 8.15ss.). Résumons donc : par la régénération, nous recevons une vie nouvelle ; par la justification, un rang nouveau ; et par l'adoption, une nouvelle position.

B. LE MOMENT DE L'ADOPTION

L'adoption a une triple relation avec le temps.

1° Dans les conseils de Dieu, c'était un acte relevant de l'éternité passée (Ép. 1.5). Avant d'avoir établi une relation avec la race juive, avant même la création, il nous avait prédestinés à cette position.

2° Dans l'expérience personnelle, cela devient vrai pour le croyant au moment où il accepte Jésus-Christ. La Bible déclare : "Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ" (Ga. 3.26) et "Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils" (Ga. 4.6). Avant le salut, le païen était un esclave et le Juif un mineur ; par l'adoption, les deux ont maintenant le statut légal de fils de Dieu (Ga. 4.1-7).

3° Mais la pleine réalisation du statut de fils attend la venue de Christ. C'est à ce moment que l'adoption sera pleinement consommée (Ro. 8.23). Nos corps seront alors délivrés de la corruption et de la mortalité, et seront rendus semblables à son corps de gloire (Ph. 3.20ss.).

C. LES RÉSULTATS DE L'ADOPTION

Le premier de ceux-ci est peut-être la libération de la loi (Ro. 8.15 ; Ga. 4.4ss.). Le croyant n'est plus sous des gardiens et des tuteurs, mais il est libre de tout esclavage. Nous pouvons ensuite mentionner la promesse de l'héritage, dont le Saint-Esprit lui-même est le gage (Ga. 4.6ss. ; voir Ep. 1.11-14). Le Père lance ses fils avec l'investiture de l'Esprit. C'est le paiement initial de l'héritage complet qu'ils recevront lorsque Christ reviendra. Il y a ensuite le témoignage de l'Esprit, ou l'assurance (Ro. 8.15ss. ; Ga. 4.6). Si le croyant apprécie ces précieux dons, il entrera spontanément en communion avec le Père. C'est-à-dire qu'il manifestera un esprit filial par rapport au Père (Ro. 8.15 ; Ga. 4.6). Cela sera naturellement suivi par une marche dans l'Esprit, car le croyant sera conduit par l'Esprit (Ro. 8.14 ; voir Ga. 5.18). Le résultat sera une conformité de plus en plus grande à l'image du Fils de Dieu (Ro. 8.29). Pour ce qui est de l'avenir, le chrétien a la perspective de paraître un jour en tant que fils (Ro. 8.19). Ce sont là les glorieux résultats du salut.

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