L'importance de cette doctrine apparaît dans des déclarations comme "Recherchez la paix avec tous, et la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur" (Hé 12.14). Ce verset n'insiste pas tant sur la réalisation d'une sainteté absolue que sur la recherche de cette sainteté. Pierre écrit : "Puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite" (1 Pi. 1.15). Les différences d'enseignement qui prévalent de nos jours rendent particulièrement nécessaire de regarder attentivement l'enseignement de l'Écriture concernant cette doctrine. Considérons donc la définition, le moment et les moyens de la sanctification.
Le mot "sanctification" revient à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament (Ro. 6.19, 22 ; 1 Co. 1.30 ; 1 Th. 4.3ss., 7 ; 2 Th. 2.13 ; 1 Ti. 2.15 ; Hé. 12.14 ; 1 Pi. 1.2). Il y a plusieurs autres mots qui lui sont étroitement apparentés :
Le verbe "sanctifier" a au moins trois significations :
L'adjectif "saint" est employé pour des objets :
L'adjectif est souvent employé comme substantif et traduit par "les saints". Il est employé de cette façon à propos des anges (Jud. 1.14), des croyants (Jud. 1.3 ; Ap. 8.3) ou des deux (1 Th. 3.13). Que Signifie être un saint ou avoir été sanctifié ? De façon générale, nous pouvons définir la sanctification comme :
Une mise à part pour Dieu présuppose une séparation de toute souillure. Cela a particulièrement trait aux objets inanimés. Ainsi Ézéchias chargea les Lévites de sanctifier la maison de l'Éternel en sortant toutes les impuretés du lieu saint (2 Ch. 29.5, 15-19). Nous avons habituellement l'idée positive de mise à part pour Dieu ou de consécration à Dieu. Dans ce sens, le tabernacle et le temple furent sanctifiés avec tout leur mobilier et leurs ustensiles (Ex. 40.10ss. ; No. 7.1 ; 2 Ch. 7.16). Un homme pouvait sanctifier sa maison ou une partie de son champ (Lév. 27.14-16). Le Seigneur se consacra à lui-même tout premier-né en Israël (Ex. 13.2 ; No. 3.13). Le Père sanctifia le Fils (Jn. 10.36), et le Fils se sanctifia lui-même (Jn. 17.19). Les chrétiens sont sanctifiés au moment de leur conversion (1 Co. 1.2 ; 1 Pi. 1.2 ; Hé. 10.14). Jérémie fut sanctifié avant sa naissance (Jér. 1.5), et Paul parle d'avoir été mis à part dès le sein de sa mère (Ga. 1.15).
L'imputation de Christ comme notre sainteté, accompagne l'imputation de Christ comme notre justice. Il a été fait pour nous à la fois justice et sanctification (1 Co. 1.30). Paul dit que les croyants "ont été sanctifiés en Jésus-Christ" (1 Co. 1.2). Cette sainteté s'obtient par la foi en Christ (Ac. 26.18). Le lavement "par l'eau de la parole" a précédé cette sanctification (Ép. 5.26). Le croyant est donc considéré aussi bien comme saint que comme juste, parce qu'il est revêtu de la sainteté de Christ. Dans ce sens, tous les croyants sont appelés "saints" quel que soit leurs progrès spirituels (Ro. 1.7 ; 1 Co. 1.2 ; Ép. 1.1 ; Ph. 1.1 ; Col. 1.2). Dans le cas des Corinthiens, leur caractère imparfait est particulièrement évident (1 Co. 3.1-4 ; 5.1ss. ; 6.1 ; 11.17-22). Les croyants hébreux étaient saints, mais ils manquaient cependant de maturité (Hé. 2.11 ; 3.1 ; 5.11-14).
La purification de tout mal moral n'est, en réalité, qu'une autre forme de la mise à part. Les prêtres devaient se sanctifier eux-mêmes avant de s'approcher de Dieu (Ex. 19.22), et le croyant doit aujourd'hui se séparer lui-même de ce qui est impur en général (2 Co. 6.17ss.), des faux docteurs et des fausses doctrines (2 Ti. 2.21 ; 2 Jn. 1.9ss.) et de sa mauvaise nature propre (Ro. 6.11ss. ; Ép. 4.25-32 ; Col. 3.5-9 ; 1 Th. 4.3, 7). Paul écrit : "Bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l'esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu" (2 Co. 7.1). Dans certains passages, la sanctification est traitée comme un acte unique et, dans d'autres, comme un processus continu ; dans certains, la purification a davantage une nature extérieure, tandis que dans d'autres elle est essentiellement intérieure. Dans tous ces passages, elle est considérée comme un acte de l'homme et non comme un acte de Dieu. Dieu a déjà mis à part pour lui-même tous ceux qui croient en Jésus-Christ ; le croyant doit maintenant se mettre à part pour Dieu afin que Dieu puisse se servir de lui.
La conformité à l'image de Christ est l'aspect positif de la sanctification, comme la purification en est l'aspect négatif, et la mise à part et l'imputation de la sainteté de Christ en sont l'aspect par rapport à la position. Il y a plusieurs versets bibliques qui traitent de cette étape de la sanctification. Paul écrit : "Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils, afin que son Fils soit le premier-né de beaucoup de frères" (Ro. 8.29) ; "Ainsi je connaîtrai Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort" (Ph. 3.10) ; et "Nous tous dont le visage découvert reflète la gloire du Seigneur, nous sommes transformés à la même image, de gloire en gloire, par l'Esprit du Seigneur" (2 Co. 3.18) ; voir Ga. 5.22ss. ; Ph. 1.6). Et Jean dit : "Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsqu'il paraîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est" (1 Jn. 3.2). Il s'agit clairement d'un processus qui dure toute la vie et qui n'arrivera à sa pleine réalisation, que lorsque nous verrons le Seigneur.
La sanctification est à la fois un acte et un processus. En cela, elle est différente de la justification, qui est un acte qui n'a lieu qu'une seule fois, et non un processus. Considérons les trois éléments temporels dans la sanctification.
C'est la sanctification quant à notre position. La Bible enseigne qu'un homme est sanctifié au moment où il croit en Jésus-Christ. Cela est clair du fait que les croyants sont appelés saints dans le Nouveau Testament quels que soient leurs progrès spirituels (1 Co. 1.2 ; Ép. 1.1 ; Col. 1.2 ; Hé. 10.10 ; Jud. 1.3). Au sujet des Corinthiens, Paul dit explicitement qu'ils ont "été sanctifiés" (1 Co. 6.11), bien qu'il ait aussi déclaré qu'ils étaient encore "charnels" (1 Co. 3.3). Dans 2 Co., il les a fortement invités à achever leur "sanctification dans la crainte de Dieu" (2 Co. 7.1). Dans Éphésiens, il parle du "perfectionnement des saints" (Ep. 4.12) et exhorte ses lecteurs à marcher "ainsi qu'il convient à des saints" (Ep. 5.3). Dans Thessaloniciens, il affirme que ses lecteurs sont déjà sanctifiés (2 Th. 2.13), bien qu'il prie également pour leur sanctification (1 Th. 5.23ss.).
Selon Hé. 10.10, la sanctification et l'offrande de Christ sont liées ensemble. Christ a souffert en dehors de la porte "afin de sanctifier le peuple par son propre sang" (Hé. 13.12). La mort de Christ était donc nécessaire à la sanctification de son peuple. Quand quelqu'un accepte Christ, il a son être en Christ ; il est caché avec Christ en Dieu (Col. 3.3). Christ a été fait, pour le chrétien, sanctification (1 Co. 1.30). Ce n'est pas Christ plus la sanctification ; Christ est la sanctification du croyant. Le croyant est maintenant complet en lui (Col. 2.10). Il est héritier de la justice et de la sainteté de Christ, celles-ci lui ayant été imputées par sa relation avec Christ, et non à cause d'une œuvre quelconque qu'il aurait faite ou d'un mérite qu'il aurait eu. Il se tient devant Dieu, semblable à Jésus-Christ (Ro. 8.29 ; 1 Co. 1.30). Dans la sanctification quant à la position, il n'y a pas de seconde œuvre de grâce, pas de progrès, pas de croissance. À cause de cette relation avec Christ quant à la position, le croyant est exhorté à marcher "ainsi qu'il convient à des saints" (Ép. 5.3).
En tant que processus, la sanctification dure toute la vie. Sur la base de ce que le croyant a fait lors de sa conversion, il est exhorté à faire la même chose concrètement dans sa propre expérience. Parce qu'il s'est "dépouillé" et a "revêtu" , il doit maintenant se dépouiller et revêtir (Col. 3.8-13). S'il n'y a pas eu un abandon initial, il faut d'abord qu'il y ait une soumission manifeste de la vie à Dieu avant que la sainteté pratique ne soit possible (Ro. 6.13 ; 12.1ss.) ; mais lorsque le croyant s'est entièrement consacré à Dieu, le progrès dans la sanctification est assuré. Le Saint-Esprit mettra alors à mort les actions du corps (Ro. 8.13), produira en lui une obéissance à la parole (1 Pi. 1.22), fera germer le fruit de l'Esprit (Ga. 5.22ss.) et l'utilisera dans le service de Dieu. C'est alors qu'il croîtra "dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ" (2 Pi. 3.18), que Dieu fera "croître et abonder l'amour" (1 Th. 3.12), que le croyant se purifiera lui-même "de toute souillure de la chair et de l'esprit, en achevant... (sa) sanctification dans la crainte de Dieu" (2 Co. 7.1), et qu'il sera transformé à l'image de Christ (2 Co. 3.18 ; Ep. 4.11-16). Paul a déclaré : "Je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j'ai été saisi par Jésus-Christ" (Ph. 3.12).
Cela ne veut pas dire que le croyant atteindra une sorte de perfection dans laquelle il ne péchera plus. L'adjectif "intègre" ou "irréprochable" est employé pour plusieurs personnes dans la Bible ; mais cela ne signifie pas que ces personnes étaient sans péché. Il est employé pour Noé (Ge. 6.9) ; mais il est évident que Noé n'était pas sans péché à cause de sa scandaleuse ivresse (Ge. 9.20-27). De même, il est dit que Job était "intègre" ou "parfait" (Job 1.1), mais il était imparfait de plusieurs façons. Quand il en vint à comprendre Dieu plus pleinement, il se condamna lui-même et se repentit sur la poussière et sur la cendre (Job 42.6). Dieu dit à Abram de marcher devant lui et d'être intègre (Ge. 17.1). Jésus a commandé : "Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait" (Mt. 5.48). Si cela fait allusion à une perfection et une ressemblance absolues à Dieu, alors aucun chrétien n'a encore réalisé ce précepte. Dans le contexte, il est clair que Jésus exhorte ses disciples à ressembler au Père en manifestant de l'amour aussi bien aux bons qu'aux méchants. Paul nie d'un trait avoir déjà atteint la perfection, mais il dit juste après qu'il est irréprochable (Ph. 3.12, 15). Il est évident qu'il s'agit, dans un cas, de la perfection quant à la position, et dans l'autre, de la perfection quant à l'expérience. Quant à sa position, il était parfait depuis le jour où il avait cru en Jésus-Christ ; quant à son expérience, il n'était parfait qu'à un degré limité. C'est le même mot grec qui est utilisé dans les deux versets, sauf que dans le premier, il s'agit d'un verbe et dans le second d'un adjectif. Dans Col. 1.28 ; 4.12 ; et Hé. 12.23, la perfection est présentée comme un but à atteindre ultimement, mais non dans cette vie. D'après ces versets et d'autres aussi, il est clair qu'on ne peut pas s'attendre à la perfection absolue au cours de cette vie.
Nous en arrivons à la même conclusion par un autre raisonnement. Certains se servent de 1 Jn. 3.8ss. pour soutenir la perfection absolue. Jean y dit : "Celui qui pratique le péché est du diable, car le diable pèche dès le commencement... Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pas pécher, parce qu'il est né de Dieu." Les temps grecs employés écartent toute possibilité qu'il s'agisse là d'une perfection absolue, car tous les verbes sont au présent. La signification est donc que celui qui pèche habituellement est du diable ; celui qui est de Dieu ne pèche pas à maintes reprises. Si ce n'est pas là le sens, alors Jean se contredit lui-même dans la même Épître, car il dit au croyant ce qu'il doit faire lorsqu'il pèche. "Mes petits enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez point. Et si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste. Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés" (1 Jn. 2.1ss.). Il est recommandé au croyant de ne pas pécher, mais s'il pèche, il a une solution. Jean dit en outre que, si nous marchons dans la lumière, "le sang de Jésus nous purifie de tout péché" (1 Jn. 1.7). Et aussi : "Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous" (1 Jn. 1.8). Nous devons certainement en conclure que Jean n'enseigne pas la perfection absolue.
Nous pouvons dire la même chose à propos de l'enseignement selon lequel nous sommes morts au péché (Ro. 6.1-10). Il est clair qu'il s'agit d'une expérience objective dans laquelle le croyant est identifié à Jésus-Christ. S'il s'agissait d'une expérience de mort absolue, pourquoi Paul devrait-il insister sur le fait que nous avons besoin de nous regarder nous-mêmes comme morts au péché et comme vivants pour Dieu (Ro 6.11) ? Celui qui est absolument mort n'a pas besoin de se regarder lui-même comme mort ; il est tout simplement mort et n'a pas besoin de se considérer comme tel.
Nous devons faire attention de ne pas en conclure qu'une vie imparfaite de défaites est la vie normale. Si la perfection absolue n'est pas une doctrine biblique, l'imperfection ne l'est pas non plus. La Bible, loin de fermer les yeux sur le péché dans la vie du croyant, l'interdit de façon manifeste et exige que nous vivions une vie de victoire. La réponse à la question de Paul : "Demeurerions-nous dans le péché ?" (Ro. 6.1) est donnée de façon catégorique : "Loin de là ! Nous qui sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché ?" (Ro. 6.2). L'apôtre avertit les Corinthiens que ceux qui vivent dans le péché "n'hériteront (pas) le royaume de Dieu" (1 Co. 6.10).
La sanctification complète et finale n'est que pour le moment où nous verrons Christ. Quel que soient les progrès que nous puissions avoir faits dans la vie de sainteté, l'entière conformité à Jésus-Christ ne sera réalisée que lorsque "ce qui est parfait sera venu" et que "ce qui est partiel sera aboli" (1 Co. 13.10). Nous avons été sauvés de la culpabilité et de la peine du péché, nous sommes en train d'être sauvés de la puissance du péché et nous serons finalement sauvés de la présence même du péché. Notre salut de la présence du péché aura lieu lorsque nous verrons le Seigneur, soit à la mort (Hé. 12.23) soit lors de sa venue (1 Th. 3.13 ; Hé. 9.28 ; 1 Jn. 3.2 ; Jud. 1.21). Il n'y aura plus aucune possibilité de pécher après cela (Ap. 22.11). Le corps du croyant sera alors glorifié (Ro. 8.23 ; Ph. 3.20ss.) et deviendra un instrument d'obéissance parfaite à Dieu. La perspective de cette complète conformité à l'image de Christ devrait nous inciter à nous débarrasser dès maintenant de tout ce qui est impur dans notre vie (1 Jn. 3.2ss.).
Cette question sera traitée en détail plus loin, mais abordons-en ici tout de même les grandes lignes. Il y a deux partis impliqués dans la sanctification de l'homme : Dieu et l'homme. Ce n'est cependant pas le Père seulement, mais les trois personnes de la Trinité qui ont un rôle à jouer dans cette œuvre.
Chaque membre de la Trinité remplit donc une fonction précise dans notre sanctification.
En lui-même, l'homme ne peut rien faire pour réaliser la sanctification. Même dans le croyant, c'est Dieu qui doit prendre l'initiative. Paul dit : "C'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir" (Ph. 2.13). Mais il y a cependant des moyens concrets dont l'homme peut se servir dans sa sanctification. Ici, comme ailleurs, la foi en Jésus-Christ est la première étape à franchir (Ac. 26.18). Celui qui croit en Jésus-Christ est sanctifié quant à sa position, car Christ est, à ce moment, fait pour lui sanctification (1 Co. 1.30). Il doit y avoir ensuite la poursuite de la sainteté. Celui qui ne recherche pas la sanctification ne verra pas Dieu (2 Co. 7.1 ; Hé. 12.14). Cela devrait le pousser à étudier la Bible, car elle dévoile l'état du cœur et indique le remède en cas d'échec (Jn. 17.17, 19 ; Ép. 5.26 ; 1 Ti. 4.5 ; Ja. 1.25). Les ministres institués par Dieu ont également leur rôle à jouer en indiquant le besoin de sainteté et en exhortant à la rechercher (Ép. 4.11-13 ; 1 Th. 3.10). L'abandon définitif de la vie à Dieu constitue la condition suprême de la sanctification pratique (Ro. 6.13, 19-21 ; 12.1ss. ; 2 Ti. 2.21). Étant donné que c'est Dieu qui doit rendre l'homme saint, s'il doit devenir saint, l'homme doit donc se soumettre à Dieu afin qu'il puisse accomplir son œuvre en lui.