Évangile pour le monde – Désespéré

Désespéré

Jacques V.
(Bouches-du-Rhône)

Je suis né en 1950 dans une famille ouvrière de la région parisienne. Nous étions catholiques par tradition, mais mon père préférait le bar à l’église, ce qui me posait question : pourquoi devions-nous aller à l’église alors que notre père n’y allait pas ?

De plus, avec un père buveur, la famille connut bien des problèmes et des tensions. Il n’était heureusement pas trop violent, mais l’argent n’arrivait pas toujours comme il aurait fallu dans le foyer.

Ce qui manquait malheureusement le plus à la maison, c’était la chaleur et l’affection d’un père, car il ne savait guère comment nous transmettre de l’amour, à nous, ses enfants. Cela produisit en mon cœur un manque affectif.

A l’âge de 14 ans, en pleine adolescence, je fus confronté à un bouleversement qui influença fortement ma vie. J’avais décidé de faire carrière dans le domaine artistique. J’aurais en effet eu beaucoup de joie à peindre, mais mon père, prétextant que ce n’était pas un métier, m’orienta alors vers l’imprimerie. A cet instant, une grande déception m’envahit et je me jurai au fond de moi-même de ne plus faire confiance aux adultes. C’est ainsi que je commençais à faire des fugues et à devenir un mauvais garçon. En un mot, je devins un rebelle.

J’obtins malgré tout mon CAP d’imprimeur, travaillais dans le métier et étais satisfait de gagner de l’argent.

J’allais dans des groupes de « jeunesse ouvrière chrétienne » mais, en fait de « chrétiens », nous vivions comme des païens, faisant des choses qui étaient à l’opposé de la gloire de Dieu… Mais pour moi Dieu était bien loin.

Après mon service militaire, j’ai rencontré une jeune femme dont je suis tombé amoureux. Elle me fit connaître des mouvements antimilitaristes, non violents, écologistes, etc. Cela apporta du piment à ma vie et activa le sentiment de révolte que j’avais contre la société et mon père. Je devins un militant fervent.

Mais, au bout de quatre ans, ces idées libertaires conduisirent ma femme dans les bras d’un autre homme, un ami. Cela, je n’ai pas supporté. Le monde s’écroulait sous mes pieds une deuxième fois et je sombrais dans la dépression au point de faire une tentative de suicide.

Après le divorce, je quittai le travail dans l’imprimerie et me lançai dans l’aide humanitaire avec une association de secours en cas de catastrophes. Cela m’aida à sortir un peu de la dépression. Ainsi commença pour moi une vie de marginal, tantôt à gauche, tantôt à droite. J’y rencontrais des gens de toutes sortes, anarchistes, non-violents, écologistes, etc. anti tout ce que vous voudrez, bref, des révoltés, des insatisfaits. Je m’aperçus aussi que ces personnes étaient attirées par les choses mystiques, et cela m’intéressa beaucoup. Je me mis à fumer mes premiers joints de hachisch, croyant découvrir à l’antidote à mes problèmes et à mon ennui.

Sans m’en rendre compte, j’entamai une descente vers les ténèbres.

Je me lançai à fond dans la peinture et rencontrai d’autres artistes qui, tous, se croyaient plus géniaux les uns que les autres. Je n’avais plus qu’un but : réussir et me faire connaître.

Ma vie devint une vie de débauche, remplie d’adultère, et pourtant je croyais encore que je n’étais pas si mal que ça. Mais un mal intérieur me rongeait : j’étais de plus en plus en proie à des luttes, des combats, des cauchemars. Derrière la façade que je présentais, il y avait en réalité un profond dégoût de moi-même.

Pour essayer de m’en sortir, j’ouvris la porte à toutes sortes d’idées et de pratiques : philosophies freudienne et nietzschéenne, analyse transactionnelle, massages, groupes de libération sexuelle… puis l’astrologie, le tarot, la numérologie… les religions orientales. Finalement je fréquentais les salons de la voyance où j’exposais mes peintures. A Paris, j’usais de tous les moyens pour me faire remarquer : je fréquentais tous les vernissages, les galeries d’art, les salons de la peinture internationale « FIAC » et rencontrais même des artistes très connus.

Mais plus j’avançais, plus la vie me dégoûtait. Un sentiment profond de ténèbres et d’impuissance m’envahissait ; je me voyais comme un homme tombé dans une masse de glu et incapable de s’en libérer. Je considérais ma vie comme une absurdité sans issue et le monde m’apparaissait fou et sans espérance.

C’est alors que j’ai commencé à crier à Dieu, dans ma misérable chambre de bonne à Paris. Seul, je versais des flots de larmes… Souvent, ivre et après avoir fumé du hachisch, je tombais à genou et priais le « Notre Père » tant que je pouvais, surtout « délivre-moi du malin ». Un jour, alors que j’étais en train de dessiner, j’ai écrit à la plume en pâte de mouche « Pardon ». C’était un grand cri jailli du fond de mon cœur que j’ai envoyé je ne sais où. C’est ainsi que j’adressais à Dieu toute ma détresse.

Un ami algérien m’a alors offert une Bible avec des gravures de Gustave Doré. De temps à autre, j’en feuilletais les images. Un jour, je lus le récit de Jacob combattant avec l’ange. Quand l’ange de l’Eternel dit à Jacob : « Je dois te quitter », Jacob répondit qu’il ne le lâcherait pas que l’ange ne l’ait béni… et l’ange bénit Jacob. Ces paroles frappèrent mon cœur et, à mon tour, je dis à Dieu que je ne lui « lâcherai pas les baskets » tant qu’il ne m’aurait pas béni… Je me suis adressé à Dieu de cette manière, en toute simplicité et avec une foi profonde.

C’est peu après qu’il est arrivé quelque chose de merveilleux. Je fréquentais un ami que j’avais rencontré dans une galerie d’art lors d’une de mes expositions ; cet ami était admirateur de mes peintures et nous avions de la sympathie l’un pour l’autre.

Il me téléphona un jour pour m’inviter à une réunion qui avait lieu à Paris-Bercy : un certain Billy Graham y annonçait l’Evangile ! Bon ! J’avais entendu l’Evangile quand j’étais jeune, mais cela me paraissait plutôt ennuyeux. Mais comme j’aimais bien cet ami, j’acceptais son invitation et ce même soir nous nous rendîmes à Bercy. Une foule de personnes de toutes sortes affluait, des gens de toutes races, de tous milieux sociaux et je me dis que c’était sans doute une bonne chose.

Je ne me souviens plus de tous les détails, mais je me rappelle des mélodies merveilleuses chantées par une immense chorale toute vêtue de pastels (j’aime les couleurs), et surtout un chant « Dieu a tant aimé le monde ». Je me souviens également d’un sketch sur le « Notre Père » qui m’a beaucoup touché puisque j’avais souvent prié le « Notre Père ».

Et puis un homme, au loin, annonça l’Evangile. Mais ce ne fut pas un homme qui me parla de l’Evangile ces soirs-là, c’est l’Evangile qui me parla de Jésus. Je compris alors mon état de pécheur. Je compris que seul Jésus pouvait pardonner mes péchés et me réconcilier avec Dieu. Puis il y eut un appel à offrir sa vie à Jésus et à recevoir le pardon de ses péchés. Dans mon cœur, je décidais que si mon ami s’avançait, je m’avancerais aussi. Mais il ne s’est pas avancé.

Je suis rentré chez moi avec le sentiment d’avoir manqué quelque chose d’important pour ma vie. Heureusement que Dieu est plus grand que nos faiblesses, car il s’est passé pour moi quelque chose d’extraordinaire : toute la nuit j’ai entendu comme une voix paisible parler à mon cœur et me dire : « Ce que tu cherches est là, ne rate pas cette occasion ! »

Toute la journée du lendemain, j’ai vécu la même chose, avec un sentiment de paix que je ne connaissais pas et qui ne peut pas se décrire avec des mots. D’habitude, j’étais angoissé mais là, j’étais en paix.

Je suis donc retourné une deuxième fois, seul, et cette fois-ci j’ai donné ma vie à Jésus. Un conseiller m’a offert un Evangile de Jean et un petit fascicule parlant de la vie chrétienne. Je suis rentré chez moi heureux, j’ai dévoré l’Evangile de Jean et j’ai commencé à découvrir Jésus mon Sauveur.

Par la suite, le conseiller m’a dirigé vers une Eglise Evangélique. J’y ai découvert l’Eglise de Jésus-Christ, une Eglise vivante, soumise à l’Esprit de Dieu. J’ai ensuite obéi à la Parole de Dieu en passant par les eaux du baptême… Petit à petit, Dieu a restauré mon âme, guéri des blessures de mon passé, m’a libéré de la cigarette et de bien d’autres mauvaises habitudes et superstitions. Voici huit ans que le Seigneur a changé ma vie. « Je suis passé de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière ». Depuis, j’ai aussi eu la joie de voir bien des personnes avoir à leur tour la vie transformée par la puissance de la croix.

Je veux avant tout remercier le Seigneur pour ce qu’il a fait dans ma vie, pour la paix qu’il m’a donnée. Il m’a donné de surcroît une épouse chrétienne et une famille spirituelle répandue dans le monde entier. A lui soit la gloire ! Je tiens aussi à remercier Billy Graham pour son humilité ; j’ai en effet été très touché qu’il n’ait parlé ni de lui-même, ni de son Eglise, mais seulement de Jésus et de son amour à la croix pour nous.

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