Bien comprise, cette doctrine est très réconfortante ; mais il ne faut pas en tordre le sens ni mal l'interpréter. La Bible enseigne que tous ceux qui ont, par la foi, été unis à Christ, justifiés par la grâce de Dieu et régénérés par son Esprit, ne déchoiront jamais totalement ni définitivement de l'état de grâce, mais qu'ils y persévéreront certainement jusqu'à la fin. Cela ne veut pas dire que tous ceux qui professent être sauvés seront sauvés éternellement. Cela ne veut pas non plus dire que ceux qui manifestent certains dons dans le service chrétien sont nécessairement sauvés éternellement. La doctrine de la sécurité éternelle ne s'applique qu'à ceux qui ont vécu une expérience de salut. C'est à propos de telles personnes qu'elle affirme qu'elles ne déchoiront jamais totalement ni définitivement de l'état de grâce. Cela n'équivaut pas à dire qu'elles ne retomberont jamais dans le péché et qu'elles ne manqueront jamais de louer celui qui les a appelés des ténèbres à son admirable lumière. Cela signifie simplement qu'elles ne déchoiront jamais totalement de l'état de grâce dans lequel elles sont entrées et qu'elles ne manqueront pas de revenir finalement de leur rechute dans le péché.
Cette vérité n'est pas une question de spéculation, mais de révélation. L'opinion de l'homme a très peu de valeur dans cet ordre d'idées, sauf si elle est imprégnée des déclarations et des principes de la Parole de Dieu. Nous pouvons énumérer quelques-unes des principales preuves de cette doctrine qui se trouvent dans les Écritures.
Ésaïe dit : "L'Éternel des armées l'a juré, en disant : Oui, ce que j'ai déclaré arrivera, ce que j'ai résolu s'accomplira" (Es. 14.24 ; voir Job 23.13). La Bible enseigne que Dieu a résolu de sauver ceux qu'il a justifiés. En réponse à la question : "Qui nous séparera de l'amour de Christ ?" Paul déclare : "Car j'ai l'assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur" (Ro. 8.35, 38ss.). Plus tôt dans le même chapitre, il a exprimé le dessein de Dieu pour les sauvés, qui s'énonce comme suit : "Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils, afin que son Fils soit le premier-né de beaucoup de frères. Et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés" (Ro. 8.29ss.). Cela veut dire que, dans les conseils de Dieu, il y a un enchaînement infaillible concernant tous ceux qu'il a connus d'avance. La révélation de ce fait a conduit l'apôtre à s'exprimer avec certitude, comme nous l'avons indiqué. Paul déclare en outre : "Car les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables" (Ro. 11.29). Jésus a affirmé la même chose lorsqu'il a dit : "Mes brebis entendent ma voix ; je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle ; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous ; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. Moi et le Père nous sommes un" (Jn. 10.27-30). Morris fait le commentaire suivant : "C'est une des précieuses vérités de la foi chrétienne que notre continuation dans la vie éternelle ne dépend pas de notre faible prise sur Jésus-Christ, mais de sa ferme étreinte sur nous."1
1 — Morris, The Gospel According to John, p. 521.
Il s'agit d'une médiation continuelle et efficace. Il est concevable que Dieu puisse se proposer de garder quelqu'un éternellement, mais que les conditions assurant sa sécurité fassent défaut. Nous sommes sauvés par le sang de Christ, et la résurrection de notre Seigneur témoigne que ce sacrifice a été accepté par le Père (Ro. 1.4 ; 4.25). Mais son œuvre est-elle perpétuellement efficace ? Paul dit : "Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. À plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère. Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie" (Ro. 5.8-10). Son ministère actuel est efficace pour nous garder sauvés, comme son œuvre passée a été efficace pour nous sauver en premier lieu. L'auteur de l'Épître aux Hébreux a écrit : "C'est aussi pour cela qu'il peut sauver parfaitement ceux qui s'approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur" (Hé. 7.25). Dans Jn. 17, Jésus a prié, entre autres choses, que le Père garde ceux qui croient afin qu'ils puissent jouir des bénédictions de la communion éternelle avec Lui. La prière de Christ ne restera certainement pas sans réponse. Christ est présentement à la droite de Dieu et il intercède pour nous (Ro. 8.34).
C'est une chose de vouloir garder en sécurité, c'en est une autre d'être capable de le faire. Dieu est présenté comme ayant les qualités requises sous ces deux rapports. Paul affirme : "Je suis persuadé que celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la rendra parfaite pour le jour de Jésus-Christ" (Ph. 1.6) et "Je sais en qui j'ai cru, et je suis persuadé qu'il a la puissance de garder mon dépôt jusqu'à ce jour" (2 Ti. 1.12). La Bible parle en outre des croyants de la façon suivante : "Vous qui, par la puissance de Dieu, êtes gardés par la foi pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps !" (1 Pi. 1.5 ; voir Ro. 16.25 ; Jud. 1.24). Dans la Bible, le désir du Seigneur et sa capacité de nous sauver et de nous garder tels sont affirmés de façon catégorique.
La Bible nous dit que le croyant a été régénéré et que, par la régénération, il devient une nouvelle création et reçoit une vie nouvelle. Paul dit : "Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle création. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles" (2 Co. 5.17). Ayant cru au Seigneur Jésus, Dieu nous regarde comme si nous avions été crucifiés avec lui (Ro. 6.6) et aussi comme si nous étions ressuscités d'entre les morts avec lui dans une nouveauté de vie. Le croyant a non seulement reçu une nouvelle vie, mais la vie éternelle. Jésus a dit : "Je leur donne la vie éternelle" (Jn. 10.28). Il a aussi dit : "Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle" (Jn. 3.14-16), et encore : "Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui" (Jn. 3.36). Boettner dit :
La nature du changement qui se produit dans la régénération est une garantie suffisante que la vie communiquée sera permanente. La régénération est un changement radical et surnaturel dans la nature même, par lequel l'âme devient vivante spirituellement, et la nouvelle vie qui est implantée est immortelle. Et puisqu'il s'agit d'un changement dans la nature même, c'est donc un changement dans une sphère sur laquelle l'homme n'a aucun contrôle. Aucune créature n'a la liberté de changer les principes fondamentaux de sa nature, car c'est une prérogative de Dieu en tant que Créateur. Rien sauf un autre acte surnaturel de Dieu ne pourrait donc renverser ce changement et faire perdre cette nouvelle vie. Le chrétien né de nouveau ne peut pas plus perdre son statut de fils du Père céleste qu'un fils terrestre ne peut perdre celui de fils d'un père terrestre2
2 — Boettner, The Reformed Doctrine of Predestination, p. 184.
Nous pouvons noter plusieurs objections à cette position.
Il est mis au compte de la doctrine de la sécurité éternelle qu'elle incite au relâchement dans la conduite et à l'indolence dans le service.
1. Le relâchement dans la conduite. Certains avancent que, si tout chrétien est éternellement en sécurité, il ne serait pas alors saint dans sa conduite ; pourquoi ne pas se donner du soi-disant bon temps dans ce monde ? Mais ceux qui soulèvent cette objection montrent qu'ils ne saisissent pas la vraie nature de la régénération ni la nature exacte de la doctrine de la persévérance. La régénération est un changement dans la nature même, et la nouvelle vie est la vie éternelle. C'est la véritable conception de la régénération. De plus, la doctrine de la sécurité éternelle ne laisse pas sous-entendre qu'un homme peut faire le mal sans être puni. Elle affirme plutôt que celui qui est né de nouveau cherchera à vivre une vie nouvelle. Jean écrit : "Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pas pécher, parce qu'il est né de Dieu" (1 Jn. 3.9). Cela signifie qu'il ne pèche habituellement pas ; et il est certainement vrai que l'expérience de la nouvelle naissance est ici présentée comme produisant une vie victorieuse. Si quelqu'un vit habituellement dans le péché, nous en concluons qu'il n'a jamais été sauvé (voir Ro. 6.1ss. ; 2 Ti. 2.19 ; 2 Pi. 1.10ss. ; 1 Jn. 2.3, 29 ; 3.14 ; 5.4).
2. L'indolence dans le service. L'assurance d'une bonne relation avec Dieu apporte avec elle une joie et une louange qui cherchent à s'exprimer dans un service consacré. Tandis que l'âme qui n'est jamais certaine de sa sécurité est craintive et tiède, le croyant qui a l'assurance d'être éternellement en sécurité parce qu'il est gardé par Dieu est poussé à faire quelque chose pour les autres. Dans le service comme dans la conduite : "Mes brebis entendent ma voix ; je les connais, et elles me suivent" Jn. 10.27). Il ne s'agit pas d'une exhortation, mais d'une déclaration de fait. Tous ces verbes sont au présent ; ses brebis entendent habituellement sa voix, il les connaît continuellement, et elles le suivent habituellement. Ce n'est pas à sa profession, mais à ses fruits, que l'on reconnaît un homme (Mt. 7.16).
On dit que l'enseignement de la sécurité éternelle fait de l'homme un automate, qu'on ne le perçoit plus comme ayant la possibilité de choisir. Mais un tel point de vue révèle une conception erronée de la liberté. La liberté n'est pas nécessairement la capacité de choisir entre le bien et le mal, mais la capacité de choisir le bien. Dieu est parfaitement libre, mais il est incapable de choisir ou de faire le mal. La nouvelle vie dans le croyant le pousse à choisir le bien et à rejeter le mal. Paul demande aux Philippiens de travailler à leur salut avec crainte et tremblement, mais il fonde cette exhortation sur le fait que "c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir" (Ph. 2.13). La doctrine de la persévérance ne prive pas l'homme de sa liberté ; elle reconnaît plutôt que celui qui est sauvé a la liberté de faire ce qu'il devrait faire, liberté que celui qui n'est pas sauvé ne possède pas.
On dit que la Bible montre que certains hommes étaient sauvés mais qu'ils ont fini par périr. Les exemples favoris sont Saül dans l'Ancien Testament et Judas Iscariot dans le Nouveau. Mais cela souligne seulement qu'il faut faire attention aux jugements basés sur l'apparence extérieure. Dans la parabole du semeur, le sol pierreux a rapidement fait germer la semence, mais la plante n'a vécu qu'un moment. Quand ont surgi la persécution et la tribulation, elle s'est vite desséchée (Mc. 4.16ss.). On peut dire la même chose des grains qui sont tombés parmi les épines ; il semblait y avoir là une vraie vie, mais les soucis du siècle, la séduction des richesses et l'invasion des autres convoitises ont étouffé la parole (Mc. 4.18ss.). Jésus a déclaré que ce ne sont pas tous ceux qui disent : "Seigneur, Seigneur" , qui entreront dans le royaume, même s'ils se vantent d'avoir prophétisé en son nom, d'avoir chassé des démons en son nom, ou d'avoir fait de grands miracles en son nom. Ces gens sont ceux qui n'ont que l'apparence d'avoir le don de Dieu (Lu. 8.18). Seul celui qui connaît Jésus personnellement entrera dans le royaume (Mt. 7.21-23). Jean se sert de l'argument de la continuation avec le peuple de Dieu comme preuve de la régénération, et de la non continuation comme une preuve que ceux qui se séparent eux-mêmes ne font pas partie des régénérés. "Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres ; car s'ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous, mais cela est arrivé afin qu'il soit manifeste que tous ne sont pas des nôtres" (1 Jn. 2.19 ; voir Jn. 6.66ss. ; 2 Pi. 2.20-22). Judas Iscariot n'a sûrement jamais été sauvé. Après avoir lavé les pieds des disciples, Jésus a dit : "Celui qui est baigné n'a besoin que de se laver les pieds pour être entièrement pur ; et vous êtes purs, mais non pas tous. Car il connaissait celui qui allait le livrer ; c'est pourquoi il dit : Vous n'êtes pas tous purs" (Jn. 13.10ss.). Le bain avait rendu les disciples purs ; ils étaient tous purs, sauf Judas ; il est donc clair que Judas n'avait pas eu ce bain. Il était irrégénéré. Nous ne pouvons peut-être pas dire pourquoi Jésus a choisi et toléré en sa compagnie quelqu'un qui n'était pas sauvé, mais nous avons la déclaration de Christ lui-même à l'effet que c'était bel et bien le cas. Dans le cas de Saül, la Bible ne nous donne pas suffisamment d'information pour établir sa relation avec Dieu, mais de dire qu'il a perdu son salut, c'est aller au-delà de ce que les Écritures nous révèlent.
On avance que la Bible renferme de nombreux avertissements et exhortations à l'intention de ceux qui sont sauvés. Se peut-il vraiment que ceux qui sont éternellement en sécurité aient encore besoin d'être mis en garde ? Quelle est la force de ces avertissements ? Les plus frappants de ces passages sont Hé. 6.4-6 ; 10.26-31. Il semble que les personnes mentionnées dans ces versets étaient tentées de retourner au judaïsme. Elles étaient en train de perdre leur foi et leur confiance dans les promesses de l'Évangile et tournaient de nouveau les yeux vers ce qu'elles avaient abandonné. Il est dangereux pour quelqu'un de s'engager activement dans les choses chrétiennes et avec des chrétiens sans passer en fait des ténèbres à la lumière et du royaume de Satan au royaume de Christ. Si une telle personne irrégénérée devait se détourner, ses chances de revenir seraient très minces (voir 2 Pi. 2.20-22). Un autre passage que l'on cite à ce sujet, c'est Mt. 24.13, où nous lisons : "Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé." À cela, nous répondons simplement que ce verset n'a rien à voir avec le principal argument. Si quelqu'un est sauvé, il persévérera ; s'il n'est pas sauvé, il ne persévérera pas. S'il persévère jusqu'à la fin, il sera ultimement sauvé. Autrement dit, ce verset indique la récompense de la persévérance ; il ne soulève pas du tout la question de savoir si quelqu'un qui est vraiment sauvé persévérera jusqu'à la fin.
Un autre verset qui est considéré comme indiquant la possibilité de déchoir, c'est Éz. 18.24 : "Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, s'il imite toutes les abominations du méchant, vivra-t-il ?" Dans tout le contexte de ce chapitre, il est clair que le prophète parle de la justice légale et de la fidélité extérieure (voir Éz. 33.12-20). Si on prenait ce verset dans un sens littéral, le salut serait alors par les œuvres et non par grâce. Ceci montre clairement que la vie dont il est question ici n'est pas la vie éternelle, mais la vie sur terre, prolongée ou raccourcie comme conséquence de l'obéissance ou de la désobéissance. Le dernier passage que nous mentionnerons, c'est Jn. 15.1-6, particulièrement le v. 6, qui dit que les sarments qui ne portent pas de fruit sont jetés au feu. Cela peut-il arriver à un vrai croyant ? La réponse, est que, dans ces versets, le Seigneur essaie d'enseigner une leçon principale, et qu'il ne faudrait pas trop pousser les autres analogies concernant le cep et les sarments. Il enseigne tout simplement que tout vrai sarment porte du fruit ; si un sarment ne porte pas de fruit, il est évident qu'il n'y a pas d'union de vie entre lui et le cep. La personne ainsi représentée n'est donc pas sauvée. Un tel sarment est par conséquent jeté au feu. Il a été amené à l'union avec Christ, mais cette union n'est pas devenue une union de vie ; il connaîtra donc la séparation et le jugement final.