Évolution ou création

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Les datations absolues

La thèse que nous avons défendue dans cet ouvrage peut se résumer en peu de mots : les faits scientifiques imposent-ils l’idée d’une lente évolution aboutissant à l’homme, évolution qui se serait poursuivie pendant des centaines de millions d’années ? Il nous est apparu que l’on pouvait raisonnablement soutenir une autre thèse, celle de la création par Dieu d’un monde parfait. Le péché de l’humanité ayant entraîné sa destruction par un déluge universel, nous n’avons plus aucune trace du monde antédiluvien. Nous avons soutenu que les couches géologiques sédimentaires et les fossiles qu’elles contiennent sont précisément les traces tangibles de ce déluge ; c’est ce que nous avons appelé la thèse « catastrophiste », qui insiste sur l’action de forces considérables s’exerçant en un temps relativement court. Point n’est besoin pour nous d’invoquer les centaines de millions d’années qui sont nécessaires à l’hypothèse transformiste.

Mais depuis quelques décennies et à la suite de l’étude de la radioactivité, diverses méthodes de datation ont été mises au point, permettant, croit-on, d’évaluer directement l’âge d’un végétal ou d’un minéral. C’est ce qu’on appelle les méthodes de datation absolue. Ces « âges » sont très élevés. Que pouvons-nous objecter à cela ? Avons-nous des arguments pour contester la valeur des résultats obtenus par ces méthodes, résultats qui s’accordent fort bien avec la thèse évolutionniste, mais qui semblent discréditer la thèse d’un catastrophisme récent ? Il convient maintenant d’examiner sérieusement ce problème.

I. Le radiocarbone

1. LA DATATION PAR LE CARBONE 14 : EXPOSÉ DES PRINCIPES

Le professeur Libby mit au point en 1955 une méthode permettant d’évaluer l’âge d’un échantillon contenant du carbone. Le procédé s’applique donc à tous les restes d’organismes d’origine biologique : bois, tissus végétaux, os, pétrole, etc. On voit l’intérêt de cette méthode : elle permettait, appliquée à des os par exemple, de déterminer l’âge de ces os, ou plus exactement le temps écoulé depuis la mort de l’individu dont on étudie les ossements.

Le principe de la méthode est assez simple : sous l’influence des rayonnements cosmiques, il se forme dans l’atmosphère un type de carbone (14C) différent du carbone ordinaire (12C). Alors que le 12C reste stable, le 14C se désintègre à une vitesse connue et qui semble constante. Or tous les êtres vivants contiennent une même proportion de ce C. En effet, le carbone est absorbé par les plantes sous forme de gaz carbonique (assimilation chlorophyllienne), les plantes sont mangées par les animaux, les animaux par d’autres animaux ou par des hommes, si bien que tous absorbent les deux sortes de carbone dans les mêmes proportions. Bref, tant qu’ils sont en vie, tous les organismes vivants contiennent la même proportion de C. Le rapport 14C/12C, en eux, est constant tant qu’ils vivent. Mais à la mort, il se produit ceci : alors que le 12C, stable, demeure dans les restes de l’organisme (morceau de bois par exemple, ou os), le 14C, instable, se désintègre. On connaît la vitesse de cette désintégration : tous les 5730 ans, la quantité de 14C diminue de moitié. On peut donc tracer la courbe de décroissance du carbone 14 dans un échantillon. Si on appelle 1 la quantité de 14C contenue à la mort, on n’aura plus que la moitié de cette quantité au bout de 5730 ans, etc. selon la courbe ci- dessous.

Il suffit donc de-mesurer la quantité de 14C restant dans un échantillon pour évaluer l’âge de celui-ci. C’est ce que l’on peut faire, et c’est ainsi qu’on a pu dater des os d’hommes, d’animaux, des restes de vêtements, etc. Ces mesures donnent des âges allant de 1000 à 70 000 ans environ avec une précision qui semblait acceptable. On a même cru pouvoir remonter plus haut, mais un simple coup d’œil à la courbe montre que, lorsqu’on se trouve dans la partie de la courbe qui tend vers une horizontale, l’imprécision devient très grande1.

1 A. LEROI-GOURHAN, La préhistoire, Paris, 1968, p. 315, estime que « le carbone 14, dont le terme est de 70 000 ans, n’est utilisable avec une certaine sécurité que pour la moitié de cette durée ».

Quoi qu’il en soit, les chiffres obtenus étaient beaucoup trop élevés pour ne pas gêner la thèse catastrophiste qui soutient au contraire que le déluge a eu lieu à une époque relativement récente, et que la création de la vie n’est pas aussi lointaine qu’on le croit.

Que peut répondre le catastrophisme ?

2. LA DATATION AU 14C : CRITIQUE

a. Précision de la mesure : Nous avons déjà fait remarquer que plus la quantité de 14C est faible, plus la mesure est imprécise. Aussi beaucoup estiment-ils à l’heure actuelle que la mesure n’est pas satisfaisante au-delà de 28 000 ans. Nous dirions pour notre part « au-delà d’une quantité de 14C correspondant à 28 000 ans », car l’équivalence entre la quantité de 14C et l’âge de l’échantillon n’est pas évidente, comme on le verra plus loin.

b. Postulat du taux de décroissance constant : La méthode n’est valable que si le 14C se désintègre toujours et partout à la même vitesse. Si ce postulat venait à être infirmé, c’est le principe même qui serait faussé et la méthode serait sans valeur. Jusqu’à présent, toutes les observations semblaient confirmer la justesse de ce postulat ; mais des travaux récents ont mis en évidence l’existence d’inexplicables « anomalies » dans ce taux, et il est possible que cette « constante » n’en soit pas réellement une. Si ces observations se confirmaient, il faudrait abandonner la méthode2.

2 Voir J.L. ANDERSON, dont les travaux sont annoncés et résumés dans « Popular Science », juin 1971, p. 32, dans « American Chemical Society », extraits du congrès de Los Angeles, 28 mars-3 avril 1971, NUCL 10.

c. Incohérence de certains résultats : La comparaison entre les « âges » obtenus par datation au 14C et les âges des mêmes échantillons, connus par l’histoire, ne fait pas toujours apparaître un accord réel. On observe parfois des différences notables3. Ces faits méritent réflexion et ne peuvent conduire qu’à une certaine méfiance envers les résultats de la méthode au 14C, car dans tous ces cas les dates historiques sont connues avec un très haut degré de certitude.

3 Nous en mentionnons quelques-unes p. 325, 326. Pour la période historique, la méthode au 14C manque de précision. Comme le remarque l’historien P. GARELLI, Le Proche-Orient asiatique, Paris, 1969, p. 239, « La méthode de datation par le radiocarbone ne paraît pas au point à voir les différences considérables enregistrées d’une analyse à l’autre. Les premiers tests indiquèrent pour Jarmo une date voisine de 4700. De nouvelles expériences ont donné comme résultats approximativement 10 000, 7000, 6000 av. J.-C. » L’auteur note très justement qu’une différence de deux millénaires (sur 10 !) est « appréciable », même en préhistoire.

d. Postulat du taux constant de 14C dans l’atmosphère : La méthode n’est valable que si, à toutes les époques, la proportion de 14C (par rapport au carbone ordinaire) a toujours été la même. On sait que cette proportion peut varier en fonction de l’intensité du magnétisme terrestre. Plus le magnétisme terrestre est fort, moins il se forme de 14C. Or ce magnétisme terrestre a effectivement varié dans des proportions considérables au cours de l’histoire géologique, et même à des époques historiques récentes4. On ne peut donc pas affirmer que tous les échantillons analysés avaient contenu, avant leur « mort », le même taux de carbone 14. Si cette forme de vie se développait au moment où le champ magnétique était fort, elle contenait peu de carbone 14 au moment même de sa mort. On ne peut donc pas affirmer que deux échantillons contenant la même quantité de carbone 14 sont rigoureusement contemporains tant que l’on n’est pas sûr que cette quantité est imputable à l’âge de l’échantillon seulement, et non au faible taux de carbone 14 contenu initialement dans l’échantillon. Comme le reconnaît J. Goguel, « les variations du champ magnétique de la Terre ont pu modifier la proportion du rayonnement cosmique qui a atteint la surface, ce qui introduirait une erreur systématique5.

4 Voir p. 29, 30, 236, 246-248. etc.

5 J. GOGUEL, Chronologie en géologie dans « Géologie », t. I, p. 1972, p. 18.

e. Inadéquation de la méthode au « modèle » antédiluvien : Nous avons déjà signalé que la terre, avant le déluge, pouvait avoir été entourée par une atmosphère très chargée en vapeur d’eau. Cette couche pouvait alors faire écran à la pénétration des rayons cosmiques, causes de la formation du 14C. Si de plus, comme nous venons de le voir, le magnétisme terrestre était plus fort, il pouvait en résulter un ensemble de conditions favorables à une très faible quantité de 14C dans l’atmosphère antédiluvienne. Dans ces conditions, les organismes vivants, végétaux ou animaux, absorbaient une très faible proportion de 14C par rapport au carbone ordinaire. Or la méthode de datation postule que tous les échantillons, à toutes les époques, ont contenu au moment de leur mort la même proportion de 14C que de nos jours, compte tenu des corrections nécessitées par les modifications dues à l’avènement de l’ère industrielle. On voit alors que les datations au 14C ne peuvent s’appliquer aux organismes antédiluviens.

Prenons un exemple : supposons un échantillon antédiluvien. Il s’est assimilé un faible taux de 14C, parce que l’atmosphère antédiluvienne en contenait peu ; soumis à l’analyse au 14C, son « âge » apparent sera jugé très vieux à cause même de ce faible taux en 14C. On postule en effet que cet échantillon aurait contenu, autrefois, un fort taux de 14C, comme s’il avait vécu dans des conditions atmosphériques semblables aux nôtres. On attribue donc ce faible taux à une diminution par transmutation due au temps, alors que, dans notre hypothèse, il ne s’agit pas d’une diminution due au temps, mais d’un faible taux initial.

Une illustration de ce phénomène peut être donnée. Si on nourrit par exemple une tortue avec des végétaux sélectionnés pour leur richesse en 12C et leur pauvreté en 14C, si on l’abreuve avec de l’eau « fossile » (puits artésien par exemple) contenant peu de 14C, on s’aperçoit que cette tortue vivante, contemporaine, sera datée « vieille de plusieurs milliers d’années » par la méthode au 14C.

De même — et l’expérience a été faite — des plantes actuelles poussant à proximité des grandes routes, donc absorbant une proportion très importante de 12C (le pétrole contient un très fort taux de 12C et un très faible taux de 14C), seront datées de « plusieurs milliers d’années ». Là encore, on voit que la méthode est en défaut en postulant que tout faible taux de 14C dans un échantillon est imputable au temps.

Dans notre hypothèse au contraire, le monde antédiluvien possédait une atmosphère pauvre en 14C, et les organismes vivants de cette époque en contenaient donc peu au moment de leur mort. Il n’est donc pas étonnant qu’ils en contiennent peu actuellement. C’est ainsi que le pétrole et la houille, qui contiennent peu ou pas de 14C, sont jugés « vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années au moins » par la méthode au 14C. Pour nous, c’est au contraire la confirmation de notre hypothèse selon laquelle le monde antédiluvien aurait connu une atmosphère pauvre en 14C.

On le voit, une fois de plus, les faits peuvent s’interpréter de deux manières radicalement différentes. L’hypothèse catastrophiste en rend compte, ici, d’une manière très satisfaisante.

II. Les méthodes de radioactivité des roches

1. EXPOSÉ DES PRINCIPES

Toutes ces méthodes reposent sur la transmutation isotopique des éléments. Certains éléments, radioactifs, donc « instables », se transforment en d’autres éléments6. On peut déterminer mathématiquement le temps nécessaire pour qu’un élément radioactif donné se change en un autre dans la proportion de 50%. On appelle ce temps la « demi-vie ». Dès lors, le principe de la méthode est le même que celui du radiocarbone. L’avantage de ces méthodes, c’est qu’elles utilisent des corps dont la demi-vie est très longue, de l’ordre du million ou de la dizaine de millions d’années. Les calculs conduisent donc à des chiffres très élevés et permettent de dater, pense-t-on, des échantillons vieux de plusieurs centaines ou de plusieurs milliers de millions d’années.

6 Cette « instabilité » est d’ailleurs très relative, certains éléments se transformant en quelques fractions de seconde, d’autres en plusieurs millions d’années.

Sans entrer ici dans le détail de l’analyse de ces méthodes (nous renvoyons le lecteur aux chapitres consacrés à ces problèmes, p. 331 ss), il convient que nous nous interrogions sur la valeur et sur la signification des résultats obtenus.

2. CRITIQUE

a. Signification des chiffres obtenus : Les chiffres indiquent-ils réellement des âges ? Cela reste douteux. En effet les minéraux étudiés ont le plus souvent une histoire géologique très complexe, et il n’est pas sûr que les dates obtenues désignent l’âge de dernière formation de ce minéral7. Nous reviendrons sur ce point important au chapitre suivant. Notons seulement ici que ces âges pourraient s’appliquer aux composants des minéraux, et pas nécessairement à la roche en tant que telle. Or, si nous tenons pour une formation relativement récente des roches, nous admettons parfaitement que les composants de ces roches puissent être extrêmement anciens. Nous ne savons rien de la date de la « création » des éléments utilisés par Dieu lors de l’organisation du monde évoquée par la Genèse.

7 Cf. p. 344 ss.

b. Difficulté des méthodes : Quelques-unes de ces méthodes nécessitent de telles conditions qu’il est fréquent d’obtenir des résultats très perturbés, faussés par des « contaminations » lors des mesures. Ceci est particulièrement vrai des méthodes utilisant la radioactivité d’éléments se transformant en gaz8.

8 Cf. p. 347 ss.

c. Divergences dans les résultats : De nombreuses mesures ont été faites en utilisant concurremment plusieurs de ces méthodes. Les résultats diffèrent parfois assez notablement9. L’« erreur » peut être de l’ordre de 705 millions d’années sur une mesure de 1055 ou de 1760 millions d’années, soit une erreur relative de 40 à 60%, ce qui est proprement inadmissible. Cependant, ces erreurs ne sont pas toujours aussi grandes et les méthodes donneraient en tout état de cause des ordres de grandeur de la plus haute importance si les chiffres obtenus indiquaient bien l’âge de formation de la roche, ce qui n’est pas certain10.

9 Voir tableaux p. 349, 355, 358.

10 Voir p. 301 ss.

d. Résultats aberrants : L’une des meilleures méthodes actuelles, celle qui utilise le couple potassium-argon, a permis récemment de mettre en évidence une faiblesse considérable dans ses propres résultats. On a pu en effet expérimenter en 1968 sur des roches volcaniques d’âge historique dans la région des îles Hawaï. Les résultats ont montré qu’une même roche volcanique (basalte) vieille de moins de 1000 ans (probablement 200 ans) était « datée » :

11 Voir tableau p. 351.

De plus, si on expérimente sur des échantillons prélevés à un niveau constant, mais extrait plus ou moins « en profondeur » dans la roche elle-même (c’est-à-dire si l’on creuse plus ou moins dans la roche pour prélever l’échantillon), les résultats sont notablement différents. Ainsi, les « dates » obtenues pour un seul et même type d’échantillon d’époque historique connue peuvent varier de 1 million d’années à 42 millions d’années12. De tels résultats sont évidemment inadmissibles et discréditent grandement ces méthodes.

12 Voir tableau p. 306.

Il ne nous semble donc pas que ces méthodes puissent nous conduire à accepter des « âges » aussi élevés. Nous pensons que les résultats obtenus, lorsqu’ils sont recevables, peuvent signifier tout autre chose que des dates, ou du moins signifier autre chose que la date de mise en place des roches. De plus, les remarques ci-dessus nous incitent à étudier l’influence de l’eau, celle de la mise en place des matériaux, celle de la profondeur de l’échantillon sur les résultats obtenus. Enfin nous pensons que l’hypothèse du déluge peut donner à ces résultats une autre signification que celle qu’on leur attribue généralement. C’est ce que nous tenterons d’exposer au chapitre suivant.

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