Il n'y a pas d'évidence d'une vie religieuse bien organisée dans les premiers récits des Écritures. Ce qui s'en approchait le plus était la famille. Le père agissait comme prêtre et chef dans le culte de Dieu. C'est ce qui semble être le cas avec Adam (Ge. 4.24ss.), Noé (Ge. 6.18), Job (Job 1.5), Abraham (Ge. 12.1-3), Isaac (Ge. 26.2-5) et Jacob (Ge. 28.13-15).
Avec l'organisation de la nation sous Moïse, la vie religieuse d'Israël a subi un changement (Ex. 19.6). Cette théocratie concernait la vie totale du peuple : sa vie politique, sociale et religieuse. Dieu était le chef ; les prêtres, les rois et les prophètes n'étaient que les exécutants de la volonté de Dieu. Cette union était concrétisée par la circoncision, la loi et le culte dans le tabernacle et dans le temple.
Avec la venue de Christ et son rejet par le peuple d'Israël, Dieu mit Israël de côté pour l'époque actuelle et fonda l'Église de Jésus-Christ. Les prochains chapitres parlent de la fondation, de l'organisation, des ordonnances et de la mission de l'Église.
Il y a de nombreuses choses dans le Nouveau Testament qui indiquent l'importance de la doctrine de l'Église. Par exemple, Christ a aimé l'Église et s'est donné lui-même pour elle (Ép. 5.25) ; le principal but de Dieu pour cette époque, c'est l'édification de l'Église (Mt. 16.18 ; Ac. 15.14) ; Paul considérait comme son plus grand péché le fait d'avoir persécuté l'Église (1 Co. 15.9 ; Ga. 1.13, 23 ; 1 Ti. 1.13) ; et cet apôtre souffrit beaucoup pour l'Église (Col. 1.24). Après la doctrine du salut, il est tout à fait approprié d'étudier ce que Dieu a prévu pour le peuple des rachetés au cours de l'époque actuelle.
Il est nécessaire de clairement comprendre la conception néo-testamentaire de l'Église. Nous regarderons d'abord ce que l'Église n'est pas, et ensuite ce qu'elle est.
Bien qu'il y ait un lien entre les sauvés de toutes les époques Jn. 10.16 ; Ro. 11.16 ; 1 Pi. 2.9) et un peuple de Dieu à travers toutes les époques, le christianisme n'est cependant pas un vin nouveau versé dans de vieilles outres. C'est plutôt un vin nouveau dans des outres neuves (Mt. 9.17). Divers arguments montrent que l'Église n'est pas une continuation de l'ancien système. Premièrement, Israël et l'Église ne sont pas des termes synonymes. Paul a fait une distinction entre leș Juifs, les païens et l'Église (1 Co. 10.32). De plus, Paul parle de l'Église comme d'un nouvel homme (Ép. 2.15 ; voir Col. 3.11), composé des Juifs qui croient et des païens qui croient. Et finalement, Dieu a encore quelque chose en réserve pour Israël. Dans Ro. 11, Paul souligne la chronologie des futures relations de Dieu avec Israël. Israël est la branche d'olivier qui est maintenant retranchée, tandis que la branche de l'olivier sauvage a été greffée sur le tronc. C'est pendant la période de la branche de l'olivier sauvage que l'Église est l'instrument de Dieu sur terre. Que le royaume n'est pas venu pendant les jours de Christ est attesté par la question des disciples : "Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d'Israël ?" (Ac. 1.6). Le conseil de Jacques lors du Concile de Jérusalem (Ac. 15.13-21) suggère que l'Église primitive se considérait comme quelque chose de bien différent d'une continuation d'Israël.
Il faut reconnaître qu'il y a des similitudes marquées entre l'Église et la synagogue puisque cette dernière existait déjà. Lorsque les apôtres ont prêché dans les synagogues, leur message était un message d'évangélisation pour appeler les Juifs à la repentance et à la foi. Selon l'évidence du Nouveau Testament, le noyau de ceux de la synagogue qui ont cru ont formé un groupe local de chrétiens bien distinct de la synagogue. De plus, au début de l'Église, les croyants se sont d'abord réunis dans le temple, non dans la synagogue.
L'interrègne a commencé et prendra fin à des moments différents de l'origine et de l'enlèvement de l'Église. L'interrègne a commencé lorsque le Seigneur a été rejeté par les siens et qu'il s'est mis à révéler le dessein et le plan de Dieu pour l'époque à venir. Cela se rapproche du moment où il a raconté les paraboles des mystères du royaume (Mt. 13). Cette période se terminera par la venue du Seigneur en gloire pour établir son royaume terrestre (Ap. 19), lorsque le levain sera recueilli et brûlé, et où les véritables enfants du royaume resteront pour jouir des bénédictions du millénium (Mt. 13.24-30, 36-43). L'Église, par contre, a commencé à la Pentecôte, un peu après le début de l'interrègne, et l'enlèvement de l'Église aura lieu avant la grande tribulation et le règne de mille ans de Christ. Nous en concluons que, bien que l'Église fasse partie du royaume de Dieu, nous ne devons toutefois pas dire qu'il s'agit d'une seule et même chose. Nous ne pouvons même pas la faire correspondre exactement à la forme mystérieuse du royaume, car elle ne constitue là encore qu'une partie du royaume.
Nous parlons souvent des diverses confessions comme étant des Églises, mais nous ne retrouvons pas cet emploi du terme "Église" dans la Bible. Certaines de ces confessions prétendent être la seule véritable Église, mais nous ne devons pas oublier que la Parole nous met en garde contre de telles divisions (1 Co. 1.11-17). Il y a peut-être de nombreuses confessions, mais il n'y a qu'une seule véritable Église universelle. Tous les rachetés de l'époque actuelle sont membres de cet unique corps spirituel.
Voyons maintenant de façon positive ce qu'est l'Église. Le terme "Église" est utilisé dans deux sens : le sens universel et le sens local.
1. Le sens universel. Dans le sens universel, l'Église comprend tous ceux qui, à l'époque actuelle, sont nés de l'Esprit de Dieu et ont, par ce même Esprit, été baptisés dans le corps de Christ (1 Co. 12.13 ; 1 Pi. 1.3, 22-25). Que le terme soit utilisé dans ce sens universel est évident du fait que Christ a parlé de bâtir son Église, non des Églises (Mt. 16.18) ; Paul était attristé parce qu'il avait persécuté l'Église (1 Co. 15.9 ; Ga. 1.13 ; Ph. 3.6) ; il est dit de Christ qu'il a aimé l'Église et qu'il s'est donné lui-même pour elle (Ép. 5.25) ; notre Seigneur est en train de purifier et de sanctifier l'Église (Ép. 5.26ss.) ; il est la tête de l'Église (Ép. 1.22 ; 5.23 ; Col. 1.18) ; il a établi des hommes doués dans l'Église (1 Co. 12.28) ; l'Église fait connaître aux dominations et aux autorités dans les lieux célestes la sagesse infiniment variée de Dieu (Ép. 3.10) ; et tous les croyants de l'époque actuelle sont appelés l'Église des premiers-nés inscrits dans les cieux (Hé. 12.23). Dans tous ces passages, c'est le mot grec ekklesia qui est utilisé. En lui-même, ce terme désigne simplement un groupe de personnes appelées, comme une assemblée de citoyens dans un état autonome ; mais le Nouveau Testament lui a donné un contenu spirituel, en sorte qu'il signifie un peuple appelé hors du monde et des choses pécheresses. Bien que le mot revienne plus de 100 fois dans le Nouveau Testament, il n'est employé dans le sens séculier que dans Ac. 19.32, 39, 41, et à propos de l'assemblée des Israélites que dans Ac. 7.38 et Hé. 2.12. Il est intéressant de remarquer que le mot anglais "church" vient du mot grec kuriakos, qui signifie "appartenant au Seigneur" . Cet adjectif ne revient que deux fois dans le Nouveau Testament ; il est employé à propos du Repas du Seigneur (1 Co. 11.20) et à propos du jour du Seigneur (Ap. 1.10). Nous pourrions donc donner, comme définition secondaire du terme "Église", la phrase suivante : un groupe de personnes appelées hors du monde et appartenant au Seigneur. La première définition reconnaît cependant plus clairement le fait de la nouvelle naissance comme exigence essentielle pour appartenir à la véritable Église. Être membre de l'Église n'est toutefois pas héréditaire ; on ne peut pas obliger quelqu'un à le devenir ; ce n'est que par une décision personnelle de foi en Jésus-Christ que l'on vient à faire partie de l'Église.
Cette conception universelle de l'Église se voit également dans les figures sous lesquelles elle est présentée. L'Église est appelée un édifice de Dieu (1 Co. 3.9, 16ss. ; 2 Co. 6.16 ; Ép. 2.20-22 ; 1 Ti. 3.15). Christ est la pierre principale de cet édifice (Mt. 16.18 ; 1 Co. 3.11 ; 1 Pi. 2.6ss.) et il y demeure par son Esprit (1 Co. 3.10 ; 6.19). Le croyant accomplit dans ce temple un ministère sacerdotal (Hé. 13.15ss. ; 1 Pi. 2.9 ; Ap. 1.6). Elle est aussi appelée le corps de Christ (Ro. 12.4 ; 1 Co. 12.12-27 ; Ep. 1.22ss. ; 3.6 ; 4.4, 12, 16 ; 5.23, 30 ; Col. 1.18, 24 ; 2.19 ; 3.15). Sous cette figure, l'Église est présentée comme un organisme, comme ayant un lien vital avec Christ, comme étant sous la direction de Christ, comme étant une unité, bien que composée de Juifs et de païens, comme ayant une diversité de dons parmi ses membres et comme coopérant de façon idéale à l'accomplissement d'une tâche commune. Et elle est appelée l'épouse de Christ (2 Co. 11.2ss. ; Ép. 5.24, 32). En tant qu'épouse de Christ, l'Église lui est fiancée, doit lui être fidèle (Ja. 4.4), se préparer pour ses noces avec lui un jour (Jn. 3.29 ; Ap. 19.7ss.), et va régner avec lui (Ap. 19.6-20.6). L'Eglise est également présentée comme une vigne (Jn. 15.1ss.) et un troupeau (Jn. 10.1ss. ; Hé. 13.20 ; 1 Pi. 2.25).
2. Le sens local. Dans le sens local, le mot "Église" désigne un groupe de croyants professants dans une localité. Ainsi, il est question de l'Église de Jérusalem (Ac. 8.1 ; 11.22), d'Éphèse (Ac. 20.17), de Cenchrées (Ro. 16.1) et de Corinthe (1 Co. 1.2 ; 2 Co. 1.1). Il est aussi question de l'Église des Laodicéens (Col. 4.16) et de celle des Thessaloniciens (1 Th. 1.1 ; 2 Th. 1.1). Parfois le terme est au pluriel, comme dans les Églises de la Galatie (Ga. 1.2), de Judée (1 Th. 2.14) et d'Asie (Ap. 1.4). Les Église locales doivent être ensemble une réplique fidèle de la véritable Église, l'Église universelle.
Il est intéressant de remarquer que les figures utilisées à propos de l'Église le sont également à propos du croyant individuel, de l'Église locale et de l'Église universelle. Les figures de l'épouse, du corps, de l'édifice et du troupeau sont utilisées à propos de l'Église universelle (Ép. 5.25 ; 1.23 ; 2 Co. 6.16 ; Hé. 13.20, respectivement), de l'Église locale (2 Co. 11.2 ; 1 Co. 12.12-27 ; 1 Co. 3.16 ; Ac. 20.28, respectivement) et du croyant individuel (Ro. 7.4 ; Ro. 6.12 ; 1 Co. 6.19 ; Lu. 15.4-10, respectivement).
Étant donné que la fondation de l'Église universelle et celle des Églises locales coïncident, nous les traiterons ensemble dans cette section. Les particularités de l'une ou de l'autre seront notées lorsque nécessaire. Le moment et la manière de la fondation de l'Église sont liés à la conception biblique de la nature de l'Église. Si nous voulons avoir un point de vue vraiment biblique de l'Église, nous devons saisir clairement ces deux éléments de vérité. Remarquons ici certaines choses pertinentes.
Il y a une certaine confusion sur ce point. Ceux qui soutiennent que l'Église n'est que l'Israël spirituel du Nouveau Testament, autrement dit une continuation de l'Israël de l'Ancien Testament, croient nécessairement qu'elle a commencé à l'époque de l'Ancien Testament. D'autres avancent qu'elle a débuté avec la prédication de Christ. Mais sur la base de la propre déclaration de Jésus-Christ, ces positions sont dévoilées comme étant non bibliques. À Césarée de Philippe, Jésus-Christ a déclaré que l'Église était encore à venir, car il a dit : "Sur ce roc je bâtirai mon Église" (Mt. 16.18). Ceux qui soutiennent que Pierre est le roc devront admettre que l'Église n'a pas vu le jour dans l'Ancien Testament, de même que ceux qui croient que le roc est la confession de Pierre dans laquelle il reconnaît Jésus comme le Christ, le Fils du Dieu vivant. Il semble difficile d'accepter que Jésus voulait simplement parler d'un nouveau commencement dans le développement de l'Église, car il abordait le sujet de sa fondation et non de sa reconstruction. D'autres maintiennent qu'il y avait, pendant la période des Actes, une Église qui n'est pas l'Église d'aujourd'hui. Certains de ceux-là suggèrent que la présente Église chrétienne n'a commencé qu'à la fin du livre des Actes ; d'autres enseignent qu'elle a commencé lorsque Paul a dit à Antioche de Pisidie : "Voici, nous nous tournons vers les païens" (Ac. 13.46). Mais que nous enseigne la Bible ?
Il est clair, d'après un certain nombre de choses, que l'Église, aussi bien universelle que locale, a été fondée le jour de la Pentecôte (Ac. 2). Nous devons revenir à la déclaration concernant la manière selon laquelle l'Église devait être fondée. Paul exprima cela succinctement lorsqu'il écrivit : "Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit" (1 Co. 12.13). Par le corps, Paul veut dire l'Église (1 Co. 12.28 ; Ép. 1.22ss.). Ce baptême de l'Esprit place le croyant dans l'Église, le corps de Christ. Ce baptême est mentionné dans les quatre Évangiles et dans les Actes. Les quatre références dans les Évangiles (Mt. 3.11 ; Mc. 1.8 ; Lu. 3.16 ; Jn. 1.33) sont pratiquement semblables : elles parlent de la promesse du baptême à venir. Dans Ac. 1.5, Jésus répète la promesse et dit qu'elle se réalisera dans quelques jours ; et dans Ac. 11.15-17, Pierre dit que la Pentecôte a été l'accomplissement de cette promesse. Dans 1 Co. 12.13, le baptême est présenté comme une expérience passée. Il est donc évident que le baptême de l'Esprit a eu lieu le jour de la Pentecôte et que l'Église a été fondée ce jour-là. Cette conclusion est rendue nécessaire par le fait que l'Église n'aurait pas pu être possible avant l'ascension et l'exaltation de Christ (Ép. 1.19-23).
L'Église locale a été fondée en même temps. Nous lisons que 120 personnes attendaient la promesse de l'Esprit le jour de la Pentecôte. Ces 120 furent les premiers à être baptisés de l'Esprit et ils furent les membres fondateurs de l'Église de Jérusalem. À la suite de la prédication de Pierre et des autres apôtres, 3000 personnes reçurent la parole, furent baptisées et ajoutées à l'Église (Ac. 2.14, 41). Un peu plus tard, cette Église locale comprenait 5000 membres (Ac. 4.4). Il est clair que les croyants ont agi comme un corps constitué. Ils avaient une norme doctrinale précise : l'enseignement des apôtres ; ils avaient communion les uns avec les autres en tant que croyants ; ils observaient les ordonnances du baptême et du Repas du Seigneur ; ils se réunissaient publiquement pour le culte ; et ils contribuaient au soutien des nécessiteux (Ac. 2.42-47). Nous avons certainement là les marques d'une Église locale organisée, même si cette organisation était encore très vague.
Il est évident que d'autres Églises semblables ont vu le jour en Judée (Ga. 1.22 ; 1 Th. 2.14), bien qu'il n'y soit pas fait expressément allusion dans les Actes. Une Église locale a également été fondée dans la ville de Samarie (Ac. 8.1-24) et probablement dans de nombreux villages de la Samarie (Ac. 8.25). Peu de temps après, une Église a également débuté à Antioche de Syrie (Ac. 11.20-30 ; 13.1). Cette Église devint le point d'attache de Paul pour ses voyages missionnaires (Ac. 13.13 ; 14.26-28 ; 15.36-41 ; 18.2ss.). Il y avait un certain nombre de prophètes et de docteurs dans cette Église, mais ils ont reconnu le besoin de consulter l'Église de Jérusalem à propos des conditions pour recevoir les païens dans la communion de l'Église (Ac. 15.1-35). Finalement, comme conséquence des efforts missionnaires de Paul et des autres apôtres, ainsi que des premiers chrétiens en général, des Églises locales furent établies en Asie Mineure, en Macédoine, en Grèce, en Italie, en Espagne et dans plusieurs autres régions du monde méditerranéen. Il semble que, dans un certain sens, l'Église primitive a évangélisé sa propre génération.