CHAPITRE XLII
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Le moment de sa venue :
avant le millénium

Jésus a dit : "Pour ce qui est du jour ou de l'heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul" (Mc. 13.32) et "Ce n'est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité" (Ac. 1.7). Il a cependant critiqué les Pharisiens et les Sadducéens parce qu'ils savaient discerner l'aspect du ciel mais pas les signes des temps (Mt. 16.3) ; et il leur a dit de tirer leçon du figuier : lorsque ses feuilles poussent, c'est le signe que l'été est proche (Mt. 24.32ss.). La Bible fait l'éloge des hommes d'Issacar parce qu'ils "savaient discerner les temps pour comprendre ce que devait faire Israël" (1 Ch. 12.32). Le croyant doit donc connaître le moment de la venue de Christ de façon générale, mais non en particulier. De façon générale, nous pouvons dire que sa venue est imminente ; il peut venir n'importe quand (Mt. 24.30 ; 25.13 ; Mc. 13.32 ; 1 Th. 4.16ss. ; Tit. 2.13). Si le moment avait été annoncé de façon précise dès le début, l'Église aurait perdu l'incitation à la vigilance que lui donne l'incertitude quant au moment de sa venue. Nous n'aborderons pas la question des signes de sa venue, puisqu'ils touchent plus directement sa venue sur terre que sa venue dans les Airs. Nous étudierons cependant deux questions d'une très grande importance : Viendra-t-il avant le millénium ? Viendra-t-il avant la tribulation ? Les réponses à ces deux questions ont, jusqu'à un certain point, déjà été données, mais il est ici nécessaire de les considérer plus en détail. Dans le présent chapitre, nous considérerons la première question et nous montrerons que sa venue se fera avant le millénium.

I. LA SIGNIFICATION DU TERME

Le terme "millénium" vient du latin et signifie mille ans. On ne le trouve pas dans les Écritures mais le terme "mille ans" revient à six reprises dans Ap. 20.2-7. Le terme d'origine grecque "chiliasme" revient souvent dans la littérature théologique ; c'est le nom de la doctrine selon laquelle Christ reviendra établir un royaume terrestre qui durera mille ans. Le fait d'un tel royaume est fermement établi dans l'enseignement de l'Ancien Testament, mais c'est le livre de l'Apocalypse qui nous en donne la durée.

Ceux qui croient que la seconde venue de Christ aura lieu avant le millénium sont appelés "prémillénaristes". Les postmillénaristes enseignent que Christ reviendra visiblement et personnellement après le millénium. Les amillénaristes n'acceptent pas un millénium littéral ; ils considèrent plutôt le millénium soit comme l'état désincarné des croyants qui sont avec le Seigneur en attendant la résurrection, soit comme le règne spirituel actuel de Christ dans le cœur des croyants.

II. LA POSITION DE L'ÉGLISE PRIMITIVE

L'Église primitive était en grande partie prémillénariste. L'eschatologie n'était pas clairement systématisée dans les premiers siècles, mais on peut s'appuyer sur certains écrits pour soutenir qu'au cours des trois premiers siècles de l'Église le prémillénarisme était largement défendu. Papias, qui est mort vers 155 apr. J.-C., a écrit : "Il y aura un millénium après la résurrection d'entre les morts, lorsque le règne personnel de Christ sera établi sur la terre."1 Il a aussi écrit : "Les jours viendront où les vignes qui pousseront auront chacune 10 000 sarments, et chaque sarment 10 000 petites branches, et chaque véritable petite branche 10 000 rejetons, et sur chacun des rejetons 10 000 grappes, et dans chacune des grappes 10 000 raisins, et chaque raisin, lorsqu'il sera pressé, donnera 25 mesures de vin."2 Bien qu'il s'agisse d'une grossière exagération, cela révèle néanmoins une croyance au millénium. Barnabas, qui a écrit vers 100 apr. J.-C., a comparé l'histoire du monde aux six jours de la création et au jour du repos. Après les six jours, qu'il interprétait comme étant 6000 ans, Christ reviendra et "doit entrer dans son repos lorsqu'il aura mis fin au règne de l'iniquité, chassé les impies, changé le soleil, la lune, les étoiles".3 Barnabas poursuivait en disant que le huitième jour serait le début d'un autre monde. Justin Martyr (vers 110-165 apr. J.-C.) a écrit : "Mais, pour moi et pour les chrétiens, dont la doctrine est pure sur tous les points, nous savons qu'il y aura une résurrection des corps, que nous passerons mille ans dans Jérusalem rebâtie, embellie, agrandie".4 Un auteur ultérieur, Tertullien (vers 150-225 apr. J.-C.), a déclaré : "Qu'un empire nous soit destiné ici-bas, nous le confessons, empire toutefois avant-coureur du ciel, n'arrivant qu'après la résurrection, et se prolongeant pendant mille années dans la Jérusalem, descendue du ciel, cité auguste bâtie par des mains divines." Il écrit un peu plus loin que les mille ans prendront fin "lorsque le monde aura croulé et les éléments disparus dans l'embrasement universel du jugement."5 Philip Schaff, l'éminent historien, observe : "Le point le plus frappant dans l'eschatologie, pendant la période qui a précédé le Concile de Nicée, c'est la prépondérance du chiliasme, ou millénarisme... Ce n'était pas une doctrine de l'Église formulée dans un credo ou une forme de dévotion quelconque, mais une opinion largement répandue parmi de remarquables enseignants."6

1 — Papias, Fragment IV.
2 — Papias, Fragment VI.
3 — Barnabas, L'Épître de Barnabas, Chapitre XV.
4 — Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, Chapitre LXXX.
5 — Tertullien, Contre Marcion, Livre III, Chapitre XXV.
6 — Schaff, History of the Christian Church, II, p. 614.

À partir du quatrième siècle, la croyance au millénium a décliné. Il y a diverses raisons à ce déclin.

1° Les persécutions contre l'Eglis ont pris fin avec la conversion de Constantin, et l'Église a vu se lever un nouveau jour de paix.

2° Il y a eu un changement dans l'interprétation biblique, passant d'une herméneutique littérale à une méthode allégorique. Les prédictions du royaume millénaire furent alors spiritualisées.

3° Plusieurs ont commencé à interpréter l'enchaînement de Satan et la résurrection et le règne des saints (Ap. 20.1-4) comme la victoire personnelle des croyants sur Satan. Dans ce sens, les croyants règnent avec Christ dans la vie présente.

Mais même avec le déclin de la doctrine, certains prémillénaristes ont fait entendre leurs voix tout au cours des siècles. Les doctrines eschatologiques furent négligées pendant le Moyen-Age, mais, avec la Réforme, il y eut un intérêt renouvelé. Les Réformateurs ont, pour la plupart, enseigné que l'Église était, dans un certain sens, le royaume prédit, mais ils ont remis en vigueur la doctrine du retour du Seigneur et de la résurrection. Aux dix-septième et dix-huitième siècles, on entendit de nouveau la voix du prémillénarisme.

Il y a eu un retour à la position de l'Église primitive. Charles Wesley, Isaac Watts, Bengel, Lange, Godet, Ellicott, Trench, Alford et un grand nombre des évangélistes des générations passées et présentes ont adopté la position du prémillénarisme. Il y a eu, au cours du dernier siècle, une importance particulière accordée à cette bienheureuse espérance.

III. LA PREUVE DE LA DOCTRINE

A. LA MANIÈRE ET LE MOMENT DE L'ÉTABLISSEMENT DU ROYAUME

Tout en nous rappelant que le terme "royaume" est souvent utilisé à propos du règne spirituel de Dieu dans le cœur des hommes, nous trouvons cependant beaucoup de références qui parlent d'un royaume futur et terrestre. Le premier "ne vient pas de manière à frapper les regards" (Lu. 17.20) ; mais le dernier le fera. Dans Da. 2.44, nous lisons que "dans le temps de ces rois, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit". C'est-à-dire qu'il établira ce royaume lorsque les dix rois auront chacun reçu leur royaume avec la bête "pour une heure" (Ap. 17.12-18). Dans Da. 7.15-27, nous voyons que ces dix rois sont suivis par le royaume qui sera donné "au peuple des saints du Très-Haut. Son règne est un règne éternel, et tous les dominateurs le serviront et lui obéiront." Autrement dit, soudainement, dans les jours de ces rois, cette pierre, Christ, frappera les pieds de l'image et consumera tous ces royaumes (Da. 2.34, 44). Dans un jugement, il démolira les royaumes de la terre, et la démolition n'est pas une interpénétration. Ce n'est pas l'Évangile qui convertit le monde. Ces métaux ne sont pas convertis en métaux plus nobles, mais sont réduits en poudre et chassés par le vent comme la balle qui s'échappe de l'aire en été, si bien qu'on ne retrouve plus leur trace. La pierre ne les interpénètre pas, mais les supplante.

B. LES BÉNÉDICTIONS ASSOCIÉES AU FUTUR ROYAUME

Ce royaume s'étendra d'une mer à l'autre, du fleuve jusqu'aux extrémités de la terre, du désert jusqu'aux îles (Ps. 72.6-11). Les nations de la terre monteront à la montagne de la maison de l'Éternel, c'est-à-dire Jérusalem, pour adorer (Es. 2.2-4 ; Mi. 4.1-3). Les nations qui ne monteront pas à Jérusalem pour adorer seront châtiées (Za. 14.16-19). Christ régnera, assis sur le trône de David ; son règne sera affermi par la justice et le droit (Es. 9.5ss.). Nous lisons dans Jér. 23.5ss. : "Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, où je susciterai à David un germe juste ; il régnera en roi et prospérera, il pratiquera la justice et l'équité dans le pays. En son temps, Juda sera sauvé, Israël aura la sécurité dans sa demeure ; et voici le nom dont on l'appellera : l'Éternel notre justice." Dieu répète non seulement cette promesse, mais y ajoute aussi l'assurance suivante : "Si vous pouvez rompre mon alliance avec le jour et mon alliance avec la nuit, en sorte que le jour et la nuit ne soient plus en leur temps, alors aussi mon alliance sera rompue avec David, mon serviteur, de sorte qu'il n'aura point de fils régnant sur son trône, et mon alliance avec les Lévites, les sacrificateurs qui font mon service" (Jér. 33.20ss.). Cette promesse remonte à l'alliance de Dieu avec David (2 Sa. 7.8-17), qui avait été confirmée par un serment (Ps. 89.4, 20-38). Juda et Israël doivent tous deux être rétablis (Jér. 23.6ss.), car Dieu fera "d'eux une seule nation dans le pays, dans les montagnes d'Israël ; ils auront tous un même roi" (Éz. 37.22, 24-28). Dans És. 35 nous est décrit en brillantes couleurs la restauration de la nature au cours de cette période. Ces grandes bénédictions suivent le retour de Christ et parlent d'un royaume terrestre. En ce jour, "l'Éternel sera roi de toute la terre" (Za. 14.9).

C. LA DISTINCTION ENTRE LA RÉCEPTION DU ROYAUME ET SON INAUGURATION

Sous l'image d'un homme de haute naissance, Christ est présenté comme allant "dans un pays lointain, pour se faire investir de l'autorité royale" (Lu. 19.12). Tout comme Archélaüs, à la mort de son père Hérode, avait dû se rendre à Rome pour se faire confirmer le royaume avant de pouvoir effectivement régner comme roi, de même Christ a dû retourner au ciel pour recevoir le royaume de son Père (Da. 7.13ss.). Le royaume lui avait été promis par l'ange Gabriel (Lu. 1.32ss.), mais il ne faut pas oublier que la Parole dit : "Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David". C'est dans ce but qu'il est retourné au ciel. Mais comme dans le cas d'Archélaüs, Christ n'a pas établi son trône dans le pays lointain, mais il reviendra de là où il est parti et c'est là qu'il établira son royaume. Jésus est maintenant assis, non sur le trône de David, mais sur le trône de son Père (Ap. 3.21). Viendra le jour où il s'assiéra sur son propre trône (Mt. 19.28 ; 25.31). Après être ainsi venu en gloire, il dira à ceux qui seront à sa droite : "Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde" (Mt. 25.34).

D. LA PROMESSE FAITE AUX APOTRES DE RÉGNER SUR LES DOUZE TRIBUS D'ISRAËL

Jésus a dit : "Je vous le dis en vérité, quand le Fils de l'homme, au renouvellement de toutes choses, sera assis sur le trône de sa gloire, vous qui m'avez suivi, vous serez de même assis sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël" (Mt. 19.28). Cette promesse est ici clairement liée au fait que le Seigneur sera assis sur son propre trône ; dans Mt. 25.31, nous voyons que cela se produira lorsqu'il reviendra dans sa gloire. C'est peut-être ce qui est sous-entendu dans És. 1.26 : "Je rétablirai tes juges tels qu'ils étaient autrefois, et tes conseillers tels qu'ils étaient au commencement. Après cela, on t'appellera ville de la justice, cité fidèle." C'est peut-être cette promesse des douze trônes qui a suscité la question suivante des disciples : "Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d'Israël ?" (Ac. 1.6).

E. LA PROMESSE FAITE AUX CROYANTS QU'ILS RÉGNERONT AVEC CHRIST

Non seulement les douze apôtres régneront avec Christ lorsqu'il viendra, mais il est aussi dit à tous les croyants : "Si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui" (2 Ti. 2.12). Dans 1 Co. 6.2ss., Paul demande carrément : "Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si c'est par vous que le monde est jugé, êtes-vous indignes de rendre les moindres jugements ? Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ?" Dans Ap. 5.10, nous lisons : "Tu as fait d'eux un royaume et des sacrificateurs pour notre Dieu, et ils régneront sur la terre." Dans Ap. 20.4-6, nous voyons que ce règne durera mille ans.

F. LES CONDITIONS QUI PRÉVAUDRONT JUSTE AVANT SON RETOUR, SELON LES PRÉDICTIONS

Loin de montrer que le monde sera converti avant son retour, la Bible indique exactement le contraire. Lorsque le Fils de l'homme reviendra, ce sera comme dans les jours de Noé et de Lot (Lu. 17.26-30). Jésus a demandé : "Mais quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" (Lu. 18.8). Paul écrit que, dans les derniers temps, certains abandonneront la foi, "pour s'attacher à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons" (1 Ti. 4.1), et que "dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles" (2 Ti. 3.1). Il déclare que la venue de Christ sera inattendue (1 Th. 5.2ss.) et qu'il viendra pour juger les impies (2 Th. 1.7-10 ; 2.1-12). Pierre décrit les hommes de cette époque comme se moquant du retour de Christ (2 Pi. 3.3ss.). L'Écriture enseigne de plus que la conversion d'Israël (Za. 12.10-13.2 ; Ac. 15.16) et celle des païens (Ac. 15.17) aura lieu lors de sa venue. Au cours de l'époque actuelle, les bons et les méchants pousseront côte à côte (Mt. 13.24-30, 36-43), mais il y aura ensuite une séparation. Les méchants seront détruits et les bons entreront dans le royaume.

G. L'ORDRE DES ÉVÉNEMENTS

L'ordre donné dans Ap. 19.11-20.15 s'harmonise avec Ps. 2.3-8 ; il est comme suit :

Ainsi, si nous suivons l'ordre des événements dans ce passage, nous devons en conclure que le Seigneur viendra sur la terre avant le millénium de manière à établir son règne. Cette succession normale des événements est crédible et appuie clairement le prémillénarisme.

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