CHAPITRE XLIII
—•—
Le moment de sa venue :
avant la tribulation

Nous avons montré que la Bible prédit une période de tribulation, et, jusqu'à maintenant, nous avons supposé qu'elle avait lieu entre l'enlèvement et la parousie. Nous devons maintenant revenir sur ce point pour montrer que c'est bien le cas. Les docteurs juifs soutiennent que cette période se situera entre l'époque actuelle et l'époque à venir. Westcott dit qu'ils sont "habituellement d'accord pour dire que le passage d'une époque à l'autre se fera par une période d'intenses peines et angoisses, « les douleurs de l'enfantement » de la nouvelle naissance"1. Il a été montré que cette période d'intenses peines et angoisses se terminera par la venue de Christ sur la terre. Mais commencera-t-elle lors de sa venue dans les airs et de l'enlèvement des sauvés, ou avant qu'il ne vienne, et l'Église passera-t-elle par la tribulation ?

1 — Westcott, Epistle to the Hebrews, p. 6.

On a répondu à cette question de diverses façons. Certains disent que l'Église passera par la tribulation et que l'enlèvement des rachetés sera immédiatement suivi par leur retour avec Christ. C'est ce que l'on appelle le posttribulationnisme. D'autres disent que l'Église passera par la première moitié de cette période et que l'enlèvement aura lieu au milieu de celle-ci. C'est le midtribulationnisme. Les tenants de l'enlèvement partiel enseignent que la partie non spirituelle de l'Église passera par la tribulation, mais que ceux qui seront mûrs et remplis de l'Esprit seront enlevés avant la tribulation. Et certains disent que Dieu viendra chercher l'Église avant la tribulation. Autrement dit, sa venue aura lieu avant la tribulation, et l'Église en tant que telle ne passera pas du tout par la tribulation. Quels sont les faits ? Il n'est pas nécessaire d'examiner chacune des fausses conceptions énumérées ; un examen de l'enseignement positif de la Parole servira à établir la vérité. Le poids de la preuve semble indiquer que l'Église ne passera pas par la tribulation. Considérons brièvement l'enseignement des premiers chrétiens et examinons ensuite l'enseignement de la Bible.

I. L'ENSEIGNEMENT DES PREMIERS CHRÉTIENS

En vue des divers enseignements répandus aujourd'hui, de la gravité de la période dans laquelle nous vivons et, par-dessus tout, de la portée de cette question sur la croyance en l'imminence du retour du Seigneur, il est nécessaire d'étudier à fond ce sujet, bien que nous ne puissions en parler que brièvement.

Comme nous l'avons noté plus tôt, l'Église primitive attendait la venue du Christ avant le millénium. Enseignait-elle aussi qu'il reviendrait avant la tribulation ? Dans le témoignage des Pères de l'Église, il y a un silence presque complet sur le sujet de la tribulation. Ils parlent souvent de passer par des tribulations, mais très rarement une période future connue comme la tribulation. C'est probablement parce qu'au cours des premiers siècles de l'Église, celle-ci passait par de nombreuses persécutions et qu'elle ne s'intéressait pas à une future tribulation. Il y a cependant quelques indices d'une croyance au retour de Christ avant la tribulation. Il y a tout d'abord un intéressant paragraphe dans le Pasteur d'Hermas qui donne quelques informations à ce sujet. Hermas écrit qu'il a croisé une bête sauvage en chemin et qu'il a ensuite rencontré une jeune fille qui l'a salué en disant : "Bonjour, Hermas !" Il lui a retourné sa salutation. Elle lui a alors demandé s'il ne lui était rien arrivé en chemin." À cela, Hermas a répondu : "J'ai rencontré une bête si épouvantable, qu'elle aurait pu dévorer sans peine un peuple tout entier ; mais Dieu, par sa puissance et sa miséricorde toute particulière, m'a garanti de ce péril." La jeune fille a ensuite dit : "Tu as bien fait de mettre en Dieu toute ta confiance dans l'abandon où tu te voyais, et de lui offrir ta prière, convaincu qu'il n'y avait que son nom seul, saint et adorable, qui pût te garantir de ce danger... Ta foi t'a sauvé d'un péril extrême ; car tu n'as pas été effrayé de la présence de ce terrible animal. Va donc, raconte aux élus de Dieu les merveilles qu'il a opérées en ta faveur, et dis-leur que cette bête est la figure de la tribulation qui leur doit arriver : si vous vous disposez à la soutenir, vous pourrez en sortir sans aucun mal : c'est-à-dire, si vous conservez vos cœurs purs et exempts de toutes souillures, et que tout le reste de votre vie vous serviez Dieu d'une manière digne de lui."2 Cela semble montrer qu'il y avait un enseignement à l'effet que l'Église échapperait à la grande tribulation. La position est cependant quelque peu confuse, car il déclare à un autre endroit : "Heureux vous qui subirez la grande tribulation qui s'en vient."3

Irénée (vers 140-202 apr. J.-C.) semble aussi soutenir que l'Église sera enlevée avant le tribulation, car il dit :

Et l'Église sera finalement enlevée d'ici. "Car la tribulation alors sera grande, telle qu'il n'y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu'à présent, et qu'il n'y en aura jamais." En effet, ce sera là le dernier combat qu'auront à subir les justes, et qui donnera l'immortalité aux vainqueurs.4

Mais, à un autre endroit, il enseigne aussi que l'Église sera présente pendant les jours de l'antichrist.5 Ainsi, bien que la croyance parmi les Pères concernant la tribulation ne soit pas claire et qu'il semble y avoir une certaine confusion, nous pouvons du moins trouver des indices. Il est clair que les Pères considéraient le retour du Seigneur comme imminent. Le Seigneur avait enseigné à l'Église d'attendre son retour à n'importe quel moment, et l'Église l'a attendu à cette époque et a enseigné que son retour personnel était imminent. Les Pères d'Alexandrie, qui ont aussi rejeté d'autres doctrines fondamentales, constituent cependant une exception. Nous pouvons supposer que l'Église primitive vivait dans l'attente constante de son Seigneur et ne s'intéressait donc pas à la possibilité d'une période de tribulation dans l'avenir. C'est peut-être ce qui explique le silence à propos de la tribulation chez les Pères.

2 — Le Pasteur d'Hermas, Livre I, Vision IV, Chapitre II.
3 — Le Pasteur d'Hermas, Livre I, Vision II, Chapitre II.
4 — Irénée, Contre les Hérésies, Livre V, Chapitre xxix.
5 — Irénée, Contre les Hérésies, Livre V, Chapitre xxvi, xxx.

De plus, il n'est pas étrange que les responsables de l'Église au Moyen-Age aient gardé le silence à propos de l'enlèvement avant la tribulation. Avec l'arrivée de Constantin et de l'Église d'État, l'Église s'est tournée vers une interprétation allégorique des passages bibliques concernant le retour du Seigneur. Avec le rejet d'un millénium littéral, la tribulation a été traitée comme une allégorie ou simplement ignorée.

Les Réformateurs sont revenus à la doctrine de la seconde venue, mais ils ont insisté sur la doctrine du salut plutôt que sur le développement des détails de l'eschatologie. Par conséquent, il y eut peu ou pas de développement de cette doctrine au cours de l'histoire de l'Église Chrétienne. Toutefois, la doctrine chrétienne est établie sur la base des Écritures, et non sur la base du développement de la doctrine, ou l'absence de celui-ci, dans les générations passées. La Bible doit être notre seule autorité en matière de doctrine, et c'est vers elle que nous devons nous tourner pour établir la vérité biblique.

II. L'ENSEIGNEMENT DE LA BIBLE

Nous pouvons présenter divers arguments tirés des Écritures pour justifier cette doctrine du retour du Seigneur pour son Église avant la tribulation.

A. LA NATURE DE LA SOIXANTE-DIXIÈME SEMAINE DE DANIEL

La soixante-dixième semaine de Daniel est mentionnée dans Da. 9.27. Nous avons déjà fait remarquer qu'après la soixante-neuvième semaine, le Messie devait être retranché. Ces "semaines" ont commencé avec le retour et le travail de Néhémie (Né. 2.4-6 ; Da. 9.25ss.), et peu importe la façon dont nous calculons le temps, nous devons comprendre que la vie terrestre de Jésus s'est écoulée pendant les quatre ou cinq dernières semaines des soixante-neuf semaines. L'Église n'existait pas encore, mais Jésus a déclaré qu'il la bâtirait (Mt. 16.18). Puisque l'Église a été formée par le baptême de l'Esprit (Ac. 1.4ss. ; 11.16ss. ; 1 Co. 12.13), nous faisons donc remonter le début de l'Église au jour de la Pentecôte. L'Église ne faisait donc pas partie des soixante-neuf semaines. Elle ne fera pas non plus partie de la soixante-dixième semaine. Daniel s'est fait dire que soixante-dix semaines avaient été fixées pour son peuple et pour sa ville sainte (Da. 9.24), et non seulement soixante-neuf. Si cette semaine est encore à venir, et si elle est en fait la future période de tribulation, il n'y a pas plus de chance que l'Église soit sur terre lors de la dernière semaine qu'il y a de preuve qu'elle existait déjà lors de la dernière partie des soixante-neuf semaines. Autrement dit, l'Église comble la parenthèse entre la soixante-neuvième et la soixante-dixième semaines, et ne fait partie ni de l'une ni de l'autre période. Ce point de vue vient à l'encontre des positions qui situent le retour de Christ après la tribulation ou au milieu de celle-ci. Ces deux positions exigent absolument un certain chevauchement entre Israël et l'Église au cours de la dernière semaine.

B. LA NATURE ET LE BUT DE LA TRIBULATION

On entend souvent dire que, puisque l'Église n'a pas été exemptée des persécutions au cours de son histoire, il n'y a pas de raison de supposer qu'elle échappera aux persécutions de la tribulation à venir. Mais parler ainsi suppose une mauvaise compréhension de la nature et du but de la tribulation. "L'heure de la tentation" a pour but d'"éprouver les habitants de la terre" (Ap. 3.10). L'expression "les habitants de la terre" est utilisée plus d'une douzaine de fois dans l'Apocalypse et fait allusion à ceux qui habitent sur la terre. Mounce écrit que lorsque cette "expression paraît... il est toujours question des ennemis de l'Église".6 Ce sont les gens qui se sont identifiés à ce monde, ceux qui ne sont pas sauvés. Cette période est également "un temps d'angoisse pour Jacob" (Jér. 30.7). Dans Es. 26.20ss., l'Éternel parle de cette même période et en révèle la vraie nature : "Va, mon peuple, entre dans ta chambre, et ferme la porte derrière toi ; cache-toi pour quelques instants, jusqu'à ce que la colère soit passée. Car voici, l'Éternel sort de sa demeure, pour punir les crimes des habitants de la terre ; et la terre mettra le sang à nu, elle ne couvrira plus les meurtres." C'est-à-dire que la tribulation est la période pendant laquelle Dieu sortira pour punir un monde qui rejette Dieu et son Christ. Les persécutions pendant cette période ne sont que d'importance secondaire. Les interprètes futuristes de l'Apocalypse soutiennent généralement qu'Ap. 6-19 traite de la période de la tribulation. Les principaux traits de ces chapitres sont les sceaux, les trompettes et les coupes, mais chacun de ceux-ci est un jugement qui émane du ciel. C'est la colère de Dieu qui frappe un monde affligé par le péché.

6 — Mounce, The Book of Revelation, p. 120.

Quand Dieu s'est préparé à punir Sodome et Gomorrhe, il en a d'abord fait sortir Lot et sa famille. Abraham avait incité Dieu à promettre de sauver la ville si on y trouvait dix justes ; il ne semble pas avoir trouvé nécessaire de persuader Dieu de faire sortir Lot de la ville dans le cas où il n'en trouverait pas dix. Mais Dieu n'allait pas faire "aussi périr le juste avec le méchant ?" (Ge. 18.23), et il fit donc sortir Lot avant de faire pleuvoir le soufre et le feu sur les villes de la plaine (Ge. 19.12-25). Pierre se sert de cet incident pour prouver que "le Seigneur sait donc délivrer de l'épreuve (même terme que dans Ap. 3.10) les hommes pieux, et réserver les injustes pour être punis au jour du jugement" (2 Pi. 2.9). Nous avons la même chose dans le cas de Noé : quand Dieu se prépara à détruire le monde par le déluge, il en délivra d'abord Noé et sa famille.

C. LA DISTINCTION ENTRE ISRAËL ET L'ÉGLISE

Sans entrer dans une longue étude de cet aspect de la révélation biblique, nous observerons cependant que l'Église et Israël sont deux entités distinctes. Nous pouvons voir cela de différentes façons.

1° Dans le passé, Dieu s'est principalement occupé d'Israël ; maintenant, il s'occupe de l'Église. Dans l'avenir, il s'occupera à nouveau d'Israël. Dans Ro. 11, nous voyons qu'Israël en tant que nation a été retranchée afin que les païens puissent être greffés. Dans l'avenir, Israël sera de nouveau greffée (voir Ac. 15.16-18 ; Ro. 15.8-12).

2° Israël est une nation ; l'Église est un groupe d'individus appelés d'entre les nations.

3° Les soixante-dix semaines de Daniel traitent d'Israël (Da. 9.24) ; l'Église s'insère dans la période entre la soixante-neuvième et la soixante-dixième semaines.

4° Christ doit revenir à Israël pour établir son royaume ; son retour pour l'Église a pour but de prendre l'Église pour qu'elle soit avec lui.

5° Et les grandes alliances de l'Ancien Testament avaient été faites avec Abraham et sa descendance, Israël (Ge. 12.1-3 ; 2 Sa. 7.11-16 ; Jér. 31.31-34) ; l'Église bénéficie des avantages spirituels de ces alliances, mais non des avantages matériels (Ro. 4.11 ; 1 Co. 11.25 ; 2 Co. 3.6 ; Hé. 10.16ss.). L'accomplissement littéral et matériel de ces alliances est encore à venir et aura lieu à l'époque du royaume. Ces distinctions et d'autres faites entre l'Église et Israël démontrent que Dieu a un programme différent pour chacune. Le programme de Dieu sur terre pour l'Église prendra fin lorsque nous serons enlevés dans les airs à sa rencontre. Cela marquera le commencement des nouvelles relations entre Dieu et Israël, tout comme le rejet d'Israël à l'époque du Nouveau Testament avait marqué le commencement d'un nouveau peuple de Dieu appelé l'Église, le corps de Christ.

D. LA MISSION DU SAINT-ESPRIT EN TANT QUE CELUI QUI RETIENT

Paul a écrit que le mystère de l'iniquité agissait déjà à son époque, mais que, à cause de "ce qui le retient" et de "celui qui le retient" l'impie n'avait pas encore été manifesté (2 Th. 2.3-7). Il a cependant ajouté que celui-ci disparaîtra et que l'impie paraîtra alors (2Th. 2. 7ss.). Comme le Saint-Esprit a contesté avec les hommes à l'époque antédiluvienne (Ge. 6.3), il conteste également maintenant contre le plein développement de l'iniquité. Mais tout comme il a alors cessé de contester avec les hommes, il cessera également de contester avec eux dans l'avenir. C'est ce qu'il fera lorsqu'il disparaîtra. Le Saint-Esprit a la mission précise de former l'Église de Christ et d'y demeurer. C'est dans ce but qu'il est venu le jour de la Pentecôte et il accomplira cette œuvre jusqu'à ce que l'Église soit complète. C'est alors qu'il disparaîtra, dans un certain sens, avec l'Église. Parce que le Saint-Esprit est omniprésent, sa disparition signifiera la fin de son ministère, plutôt que la disparition de sa personne. Il est facile de voir que, lorsque son intrusion dans les affaires des hommes cessera, la méchanceté se développera rapidement et l'impie paraîtra parmi les hommes. L'Église est un instrument dont l'Esprit se sert pour freiner le mal. Avec l'enlèvement, il ne restera plus un seul croyant, et le ministère de retenue de l'Esprit prendra fin.

E. LA NÉCESSITÉ D'UN INTERVALLE ENTRE L'ENLÈVEMENT ET LA PAROUSIE

Ceux qui croient que le retour de Christ aura lieu après la tribulation soutiennent que les sauvés seront enlevés à la rencontre du Seigneur dans les airs lorsque celui-ci descendra du ciel, mais qu'ils reviendront immédiatement sur la terre avec lui. Ils refusent d'admettre qu'il y aura un intervalle entre ces deux événements.7 Mais une étude soigneuse de la Bible révèle qu'il y aura un intervalle entre la venue de Christ dans les airs et sa venue sur terre. Elle montre qu'il y a au moins deux choses qui doivent se dérouler entre ces deux événements : le jugement des croyants et le festin des noces de l'Agneau. Paul écrit : "Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait, étant dans son corps" (2 Co. 5.10 ; voir Jn. 5.22 ; Ro. 14.10). Le croyant sera jugé pour déterminer s'il est éligible à une récompense ou non, et si oui, ce que sera cette récompense (1 Co. 3.12-15). Il est clair que le Seigneur prendra ses serviteurs avec lui pour un jugement privé de leurs œuvres (Lu. 19.15 ; 2 Co. 5.10). Cela est également rendu nécessaire par le fait que, lorsqu'ils reviendront avec lui, ils prendront immédiatement part au gouvernement du royaume terrestre (Ap. 2.26 ; 19.14, 19 ; 20.4). Cela semble clair. En plus du tribunal de Christ, il y a aussi le festin des noces de l'Agneau. Dans Ap. 19.1-10, la scène se déroule dans le ciel ; en Ap. 19.11, le ciel s'ouvre, et nous voyons Christ descendre vers la terre avec ses saints. Le festin des noces nous est décrit dans les versets d'Ap. 19.7-9, et il se déroule donc dans le ciel. Quand le Seigneur Jésus reviendra sur terre avec son épouse, il y aura sans aucun doute certaines célébrations sur terre également, avec les rachetés de toutes les époques. Ces deux événements, le tribunal de Christ et le festin des noces de l'Agneau, doivent se dérouler avant la venue de Christ pour établir son royaume. Évidemment, ces événements n'exigent pas nécessairement une période complète de sept ans, mais quand même un certain temps.

7 — Pour une excellente étude du posttribulationnisme, voir The Church and the Tribulation par Robert Gundry, un des chefs de file du posttribulationnisme.

En plus des événements dans le ciel, il doit aussi y avoir certains développements sur terre en préparation du royaume. Dieu préparera un groupe de rachetés pour entrer dans le royaume millénaire. Cela comprendra aussi bien des Juifs que des païens. Au retour de Christ, les croyants entreront dans le royaume, et les incroyants seront enlevés pour le jugement (Mt. 13.37-43, 47-50 ; 24.40ss. ; 25.1-12). Tout comme le Seigneur a travaillé pendant plus de trois ans avec ceux qui devaient former le noyau de la future Église, il semble également approprié que ceux qui seront sauvés pendant la période de la tribulation seront ceux avec qui le Seigneur établira son royaume lorsqu'il reviendra. Ce rassemblement du reste d'Israël et des sauvés parmi les païens prendra un certain temps. Avec le retour de Christ en gloire, il y aura beaucoup de gens qui se tourneront vers le Seigneur (Za. 12.10-14), comme ce fut le cas le jour de la Pentecôte avec la venue de l'Esprit et la prédication de Pierre (Ac. 2.14-41 ; voir Joë. 2.38-32 ; Ro. 11.25-27).

F. LES EXHORTATIONS À ATTENDRE CONSTAMMENT LE RETOUR DU SEIGNEUR

À maintes et maintes reprises nous sommes exhortés à veiller : "Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra" (Mt. 24.42) ; "Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure" (Mt. 25.13) ; et "Veillez donc, car vous ne savez quand viendra le maître de la maison, ou le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin ; craignez qu'il ne vous trouve endormis, à son arrivée soudaine" (Mc. 13.35ss. ; voir 1 Th. 5.6 ; Ap. 3.3). Il nous est également dit d'attendre cette bienheureuse espérance (Tit. 2.13 ; voir Hé. 9.28). Comment pouvons-nous veiller et attendre son retour s'il y a un seul événement qui doit précéder le retour de Christ ? Si la tribulation précède la seconde venue, nous sommes alors obligés de l'attendre comme la première chose sur le programme. Nous ne pouvons donc pas nous attendre à ce que le Seigneur revienne n'importe quand ; la vérité du retour du Seigneur ne peut donc pas nous inciter à la sainteté, au service et à la vigilance comme la Bible nous la présente. Les Écritures enseignent toutefois l'imminence du retour du Seigneur.

Ceux qui ont une conception différente de ce sujet reconnaissent la force de cet argument. Ils s'efforcent donc de démontrer que les apôtres ne croyaient pas que Christ pouvait revenir n'importe quand. On cite un certain nombre de choses pour le prouver. La plupart de celles-ci sont des plans tout à fait légitimes que des personnes soucieuses de l'avenir ont préparés, tout en comptant sur le Seigneur pour leur ouvrir la route, comme lorsque Paul a annoncé son plan d'aller à Rome et en Espagne (Ro. 15.22-25, 30-32). On prétend que Paul ne pouvait pas s'attendre à ce que Christ revienne à n'importe quel moment lorsqu'il a fait ce plan. Mais c'est oublier que, dans la même Épître, il a déclaré que sa venue dépendait de la volonté de Dieu (Ro. 1.10). On pourrait sans aucun doute dire la même chose de tous ses plans (1 Co. 4.19 ; 16.5-8), comme aussi des plans de tous les autres écrivains du Nouveau Testament (Ja. 4.13-16 ; voir Jn. 21.18-23). On maintient de plus que les paraboles de Mt. 13 laissent sous-entendre un long intervalle, que la parabole des dix mines a été expressément donnée parce que les disciples du Seigneur croyaient "qu'à l'instant le royaume de Dieu allait paraître" (Lu. 19.11), et que la parabole des talents affirme : "Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte" (Mt. 25.19).

Mais il est improbable que les disciples aient cru qu'une longue période de temps était nécessaire pour l'accomplissement des paraboles de Mt. 13. Dieu savait qu'il y aurait un long intervalle, mais rien n'indique que les disciples le savaient. Dans la parabole des dix mines, le point est simplement que les disciples pensaient que Christ établirait son royaume parce qu'il approchait de Jérusalem. Christ leur a dit qu'il lui faudrait retourner au ciel pour recevoir le royaume, mais rien n'indique qu'il lui faudrait une longue période pour le recevoir. Et il n'est pas nécessaire que la longue période dans Mt. 25.19 représente plus que la durée de vie de la génération qui existait lorsqu'il est parti dans un autre pays. Les disciples attendaient tellement le retour du Seigneur pour bientôt que le Seigneur a dû à l'occasion les mettre en garde de ne pas abandonner leur travail à la lumière de son retour. L'exhortation de Jacques est en harmonie avec cela : "Soyez donc patients, frères, jusqu'à l'avènement du Seigneur" (Ja. 5.7). Paul a dû exhorter les Thessaloniciens à retourner à leurs occupations quotidiennes, mais il a parlé en même temps de lui-même et de cette génération de croyants comme s'ils allaient rester jusqu'à la venue du Seigneur (1 Th. 4.11, 15ss. ; 2 Th. 3.10-12).

G. LA PROMESSE FAITE À L'ÉGLISE DE PHILADELPHIE

La promesse dans Ap. 3.10 indique un enlèvement avant la tribulation : "Parce que tu as gardé la parole de la persévérance en moi, je te garderai aussi à l'heure de la tentation qui va venir sur le monde entier, pour éprouver les habitants de la terre." Nous devons remarquer quatre choses dans ce verset.

1. Le mot "heure". Il est utilisé pour désigner le moment de la future tentation et indique une période de temps. L'article devant "heure" fait de ce temps une période précise. Comme le dit Walvoord : "Le point n'est pas que l'Église échappera à la colère de Dieu, mais qu'elle échappera à la période de la colère de Dieu."8

8 — Walvoord, The Blessed Hope and the Tribulation, p. 54.

2. L'étendue de la tentation. Il est clair qu'il ne s'agit pas d'une tribulation locale, car l'heure doit venir "sur le monde entier". Elle englobera donc toute la terre. Mounce observe : "L'heure de la tentation est cette période d'épreuve et de tribulation qui précède l'établissement du royaume éternel. Elle est mentionnée dans des passages comme Da. 12.2, Mc. 13.14 et 2 Th. 2.1-12."9

9 — Mounce, The Book of Revelation, p. 119.

3. Le but de cette beure de tentation. Elle s'adresse aux "habitants de la terre". Il est significatif de remarquer que le mot pour "habiter" n'est pas le mot ordinaire oikeo, mais la forme renforcée du mot, katoikeo, qui signifie ceux qui se sont établis sur la terre, qui se sont identifiés avec elle. Cette expression revient plus d'une douzaine de fois dans l'Apocalypse et elle fait allusion à ceux qui habitent sur la terre. Alford affirme que dans ces références "l'expression s'applique à ceux qui ne font pas partie de l'Église de Christ."10 La tentation n'est pas pour l'Église ; l'Église en sera délivrée.

10 — Alford, Tbe Greek New Testament, IV, p. 586.

4. Qui sera gardé à l'heure de la tentation. Il est dit que les fidèles seront gardés à l'heure de la tentation. Moffatt dit :

Il est impossible, d'un point de vue grammatical, et difficile, d'après le sens, de décider si terein ek signifie une persévérance victorieuse (sens sous-entendu comme dans Jn. 17.15) ou une immunité absolue (voir 2 Pi. 2.9), le fait de sortir de l'épreuve sans avoir souffert ou d'y échapper complètement (grâce à l'avènement opportun de Christ, v. 11)11.

11 — Moffatt, "The Revelation of St. John the Divine", dans Expositor's Greek Testament, V, p. 368.

La promesse d'Ap. 3.10 semble être non seulement que Dieu gardera les fidèles de la tentation, comme s'il les en protégeait, mais qu'il les gardera de l'heure de la tentation, de la période en tant que telle. Cela semble indiquer que les croyants seront enlevés avant le début de la tribulation.

H. CERTAINES AUTRES CONSIDÉRATIONS

Il y a trois autres arguments qui sont souvent utilisés pour soutenir l'enlèvement de l'Église avant la tribulation.

1° Il y a des versets éparpillés dans le Nouveau Testament qui indiquent que l'Église ne subira pas la colère de Dieu. Paul réconforte les Thessaloniciens de la façon suivante : "Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à la possession du salut par notre Seigneur Jésus-Christ" (1 Th. 5.9) et encore : "Jésus... nous délivre de la colère à venir" (1 Th. 1.10). Il est vrai qu'il a été dit que l'Église connaîtra des persécutions et des tribulations (Jn. 16.33 ; Ac. 5.41 ; 14.22 ; 2 Co. 1.7 ; Ph. 1.29 ; 2 Ti. 3.12 ; 1 Pi. 4.13), mais ces persécutions ne sont pas la colère de Dieu (Ap. 6.16ss. ; 14.7). Le croyant attend "la bienheureuse espérance" (Tit. 2.13 ; voir 1 Th. 1.10 ; 4.18 ; 5.11 ; 1 Jn. 2.28).

2° Il n'est fait aucune mention de l'Église dans Ap. 4-19. Le terme ne se trouve pas une seule fois dans cette section. Cela est digne d'être noté puisqu'il revient souvent dans les premiers chapitres et qu'on le voit encore dans Ap. 22.16. Si l'Église était sur terre, nous nous attendrions à ce qu'elle soit mentionnée fréquemment.

3° Et plusieurs ont l'impression que les 24 vieillards de l'Apocalypse 4.4, 10 ; 5.5 ; etc. représentent l'Église dans le ciel. Il n'y a cependant pas suffisamment de preuves pour une identification certaine. Il est probablement tout aussi juste de les identifier comme un type quelconque d'êtres célestes, comme les séraphins (Es 6.2), les chérubins (Éz. 10.8), ou les êtres vivants (Ap. 4.6), ou un autre type d'êtres angéliques autour du trône de Dieu.

En conclusion, nous voudrions attirer l'attention sur une difficulté qui a été soulevée à propos de ce point de vue. Paul écrit : "Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d'œil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts en Christ ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés" (1 Co. 15.51ss.). D'un commun accord, nous reconnaissons que cette dernière trompette dans 1 Co. 15 et celle dans 1 Th. 4.16 sont une seule et même trompette. Certains essaient également d'identifier cette trompette avec la septième trompette dans Ap. 11.15. Ce point de vue est celui de ceux qui pensent que l'Église sera enlevée au milieu de la tribulation. Mais ces deux trompettes ne sont pas les mêmes. Le mot "dernière" peut signifier la dernière d'une série, mais il peut aussi vouloir dire la dernière dans le sens de la fin d'une époque. Dans l'Ancien Testament, on se servait des trompettes à diverses fins et à différents moments (Lév. 23.24 ; No. 10.1-10), et il pouvait y avoir plusieurs "dernières" trompettes. Ici également, il n'est pas nécessaire de dire que les deux sont la même. La trompette de 1 Co. 15.52 et celle de 1 Th. 4.16 ne peuvent pas être la même que la septième trompette de l'Apocalypse, si nous nous souvenons de tout l'enseignement concernant le retour de Christ.

chapitre précédent retour à la page d'index chapitre suivant