Apologie du Christianisme

5.2 Le problème des origines

aLe christianisme est une religion essentiellement morale, et sa conception de l’univers relève en droite ligne de ce caractère fondamental, qui le marque d’un sceau unique au milieu de tous les systèmes. Exclusif à la fois et universaliste comme la vérité doit l’être, l’Evangile se dit seul en mesure de procurer à nos âmes la vie divine dont elles ont soif, et il l’offre gratuitement à tous les membres de notre race ; mais, d’autre part, il n’assure ce bienfait qu’aux hommes fermement décidés de rompre avec le mal et de se consacrer au bien. Idéal, perfection, sainteté sont pour lui autant de synonymes indiquant le but suprême de notre existence, mais autant de mots vides en dehors de la foi au Dieu vivant qui en réalise pleinement l’idée et veut que nous devenions semblables à lui, comme des enfants à leur père. La parenté de l’homme avec Dieu, au sens chrétien du terme, renferme sans doute un élément mystique et même métaphysique très prononcé ; mais elle a pour condition et pour garantie l’obéissance au devoir, le respect inviolable de l’impératif moral.

a – Nous reproduisons dans ce chapitre, avec de notables modifications, maintes pages de nos trois opuscules : La matière et l’esprit, — L’homme et l’animal, — Le corps et l’âme, parus naguère sous les auspices de la Petite bibliothèque du chercheur. (Lausanne, Arthur Imer.)

Or, si le principe formel de l’obligation est le seul point fixe que nous connaissions par expérience, le seul absolu qui ait le droit de régner sur nous, l’axe immuable de nos destinées, il en résulte un fait important au point de vue de la philosophie de la nature, c’est que tous les phénomènes de l’univers sont subordonnés à la loi morale et n’ont de valeur que par rapport à elle. Donc le monde n’existe point par lui-même, ni par l’effet du hasard, ni en vertu d’une nécessité inhérente aux choses. Il n’a qu’une existence dérivée et conditionnelle ; son unique raison d’être est de rendre possible la réalisation du souverain bien. En d’autres termes, il a été tiré du néant par un acte créateur à l’origine des âges ; il est le produit de la volonté intelligente et libre de l’Etre tout-puissant et tout-bon qui a gravé son nom dans nos cœurs et sa loi dans nos consciences. « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre… Dieu créa l’homme à son image. » (Genèse 1.) Telle est, en deux mots, l’intuition chrétienne. La création du monde visible et la création de l’homme se correspondent comme deux phases successives et solidaires du même plan éternel.

Toutefois, au point de vue de la science, les deux événements ne sont pas nécessairement connexes ; et, pour la suivre sur son propre terrain, nous devons les distinguer l’un de l’autre et les étudier séparément. L’examen de la première question nous convaincra que l’ordre matériel ne peut s’expliquer que par l’ordre spirituel. L’examen de la seconde nous montrera que les origines de l’homme, pour autant qu’elles sont connues, ne font pas de lui un accident quelconque dans la série des phénomènes, un simple jeu de la nature, mais le terme prédestiné où celle-ci vient aboutir.

5.2.1 Les origines du monde

La matière et l’esprit sont les deux éléments constitutifs de l’univers et de l’être humain en particulier. Il n’est personne, dans la vie ordinaire, qui ne rende un constant hommage à cet axiome du bon sens et de l’expérience. Nous nous trouvons en face de deux ordres de réalités absolument dissemblables, dont la coexistence s’impose à nous comme une certitude et que nous rattachons logiquement à deux substances opposées, ou, si l’on préfère, à deux inconnues que nous appelons « substances, » parce qu’il faut bien les désigner par un nom commun.

Le matérialisme statue comme un fait indiscutable que la matière est la substance unique des choses… Mais, qu’est-ce que la matière ? Il faudrait commencer par la définir, que dis-je ? il vaudrait la peine de démontrer son existence. En ouvrant les yeux, nous sommes témoins d’un nombre indéfini de phénomènes, dont l’agencement admirable constitue le monde. Partout nous voyons le mouvement et la vie, l’harmonie dans la diversité, partout l’organisation, c’est-à-dire la pensée ; partout nous rencontrons des corps composés, des formes changeantes et multiples, partout l’empreinte de l’esprit. Mais la matière à l’état pur, inerte et informe comme elle devait être à l’origine, la matière en soi, où l’avez-vous vue ? Elle échappe complètement à vos perceptions ; pour en obtenir l’idée, il vous a fallu tout un travail d’abstraction et de généralisation, tout un labeur intellectuel.

Dès lors, qu’est-ce qui vous autorise à nier l’esprit au nom de la matière ? N’est-ce pas tourner dans un cercle vicieux, puisque vous n’arrivez à la notion de matière que par une opération de votre entendement ? Vous n’avez d’autre instrument que la raison pour soustraire l’univers à l’empire de la raison. Vous faites une dépense prodigieuse d’esprit aux seules fins de prouver que l’esprit n’est pas. Vous employez tout votre talent de persuasion à nous montrer que nos idées sont fatalement ce qu’elles sont, un produit des forces aveugles de la matière ; et vous ne voyez pas que, plus vous y mettez d’éloquence, moins il nous est facile de vous croire ! Le désir que vous avez de nous convaincre nous convainc d’une seule chose, c’est que vous n’avez pas une foi bien ferme à votre théorie, puisque vos œuvres la démentent. Nous rougissons presque d’avoir à répéter cette argumentation si concluante et si banale ; notre excuse est qu’ils sont encore nombreux dans toutes les classes de la société les soi-disant « esprits forts » qui affectent de ne croire qu’au témoignage de leurs sens. Il faut le redire à satiété : ce n’est pas en cela qu’ils se montrent esprits forts !

La conscience que nous avons de notre être est primordiale ; celle que nous avons de la matière est dérivée. Qu’on puisse douter du monde extérieur à la façon de l’idéalisme, cela se conçoit encore, du moins à titre de phase passagère, de «  moment psychologique ; » mais, douter de l’existence de l’esprit, c’est s’oublier jusqu’à perdre la clef de sa conscience, c’est faire de son home une voirie, c’est dire au monde, qui heurte à la porte des sensations et vous sollicite à agir : « Il n’y a personne ici ; je ne suis rien, tu es tout ! » Ce n’est plus un renoncement méritoire, c’est une aliénation. L’esprit s’affirme, voilà tout. Le fameux mot de Descartes : « Je pense, donc je suis ! » lui paraît déjà trop long de moitié. Il ne s’attarde pas en raisonnements stériles. Etincelle divine apportée sur la terre, il se contente de se nommer, en disant comme Jéhova à Moïse : « Je suis. »

Mais le moi ne peut s’affirmer sans poser en fait l’existence du non-moi qui le limite au dehors et qu’il appelle monde ou matière selon qu’il s’agit de l’ensemble harmonique des phénomènes ou de leur substratum commun. Etudions de plus près les rapports de la matière et de l’esprit, tels qu’ils se dégagent des faits observables. La formule de leurs rapports nous fournira la vraie solution du problème des origines, solution dont nous ferons ensuite la contre-épreuve en la confrontant avec les hypothèses de la science négative.

I

Ce qui distingue la matière, c’est qu’elle occupe une place dans l’espace et tombe sous les sens, au moins dans sa forme composée actuelle. Ce qui caractérise l’esprit, c’est la faculté de penser et de vouloir, de se réfléchir lui-même, d’être à la fois sujet et objet dans l’acte de la connaissance.

Rien n’est plus légitime que de définir l’esprit d’après ses manifestations les plus élevées, c’est-à-dire les plus authentiques. Je sais bien que certains embryologistes nous contestent ce droit ; mais il paraît que la biologie leur fait oublier la logique. Définir un objet, c’est le circonscrire, c’est marquer en quoi il diffère du milieu et le détacher par la pensée de tout ce qui n’est pas lui. Si le germe est déjà l’être en puissance, il faut pourtant que l’être donne sa mesure et se réalise pour être connaissable dans sa réalité. Tant que ses virtualités ne sont que latentes, — on nous pardonnera ce truisme, — sa véritable essence nous est cachée ; tant qu’elles sommeillent encore dans une confuse indivision, on ne saurait affirmer ce qu’il est ni ce qu’il vaut. C’est le fruit mûr qui révèle la vraie nature d’un arbre, et pour juger des qualités d’une substance, de l’or, par exemple, il faut la prendre autant que possible à l’état pur et sans alliage. Procéder autrement serait renouveler le chaos.

La matière, sans doute, n’apparaît jamais à l’état pur ; mais qu’importe, du moment que l’esprit fait à peu près l’inverse : il est lui-même quand il se possède, et cela suffit pour justifier notre méthode.

Le propre de l’esprit est l’activité consciente. Le propre de la matière est la passivité, l’inertie, c’est-à-dire la tendance à demeurer dans l’état où elle se trouve, soit de repos si elle est en repos, soit de mouvement si elle a reçu quelque impulsion. Tous les traités de physique partent de ces données. Cette science implique un contraste absolu entre l’objet de son étude, les corps, et le sujet qui les étudie, l’esprit.

« L’esprit, dit M. Raoul Pictet, a pour définition en physique expérimentale : toute cause de mouvement spontané de la matière, sans explication mécanique possible. l’esprit est une cause première de mouvement de la matièreb. »

bEtude critique du matérialisme et du spiritualisme par la physique expérimentale, p. 326. Genève, Georg et Cie 1897.

Il est vrai que tout un mystérieux domaine, celui de la sensation et de la vie, forme le trait d’union entre les deux sphères parallèles ; mais vouloir identifier celles-ci au nom de leur pénétration réciproque serait tout aussi absurde que de prétendre que l’hydrogène et l’oxygène sont un seul et même gaz, parce que la goutte d’eau est l’effet de leur combinaison. Tout rapport suppose deux termes ; identifiez les termes, vous supprimez le rapport. Etant donné la matière et l’esprit, on comprend que l’accord de ces deux éléments produise un troisième terme, la vie ; ou du moins il n’y a rien là de contradictoire. Mais admettre une seule et unique substance, qui revêtirait tour à tour des attributs s’excluant mutuellement, c’est ne plus entendre le sens des mots. « L’identité de la matière et de l’esprit demeurera toujours une affirmation inconcevable, même pour ceux qui la formulent. » (Ernest Naville.)

Le rapport des deux facteurs peut se traduire par toute une série de modes d’existence, formant entre eux une hiérarchie. Tels sont les divers règnes de la nature. Au bas de l’échelle, la force, génératrice du mouvement : c’est le monde inorganique, large assise sur laquelle repose tout l’édifice de l’univers. Au-dessus de cette base fleurit le règne végétal, où la vie, moins diffuse, plus concentrée, acquiert déjà une sorte d’individualité, ainsi que la faculté de se reproduire. Plus haut encore, voici la vie animale, qui ajoute aux éléments précédents la sensibilité et le mouvement spontané. Enfin, au sommet de la série, l’homme est debout, promenant sur le monde un regard pénétrant où brille une étincelle de l’Esprit créateur. Physique, physiologie, psychologie, tels sont les trois jalons essentiels qui marquent les étapes de la vie entre la matière inerte et l’esprit conscient et font que l’univers est autre chose encore que de la substance étendue dans l’espace.

Est-il même de la « substance étendue ? » La matière n’est-elle peut-être qu’un « faisceau dynamique, » un complexus de forces en équilibre ? N’est-elle qu’un rapport, comme la philosophie incline à le penser aujourd’hui ? Ce serait là une séduisante hypothèse, qui aurait l’avantage de nous débarrasser une fois pour toutes de cette gênante inconnue, de cet x qu’on nomme la matière. Mais il y a de grosses difficultés. Si la matière n’était que le rapport des phénomènes entre eux, lesquels ne sont eux-mêmes que des rapports, l’univers serait le rapport général de tous les rapports particuliers, indéfiniment décomposables en d’autres rapports, sans que, derrière tous ces rapports, on pût jamais s’arrêter à quelque chose d’ultime qui ne fût pas un rapport… On se perd dans le vide, aussi bien que lorsqu’on cherche à analyser la notion de substance en éliminant les attributs, ou à se représenter les atomes comme des « consciences plus ou moins sourdes ! »

Puis, comment les forces, qui n’ont isolément aucune étendue, aucune plasticité, peuvent-elles en acquérir par leur groupement ? Je conçois que des infiniment petits, agglomérés par milliards, arrivent à former une masse appréciable, parce que chacun d’eux occupe déjà une place, si minime soit-elle. Mais la vie à tous ses degrés, faible ou puissante, diffuse ou concentrée, n’a pas de dimension et n’est jamais perçue au microscope. Et la vie en soi n’existe nulle part, pas plus que la matière en soi ; on ne connaît que des êtres vivants. Il en est de même de la chaleur, de la sensibilité, de la pensée. Tout cela ensemble ne saurait constituer un corps étendu et tangible. Ajoutez à zéro autant de zéros que vous voudrez, vous n’obtiendrez toujours que zéro.

Cet axiome semble donner raison au genre humain, qui ne peut admettre que le monde soit une fantasmagorie. Quand M. Alfred Fouillée constate qu’à l’heure qu’il est « l’idéalisme a gain de cause et le vieux matérialisme ne peut plus se soutenirc, » il n’a certainement pas tort en théorie, et la satisfaction qu’il éprouve est des plus légitimes ; mais ne présume-t-il pas un peu trop du mouvement philosophique contemporain et de sa portée pratique ? Le matérialisme, hélas ! pour divers motifs, aura toujours la chance d’être plus populaire que l’idéalisme ; et c’est de là que nous devons partir.

cLe mouvement idéaliste en France, Revue des Deux-Mondes du 15 mars 1896.

A supposer donc que la matière existe, il ressort de sa définition même qu’elle n’est pas un agent (un pouvoir qui agit). Son caractère fondamental étant l’indifférence, l’absence totale d’initiative, tout mouvement implique à l’origine l’action d’une cause étrangère à la matière. Je dis : à l’origine, car, l’impulsion une fois donnée, la matière, n’ayant pas de préférence pour l’état de repos, continuera à se mouvoir, aussi longtemps qu’un obstacle ne viendra pas ralentir ou arrêter sa marche. En outre, le même point de l’espace ne pouvant être occupé simultanément par deux corps, il est inévitable que le mouvement se propage de proche en proche jusqu’à extinction de la force, je veux dire jusqu’au rétablissement complet de l’équilibre. C’est ce qui rend les accidents de chemins de fer si terribles. En vertu de la loi d’inertie, la matière est donc susceptible de recevoir et de transmettre le mouvement. Mais là se borne son rôle ; il est entièrement passif. Elle est aussi incapable de produire le mouvement que de créer la vie. Les forces sont des agents invisibles dont nous ne constatons que les effets ; la matière est une masse divisible perçue par les sens : confondre les deux choses, c’est contredire les notions élémentaires de la physique moderne.

La preuve que les forces sont une création de l’esprit, c’est que leur exercice ne va point au hasard ; nous parvenons à découvrir sous les phénomènes les principes rationnels qui les régissent et que nous formulons sous le titre de lois, de telle sorte qu’on peut prévoir avec une certitude mathématique comment les agents se comporteront dans tel cas donné. Bref, nous retrouvons partout dans la nature l’empreinte d’un esprit semblable à notre esprit. Les anciens croyaient à une « âme du monde, » pensée que nous traduirons en langage moderne, en disant qu’à tous les degrés de l’échelle c’est l’esprit qui anime la matière.

Le point de jonction des deux éléments est manifeste dans l’art de la parole. Matériellement, la parole est une succession de vibrations de l’air, de sons qui frappent l’oreille ; mais à chaque son correspond une idée. Chaque émission de voix, chaque mot présente ainsi deux faces parallèles, il est tout matière en tant qu’il parle au sens, il est tout esprit en tant qu’il parle à la raison ; et ces deux faces sont distinctes et inséparables comme l’envers et le revers d’une médaille.

Il y a plus. Le langage humain est-il autre chose qu’une perpétuelle métaphore ? Le monde visible est un miroir, un symbole. C’est lui qui nous fournit des figures, des couleurs pour peindre les réalités spirituelles, et personne n’est assez distrait pour confondre le signe avec la chose qu’il représente. Le mot lumière, par exemple, appliqué au domaine intellectuel, signifie vérité, et le choix de cette image n’a rien d’accidentel. C’est par la lumière que nous connaissons les objets extérieurs, que nous discernons leurs formes, leurs rapports, leurs distances. Or, la vérité est le rapport réel des êtres ou des choses. Y a-t-il parfait accord entre ce qui est et la connaissance que nous en avons, nous sommes dans la vérité, nous sommes dans la lumière. Cette dernière expression, malgré son double sens, prête rarement à l’équivoque. Lorsqu’on vous félicite d’être un homme éclairé, vous ne songez pas à la lampe suspendue au plafond ou au soleil qui luit sur votre tête. Mais le symbolisme ne se justifie que par la distinction absolue des deux mondes visible et invisible, aussi bien que par leur correspondance ; et il serait une cause incessante de malentendus, si cette distinction n’était pour notre esprit une inéluctable nécessité, fondée dans la nature des choses.

Certes, les produits intellectuels, non moins que les produits matériels, sont susceptibles d’échange et, par conséquent, de devenir un objet de commerce ; les libraires en savent quelque chose. Littérature, science, beaux-arts, tout cela peut être évalué d’après la quantité et la qualité ; tout cela se paie tant la page ou tant par heure ; tout cela est « coté » plus ou moins haut selon les fluctuations de l’offre et de la demande : interrogez plutôt les romanciers à la mode !… Quel abîme, pourtant, entre les deux classes de produits, l’un palpable, l’autre immatériel ! Lorsqu’un négociant égalitaire dirait malicieusement à son voisin, professeur de langues : « Il n’y a pas de différence entre vous et moi ; vous n’êtes qu’un « marchand de participes ! » ce dernier ne manquerait pas de répondre : « Fort bien ; mais veuillez remarquer l’avantage que j’ai sur vous ; plus vous vendez de sucre ou de café, moins il en reste en magasin. Pour moi, c’est l’inverse ; plus je débite… ma marchandise, plus j’en possède ; plus j’enseigne, mieux je sais ! »

Il n’en est pas des idées comme de l’air que nous respirons, lequel se raréfie à mesure qu’il se répand davantage. En passant d’un esprit à un autre, la matière intellectuelle ne se déplace point ; elle a le privilège de se communiquer indéfiniment sans se diviser jamais : elle n’est point sujette aux lois de l’espace.

Que conclure de tout cela, sinon que l’univers est formé de deux substances irréductibles l’une à l’autre, la matière et l’esprit, qui travaillent de concert et, en quelque sorte, se marient pour enfanter la vie universelle ? Avec cette réserve déjà motivée, toutefois, que l’une des deux, inerte, ne « travaille » pas, et que l’autre seule agit réellement.

De ces deux éléments dont la pénétration constitue le cosmos, ce chef-d’œuvre qui provoque en nous l’impression de la beauté à la fois plastique et intellectuelle, parce qu’il réunit au plus haut degré les qualités qui font la magie du grand art, la force et la grâce, le nombre et la couleur, la pureté des lignes et la profusion des détails, la simplicité et la richesse, la proportion et l’immensité ; de ces deux éléments, disons-nous, il faut nécessairement que l’un ait préexisté à l’autre et soit antérieur au devenir universel. Lequel ? L’esprit, qui se pose la question, ne peut hésiter à répondre : « L’esprit. » Il va de soi que le facteur qui forme est supérieur à la chose formée. Si l’esprit existe, la matière ne saurait être éternelle. Passive par elle-même, elle n’a aucune existence indépendante, aucun pouvoir qui lui appartienne en propre, ni aucune valeur morale : elle est telle que l’esprit l’a voulue, ni plus ni moins. C’est en lui qu’elle a la vie, le mouvement et l’être ; elle est à sa merci, et, le voulût-elle, elle ne saurait se soustraire à cette loi suprême, que d’ailleurs elle ignore.

Or, le propre de l’esprit est l’activité consciente. L’homme, il est vrai, ne devient esprit que sur la base d’un développement matériel, parce qu’il est né dans le temps ; mais, plus il se dégage des langes de la nature, plus il se sent supérieur au monde qui l’entoure, et, en élevant sa propre idée à la plus haute puissance, il a l’intuition d’une personnalité parfaite et éternelle, qui est Dieu. L’esprit antérieur à tous les phénomènes et indépendant de la matière, immuable et transcendant, ne saurait être conçu que comme un moi existant par lui-même, comme la volonté libre et souveraine ayant seule le droit de dire : « Je suis ! » dans un sens absolu, en un mot comme le Créateur des cieux et de la terre.

II

La thèse que nous venons de formuler, postulat de la raison et de la foi chrétienne tout ensemble, est inattaquable du point de vue de la science expérimentale, qui se meut sur le terrain de l’observation et ne peut dépasser ce domaine que par un abus de méthode. Le matérialisme est une excroissance anormale sur l’arbre vigoureux des sciences naturelles, et quand ses partisans s’écrient : « Il n’y a pas de cause première, la création est un mythe, la religion un mensonge, » ils abandonnent le champ des études physiques pour se lancer dans la théologie fort mal à propos.

Autrefois, ces hardies négations chantaient victoire sous le couvert de l’ignorance. On croyait à l’éternité de la matière, à l’immutabilité de l’univers, et l’on disait : « Le monde a toujours existé tel que nous le voyons aujourd’hui. » Hypothèse gratuite, sans doute, qui avait le tort de prendre une goutte d’eau comme mesure de l’océan, et l’homme, cette vapeur qui passe, comme règle du temps infini, mais hypothèse qu’il était malaisé de contredire, faute de données suffisantes. Aujourd’hui, grâce aux progrès de la science, la situation est tout autre. On sait que le monde a eu un commencement, qu’il fut un temps où la vie n’existait pas, où la terre se confondait avec le soleil et les planètes dans la masse incohérente d’une vaste nébuleuse ; et l’on suppose que la totalité de ce qui vit a dû sortir de la même cellule, unique premier anneau de la chaîne indéfinie des êtres.

Cette nouvelle hypothèse, car c’en est une aussi, nous fournit-elle peut-être la clef de l’univers ? L’énigme est-elle résolue ?… Il s’en faut de beaucoup. Les points d’interrogation se posent avec plus d’insistance que jamais. D’où a-t-elle surgi elle-même, cette cellule primitive ? S’est-elle créée toute seule ? Est-ce le néant qui lui a donné naissance ? A-t-elle, de toute éternité, plané dans le vide en attendant d’éclore ? Entre les deux termes de l’alternative : ou le non-être produisant l’être, ou Dieu créant le monde, le choix de la raison n’est pas douteux. Elle déclare le premier contradictoire et absurde, et réclame impérieusement le second.

Il n’y a pas moyen d’échapper à ce dilemme. M. Hæckel, le célèbre chef de l’école matérialiste en Allemagne, l’a reconnu avec une louable franchise dans ces paroles souvent citées de son Anthropogénie : « Pour quiconque n’admet pas avec nous la génération spontanée, il n’y a plus d’autre alternative que celle du miracle. » Son aveu est d’une clarté parfaite. Hypothèse pour hypothèse, miracle pour miracle, qu’est-ce qui fait pencher la balance dans un sens plutôt que dans l’autre ? Dans l’un des plateaux vous avez la volonté suprême, dans l’autre le vide absolu du néant : il serait naturel que le premier eût un poids décisif aux yeux de tout homme qui pense. Néanmoins, le savant d’Iéna, opposant dogme à dogme, se prononce carrément en faveur de la génération spontanée. Pourquoi ? Y est-il poussé par des considérations basées sur l’expérience ? Nullement. On n’est jamais parvenu à tirer de la matière le moindre germe de vie, malgré toutes les manipulations. Des maîtres peu suspects, les Claude Bernard et les Pasteur, les Du Bois-Reymond et les Virchow, l’ont déclaré à différentes reprises avec toute l’autorité qui s’attache à leur témoignage. Henry Drummond, grand savant lui-même, résume le débat en ces mots :

« Cette question est réglée, autant qu’une question peut l’être, par la science… Huxley annonce catégoriquement que la doctrine de la biogénésie, ou de la vie naissant seulement de la vie, est aujourd’hui victorieuse sur tous les points ».

Les motifs de Hæckel sont d’un autre ordre : c’est qu’il ne veut du « miracle » à aucun prix, car qui dit création dit Créateur. La sereine impartialité de la science est ici en défaut. On semble avoir peur de Dieu comme d’un fantôme, et l’on fait acte de foi, ou plutôt effort de crédulité, pour étayer son incrédulité.

Le parti pris de la science négative éclate surtout dans sa prétention d’éliminer les causes finales. Certes, le monde où nous sommes n’est pas le meilleur possible, malgré sa beauté. Organisé sur la base de la possibilité du mal et même, d’après la Bible, de sa réalité antérieure, il a été soumis dès l’origine à la loi de l’effort et de la lutte en vue de la victoire, et fait pressentir, en même temps que désirer, les « nouveaux cieux et la nouvelle terre » que promet l’Evangile. La création entière « souffre les douleurs de l’enfantement, » selon l’image énergique de saint Paul. (Romains 8.22.) Mais ce « travail » même suppose un but à atteindre ; ce désordre apparent tend à une fin meilleure.

De plus, ayant combiné le monde en vue de la liberté, on dirait que Dieu a pris ses mesures pour que la terre devînt pour l’homme, selon les cas, une récompense ou un châtiment, un paradis ou un enfer. Il semble avoir laissé une certaine latitude au jeu des forces de la nature, et, de cette indétermination relative, ont pu naître, non sans motif, bien des irrégularités, voire des catastrophes. Mais les ombres du tableau n’en effacent point la marque divine : il ne faut pas chercher la perfection absolue dans un milieu qui n’est que provisoire. Si l’œil humain a ses défauts, s’il ne vaut pas celui de l’aigle ni même celui de l’araignée, il n’en est pas moins l’œuvre de la sagesse créatrice, puisqu’il excelle à nous servir. La Genèse n’a donc pas tort de déclarer que l’univers actuel, lié à une économie de préparation et d’épreuve, est « très bon, » parce qu’il était le plus conforme aux desseins adorables du Créateur, voulant des hommes libres pour en faire ses « fils. »

  1. Toute finalité implique une pensée ordonnatrice.
  2. La nature accuse partout la finalité.

Que représente l’idée du cosmos (du grec cosméô, arranger), sinon la réalisation d’un plan par l’adaptation des moyens au but ? « Les causes finales nous sont de plus en plus nécessaires, » disait un jour Du Bois-Reymond à M. Raoul Pictet. Il n’est pas d’homme sensé qui s’inscrive en faux contre cette double assertion :

Ce sont là des vérités expérimentales qu’on ne saurait nier sans se condamner soi-même à de perpétuelles inconséquences. Chaque fois qu’un savant rencontre un fait encore inexpliqué, il se demande involontairement : « A quoi cela sert-il ? Quelle en est la raison d’être ? » Trouve-t-il quelque part, enfoui dans le sol, un pauvre silex marqué de quelques entailles, il s’écrie avec émotion : « C’est la main de l’homme qui l’a façonné il y a des milliers d’années ! »

« Chose étrange, remarque finement E. de Pressensé, les mêmes savants qui reconnaissent l’œuvre de l’esprit dans cet outil informe, se refusent à l’acclamer devant ce monde immense marqué tout entier du sceau de la penséed. »

dLes origines, 2e édit., p. 513.

L’inconséquence des négateurs a été signalée déjà par Fénelon, écrivant ces lignes :

« Si on trouvait une montre dans les sables d’Afrique, on n’oserait dire sérieusement que le hasard l’aurait formée dans ces lieux déserts… Il est extravagant de penser que le hasard seul a produit l’Iliade, a construit Versailles… Est-il moins extravagant de soutenir que l’univers n’a point eu d’auteur et que l’arrangement merveilleux de ses parties est la production nécessaire d’une matière brute et insensible ?… A qui attribuerons-nous l’assemblage de tant de ressorts si profonds et si bien concertés, et de tant de corps, grands et petits, visibles et invisibles, qui conspirent également pour nous servire.

eDémonstration de l’existence de Dieu.

Ce raisonnement si simple a-t-il besoin d’illustrations ? Nous n’avons que l’embarras du choix, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Diderot lui-même avouait que « l’aile d’un papillon ou l’œil d’une mouche suffisent pour confondre tous ceux qui nient l’existence de Dieu. » Il faudrait parler des vers de terre, qui améliorent l’humus par un travail chimique et le ramènent à la surface, aussi bien que des soleils qui roulent dans l’immensité, comme des coursiers de feu guidés par une main invisible… Aux gens qui méconnaissent l’action de Dieu dans la nature, on voudrait dire : « Ouvrez vos yeux et regardez ! » Est-ce une aveugle nécessité qui a établi la hiérarchie des êtres et assigné à chacun son rôle dans le labeur universel ? Est-ce accidentellement que nous possédons tous les organes indispensables au fonctionnement de la vie ? que nous sommes doués de cinq sens pour saisir la réalité sous ses divers aspects, l’un qui perçoit les sons, tel autre les couleurs, et ainsi de suite ? Est-ce par hasard que le corps humain est un admirable chef-d’œuvre ? que nous avons deux yeux, et non pas dix ou un seul ? qu’ils sont fixés sous l’os frontal, à la hauteur voulue, et non derrière la tête ? qu’ils ont la faculté de se mouvoir dans leurs orbites, de se contracter ou de se dilater, de s’ouvrir et de se fermer tour à tour ? Est-ce par hasard qu’ils réfléchissent le monde extérieur devant notre âme, en envoyant au cerveau mille photographies instantanées ?

Oh ! que la « Nature, » comme dirait Buffon, a fait preuve de génie en combinant toutes choses avec un art si infini ! Et qu’elle a été bien inspirée, lorsque, tirant notre planète du chaos, elle préparait le sol que nous foulons aux pieds et où nous puisons notre subsistance ! A-t-elle prévu, dès les temps cosmogoniques, le développement inouï de l’industrie moderne ? On le croirait, à en juger par les énormes provisions de combustibles qu’elle a accumulées dans les entrailles de la terre. Qu’adviendrait-il de l’humanité civilisée, si le « pain noir » venait à lui manquer ? Mais il y a été pourvu depuis quelque cent mille ans par la longue période carbonifère, alors que tous les pays du globe étaient couverts d’immenses forêts de fougères colossales, dont les précieux débris s’emmagasinaient lentement, par couches superposées, pour nous livrer leurs trésors au moment opportun.

Les savants nous diront peut-être que sans la période carbonifère, la vie animale était impossible, sauf aux degrés inférieurs ; qu’il a fallu cette végétation surabondante pour remplacer par de l’oxygène l’acide carbonique dont l’atmosphère était saturée et pour rendre l’air respirable… Objection ? pensez-vous. Nouveau miracle ! vous dis-je. La Nature poursuivait donc une double finalité, l’une prochaine, l’autre lointaine. Dominant le cours des âges, elle voyait déjà l’échelle des êtres futurs dans toute sa hauteur, veillait aux intérêts de la vie à son aurore comme à son plein épanouissement, et rendait possible du même coup l’apparition du règne animal à ses débuts et la conservation de la société humaine au faîte du progrès. Et tout cela serait fortuit ?… N’est-ce pas le cas de répéter avec Bacon : « Il faut plus de crédulité pour être athée que pour croire en Dieu. »

Je n’oublie pas que Kant a fait ressortir l’insuffisance des preuves traditionnelles de l’existence de Dieu, et qu’au point de vue de la raison pure sa critique était justifiée. On ne « démontre » pas les vérités religieuses et morales à la façon d’un théorème. Il est dans l’ordre que l’homme soit toujours libre de nier Dieu ou le devoir. La preuve téléologique (du grec télos, but, fin), pas plus que les autres, n’a une évidence contraignante pour qui voudrait se dérober. En revanche, pour les hommes qui cherchent la vérité, non avec leur intelligence seulement, mais de toute leur âme, cette preuve-là est décisive, parce qu’elle touche à la fois le cœur et la raison, le sens esthétique et la conscience, et reçoit leur assentiment unanime.

Voilà pourquoi elle est si populaire, pourquoi les gens simples la trouvent irrésistible et ne comprennent pas qu’on puisse douter de sa valeur : c’est qu’elle parle à tout l’homme et le saisit dans sa vivante unité. Voilà aussi pourquoi elle est conforme au bon sens. Le bon sens n’est pas une aptitude spéciale, il est plutôt une résultante, une moyenne des facultés mentales bien équilibrées. Pour échapper à l’étreinte de l’argument téléologique, il faut que le jeu naturel et harmonique de ces facultés ait été faussé de quelque manière, soit par une préoccupation antireligieuse, soit par un abus de la méthode rationnelle. Aussi les Aristote et les Cicéron, dans leurs meilleures pages, font-ils usage de cet argument tout comme les prophètes hébreux et les Pères de l’Eglise. Kant lui-même, malgré sa théorie, en a confessé la haute importance pratique.

Il est vrai que, si la « finalité » est propre à confondre le matérialisme, la preuve qu’on en tire ne suffit pas à réfuter le panthéisme idéaliste, qui voit dans les phénomènes le déploiement nécessaire de l’idée. Ni Hegel ni Hartmann ne contestent l’intelligence du principe éternel des choses ; mais ils lui refusent la personnalité. Dieu serait la Logique suprême de l’univers, ou « l’âme du monde, » sans être distinct du monde. Ici encore, la seule réponse à faire est celle du bon sens, qui proteste par son veto. Comment concevoir l’intelligence parfaite sans le pouvoir de se réfléchir soi-même ? la réflexion sans la personnalité ? la science universelle sans la connaissance de soi ? Il faut être philosophe, vraiment, pour opérer ce tour de force ! Qui ne voit que prêter l’intelligence à la cause première et lui refuser la conscience, c’est littéralement faire de Dieu… un grand animal ! De telles subtilités, heureusement, ont peu de prise sur la majorité des hommes : la divine sagesse dont ils découvrent l’empreinte dans les œuvres de la nature sera toujours pour eux une garantie invincible de leur foi au Créateur.

Triste et curieux spectacle que celui des aberrations de la pensée ! On dirait que l’esprit humain est fatalement conduit à se démentir sans cesse, à osciller toujours d’un extrême à l’autre, à chanceler comme un homme ivre, tantôt à droite, tantôt à gauche, en poursuivant la vérité. Les philosophes repoussaient naguère le dogme de la création ex nihilo. Tout en admettant la cause première, ils niaient qu’elle fût capable de tirer quoi que ce soit du néant, et ils voyaient dans la matière une émanation de la substance divine, une forme inférieure, que sais-je ? une forme coagulée de l’esprit. On prétend aujourd’hui qu’il n’est plus même besoin d’une cause première pour produire le monde : le néant s’en est charge à lui tout seul ! On lui attribue une puissance et une gloire qu’on refusait jadis à Dieu lui-même. « On adore ce qu’on avait brûlé, on brûle ce qu’on avait adoré. »

Au surplus, cette conversion, si radicale à première vue, ne rappelle que trop celle du roi Clovis : le vieil homme n’a fait que changer d’habit. Où est la différence, après tout, entre ces deux systèmes qui ont l’air de s’exclure ? Leur parenté est si réelle qu’on a pu les baptiser d’un nom commun, le monisme, ou doctrine de la substance unique. Cette affinité est prouvée, soit par l’exemple de D. Strauss, le célèbre auteur de la Vie de Jésus, dont le panthéisme hégélien s’acheva dans le darwinisme, soit par celui du fameux athée Moleschott, mort en mai 1893, qui fit à peu près le même chemin à rebours : on sait que, vers la fin de sa vie, le matérialisme agressif de ce dernier savant se rapprochait beaucoup d’une sorte d’idéalisme dans le goût de Spinoza.

Le monisme ! C’est l’appellation sous laquelle le matérialisme contemporain aime à se désigner quand il endosse la livrée philosophique, et il en a bien le droit, car est-il autre chose que du panthéisme retourné et débarrassé d’une vaine idole ? Du moment que l’univers est la chaîne incommensurable des évolutions du « Grand Tout, » il est assez indifférent que la chaîne se déroule de bas en haut ou de haut en bas. Dire que le carbone et l’azote sont des effluves de l’essence divine, ou dire que la vie spirituelle, la vertu, la charité sont des effluves d’azote et de carbone, c’est parcourir la même ligne en partant de points opposés, et la thèse fondamentale demeure identique : il n’y a qu’un seul être, se diversifiant à l’infini par un mystérieux procédé de concentration et de dilatation périodiques ; le sein béant du « Père l’abîme » s’ouvre et se ferme tour à tour pour enfanter les choses et les engloutir ; l’univers est un monstre qui respire.

Jésus-Christ et Judas désagrégés ensemble.
Puis remêlés à l’ombre éternelle qui tremble.
Sans que l’atome, au fond de l’être où tout périt,
Sache s’il fut Judas ou s’il fut Jésus-Christf !

fReligions et religion, par Victor Hugo, p. 102.

A ces désolants systèmes qui n’expliquent rien et dégradent l’homme, nous préférons une philosophie qui, tenant compte de toutes les données et assignant à chacune sa valeur proportionnelle, voit dans le monde le milieu préordonné pour l’éclosion de la vie morale, l’œuvre du Dieu vivant qui a créé par amour.

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