Comme Christ

QUATORZIÈME JOUR
Un avec le Père

« Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés, afin qu'ils soient un comme nous... afin que tous soient un comme toi, ô Père, tues en moi et moi en toi; afin qu'ils soient aussi un en nous, pour que le monde croie que c'est toi qui m'as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, afin qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin qu'ils soient parfaitement un et que le monde connaisse que tu m'as envoyé et que tu les aimes comme tu m'as aimé. » Jean 17.11, 21, 22.

Quel trésor inexprimable que cette prière sacerdotale ! Nous avons là le cœur de Jésus exposant à nos regards ce que son amour souhaite pour nous. Nous avons là le ciel ouvert, nous entendons là ce que notre Intercesseur demande sans cesse pour nous, ce qu’il obtient du Père pour nous.

Dans cette prière, l'union mutuelle des croyants tient plus de place que tout le reste. C'est la principale requête de Jésus pour tous ceux qui croiront plus tard. (Vers. 20-26). Trois fois il demande qu'ils soient unis entre eux.

Le Seigneur nous dit clairement pourquoi il le désire autant : parce que c'est là pour le monde la seule preuve convaincante que le Père l'a envoyé. Malgré tout son aveuglement, le monde voit bien que l'égoïsme est une malédiction qui vient du péché ; aussi les enfants de Dieu n'avancent guère à lui parler de leur nouvelle naissance, de leur bonheur et des merveilles opérées au nom de Jésus, ou à vouloir lui prouver la vérité des Ecritures ; mais quand le monde voit une Eglise d'où l'égoïsme est banni, il y reconnaît la mission divine de Christ, car lui seul peut opérer le miracle qu'offre une communauté d'hommes s'aimant vraiment et cordialement entre eux.

Trois fois le Seigneur présente cette union comme le reflet de sa propre union avec son Père. Il savait que c'était là la perfection de la divinité : le Père et le Fils, deux personnes séparées et pourtant parfaitement unies par le Saint-Esprit. Pour ses fidèles, il ne peut rien souhaiter de plus élevé, de plus excellent, que d'être avec lui et en lui, unis entre eux, comme lui et le Père le sont.

L'intercession du Seigneur Jésus est toute-puissante. Ce qu'il demande, il le reçoit de son Père. Mais, hélas ! la grâce qui descend d'en haut ne trouve aucun accès dans les cœurs dont la porte n'est pas encore ouverte, et où il n'y a pas de place pour la recevoir. Combien de croyants n'ont pas même le désir d'être unis entre eux comme le sont le Père et le Fils ! Nous sommes si accoutumés à notre vie d'égoïsme, ou d'amour très limité, que souvent nous ne désirons pas cet amour plus parfait, et que nous l'ajournons au moment de notre réunion dans le ciel. Et pourtant c'était bien de notre vie terrestre que parlait le Seigneur lorsque deux fois il a dit : « afin que le monde sache ».

« Afin qu'ils soient un comme nous sommes un ». Il faut que l'Eglise se réveille pour comprendre et apprécier cette prière à sa juste valeur. Quelques personnes veulent voir dans cette union le lien mystique qui réunit, malgré leurs divisions extérieures, tous les croyants animés de la même vie spirituelle, mais ce n'est pas là ce qu'entend le Seigneur. Il parle de quelque chose que le monde puisse voir, de quelque chose de semblable à l'union qui existe entre Dieu le Père et Dieu le Fils. Il faut que cette vie mystique, commune à tous, se manifeste par leur amour mutuel. Ce n'est que lorsque les croyants, trop divisés en petits groupes restreints, ne se priveront plus de rapports fraternels avec tous les enfants de Dieu qui les entourent; ce n'est que lorsqu'ils verront leur plus simple devoir à s'aimer les uns les autres comme Christ nous aime et comme il est aime de son Père ; ce n'est que lorsqu'ils crieront à Dieu, demandant que le Saint-Esprit réalise en eux cette union de vie et d'amour, que l’on pourra espérer quelque changement. Le feu se communiquera alors d'une congrégation à l'autre, jusqu'à ce que tous ceux qui veulent réellement faire la volonté de Dieu, se consacrent à une vie de charité mutuelle, s'aimant entre eux de l'amour de Dieu.

Et qu'avons-nous à faire pour hâter ce jour-là ? Que chacun de ceux qui prennent au sérieux ces mots du Maître : « Afin que vous fassiez comme je vous ai fait » (Jean 13.24), se mette aussitôt à l'œuvre dans le milieu où il se trouve. Quelque faibles ou languissants, quelque pervers ou difficiles à supporter que puissent être autour de lui les membres du corps de Christ, que ses rapports avec eux soient ceux de la charité. Qu'ils le veuillent ou non, qu'il soit bien ou mal reçu par eux, n'importe, qu'il persévère, lui, à les aimer de l'amour de Christ. Oui, les aimer comme Christ les aime, tel doit être le but de sa vie ; et cet amour finira par trouver écho dans quelques cœurs, par éveiller en eux aussi le désir de plus d'union et de charité.

Mais ici quelle incapacité le croyant découvrira en lui. Il verra bientôt que ses efforts ne sauraient y suffire, qu'il ne saurait atteindre si haut sans une entière consécration de tout son être à Dieu. Il devra apprendre que, pour aimer comme Christ, il faut vivre de la vie de Christ, il devra apprendre aussi et tout de nouveau que Christ veut être, dans toute l'étendue du terme, la vie de ceux qui osent se confier en lui. Ceux qui ne peuvent pas se confier pleinement en lui ne peuvent pas non plus aimer pleinement.

Croyants, écoutez une fois de plus combien il est simple et facile de réaliser cette vie-là. Reconnaissez aussi que vous êtes incapables de le faire, même au moindre degré ; et croyez que Christ vous attend, que lui-même vous rendra capables de remplir cette vocation aussitôt que vous vous donnerez à lui sans réserve. Absolument incapables de rien faire par vos propres forces, livrez-vous entièrement au Seigneur pour qu'il « produise en vous et la volonté et l’exécution ». (Phil. 2.13). Comptez sur lui avec une foi implicite, comptez sur la puissance de son intercession pour réaliser en vous ce qu'il a demandé pour vous à son Père. Oui, comptez sur celui qui a dit au Père : « toi en moi et moi en eux, afin qu'ils soient un comme nous sommes un » ; comptez sur lui pour manifester sa vie même en vous par sa toute-puissance divine. Quand vous serez animés de sa vie, il vous sera possible d'aimer de son amour.

Amis chrétiens, l'union de Christ avec le Père est notre modèle ; comme le Père et le Fils, nous aussi, nous devons être un entre nous. Aimons-nous donc les uns les autres, servons-nous, supportons-nous, aidons-nous, vivons les uns pour les autres. Pour tout cela, notre amour est trop restreint, trop limité; mais prions Christ de nous donner son amour, afin que nous puissions aimer nos semblables. Cet amour divin répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit nous rapprochera si bien les uns des autres, qu'enfin le monde croira que le Père a envoyé Christ et que Christ nous a donné la véritable vie, le véritable amour du ciel.

Père saint, nous savons à présent quelle est la prière que te présente continuellement celui qui est « toujours vivant pour intercéder pour nous ». (Héb. 7.25). Il te demande la parfaite union de ses disciples entre eux. Père, nous aussi, nous voudrions crier à toi pour implorer cette grâce. Hélas ! que ton Eglise est divisée ! Ce ne sont pas les divisions de langage ou de pays que nous déplorons, ni même les différences de doctrine et d'enseignement ; c'est, Seigneur, le manque d'union, de cette union d'esprit et de cœur par laquelle ton Eglise pourrait convaincre le monde qu'elle est du ciel.

O Seigneur ! avec une profonde humiliation nous te confessons la froideur, l'égoïsme, la défiance et l'amertume qui se voient encore parfois parmi tes enfants. Nous te confessons combien nous manquons, chacun de nous, de cet amour fervent et habituel auquel tu nous appelles ! Oh ! pardonne-nous selon ta miséricorde !

Seigneur Dieu, viens au secours de ton Eglise. C'est en ayant un même esprit que nous pourrons reconnaître et montrer notre union en un même Dieu. Que ton Saint-Esprit agisse puissamment au milieu des croyants pour les amener à être un entre eux. Que partout où se réunissent les enfants de Dieu, ils sentent l'indispensable nécessité d'une étroite union dans l'amour de Jésus. Que mon cœur aussi soit délivré de son égoïsme et qu'il réalise dans une sincère communion avec tes enfants que tous ensemble nous sommes un comme toi, notre Père, et Jésus, ton Fils, vous êtes un. Amen

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