Demeurez en Christ

Vingt-neuvième jour

DEMEUREZ EN CHRIST
ET NON EN VOUS-MÊMES

« Ce qui est bon n'habite pas en moi, c'est à dire dans ma chair ».  Rom. 7.18

Avoir la vie en soi est la prérogative de Dieu seul, et du Fils auquel le Père l'a aussi conférée. L'honneur suprême de la créature, c'est de rechercher la vie, non en elle-même mais en Dieu. Vivre de soi et pour soi, c'est la folie et la culpabilité du pécheur. Vivre pour Dieu en Christ, telle est la bénédiction du croyant. Perdre sa propre vie, la renier, la haïr, l'abandonner, voilà le secret de la vie de la foi. « Ce n'est PLUS MOI qui vis, c'est Christ qui vit en moi » (Gal. 2.20) « Non PAS MOI, toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi » (1Co. 15.10). Voilà le témoignage de tout homme qui a découvert ce que c'est qu'abandonner sa propre vie et recevoir en échange la vie bénie de Christ en lui. Le seul chemin qui conduise vraiment à demeurer en Christ est celui sur lequel notre Seigneur a marché avant nous : le chemin de la mort.

Il en est peu qui comprennent cela dès le début de leur vie chrétienne. Dans la joie du pardon, on se sent généralement poussé à vivre pour Christ et on compte sur l'aide de Dieu pour être capable de le faire. On ignore encore qu'il existe une terrible inimitié entre la chair et Dieu et que, même dans le croyant, la chair refuse absolument de se soumettre à la loi de Dieu (Rom. 8.7). Ces chrétiens ne savent pas encore que la mort seule peut amener la vie de Dieu à se manifester en eux avec puissance — la mort dans un renoncement total à tout ce qui vient de notre nature. Mais l'amère expérience de l'échec va bientôt leur enseigner combien insuffisante est la connaissance qu'ils ont eue jusque là de la puissance salvatrice de Christ. Alors s'éveille dans le cœur le désir profond de Le connaitre davantage. Avec amour, Jésus leur montre la Croix. Il leur rappelle que c'est là, dans la foi en sa mort substitutive, qu'ils ont trouvé leur raison de vivre. Et c'est encore là qu'ils vont pénétrer dans une expérience plus profonde. Il leur demande s'ils désirent vraiment boire la coupe qu'il a dû boire, être crucifiés et mourir avec lui. Il leur enseigne qu'en Lui ils ont déjà été crucifiés et qu'ils sont morts. Qu'ils le sachent ou non, à leur conversion ils sont devenus participants de sa mort. Ce qu'il leur faut maintenant, c'est consentir avec toute leur intelligence à  ce qu'ils ont reçu autrefois sans comprendre.

Il leur faut choisir, par un acte personnel de volonté, de mourir avec Christ.

Parmi les exigences de Christ, celle-ci est d'une extrême gravité. Elle fait reculer plus d'un croyant car il a du mal à comprendre. Il s'est tellement accoutumé à une vie de continuelle défaite qu'il souhaite à peine sa délivrance et ose encore moins l'espérer. La sainteté, la parfaite conformité à Jésus, la communion incessante avec son amour sont des éléments qui ne peuvent guère être comptés comme faisant partie de sa confession de foi. Lorsqu'il n'y a pas un désir intense d'être totalement gardé du péché, d'être amené à la plus étroite communion possible avec le Sauveur, l'idée d'être crucifié avec lui ne peut trouver accès en nous. Elle n'évoque que souffrance et honte. Un tel croyant est heureux de ce que Jésus ait supporté la Croix à sa place et ait ainsi gagné pour lui la couronne qu'il espère bien porter un jour. Mais le croyant qui cherche réellement à demeurer pleinement en Christ regarde cela sous un tout autre jour. Une expérience amère lui a enseigné que le plus grand ennemi est le MOI, qu'il s'agisse de soumission totale ou de simple confiance en Dieu, tout d'abord parce qu'il refuse d'abandonner sa volonté propre, puis parce qu'il travaille véritablement à entraver l'œuvre de Dieu. Tant que la vie du moi, avec ses désirs et ses actions, n'a pas été remplacée par la vie de Christ, avec Ses désirs et Ses actions, demeurer en Christ est une chose impossible. C'est alors que se présente la question solennelle, posée par celui qui est mort sur la Croix : « Es-tu prêt à livrer ton Moi à la mort ? » Tu es déjà, toi — la personne vivante qui est née de Dieu — mort au péché et vivant pour Dieu (Rom. 6.11). Mais es-tu prêt maintenant, dans la puissance de cette mort, à offrir tes membres, à abandonner entièrement ton moi pour qu'il meure sur la Croix et qu'il y reste jusqu'à ce qu'il soit totalement détruit ? C'est une question qui sonde jusqu'au plus profond du cœur. Suis-je prêt à déclarer que le vieux moi n'aura plus jamais son mot à dire, qu'il ne lui sera plus permis d'avoir une seule pensée propre, si naturelle soit-elle, un seul sentiment personnel aussi agréable soit-il, pas un désir, pas une action, même parfaitement légitimes ?

Est-ce vraiment cela qu'il réclame ? L'artisan de notre nature, n'est-ce pas Dieu lui-même et nos possibilités naturelles ne peuvent-elles pas être sanctifiées à son service ? Certes elles peuvent et doivent l'être. Mais il faut que vous preniez conscience de ceci : la seule manière dont elles puissent être sanctifiées, c'est qu'elles soient soustraites à la puissance du moi et placées sous la puissance de la vie de Christ. Ne pensez pas que ce travail soit à votre portée parce que vous le désirez ardemment et parce que vous êtes véritablement un des rachetés du Seigneur. Non, il n'y a pas d'autre moyen de consécration, sur l'autel, que la  mort. Offrez-vous vous-même en sacrifice sur l'autel de Dieu comme un vivant revenu de la mort (Ro. 6.13 ; 12.1). Alors les talents, les dons, les biens que vous possédez et qui doivent être effectivement sanctifiés pour le Seigneur, ainsi que toutes les forces de votre nature, seront arrachés à la puissance du péché et du moi, déposés avec vous sur l'autel afin d'être consumés par le feu qui y brûle continuellement (Lev. 6.6). C'est par l'anéantissement, la mise à mort du moi, que seront libérées les merveilleuses possibilités dont Dieu vous a équipé pour le servir. Ainsi offertes à Dieu dans un abandon total, elles seront agréées, sanctifiées et utilisées par lui. Alors, bien qu'il soit inimaginable — aussi longtemps que vous demeurez dans cette chair — de pouvoir dire que le moi est mort, lorsque vous permettrez à la vie de Christ de prendre pleinement le pouvoir, le moi peut être maintenu crucifié en son lieu et soumis à la sentence de mort prononcée contre lui, de telle sorte qu'il n'aura sur vous aucun pouvoir, même pour un seul instant. Jésus Christ est devenu votre second moi (Gal. 2.20). Croyant ! veux-tu vraiment habiter pleinement en Christ ? — Alors prépare-toi à rejeter à jamais ton moi, à lui refuser le droit d'intervenir dans ta vie intérieure, même un seul instant. Si tu veux vraiment te libérer de ton moi et permettre à Jésus Christ de devenir ta propre vie profonde, d'inspirer  toutes tes pensées, tes sentiments, tes actes, tant dans les choses spirituelles que dans les choses matérielles, alors il est prêt à te prendre en charge. Il veut être ta vie au sens le plus large et le plus complet que ce mot puisse avoir. Il s'occupera des mille choses qui constituent ta vie quotidienne, même les plus insignifiantes. Pour le faire, il ne demande qu'une chose : dégage-toi de ton moi et de ta vie propre ; demeure en Christ et dans la vie de Christ, et Christ sera ta vie. La puissance de sa sainte présence chassera ton ancienne vie.

Pour y parvenir, abandonne ton moi tout de suite et pour toujours. Si tu n'as jamais osé le faire, par crainte de faillir à ton engagement, fais-le maintenant. Considérant la promesse que Christ t'a faite de remplacer ta vieille vie par la Sienne, essaie et constate, bien que le moi ne soit pas mort, que tu es réellement mort au moi. Le moi est encore fort et vigoureux mais il n'a aucun pouvoir sur toi. Toi — ta nature renouvelée, ton nouveau moi, régénéré en Jésus de mort qu'il était — tu es vraiment mort au péché et vivant pour Dieu. Ta mort en Christ t'a libéré complètement de la domination du moi. Il n'a plus de pouvoir sur toi, à moins que tu ne consentes, par ignorance, incrédulité ou manque de vigilance, à te soumettre à son autorité usurpée. Viens et accepte par la foi, simplement et de tout ton cœur, la glorieuse position que tu as en Christ. Tu es de ceux qui, en Christ, sont morts au moi, de ceux qui ont été libérés de la domination du moi et ont, en échange, reçu la vie divine pour animer et inspirer les bases mêmes de ta vie. Avance-toi donc hardiment et pose ton pied sur le cou de ton ennemi qui est aussi celui du Seigneur. Aie bon courage. Crois seulement. N'aie pas peur de franchir le pas décisif et de déclarer que tu as, une fois pour toutes, livré ce moi à la mort pour laquelle il a été crucifié en Christ (Ro. 6.6). Et compte sur Jésus, le Crucifié, pour maintenir ton moi sur la Croix et pour le remplacer par sa propre vie bénie de résurrection.

Dans cette attitude de foi, demeure en Christ. Attache-toi à lui, repose-toi sur lui, espère en lui. Renouvelle chaque jour ta consécration ; accepte chaque jour à nouveau ta position merveilleuse : la rançon a été payée pour t'arracher au tyran et faire de toi un vainqueur. Considère chaque jour avec une sainte frayeur ton ennemi, le moi, se débattant pour échapper à la croix, cherchant à t'amener à lui rendre un peu de liberté, ou à te tromper en proclamant qu'il veut maintenant s'employer à servir Christ. Rappelle-toi bien ceci : le moi est plus dangereux quand il cherche à servir Dieu que lorsqu'il refuse de lui obéir. Considère-le avec une sainte frayeur et cache-toi en Christ : en Lui seul est ta sécurité. Demeure donc en Lui. Il a promis de demeurer en toi, il t'apprendra à être humble et vigilant ; il t'apprendra à être joyeux et confiant. Tout ce qui t'intéresse dans la vie, toutes les puissances de ta nature, le courant incessant de pensées, de désirs, de sentiments qui constitue ta vie, apporte tout cela à Christ et compte sur lui pour prendre la place que le moi occupait auparavant, si simplement et si naturellement. Jésus Christ va vraiment prendre possession de toi et habiter en toi. Dans la paix, le repos, la grâce de la vie nouvelle, tu vas recevoir une joie permanente. Voilà le merveilleux échange qui t'est proposé : sortir de ton moi afin de demeurer en Christ seul.

NOTE

Marschal, dans son livre sur la sanctification, au chapitre 12 sur « La sainteté par la foi seulement », met avec beaucoup de force l'accent sur le danger que courent les chrétiens qui cherchent à réaliser la sanctification par leur effort personnel, avec l'aide de Christ, au lieu de s'attendre pour cela à Christ seul et de la recevoir de lui par la foi. Il nous rappelle qu'il y a deux natures chez le croyant, donc deux manières de chercher la sainteté, selon qu'il se laisse conduire par les principes de l'une ou de l'autre nature. L'une d'elles est la manière charnelle où nous mettons en œuvre au maximum nos efforts et notre volonté, comptant sur Christ pour nous aider à le faire. L'autre, la voie spirituelle, c'est de nous appliquer uniquement à recevoir Christ en nous jour après jour, à le laisser vivre et agir en nous pas à pas, puisque nous sommes morts et ne pouvons rien faire.

N'espérez pas purifier la chair ou l'homme naturel de ses tendances et désirs mauvais. Ne comptez pas parvenir à la sainteté par votre volonté, vos résolutions de faire au mieux tout ce qui est en votre pouvoir, tout en comptant sur la grâce de Dieu et sur Christ pour vous aider à tenir vos résolutions et à réussir dans vos tentatives. Reposez-vous plutôt sur Christ pour produire en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. Ceux qui sont convaincus de leur nature de misère et de péché pensent souvent qu'il faut d'abord dompter la chair, soumettre et déraciner ses convoitises, transformer par la lutte et la contrainte leur nature corrompue en une nature meilleure, disposée à la sainteté ; il suffirait alors qu'ils aient dans leur cœur une pleine détermination à agir au mieux de leurs capacités. Ils espèrent ainsi parvenir à mener à bien cette grande entreprise : vaincre leurs convoitises et accomplir tous leurs devoirs, même les plus difficiles. Beaucoup de théologiens déploient tout leur zèle, par leurs écrits et leurs prédications, à susciter de telles résolutions chez le peuple de Dieu. C'est leur but principal car là se situe, pour eux, le virage de la vie de péché à la vie de sainteté. Ils ne pensent pas que cela s'oppose à la vie de la foi puisqu'ils se confient à la grâce de Dieu en Christ pour aider le croyant dans ses résolutions et ses efforts. C'est pourquoi ils essaient de réformer leur ancienne condition et de devenir parfaits dans la chair, au lieu de la rejeter et de marcher en nouveauté de vie en Christ. Ils mettent leur confiance dans les choses charnelles inférieures pour atteindre la sainteté par la mise en œuvre de leur volonté propre, leurs intentions, résolutions et tentatives, au lieu de se fonder sur Christ. Ainsi ils comptent sur Christ pour les aider dans cette voie charnelle. La vraie foi leur aurait enseigné qu'ils ne sont rien et qu'ils se donnent de la peine en vain.

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