Histoire de l’Église vaudoise

Un mot à mes chers compatriotes des vallées vaudoises


Arrivé au terme de cette histoire de l’Église vaudoise, depuis son origine, et des Vaudois des vallées du Piémont, jusqu’à nos jours, je ne puis me séparer de vous, pour qui principalement j’ai écrit cet ouvrage, sans vous adresser une parole d’adieu. C’est celle d’un vieillard connu de tous vos pasteurs dont la plupart ont été ses élèves, dont plus d’un sont ses parents. Je puis vous dire aussi à tous comme Abraham à Lot : Ne sommes-nous pas frères ? Ecoutez donc ma voix.

Le coin de terre que vous habitez, sous la voûte des cieux et sous le regard du Tout-Puissant, a été de temps immémorial le berceau de notre Eglise vaudoise. Notre origine, comme chrétiens évangéliques, remonte aux premiers âges de l’Eglise chrétienne. On a cherché à flétrir par le ridicule la juste prétention qui fait notre gloire. L’erreur a voulu vous forger une fausse histoire. Comme enfant des martyrs ainsi que vous, comme descendant des plus anciens confesseurs de la vérité, j’ai cru devoir vous retracer les faits, mettre sous vos yeux les témoignages sur lesquels repose notre histoire ; je l’ai fait sans art, guidé que j’étais par l’amour de la vérité.

Descendants des Vaudois, aspirez à ressembler à vos pères. Vous avez reçu de génération en génération le glorieux héritage de la saine doctrine, transmettez-le intact à vos enfants. C’est dans vos Vallées reculées, que, dans des temps de ténèbres, l’Eternel conserva la lumière qui s’éteignait ailleurs ; gardez-la soigneusement, aujourd’hui qu’elle brille de nouveau avec éclat dans d’autres lieux, sous d’autres climats. A la foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit, joignez la preuve de votre sincérité, une vie de renoncement au péché, de dévouement entier à votre céleste Berger, au souverain Rédempteur de vos âmes. Que votre lumière luise devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans le ciel.

Mais pour cela, chers compatriotes, gardez-vous de dire avec complaisance, comme l’Eglise de Laodicée : Je suis riche, je me suis enrichi, je n’ai besoin de rien. Craignez la tiédeur et l’indifférence religieuse, car derrière ces fatales dispositions se cache la mort. La vie de l’âme, que Dieu seul donne, comme celle du corps, a besoin d’aliment ainsi que celle-ci. Donnez-lui la nourriture qui lui convient, et vous vivrez. Jésus est le pain de vie. Cherchez-le dans votre Bible, par des lectures assidues ; cherchez-le au ciel, par vos prières ; cherchez-le dans l’Eglise, qui est son corps, par la fréquentation des fidèles, des saintes assemblées, et en vous approchant avec foi et repentance de la table du Seigneur.

Maintenant, chers compatriotes, je prends congé de vous et de vos familles, en implorant sur vos personnes comme sur ce travail la bénédiction divine.

Votre frère en la foi comme en la chair,

Ant. Monastier, Pasteur.    

Lausanne, ce 13 octobre 1846.

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