Homilétique

2. L’éloquence

Il est certain que l’éloquence est une ; qu’on n’est pas éloquent dans la chaire à d’autres conditions qu’à la tribune ou au barreau ; il n’y a pas plus deux rhétoriques qu’il n’y a deux logiques ; mais la nature du discours ecclésiastique apporte des différences, ajoute des règles, qui constituent, sous le nom d’homilétique, un art particulier.

Voyons ce que la rhétorique et l’homilétique ont de commun ; nous verrons ensuite ce que l’homilétique a de spécial.

La rhétorique est le genre, l’homilétique est l’espèce.

La matière de la rhétorique correspond à l’objet de l’éloquence publique.

Qu’est-ce que l’éloquence en général ?

La Bruyère nous réponde :

C’est un don de l’âme qui nous rend maîtres du cœur et de l’esprit des autres ; qui fait que nous leur inspirons ou que nous leur persuadons tout ce qu’il nous plaît.

e – La Bruyère, Les Caractères, Chapitre I, Des ouvrages de l’esprit.

Je dirais : C’est le don de se rendre maître par le langage ; car un geste, un regard peuvent être éloquents. Il s’agit même encore d’un discours suivi, non d’un mot seulement. La Bruyère nous indique la source et l’effet de l’éloquence plutôt que sa nature ; mais il reste de sa définition quelque chose d’important : l’éloquence est un don, et un don de l’âme. [C’est le don de penser et de sentir avec les autres ce qu’ils pensent et sentent, et d’y assortir les paroles et le mouvement de son discours, de parler la pensée d’autrui. L’éloquence repose sur la sympathie. Jamais on n’est éloquent qu’à condition de parler ou d’écrire sous la dictée de ceux à qui l’on s’adresse ; ce sont les auditeurs qui nous inspirent, et si cette condition n’est pas remplie, on peut être profond et agréable, mais on ne sera pas éloquent. Pour être éloquent, il faut sentir le besoin de communiquer sa vie aux autres et comprendre intimement quelles sont les cordes qu’il faut faire vibrer en eux.]

Pascal, entrant plus avant [que La Bruyère] dans le secret de l’éloquence, dit :

L’éloquence consiste dans une correspondance qu’on tâche d’établir entre l’esprit et le cœur de ceux à qui l’on parle, d’un côté, et de l’autre, les pensées et les expressions dont on se sert ; ce qui suppose qu’on aura bien étudié le cœur de l’homme pour en savoir tous les ressorts, et pour trouver ensuite les justes proportions du discours qu’on veut y assortir. Il faut se mettre à la place de ceux qui doivent nous entendre, et faire essai sur son propre cœur du tour qu’on donne à son discours, pour voir si l’un est fait pour l’autre, et l’on peut s’assurer que l’auditeur sera comme forcé de se rendre.

Ce qui se présentait chez La Bruyère comme un don, se présente chez Pascal comme une méthode. Mais c’est à la fois un don et une méthode. Et sous l’un et l’autre point de vue, la même idée se rencontre : pénétration vive et intime de l’âme de l’auditeur par celle de l’orateur. – Nous trouvons encore un autre élément : celui de la persuasion, qui est la direction de l’âme et de la volonté dans un sens déterminé. L’éloquence, dans le sens de La Bruyère et de Pascal, est une action de la vie réelle, un effort contre une résistance, une compulsionf, on pourrait dire un drame où un seul personnage paraît, mais où il y en a deux, et qui a son nœud, ses péripéties et son dénouement. Le dénouement peut, selon les cas, être une détermination, un acte volontaire de celui à qui l’on parle ; dans d’autres, un sentiment, qui est aussi un acte, et, au point de vue de la philosophie et de la religion, l’acte par excellence.

f – Compelle intrare (Force-les à enter)

Ainsi, sans refuser le titre d’éloquent à tout langage propre à porter la lumière et la conviction dans les esprits, nous le donnons plus particulièrement à ce qui a pour but et pour effet de diriger la volonté d’un certain côté ou vers un certain acte immédiat ou éventuel.

Mais n’y aura-t-il que du subjectif, n’y aura-t-il rien d’objectif dans la notion d’éloquence ? C’est, selon Pascal et selon La Bruyère, une puissance indifférente, qui se prête au mal comme au bien, à l’erreur comme à la vérité. S’il en est ainsi, ne faut-il pas repousser bien loin et l’éloquence et la rhétorique, qui en est la théorie ou la méthode ?

J’accorde le principe, et je nie la conséquence.

Qu’il y ait une puissance de persuasion pour le mal comme il y en a une pour le bien, que cette puissance ait pour principe, dans les deux cas, le don de trouver et de faire vibrer dans le cœur certaines cordes qui y sont, cela n’est pas douteux. Si l’on ne veut pas appliquer aux deux faits le mot d’éloquence, on en est le maître ; mais qu’aura-t-on gagné ? Un mot. – Il vaut mieux, ce me semble, en reconnaissant que des hommes vicieux peuvent être éloquents, et même qu’on peut être éloquent en conseillant le mal, ajouter d’un autre côté :

  1. Que, quelle que soit la pente de l’homme au mal, le mal n’a point dans sa conscience de témoin et de représentant ; que la vérité, au contraire, en a un au fond de son âme ; qu’il la reconnaît quand elle se montre, et que si la chair est faible, l’esprit est promptg. Il en résulte que l’éloquence est plus étroitement unie à la vérité qu’à l’erreur, au bien qu’au mal. La vérité est éloquente en soi ; nous ne lui ajoutons pas l’éloquence, nous ne faisons que la dégager ; la vérité, dans quelque sens qu’on prenne ce mot, est la condition et l’étoffe même de l’éloquence. – Pour persuader le mal, il faut lui donner l’apparence du bien.

  2. Ce qui n’est pas peut-être la définition de l’éloquence en est la règle ; ou, si vous voulez, la règle de l’éloquence en sera pour nous la définition. Nous dirons que l’éloquence est une libératrice, qui vient en aide au bon principe contre le mauvais, à la vérité contre l’erreur. Ce ne sera pas encore assez : nous dirons que, quoique l’action ou la vie, que l’éloquence a toujours en vue, dérive toujours immédiatement de l’affection, et que, par conséquent, l’orateur ait en vue de créer ou de développer une affection, il ne peut le faire que conformément aux idées éternelles et divines, et que, dans ce sens seulement, l’éloquence est une puissance de liberté, et non une puissance de tyrannie.

  3. La conséquence du fait que nous avons dû avouer, c’est qu’il faut d’autant plus mettre l’éloquence au service de la vérité qu’elle est plus souvent mise au service de l’erreur, et qu’il faut défendre la vérité avec les armes de la vérité. [Ses meilleurs défenseurs dissimulent trop souvent, et cela parce que la foi à la vérité, qui seule donne le courage, est rare. C’est manquer à une cause sainte que d’employer pour la défendre des moyens en désaccord avec elle. Au fond] être éloquent, c’est être vrai ; être éloquent, ce n’est pas ajouter quelque chose à la vérité, c’est enlever l’un après l’autre les voiles qui la couvrent ; et ce rôle n’est pas négatif, car la vérité ce sont les faits. Dans ce sens, Pascal est l’orateur par excellence, parce qu’il est aussi nûment vrai que possible. Mais la vérité n’est pas seulement dans les faits, elle est aussi dans le sentiment de la vérité. S’unir à elle, être pathétique à son sujet, c’est être vrai d’une seconde manière. La vérité, dite avec amour, serait-elle moins vérité ? Non, sans doute ; mais, vérité en nous, hors de nous, elle n’est pas vérité encore.

g – Matthieu 25.41

Ces conditions de l’éloquence en général se compliquent de celles qui sont propres à un discours public, et toutes ensemble constituent l’art oratoire. Un discours oratoire est un discours prononcé devant une assemblée dans le but de lui inculquer certaines idées, de lui inspirer certains sentiments, ou de provoquer certaines résolutions, ou de faire ces trois choses à la fois. Mais la dernière est le but final ; celui par rapport auquel les deux autres ne sont que des moyens, des chemins. [L’orateur doit parler au cœur aussi bien qu’à l’esprit, puisqu’il en veut à la volonté, et que notre volonté est sous l’empire de nos affections.]

Le discours oratoire apparaît donc comme une lutte, un combat. Cette idée lui est essentielle. Tantôt l’orateur combat une erreur par une vérité, tantôt il oppose à un sentiment un autre sentiment. C’est, dans son véritable emploi, un combat livré, avec l’arme de la parole, aux erreurs de l’esprit et aux travers du cœur.

L’orateur cherche à s’emparer de notre volonté. Sa tâche est une agression opiniâtre ; notre âme est un fort qu’il assiège, mais qu’il ne prendrait jamais s’il ne s’était ménagé des intelligences dans la place ; l’éloquence n’est qu’un appel à la sympathie ; son secret consiste à démêler et à saisir dans l’âme d’autrui les parties qui correspondent à la nôtre et à toute âme ; son but est de s’emparer de la main qu’à notre insu nous lui tendons sans cesse. C’est de nous qu’elle obtient des armes contre nous ; c’est de nos concessions qu’elle se fortifie, de nos dons qu’elle se prévaut, avec notre aveu qu’elle nous accable. En d’autres termes, l’orateur invoque des principes, intellectuels et moraux, que nous tenons en commun avec lui, et il ne fait que réclamer avec instance les conclusions de ces prémisses ; il nous prouve que nous sommes d’accord avec lui, il nous fait sentir et aimer cet accord ; en un mot, comme on l’a dit avec énergie, on ne démontre aux gens que ce qu’ils croyaient déjàh.

h – Vinet, Chrestomathie française, tome III. Réflexions sur l’éloquence, à la suite du Discours de Royer-Collard sur le projet de loi relatif au sacrilège.

Il faut distinguer le discours oratoire du discours didactique, qui conclut par une idée ; et de la poésie, qui ne conclut point, et dont le but n’est pas hors d’elle, mais en elle-même. [Le discours oratoire conclut par un appel à la volonté.]

Tout ce que nous venons de dire se retrouve essentiellement dans l’homilétique, dont l’objet est de donner au prédicateur des règles et des conseils tirés du but de toute éloquence et du but spécial du discours chrétien, comme aussi des circonstances au milieu desquelles il est prononcé.

Qu’est-ce que le discours oratoire religieux, vulgairement appelé le sermon ?

Nous avons à définir une chose qui n’existe pas essentiellement hors de notre idée, qui n’est pas indépendante de l’idée que nous nous en faisons, puisque c’est notre idée même qui la fait. L’objet n’étant pas donné, dès lors la définition devient une règle ou une déclaration de principes.

Ce qui est donné, c’est le but, c’est le besoin, c’est l’objet général et immuable de la prédication et du culte. Il faut donc que notre définition ne soit ni plus large que cet objet, ni plus étroite, et qu’elle permette au prédicateur de se donner, dans les limites de la vérité chrétienne, tout l’espace que réclament la variété des lieux, des temps et des circonstances, et sa propre individualité.

D’après cela, nous définissons le sermon un discours incorporé au culte public, et destiné, concurremment ou alternativement, à conduire à la vérité chrétienne celui qui n’y croit pas encore, et à l’expliquer et l’appliquer à ceux qui l’admettent. – Les apôtres Paul et Pierre donnent la même idée de la prédication : Que l’évêque, dit le premier, soit capable tant d’exhorter suivant cette doctrine salutaire, que de convaincre ceux qui s’y opposent. (Tite 1.9) Je ne négligerai pas, dit le second, de vous faire toujours ressouvenir de ces choses, quoique vous en soyez, instruits et que vous soyez affermis dans la vérité présente. (2 Pierre 1.12)

[Nous avons distingué deux classes d’auditeurs, que nous désignerons par les noms de croyants et de non-croyants (ce dernier substitué à celui d’incrédules, trop souvent employé, et qui a un sens assez différent).] Dans laquelle de ces deux catégories doit-on ranger l’auditoire que le prédicateur trouve dans les temples ? On doit, d’après la définition, le distribuer entre les deux catégories. La fiction légale n’est pas dans ce sens. [On suppose le temple rempli de croyants réunis pour un culte commun.] Mais la réalité, l’évidence est plus forte, [et dans la constitution actuelle des choses, la supposition de l’existence des deux classes est raisonnable.] Du reste, le ministre n’a point à alterner entre ces deux classes, et à partager entre elles son discours et ses discours. Les deux buts de la prédication ne sont point séparés d’une manière si tranchée: ce qui s’adresse aux infidèles peut profiter aux croyants ; ce qui s’adresse aux croyants peut profiter aux infidèles. Quant à ceux-ci, nous disons que tout, dans la prédication chrétienne, est propre à convertir ; quant aux croyants, n’ont-ils pas, en un sens, toujours besoin d’être convertis ? [Cela n’exclut pas les sermons spéciaux ; mais cependant il n’y a pas une partie de la vérité évangélique qui ne soit propre à tous. Quoiqu’il ait été nécessaire de distinguer par différents noms les moments de la vie spirituelle, ce ne sont toujours que des moments d’une même œuvre ; oui, l’œuvre de Dieu dans la conversion, puis dans la sanctification, est continue, indivisible. Donc les sermons dits de sanctification et ceux dits d’appel conviendront aux deux classes.] Ce sont les gras pâturages, les parcs herbeux du prophète, dont l’herbe nourrit les brebis saines et guérit les brebis malades. (Ezéchiel 34.13-16) Bien souvent nous sommes mieux atteints par une prédication qui s’adresse à une classe dont nous ne sommes pas censés faire partiei. [C’est un fait d’expérience que des hommes ont été amenés à l’Évangile par des prédications qui, prenant l’auditeur sur les plus hauts sommets de la vie spirituelle, ne leur étaient point adressées, et que, d’un autre côté, des sermons de pur appel, tels qu’ils auraient pu être adressés à des païens, ont produit la plus grande componction chez des chrétiens avancés. Toute l’Écriture est divinement inspirée, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice (2 Timothée 3.16). Comment une prédication ésotérique ne pourrait-elle pas convertir ceux du dehors, quand il est prouvé que la simple contemplation de la vie chrétienne gagne beaucoup d’âmes à l’Évangile ? On est d’abord surpris, bien des choses paraissent inconcevables ; mais aussi on est frappé de la beauté des résultats, de leur unité, et l’on est conduit à en étudier plus attentivement la cause. Une prédication dans ce sens exerce un irrésistible attrait.]

i – Que l’on se rende bien compte, par exemple, de l’affectation d’inattention et d’indifférence de certaines gens dans certains moments.

On voit que le but de l’éloquence de la chaire est bien, comme celui de toute éloquence, de déterminer la volonté ; mais ce but se combine chez elle avec celui d’instruire. L’éloquence n’est que la forme, le tranchant, pour ainsi dire, de l’enseignement. Le prédicateur est un docteur sous la forme d’un orateur.

Ces deux objets se trouvent bien, si l’on veut, réunis en toute éloquence ; mais ici l’instruction est plus en saillie, existe plus pour elle-même que dans d’autres genres d’éloquence.

Je me répétais souvent, dit Reinhard, qu’après tout, le prédicateur chrétien est plus instituteur qu’orateur.

Il y a deux choses qui caractérisent les autres genres oratoires à l’exclusion de la chaire :

  1. Une circonstance particulière, un intérêt propre à un certain moment donne lieu au discours de la tribune ou du barreau.

  2. L’orateur politique ou judiciaire désigne un acte spécial comme devant être accompli à la suite et au sortir de l’assemblée ; tandis que le prédicateur ne poursuit pas un résultat immédiat et visible ; il n’aspire, en général, qu’à mettre l’âme dans une certaine disposition à l’égard de tel ou tel objet. Cet acte intérieur, ce résultat invisible lui suffît.

En principe, le prédicateur enseigne ; c’est là le fond de son œuvre ; l’exhortation, la répréhension, aiguisent son enseignement, mais c’est toujours un enseignement. L’enseignement peut être éloquent ; à plus forte raison l’exhortation, même lorsqu’elle ne se rapporte pas à un acte spécial, prochain et palpable ; mais il en résulte néanmoins des différences, qui peuvent être en apparence à l’avantage des autres genres ; on ne peut les racheter qu’en faisant plus ou moins violence à la nature du discours de la chaire. [L’orateur de la tribune ou du barreau est plus naturellement éloquent ; il a l’actualité pour lui ; son auditoire est ému, passionné d’avance, pour ou contre l’orateur, peu importe. Cela vaut mieux que l’inertie que trouve le prédicateur (plumbea moles) : il doit la soulever par des vérités abstraites. Qu’il garde cette position ; qu’il demande à la vérité, à Dieu, cette éloquence qu’il ne trouve pas dans les circonstances. Il ne faut pas qu’il se crée une position comme celle de l’avocat ou du tribun.] L’enseignement suppose un calme qu’on ne peut remplacer par la véhémence qu’en cessant d’enseigner véritablement. Il y a une éloquence calme comme il y a une éloquence véhémente ; et si nous avons parlé d’éloquence en première ligne, nous avons entendu par là, non un certain moyen, mais l’ensemble des moyens qui sont propres à porter la lumière dans l’esprit et la décision dans l’âme. – [Ce n’est pas à dire que la prédication ne doive pas être vive et pressante. Impossible que l’on ne songe que bien des âmes entendent peut-être pour la première et pour la dernière fois le message de paix. Mais cette pensée ne doit pas faire négliger l’instruction. – Notre marche d’explication est lente, et on est quelquefois tenté d’abréger et de prêcher aux nerfs des auditeurs. Dieu, au contraire, commande de prêcher aux âmes, aux consciences. Ne brusquons pas les résultats, ne soyons pas plus pressés que Dieu, qui seul a le secret des temps. Rien n’empêche d’instruire à la fois avec calme et avec une instance charitable.]

De plus, l’orateur de la chaire a le choix, et dans un certain sens l’invention de ses sujets. Rarement les circonstances se chargent pour lui de ce choix. Son ministère est bien, en général, une affaire ; mais chacune de ses prédications n’est pas une affaire.

Outre que l’enseignement domine dans l’éloquence de la chaire, disons que le prédicateur a pour base de son éloquence un document. Nous l’avons dit, il parle la parole de Dieu. Tour à tour il va vers ce document et il en part. Il est tour à tour avocat et magistrat : avocat, lorsqu’il plaide auprès des consciences pour l’adoption du document ; magistrat, lorsqu’il réclame l’obéissance de l’homme au document adopté. – L’orateur du barreau a sans doute un document, la loi ; mais il ne plaide pas, comme le prédicateur, en faveur de la loi ; et, dans l’application, il est bien loin des développements qui sont ouverts au prédicateur.

Enfin, si l’acte oratoire est toujours un combat, le combat, dans la prédication, est livré à une idée, non à un adversaire personnel ; en sorte que ce genre, seul entre tous, ne présente jamais le spectacle d’une discussion. Il y en a une pourtant : mais le même orateur se charge, pour ainsi dire, de deux rôles, dont un seul est le sien ; il reproduit, pour les réfuter, les arguments de la partie adverse, qui est l’homme irrégénéré. – Chaque auditeur, plus ou moins, renferme en soi les deux parties contendantes.

Ajoutons qu’une grande partie de la tâche consiste à conquérir le terrain du combat. Le prédicateur est un avocat qui plaide la cause de Dieu devant un tribunal de juges corrompus, qu’il s’agit d’abord de rendre intègres.

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