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Souveraineté et salut

« Vous tous les bouts de la terre, regardez à moi, et soyez sauvés ; car je suis le Dieu fort et il n’y en a point d’autre. »

(Esaïe 45.22)

Il y a six ans qu’en ce même jour et presque à cette même heure, en proie à la plus grande amertume et captif encore dans les liens de l’iniquité, je commençais déjà à sentir, par l’effet de la grâce divine, toute la misère et toute l’horreur de ma position, et à pousser des cris de détresse pour maudire ce douloureux et intolérable esclavage. Cherchant du repos, mais ne pouvant en trouver, j’entrai dans la maison de Dieu, et là je m’assis sur un banc, n’osant pas même lever les yeux, de crainte d’être aussitôt consumé par le juste et redoutable courroux du Tout-Puissant. Le pasteur monta en chaire et lut cette parole : « Vous tous les bouts de la terre, regardez à moi, et soyez sauvés ; car je suis le Dieu fort et il n’y en a point d’autre. » Aussitôt je levai les yeux ; la foi me fut donnée en ce moment même, et aujourd’hui je crois pouvoir dire avec vérité :

Par la foi j’ai vu depuis lors
Le fleuve de vie découlant de ses blessures ;
Depuis lors j’ai chanté l’amour de mon Rédempteur
Et veux le chanter jusqu’à mon dernier soupir.

Jamais, non jamais, aussi longtemps que j’aurai la faculté de me souvenir, ce jour ne s’effacera de ma mémoire. Chaque fois que cette heure bénie se représente à ma pensée, je ne puis m’empêcher de redire les paroles de ce texte qui m’a fait connaître pour la première fois mon Seigneur. Quelle étrange bonté ! quelle grâce merveilleusement surprenante et miséricordieuse que celle par laquelle Il a voulu que le même homme, frappé à salut par ces paroles il y a si peu d’années, se trouve aujourd’hui dans cette chaire et vous les annonce avec l’humble mais ferme espérance que quelque pauvre pécheur recueillera dans son cœur la glorieuse nouvelle du salut, et échangera en ce même jour les ténèbres de sa vie passée contre la lumière de la foi, le royaume de Satan contre le royaume de Dieu !

S’il était au pouvoir de la pensée humaine de concevoir un temps antérieur au temps lui-même, un temps où Dieu existait seul, avant la naissance d’aucune créature, nous posséderions alors la plus grandiose et la plus sublime conception de la Divinité. Il a été en effet un temps où le soleil n’avait pas encore commencé sa course et où ses rayons n’avaient point encore traversé les espaces, ni réchauffé et réjoui la terre ; il a été un temps où les astres ne scintillaient point dans le firmament et où l’océan d’azur dans lequel ils flottent n’existait pas non plus. Il a été un temps, dis-je, où tout ce que nous voyons de l’immense univers était encore à naître et gisait à l’état de simple pensée dans les mystérieuses et insondables profondeurs de la Pensée éternelle. Néanmoins, Dieu existait déjà, et Il était déjà le Dieu béni sur toutes choses éternellement. Quoique les légions séraphiques ne fissent pas encore retentir les cieux de leurs hymnes ; quoique les chérubins ne déployassent pas encore leurs brillantes ailes pour voler et accomplir ses suprêmes volontés ; quoique ce Monarque éternel n’eût point encore de cour, néanmoins Il était, déjà alors, assis sur son trône — ce Dieu tout-puissant et éternellement digne de toute adoration, — ce trois fois Saint, Roi des rois ! Enveloppé en silence dans sa gloire ineffable, au sein de l’immensité, faisant des placides nuées sa tente, Il remplissait déjà l’infini de la splendeur de sa face et de l’intarissable éclat de sa majesté divine.

Dieu a été, Dieu est ; Il est Dieu d’éternité en éternité, et Il existait déjà avant l’origine des mondes. S’il est venu enfin un moment où ce Dieu a condescendu à appeler ses créatures à la vie, ne sentez-vous pas combien ces créatures doivent être infiniment au-dessous de leur Auteur ? Si vous êtes potier et si d’un morceau d’argile vous formez sur votre roue un vase quelconque, ce vase pourra-t-il s’enorgueillir au point de contester avec vous comme avec son égal ? A quelle distance au-dessous de vous ne sera-t-il pas au contraire, puisque vous êtes en quelque manière son créateur ! Et quand l’Éternel, le Tout-Puissant a formé ses créatures, n’était-ce pas de leur part le comble de l’impudence que de se comparer à Lui, même de loin ? C’est là pourtant ce qu’a tenté de faire ce roi des traîtres, ce grand chef des rebelles, Satan ! Il a essayé de poser son pied sacrilège sur les marches du trône du Souverain, et aussitôt, précipité de ces hauteurs trop sublimes pour lui, il s’est trouvé plongé dans les enfers, sans pouvoir même, dans ces lugubres profondeurs, échapper à la vengeance d’un Dieu justement courroucé. Il sait bien, lui, que l’Éternel est Dieu et que Lui seul est Dieu !

Peu après la création de ce monde, l’homme a voulu imiter Satan. La créature d’un jour, cet insecte de l’univers, a voulu s’égaler au Seigneur ! Aussi, le but souverain de Jéhovah a-t-il été, depuis lors, d’enseigner à l’homme que l’Éternel seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre. Depuis lors, en effet, telle a été la grande leçon enseignée aux créatures terrestres par le Créateur, et c’est pour cela qu’Il n’a cessé de combler les vallées, d’aplanir les coteaux, d’humilier toute pensée présomptueuse et de confondre tout regard orgueilleux.

Notre devoir est donc de montrer ici comment Dieu a enseigné aux hommes cette importante vérité, à savoir : qu’ « Il est le Dieu fort et qu’il n’y en a point d’autre ; » et, en second lieu, la manière particulière par laquelle Il l’enseigne en ce qui concerne le salut : « Regardez à moi, vous tous les bouts de la terre, et soyez sauvés, car je suis le Dieu fort et il n’y en a point d’autre. »

I

Et d’abord, comment Dieu a-t-Il enseigné cette leçon aux hommes ?

En la leur enseignant, avant tout, à l’égard des faux dieux et de leurs adorateurs. — L’homme, en effet, dans sa dépravation et son péché, s’est fait des dieux de bois et de pierre, puis s’est prosterné pour les adorer. Il a choisi le tronc d’arbre et il l’a façonné à l’image de l’homme mortel, ou à celle d’un poisson de la mer ou d’un reptile de la terre ; puis il a courbé son front et prostitué son âme devant ce travail de ses propres mains, lui donnant le titre de dieu, quoiqu’il n’eût ni des yeux pour voir, ni des mains pour saisir, ni des oreilles pour entendre.

Considérez maintenant dans quel mépris l’Éternel a enseveli toutes les divinités de l’ancien paganisme ! Où sont-elles aujourd’hui ? Leurs noms même ne sont-ils pas presque tous oubliés ? Où sont-elles ces idoles sans nombre devant lesquelles s’inclinaient les innombrables multitudes qui habitaient Ninive ? Allez le demander à la vermoulure et à la pourriture qui les ont dévorées, ou bien allez les chercher sous ces gigantesques amas de ruines où elles sont ensevelies, ou bien encore venez en voir les restes mutilés dans nos musées, où on les livre aux regards des curieux et des savants et où vous sourirez de pitié en pensant que jadis des hommes ont pu adorer de si hideuses figures. — Et les dieux de la Perse, où sont-ils ? Voici : le feu de leurs autels est à jamais éteint et les adorateurs du feu ont disparu de la face de la terre. — Et les dieux de la Grèce, où sont-ils ? Où sont ces belles et gracieuses divinités toutes pleines de la plus charmante poésie et qui inspirèrent les plus célèbres épopées ? où sont-elles ? Elles ont passé ! on n’en parle plus que comme d’un souvenir des temps anciens. Jupiter ? qui songe aujourd’hui à se prosterner devant lui, ou qui songe à adorer Saturne ? Ils ont fait leur temps et on les a oubliés. — Et les dieux de l’antique Rome, où sont-ils ? Le temple de Janus s’ouvre-t-il et se ferme-t-il encore ? Les vestales entretiennent-elles pieusement quelque part leur feu sacré ? Connaissez-vous quelqu’un qui veuille encore adorer ces déesses ? Non ! elles ont été culbutées du haut de leur trône.

Savez-vous aussi ce que sont devenus les dieux vénérés autrefois dans les îles de la mer du Sud — véritables démons — devant lesquels de misérables créatures humaines se prosternaient il n’y a pas longtemps ? Ils sont presque entièrement oubliés. — Demandez aux habitants de la Chine et de la Polynésie de vous indiquer ce que sont devenus les dieux devant lesquels ils s’inclinaient. Demandez ! demandez !… et seuls les échos lointains répondront : Demandez ! demandez ! Ils ont été arrachés de leurs temples et mis en pièces. Le piédestal de leur statue a été renversé ; leur chariot a été brisé ; leur sceptre est tombé de leur main, et leur gloire n’est plus. L’Éternel a remporté la victoire sur les fausses divinités et a démontré à leurs adorateurs que Lui seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre.

Reste-t-il sur la terre des faux-dieux ou des idoles devant lesquelles les nations se prosternent de nos jours ?… Attendez quelque temps, et vous les verrez tomber à leur tour. La cruelle idole de Jaggernaut, dont le char écrase encore les stupides Indous qui se couchent sous ses roues, sera bientôt l’objet de l’universel mépris. Bientôt les plus célèbres divinités de l’Orient moderne, Budha, Brahma et Vischnou, tomberont à terre, seront foulées aux pieds et traînées dans la fange des rues ; car l’Éternel veut enseigner aux hommes cette solennelle vérité que Lui seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre.

Observez maintenant comment l’Éternel a su enseigner cette même vérité aux nations. De puissants empires se sont formés sur la terre et ont été comme les dieux de leur époque. Leurs rois et leurs princes se sont arrogé des titres divins, et les multitudes se sont prosternées devant eux. Mais demandez aux empires s’il est d’autres dieux que l’Éternel. Il me semble entendre ici les orgueilleuses paroles de Babylone : « Je suis reine ; je ne suis pas veuve. Je n’aurai point de détresse. Je suis dieu et il n’en est point d’autre que moi. » — Allez, promenez-vous parmi les ruines de la grande cité, et, au milieu de ses innombrables débris, vous verrez se dresser l’esprit prophétique de l’Écriture Sainte — vieux prophète aux cheveux blancs — répétant d’une voix solennelle ces paroles : « L’Éternel seul est Dieu et il y n’y en a point d’autre. » — Allez auprès de Babylone, gravissez les monticules de sable qui recouvrent ses cendres ; allez auprès de Ninive, et du haut de ses monceaux de ruines vous entendrez la même voix disant : « Il n’y a qu’un Dieu, et devant Lui les empires se prosternent ; il n’y a qu’un seul Potentat suprême, et devant Lui les rois et les princes de la terre, avec toutes leurs dynasties et leurs trônes, s’inclinent et rentrent dans la poudre au seul bruit de ses pas. » — Allez vous asseoir dans les temples de l’ancienne Grèce. Vous souvenez-vous des orgueilleuses paroles qu’Alexandre prononçait autrefois ? Où est-il aujourd’hui et où est son empire ? Asseyez-vous sur les arches rompues de l’ancien pont de Carthage, ou bien promenez vos pas dans les théâtres déserts de la vieille Rome, et la brise, en se jouant autour de ces murailles désolées et couvertes de lierre, vous apportera le son de ces paroles : « Je suis Dieu et il n’y en a point d’autre que moi. — O puissante cité ! tu te disais éternelle ; voici, je t’ai fait fondre comme on fond la cire ; tu as passé comme la rosée au matin. Tu avais dit : « Je suis assise sur sept collines et je vivrai à jamais ; » voici, je t’ai broyée et réduite en poussière, et tu n’es plus que l’ombre de ce que tu étais. Au commencement, tu étais bâtie en pierre ; plus tard tu t’étais rebâtie en marbre ; voici, je t’ai réduite en poudre et t’ai humiliée jusqu’à terre. Oh ! avec quelle terrible éloquence l’Éternel a enseigné aux monarchies et aux empires qui essayaient d’usurper sa puissance et sa gloire, que Lui seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre !

Disons aussi comment Dieu a enseigné cette leçon aux monarques. Plus leur fol orgueil était grand, plus la leçon a été dure. Prenez, par exemple, Nébuchadnetzar. Le voici, la tête ceinte de son diadème et recouvert de sa royale pourpre ; il se promène au milieu des palais de Babylone et s’écrie : « N’est-ce pas ici cette grande Babylone que j’ai bâtie ? » Voyez maintenant, dans ces champs, cette bête qui broute : c’est un homme que vous voyez là ! — Un homme, dites-vous ? Mais ses cheveux sont devenus comme le poil d’un ours et ses ongles sont semblables aux serres d’un vautour ; il marche à quatre pattes et se repaît de l’herbe des champs, comme un bœuf ! Les hommes en ont peur et le pourchassent… — Hé bien ! oui, c’est là ce monarque qui disait : « N’est-ce pas ici cette grande Babylone que j’ai bâtie ? » Mais bientôt il va être rendu à lui-même et il rentrera dans son palais de Babylone, afin d’y louer, d’y exalter, « d’y glorifier le Roi des cieux, qui peut abaisser ceux qui marchent avec orgueil. »

Prenez un autre monarque, Hérode. Il est assis dans toute sa gloire, au milieu de son peuple, et il parle. Entendez-vous le cri impie que mille voix répètent : « Voix d’un dieu, et non d’un homme ! » Le monarque insensé ne donne pas gloire à Dieu. Il affecte l’attitude d’un dieu ; on dirait qu’il va ébranler les cieux et la terre, tant il croit déjà à sa divinité ! Mais voici un ver qui pénètre dans son corps, puis un autre, puis d’autres encore, et avant la fin du jour ces vers rongent déjà le monarque tout vivant. — Pauvre roi ! tu te croyais un dieu, et les vers rongent tes chairs ! Tu te croyais plus qu’un homme, et qu’es-tu maintenant ? moins qu’un homme, un cadavre vivant que les vers dévorent. Voilà comment Dieu humilie les orgueilleux et comment Il abaisse les puissants !

Nous pourrions citer d’autres exemples tirés de l’histoire moderne ; mais à elle seule la mort d’un roi ne suffit-elle pas pour enseigner cette leçon à tout homme qui veut la comprendre ? Chaque fois qu’un roi vient à mourir et qu’en grande pompe on confie sa dépouille au silence du tombeau, ce spectacle nous enseigne que l’Éternel seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre. Chaque fois que nous entendons parler de révolutions, d’empires ébranlés ; chaque fois que nous voyons chanceler d’anciennes dynasties, et que des rois déjà couverts de cheveux gris sont chassés de leur trône, on semble voir l’Éternel posant son pied sur la terre et prononçant avec un geste menaçant ces paroles : « Entendez-le, habitants de la terre ! vous n’êtes que comme des sauterelles, et c’est moi seul qui suis Dieu et il n’y en a point d’autre. »

Enfin, cette solennelle leçon est enseignée aussi et d’une façon éclatante aux sages de la terre, car si la pompe, la grandeur et la puissance ont usurpé la place de Dieu, la prétendue sagesse cherche aussi à la lui ravir. La sagesse humaine a toujours été l’un des ennemis de Dieu les plus acharnés ; elle ne veut pas le voir. « Se disant sages, ils sont devenus fous. Hé bien ! en lisant l’histoire, n’avez-vous pas été frappés de la manière dont Dieu confond l’orgueil du savoir ? Dans les temps antiques, il avait donné au monde des esprits d’une rare puissance, qui ont enfanté des systèmes de philosophie qu’ils pensaient devoir durer éternellement. Leurs élèves les croyaient infaillibles et ont transcrit leurs précieuses paroles sur de forts parchemins, en ajoutant cette prédiction : « Ce livre vivra perpétuellement ; d’âge en âge les générations se le transmettront et le lègueront au dernier des hommes, comme le résumé de la véritable sagesse. » — « Dans moins de cent ans », a répondu l’Éternel, « la folie de ton livre sera reconnue de tous. Et voilà pourquoi les mémorables et profondes paroles de Socrate et toute la sagesse de Solon sont oubliées aujourd’hui. Si de tels hommes pouvaient encore parler, un simple enfant de nos écoles rirait de voir qu’il en sait plus qu’eux en fait de philosophie.

Mais, au lieu de comprendre le sens de cette leçon, l’homme n’a pas plus tôt découvert le défaut d’un système qu’il s’engoue pour un autre. Si Aristote ne suffit pas, il se tourne vers Bacon, en se disant : « Je finirai enfin par tout savoir. Il se remet donc à l’œuvre et se berce de l’espoir que cette philosophie nouvelle sera éternelle. Il commence à reconstruire l’édifice de sa pensée avec entrain, convaincu que chacune de ces vérités qu’il admire est une vérité immortelle. Mais, hélas ! un nouveau siècle arrive, et tout cet échafaudage se trouve être de paille, de bois ou de chaume ; une autre secte philosophique paraît, qui réfute la précédente. De nos jours encore, nous avons nos grands penseurs, nos esprits-forts, qui croient posséder la vérité immuable ; mais dans quelque cinquante années d’ici, que dis-je ! avant même que mes cheveux se soient argentés par les ans, le dernier champion de cette docte phalange aura disparu, et l’on regardera même comme un insensé quiconque aura jamais trempé dans ses doctrines. Les systèmes des incrédules se succèdent et s’en vont comme les gouttelettes de rosée au lever du soleil, car l’Éternel a dit : « Je suis Dieu et il n’y en a point d’autre. Cette Bible est une meule qui broie toutes les philosophies ; elle est la catapulte qui démolit les plus magnifiques systèmes ; elle est cette pierre avec laquelle une simple femme pourra toujours écraser un Abimélec. O Église de Dieu, ne crains rien ! Tu feras des choses merveilleuses, tu confondras la sagesse des sages et tu sauras que l’Éternel seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre.

Mais, vraiment, dira quelqu’un, l’Église de Dieu n’a pas besoin qu’on lui enseigne cette grande vérité ! — Oui, répondrons-nous, oui, elle en a besoin, car les êtres que Dieu a rendus les objets particuliers de son amour sont les plus enclins de tous à oublier ce principe fondamental de toute vérité, à savoir : que l’Éternel est Dieu et qu’il n’en est aucun autre. L’église de Canaan l’avait bien oublié, alors qu’elle se livrait à l’adoration des faux-dieux et s’attirait les plus rudes châtiments. Les enfants d’Israël l’avaient bien oublié, alors que, pour les en punir, Dieu les fit emmener captifs en Babylonie. Et, à l’instar des Juifs de Canaan et des Juifs de Babylone, nous l’oublions aussi, nous qui vivons en ces derniers temps. Nous aussi, nous perdons souvent de vue que l’Éternel est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre. Le chrétien qui m’entend ne sait-il pas en ce moment de quoi je veux parler ? ne l’a-t-il jamais oublié lui-même ? A une certaine époque de sa vie, il a été prospère ; un vent propice et caressant a poussé sa nacelle vers l’objet de ses désirs, et il s’est dit en lui-même : « Maintenant me voilà en paix ; je possède le bonheur. Ce que je désirais depuis si longtemps, ce que je poursuivais avec tant d’ardeur m’appartient enfin, et je puis dire à mon âme : Mon âme repose-toi, mange, bois et te réjouis ; je suis pleinement satisfait de ce que j’ai obtenu ; faisons-en nos dieux et adorons-les à notre aise. » Et n’avons-nous pas vu alors la main du Tout-Puissant nous arracher la coupe, répandre toutes les douceurs qu’elle contenait et nous la rendre ensuite pleine de fiel ? Ne l’avons-nous pas entendu nous dire alors : « Bois, bois ! Tu croyais trouver un dieu sur la terre : bois cette coupe jusqu’à la lie et savoures-en toute l’amertume ! » Nous l’avons vidée cette coupe, et nous l’avons trouvé bien amère ; aussi nous sommes-nous écriés : « Assez, assez, Seigneur ! Je comprends maintenant que tu es Dieu et qu’il n’y en a point d’autre. »

Que de fois aussi nous avons fait des projets pour l’avenir, sans demander la permission de Dieu. Nous avons agi souvent comme les insensés dont parle Saint Jacques, qui disaient : « Nous ferons telle et telle chose demain ; nous achèterons, nous vendrons et nous ferons bon profit », tandis qu’ils ne savaient pas ce que le lendemain leur réservait ; car, avant qu’il se fût seulement levé sur eux, ils étaient déjà incapables d’acheter ou de vendre ; la mort les avait atteints, et quelques pieds de terre avaient suffi pour cacher leur dépouille. Tous les jours, par la maladie, par l’affliction, par la tristesse, par les chutes, par les temps de sécheresse spirituelle, par la disparition des joies de sa communion, Dieu nous enseigne qu’Il est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre. Et n’oublions pas qu’il est tel serviteur de Dieu, appelé à opérer de grandes choses, qui n’en doit apprendre que d’autant plus durement cette précieuse vérité. Qu’un homme soit appelé, par exemple, à prêcher l’Évangile ; qu’il le prêche avec succès, que Dieu le seconde ; que des milliers viennent s’assembler autour de lui et se suspendre à ses lèvres ; aussi certainement que cet homme est homme, il aura la tentation de s’élever outre mesure, de compter trop sur lui-même et d’autant moins sur Dieu. Que ceux qui en ont fait l’expérience disent si cela est vrai, oui ou non. Ils sont obligés de me répondre : « C’est vrai ! ce n’est que trop vrai ! »

Si Dieu nous confie une mission particulière, nous ne manquons jamais de détourner à notre profit une partie de cet honneur et de cette gloire. Aussi, n’avez-vous pas observé en lisant la vie des chrétiens éminents de quelle manière Dieu leur enseigne qu’Il est seul Dieu et qu’il n’y en a point d’autre ? Le bienheureux Paul de Tarse, qui avait reçu tant de révélations d’En-Haut, aurait pu se croire presque une divinité et s’enfler outre mesure, si Dieu, comme il le dit lui-même, ne lui avait mis une écharde dans la chair. Cette écharde était là pour lui rappeler qu’il n’était pas un Dieu, car un dieu ne saurait avoir d’écharde en sa chair. Dans certains cas, le Seigneur enseigne cette vérité à ses ministres en leur refusant son secours dans des circonstances particulières. Nous montons en chaire en nous disant : « Oh ! que je voudrais avoir aujourd’hui une bonne journée ! Nous commençons notre œuvre ; nous avons prié auparavant avec tout autant d’instance et de persévérance qu’en d’autres temps ; malgré cela, nous voilà tout aussi misérables qu’un cheval aveugle qui fait tourner la meule d’un moulin et semblables à Samson devant Delilah. A notre grande surprise, nous ne réussissons qu’à nous battre les flancs, frappant, mais à l’aventure, et ne remportant point la victoire. Ces humiliantes expériences nous démontrent que l’Éternel seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre.

Dans d’autres cas, le Seigneur enseigne cette vérité à ses ministres en leur laissant voir la corruption naturelle de leur nature. Dans de semblables moments, le ministre de Dieu parvient à avoir une révélation si claire et si humiliante du vrai fond de son cœur, qu’il se sent entièrement indigne de gravir les degrés de sa chaire pour prêcher aux autres, et qu’il aimerait bien mieux s’asseoir sur un banc pour écouter et se frapper la poitrine. Quoique les précieuses promesses de notre Dieu fassent toujours palpiter notre cœur de joie, il nous est cependant arrivé plus d’une fois de chanceler sur les degrés de notre chaire, à la pensée que le plus grand des pécheurs ne devrait pas prendre la parole pour exhorter ses frères. Ah ! bien-aimés, je ne pense pas que le prédicateur qui n’est pas descendu ainsi dans les plus sombres profondeurs de son cœur et qui ne s’est jamais écrié : « C’est par grâce que la tâche d’annoncer aux âmes les insondables richesses de Christ m’a été confiée, à moi qui suis le moindre des saints ! — je ne crois pas, dis-je, que ce prédicateur produise jamais d’heureux résultats, quelle que puisse être d’ailleurs son éloquence.

Au reste, Dieu se sert encore à l’égard de ses ministres d’un autre moyen non moins efficace. S’Il ne les travaille pas directement par son Esprit, Il leur suscite une nuée d’ennemis, afin de montrer qu’Il est seul Dieu et qu’il n’y en a point d’autre. Ceci me rappelle une belle hymne du célèbre Whitefield, qui montre à quel point il mettait toute sa confiance en Dieu seul. On peut bien dire que Dieu était en lui ! Et, en vérité, quel homme pourrait se résigner à devenir le point de mire des calomnies de la foule, à travailler péniblement chaque jour sans jamais voir de fruits de son labeur, à se présenter chaque dimanche en chaire pour annoncer l’Évangile, et à être sans cesse l’objet de la médisance et de la malignité des autres hommes, si la grâce de Dieu ne le soutenait ? Quant à moi, je puis bien dire que, n’était l’amour de Christ qui me presse, cette heure serait la dernière de mon ministère, tant est grande la charge que je porte ! Mais une impitoyable nécessité nous pousse ; que dis-je ! malheur à nous si nous ne prêchons l’Évangile ! Or, les contradictions par lesquelles le Seigneur laisse passer parfois ses serviteurs, leur apprennent à voir d’une manière évidente que l’Éternel seul est Dieu et qu’il n’en est aucun autre. Si tous applaudissaient, si tous étaient heureux de nous entendre, nous nous croirions bientôt des dieux, tandis que lorsqu’on nous siffle et nous hue nous tournons les yeux vers le Seigneur et nous nous écrions :

Si l’on me couvre de honte,
Si l’on m’accable de reproches
A cause de ton Saint Nom,
Je bénirai mon opprobre,
Pourvu que tu te souviennes de moi.

II

Ceci nous amène à la seconde partie de notre discours. Le salut est la plus grande de toutes les œuvres de Dieu ; aussi est-ce là surtout qu’Il nous enseigne cette vérité si importante que l’Éternel seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre. Notre texte nous dit de quelle manière Il nous l’enseigne ; il est dit : « Regardez A Moi, vous tous les bouts de la terre, et soyez sauvés. » Dieu nous montre ici qu’Il est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre, de trois manières :

  1. par la personne sur laquelle Il dirige nos regards : regardez à moi ;
  2. par le moyen qu’Il nous indique pour trouver grâce : regardez — le simple regard ! —
  3. par les personnes qu’Il invite à regarder à Lui : vous tous les bouts de la terre.

1° En premier lieu, vers qui devons-nous regarder pour obtenir le salut ?

Combien la réponse à cette question est humiliante pour l’orgueil humain : « Regardez à moi, vous tous les bouts de la terre, et soyez sauvés ! » Il n’est pas dit : Regardez aux ministres de la religion, et soyez sauvés ; car alors il y aurait d’autres dieux que l’Éternel, et après ceux-là il y en aurait d’autres encore. Il n’est pas dit : Regarde à toi-même ; car alors la gloire du salut serait à partager entre Dieu et ses créatures. Mais il est dit : « Regardez à moi. »

Ne vous arrive-t-il pas souvent de regarder à vous-même, vous qui venez à Christ ? — Ah ! dites-vous, je ne me repens pas assez ! Voilà, vous regardez à vous-même. — Ah ! dites-vous encore, je n’ai pas assez de foi ! — Voilà, vous regardez à vous-même. — Ah ! dites-vous aussi, je suis trop indigne ! — Tout cela s’appelle regarder à soi-même. — Je ne sais, dit un autre, découvrir en moi aucune justice ! — Que vous ne trouviez aucune justice en vous, c’est très naturel ; mais ce qui est mal, c’est que vous vous obstiniez à l’y chercher. « Regardez à moi », dit l’Éternel. Dieu veut que vous détourniez vos yeux de vous-même et que vous les fixiez sur Lui. Or, ce qu’il y a de plus difficile au monde, c’est d’amener un pécheur à détourner ses yeux de lui-même. Aussi longtemps qu’il vivra, il éprouvera toujours une singulière inclination à tourner ses regards en dedans pour se considérer lui-même, tandis que le Seigneur lui dit : Regarde à moi !

J’entends une voix qui s’échappe du jardin de Gethsémané, où la sueur sanglante de Jésus distille le pardon ; — j’entends une voix qui descend de la croix du Calvaire, où les mains de Jésus, cruellement meurtries, laissent échapper la miséricorde, et cette voix nous crie : « Regardez à moi, vous tous les bouts de la terre, et soyez sauvés ! » Du haut de la colline de funèbre mémoire, où retentirent jadis ces paroles : « Tout est accompli ! » les échos m’apportent encore le son lointain de ces autres paroles : « Regardez et soyez sauvés ! » Mais des profondeurs de notre âme s’élève une autre voix, voix perverse et menteuse, qui répond : « Non, non ! regarde plutôt à toi-même ! — Oui ! mon cher auditeur, oui ! regardez à vous-même, et vous serez damné ! Regardez à vous-même, et telle sera très certainement votre fin dernière !… Ah ! aussi longtemps que vous regarderez à vous-même, je désespérerai de votre salut. Ce qui peut vous sauver, ce n’est certes pas la contemplation de ce que vous êtes, mais bien, mais uniquement la contemplation de ce que Dieu est et de ce qu’est le Sauveur. Et pour cela, il faut que vous cessiez de vous contempler vous-même et que vous contempliez le Seigneur.

Dans quelle profonde erreur se trouvent la plupart des hommes à l’égard de l’Évangile ! Ils croient que la justice est ce qui nous rend aptes à venir à Christ, tandis que c’est précisément ce qui nous en éloigne. La seule qualification pour venir à Jésus, c’est le péché. Un vieil auteur disait : « La justice m’empêche d’aller au Sauveur, et cependant ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Lorsque je sens mon péché, c’est alors que je viens à Lui, et, une fois à ses pieds, plus je me sens pécheur, plus j’ai de raisons de compter sur sa miséricorde. » — Ecoutez ce que disait David (et cette parole est bien digne de remarque !) : « Aie pitié de moi, car mon iniquité est grande ! » Mais, ô roi prophète ! pourquoi ne disais-tu au contraire : Car mon iniquité est petite ? Ah ! c’est parce que David savait que plus ses péchés étaient considérables, plus il avait de raisons de demander son pardon. — Plus un homme se sent vil et condamné, plus je m’empresse de le pousser vers Christ. Comme ses ministres, ce que nous recherchons avant tout, c’est le sentiment du péché. C’est à des pécheurs que nous prêchons, et si nous rencontrons un homme qui se donne à lui-même le titre de pécheur, aussitôt nous lui répondons : Regarde à Jésus et sois sauvé ! Le Seigneur ne te demande absolument qu’un regard, et ce regard, Il te le donnera Lui-même. Si tu regardes à toi-même, tu es perdu pour l’éternité ; car dans ce cas, ô homme ! tu es un mécréant et un misérable, rempli de souillures et recouvert d’hypocrisie et d’orgueil. La hideuse corruption de ton cœur se répand autour de toi comme une odeur nauséabonde qui corrompt ce qui t’entoure. Or çà, viens ici, malheureux ! Le vois-tu Celui qui pend à cette croix ignominieuse ? Vois-tu sa tête se penchant lentement sur sa poitrine ? Vois-tu ce visage agonisant et tout empreint de douceur ? Et cette couronne d’épines, la vois-tu sur son front auguste, tout sillonné de sang ? Et ses mains percées, et ses pieds presque rompus en deux par les clous et par tout le poids de son corps, les vois-tu ? les vois-tu ? O pécheur ! entends-tu ce cri d’une voix déchirante de douleur : Eli, Eli, lamma sabachtani ! Et cette autre parole : « Tout est accompli ! » est-elle descendue jusque dans ton cœur ? Voici maintenant les ombres glacées de la mort qui couvrent son divin visage ; voici sa tête innocente qui se penche sur son sein pour la dernière fois. Un homme sans entrailles, un infâme, vient de le percer au côté d’un coup de lance… Maintenant, on le descend de la croix… Ah ! viens ici, malheureux ! C’est pour toi que ces mains ont été clouées au bois ; c’est pour toi que ces caillots de sang ont découlé de ces pieds ; ce côté qu’un fer de lance a entr’ouvert a été entr’ouvert pour toi. Et si tu veux savoir maintenant comment tu peux obtenir grâce, le voilà : « Regarde ! regarde à moi ! Ne regarde plus à Moïse, ne regarde plus vers le Sinaï ; mais viens et regarde vers le Calvaire, regarde à la victime du Calvaire, regarde dans le sépulcre neuf de Joseph d’Arimathée. Puis enfin, lève les yeux là-haut, dans le ciel, et regarde cet Homme assis à la droite du trône, à côté du Père et couronné de lumière et d’immortalité. « Regarde à moi », ô pécheur ! te dit-il en ce moment ; « regarde à moi, et sois sauvé ! »

Voilà la manière dont l’Éternel nous enseigne que Lui seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre. Il nous l’enseigne en ceci qu’Il nous invite à regarder à Lui seul et à détourner nos regards de nous-mêmes.

2° Mais la seconde pensée que nous avons à considérer, c’est le moyen qu’Il nous indique pour trouver grâce ; savoir : Regardez à moi, et soyez sauvés.

Vous avez dû remarquer plus d’une fois que les hommes sont avides d’une religion difficile, d’un culte compliqué ; plus ils éprouvent de difficultés à comprendre, plus ils ont confiance dans l’efficace. Notre culte leur paraît beaucoup trop simple. Ils aiment à voir un homme tantôt dans certain costume, tantôt dans un autre ; il leur faut un autel et bien d’autres détails mystérieux. Ils aiment à considérer le ministre de Dieu comme un être supérieur, et, en somme, plus il y a de complications et de difficultés à tout comprendre, plus ils en sont réjouis. Voilà le monde ! Mais avez-vous remarqué combien est grande et vraiment glorieuse la simplicité de la Bible ? Ce divin livre répudie toutes ces folies et se contente de nous parler des choses les plus simples dans le langage le plus simple : « Regardez ! » Il n’est pas un seul homme inconverti qui entende avec plaisir ces paroles : « Regardez à Christ, et soyez sauvés ! » Au contraire, ils viennent tous à Christ comme Naaman le Syrien venait auprès d’Elisée ; et quand on leur dit : « Va et te lave dans le Jourdain », ils répondent : « Je croyais en vérité qu’il viendrait et qu’il placerait sa main sur la plaie, et qu’il invoquerait le nom de son Dieu. Mais me dire d’aller me laver dans le Jourdain ? quelle parole ridicule ! Tout le monde aurait pu m’en dire autant. » Si le prophète lui avait ordonné d’accomplir quelque chose de très difficile, il l’aurait fait certainement ; et si je vous disais à mon tour que quiconque marchera cent lieues nu-pieds, ou fera telle autre chose impossible, sera sauvé, vous vous mettriez peut-être en chemin dès demain, à la pointe du jour !… Quand il me faudrait sept années pour vous exposer le plan du salut, vous seriez tous impatients, j’en suis sûr, devoir commencer cette exposition. S’il n’y avait sur la terre qu’un seul docteur capable de montrer le chemin du salut, oh ! comme on courrait après lui de toutes parts ! et quand même il le ferait en vieux langage, avec par-ci par-là quelques phrases latines ou quelques mots grecs, ce n’en serait que meilleur.

Mais nous n’avons à vous annoncer qu’un Évangile très simple, et toute notre prédication se résume en un seul mot : Regardez ! — « Quoi ! vous écriez-vous, n’est-ce que cela ? ah ! ça n’en vaut pas la peine ! Et comment serait-il possible que Dieu vous ait chargé de nous annoncer une chose aussi simple ? » — Afin de confondre votre orgueil et de vous enseigner que Lui seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre. — O chers auditeurs ! admirez plutôt combien est simple le moyen que le Seigneur emploie pour sauver : c’est le regard ! toujours le regard ! rien que le regard ! « Regardez à moi, vous tous les bouts de la terre, et soyez sauvés. Tel théologien aura besoin d’un mois entier pour expliquer clairement le, plan du salut, mais le Saint-Esprit n’a besoin pour le faire que d’un seul mot ; et non seulement ce moyen est simple, mais calculez aussi combien il est prompt ! Il faut du temps pour mouvoir sa main, tandis qu’on peut regarder instantanément. Aussi, bien souvent, le pécheur croit-il instantanément, et au moment même où il se confie en son Dieu Sauveur pour le pardon de ses péchés, il reçoit son salut, un salut plein et entier, par le sang de Jésus-Christ. Tel qui était entré ce matin en ce lieu non justifié peut s’en retourner justifié plutôt que les autres. Tel qui, il y a un instant, était encore un grand pécheur, peut en ce moment avoir déjà reçu sa grâce. Il ne faut qu’un clin-d’œil, un regard : « Regardez ! » Moyen admirable ! moyen universel aussi ! car, que je sois près ou que je sois loin, je puis toujours « regarder. » Il n’est pas même exigé que celui qui regarde voie ; pourvu qu’il regarde, c’est tout ce qu’on lui demande. Quand nous regardons un objet dans l’obscurité, nous ne le voyons pas ; mais si nous « regardons » nous obéissons au commandement. Si donc un pécheur regarde à Jésus, même dans les ténèbres, Jésus le sauvera, attendu que dans les ténèbres Il est le même que dans la lumière, et que, soit vu, soit caché au regard, Il est fidèle à sa promesse. Regardez seulement !

« Ah ! dira quelqu’un, j’ai cherché à voir Jésus cette année, mais je ne l’ai pas encore vu. » — Il ne vous est pas demandé de le voir, mais simplement de regarder à Lui ; et ceux qui l’ont regardé, est-il écrit, en ont été illuminés. Ne vous inquiétez donc pas des obstacles qui sont encore entre Lui et vous et qui vous le cachent ; regardez seulement de son côté, dans la direction de sa croix ; c’est tout ce qu’il faut. Il ne s’agit pas tant de le voir, comme de le désirer, de le chercher, d’avoir faim et soif de Lui, de se confier en Lui, s’abandonner à Lui. Regardez donc, regardez seulement, et soyez sauvés ! Ah ! lorsque dans le désert les malheureux qui avaient été mordus par les serpents tournaient leurs pupilles agonisantes et déjà éteintes vers le serpent d’airain, sans pouvoir le distinguer, ils n’en étaient pas moins rendus à la vie. Ce qui sauve donc le pécheur, ce n’est pas la vue, mais le regard.

Quelle humiliante manière de se sauver ! je le répète. — Voici un homme qui se lève et qui dit : « Bien ! s’il s’était agi de donner 23 000 francs pour mon salut, je les aurais donnés sans regret. » — Mais votre or et votre argent sont pourris, ils ne sont bons à rien ! — « Vous voulez donc que je sois sauvé de la même manière que ma servante ? » — Précisément ! car il n’y a pas d’autre moyen de vous sauver. — Voilà qui sert à convaincre l’homme que l’Éternel seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre.

L’homme qui se pique de science s’écrie à son tour : « S’il m’avait fallu résoudre quelque problème inextricable, ou découvrir quelque mystère étrange, je l’aurais fait. Ne pouvez-vous me donner un Évangile plein de mystères ? N’auriez-vous pas à me proposer une religion obscure ? » — Non ; je n’ai à vous dire que ce mot : « Regardez ! » — « Eh quoi ! voudriez-vous donc me faire entendre que je doive être sauvé à la manière de ce pauvre écolier déguenillé qui connaît à peine ses lettres ? » — Précisément ! à moins que vous ne préfériez être perdu pour l’éternité…

Un autre me dit : « J’ai mené une vie honnête et exempte de tout reproche ; toujours fidèle à toutes les lois de mon pays, j’ai scrupuleusement rempli tous mes devoirs, et s’il me reste encore quelque chose à faire, je suis prêt. S’il faut jeûner, me priver de certaine nourriture, je m’en priverai, si cela peut me sauver. » — Eh ! non, Monsieur, cela ne peut point vous sauver ; vos bonnes œuvres ne sont bonnes à rien du tout. — « Eh quoi ! entendriez-vous donc que je sois sauvé de la même manière que cette femme de mauvaise vie, ou que cet ivrogne éhonté ? » — Précisément ! attendu qu’il n’y a qu’une seule manière d’être sauvé. Dieu a inclus tous les hommes dans l’incrédulité, afin de pouvoir faire miséricorde à tous. Il a prononcé la condamnation sur tous, afin que sa libre grâce pût descendre sur quiconque croit. « Regardez ! regardez ! regardez ! » Telle est l’unique méthode, tel est l’unique moyen de salut : « Regardez à moi, vous tous les bouts de la terre, et soyez sauvés ! »

III

Voyez enfin comment Dieu a humilié l’orgueil de l’homme et s’est exalté Lui-même par les personnes qu’Il appelle à regarder : « Regardez à moi, vous tous les bouts de la terre, et soyez sauvés ! » Quand le Juif entendait sortir ces paroles de la bouche d’Esaïe, il s’écriait : « Tu aurais dû dire, ô prophète : Regarde à moi, Jérusalem, et sois sauvée ! De cette façon, la parole eût été bien dite. Mais est-ce que jamais ces chiens de gentils pourraient regarder, eux aussi, et être sauvés ? » — Oui, dit l’Éternel, et je veux vous montrer, ô enfants d’Israël ! que quoique je vous aie accordé beaucoup de privilèges, j’en exalterai d’autres encore plus que vous, et que je suis maître de donner mes biens à qui je veux.

Et qui sont ces bouts de la terre ? Il y a encore, à cette heure, de pauvres nations païennes qui se distinguent à peine de la brute, privées de civilisation et de toute culture ; mais si je pouvais traverser les mers et m’enfoncer dans les déserts, si je pouvais atteindre l’habitant sauvage de Rushmah dans sa hutte, où le cannibale dans sa retraite écartée, je dirais à ces hommes : « Regardez à Jésus, vous tous les bouts de la terre, et soyez sauvés ! » Il est quelques-uns de ces bouts de la terre auxquels l’Évangile est prêché aussi bien qu’aux Grecs, ce peuple si policé, aux Romains, ce peuple si raffiné, ou aux Bretons, ce peuple si instruit. Mais il me semble que ces mots désignent les peuples qui se sont éloignés le plus de Jésus-Christ ; et je dis à l’ivrogne : C’est de toi qu’il s’agit. Tu as chancelé et tu t’es traîné à terre jusqu’à atteindre aux derniers bouts de la terre ; tu as subi jusqu’aux hontes de l’épilepsie. Tu ne peux pas descendre plus bas, tu es bien à peu près le dernier des hommes. Crois-tu qu’il y en ait un seul qui te surpasse en dégradation ? Hé bien ! pour humilier notre orgueil, Dieu te dit, à toi, oui, à toi-même : « Regarde à moi, et sois sauvé ! »

Voici une misérable femme qui s’est vautrée dans toutes les souillures et les infamies de la chair ; non seulement elle a consommé plus de mille fois sa ruine, mais elle est tombée tellement au-dessous de toute dégradation connue, que Satan lui-même semble l’avoir jetée au rebut ; mais Dieu lui dit : « Regarde à moi, et sois sauvée ! » — Eh quoi ! il me semble entendre une voix qui s’élève du milieu de vous, me disant : « Ah ! je n’ai pas été du nombre de ces créatures dont vous parlez, mais j’ai été pire encore, car je suis entré souvent dans la maison de Dieu, mais pour y repousser tous les appels, pour expulser de ma pensée tout souvenir de Jésus, en sorte qu’Il ne peut plus désormais avoir aucune pitié pour moi ! » — Tu es, toi aussi, l’un de ces « bouts de la terre », et autant il s’en présentera à moi avec de semblables sentiments, autant j’en convierai au salut.

« Mais, reprend un autre, mon cas est tout spécial ; si je n’éprouvais pas les sentiments que j’éprouve, encore passe ! mais je suis une exception, un être à part. » — Tant mieux ! Dieu aussi se forme un peuple à part, et vous pouvez en faire partie.

« Mais, objecte un troisième, il n’y a pas sur la terre deux hommes tels que moi ! Vous n’en trouveriez pas un second qui ait reçu tous les appels qui m’ont été adressés, et je les ai tous rejetés pour me vautrer dans le péché ; bien plus ! j’ai commis des crimes que jamais je n’oserai articuler. » — Encore un des bouts de la terre ! Aussi ne puis-je que répéter les paroles de mon Maître : Regardez à moi, et soyez sauvé, car je suis Dieu et il n’y en a point d’autre. — « Mais le péché de mon cœur m’empêche de regarder ! » — Et moi je te dis qu’à l’instant où tu regarderas, ton péché aura disparu. — « Mais je n’ose ; il va une condamner, j’ai peur de regarder ! » — Combien plus terrible sera ta condamnation si tu ne regardes pas ! Crains, oui ; mais regarde ! Que ta crainte ne retienne pas tes yeux. — « Mais il me rejettera ! » — Essaie toujours. — « Mais je ne puis le voir. » — Je t’ai dit qu’il ne s’agit que de regarder ! — « Mais mes yeux sont tellement attachés à la terre, tellement charnels, tellement souillés !… » — Ah ! pauvre pécheur ! c’est Lui-même qui donne le pouvoir de regarder et de vivre. Il dit : « Regardez à moi, vous tous les bouts de la terre, et soyez sauvés ! »

Recevez favorablement cette exhortation, vous qui connaissez déjà le Seigneur, et vous aussi qui n’avez regardé à Lui qu’aujourd’hui pour la première fois. Dans toutes tes tribulations, souviens-toi, ô chrétien ! de regarder à Dieu, et tu seras délivré. Dans tes plus cruelles angoisses, ô âme pécheresse ! qui succombes sous le poids de la condamnation, souviens-toi de regarder à Jésus, et tu trouveras le pardon de tes iniquités.

En haut les regards ! en haut les cœurs ! Souvenez-vous que par ce regard vous saisissez une chaîne d’or dont l’autre extrémité est fixée dans le paradis de Dieu. Regardez à Christ et ne craignez rien. Celui qui marche les regards attachés sur Lui ne saurait jamais broncher. Celui qui regardait les étoiles tomba dans le précipice, selon que le dit la fable ; mais celui qui regarde au Seigneur sera préservé de toute chute. En haut donc les regards et les cœurs ! « Regardez à Lui et soyez sauvés ! » N’oubliez jamais que l’Éternel seul est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre.

Et toi, pauvre pécheur timide, qui trembles, que dis-tu de tout ceci ? Veux-tu commencer dès aujourd’hui à regarder à Jésus ? Tu sens en ce moment combien tu es pécheur devant sa face ; tu sens à quel point tu es souillé, et cependant, avant même de quitter ton banc, tu peux être justifié au même titre que les apôtres eux-mêmes ! Tu peux t’en retourner en ce moment dans ta maison et remettre le pied sur le seuil de ta porte, les épaules soulagées de l’écrasant fardeau sous lequel tu succombes ! Tu peux t’en aller tout joyeux, en chantant dans ton cœur : « Je suis pardonné, oui, pardonné ! je suis un miracle de la grâce ! C’est aujourd’hui le jour de ma naissance spirituelle. Oh ! puisse ce jour être en vérité celui de beaucoup de naissances semblables, et puissé-je me présenter devant Dieu à mon tour, en m’écriant plein d’exaltation : « Me voici, Seigneur, avec les enfants que tu m’as donnés ! »

Ecoute cette parole de David, ô pécheur convaincu de péché, de justice et de jugement : « Cet affligé a crié à l’Éternel, et Il l’a délivré de toutes ses détresses ! Ah ! venez et goûtez combien l’Éternel est bon ! Aujourd’hui même, croyez en Lui ; aujourd’hui même, remettez-vous en sa miséricorde pour le salut de votre âme coupable ; aujourd’hui même, que votre âme noircie par tant de souillures se lave et se purifie dans le sang de l’Agneau ! Présentez-vous devant sa majesté dépouillés de tout vêlement et de toute ombre de justice. Venez prendre place, vous qui avez faim et soif de Dieu, au merveilleux festin de tous ses biens les plus précieux. Regardez, regardez à Lui, vous dis-je ; regardez en ce moment même ! N’est-ce pas ? cela vous paraît bien simple ; et cependant c’est à quoi l’homme a le plus de peine à consentir. L’homme refuse obstinément de regarder, jusqu’au moment où la Grâce toute-puissante vient l’y incliner de sa main douce et irrésistible. Contrains-les donc par ton amour, ô mon Dieu ! et grave dans tous nos cœurs cette parole : « Regardez à moi, vous tous les bouts de la terre, et soyez sauvés ! » Amen.

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