Le fruit de l'Esprit

8. LA FIDELITÉ

Il est à regretter que la version anglaise autorisée de la Bible obscurcisse quelque peu la compréhension du septième fruit de l'Esprit en le traduisant par le mot « foi ». [1]

[1] Nos versions françaises traduisent bien « fidélité ».

La foi, dans un sens spécial, n'est pas un fruit de l'Esprit, mais un de Ses dons. (1 Cor 12.9) ; et même la foi qui sauve est regardée comme un don de Dieu.

La signification du mot dans Galates 5.22 est fidélité, comme le traduit la version américaine révisée. Moffatt donne aussi « fidélité ». Un passage similaire dans lequel la version autorisée anglaise emploie de même le mot « foi », mais où le sens est évidemment « fidélité », est Romains 3.3, que Moffatt traduit : « Leur incrédulité annulera-t-elle la fidélité de Dieu ? » et Newberry : « Leur infidélité rendra-t-elle la fidélité de Dieu sans effet ? »

Le fruit de l'Esprit étudié est donc cette belle qualité du caractère connue sous les noms de fidélité, honnêteté, loyauté, tance, fermeté persévérante.

Un fondement naturel et spirituel

La fidélité est même dans le domaine naturel, le fondement sur lequel toute société, finalement, repose. Toutes les transactions commerciales, tous les traités internationaux, toutes les relations conjugales et familiales, sont établies sur la base d'une présomption de fidélité des parties contractantes. Leur succès ou leur échec dépend en grande partie de l'accomplissement par les intéressés de leurs engagements réciproques L'absence de loyauté amène le désordre.

La nature véritablement fondamentale de la fidélité est encore plus marquée dans le domaine spirituel. Les rapports de Dieu avec les hommes, et tout notre espoir personnel de salut en Christ, sont fondés sur cette vérité suprême : « Dieu est fidèle » (1 Cor. 1.9). Otez celle-ci, et notre assurance disparaît. Mais en la conservant, et en nous reposant sur la fidélité du Seigneur, nous pouvons dire « Je suis persuadé qu'il a la puissance de garder mon dépôt jusqu'à ce jour-là » (2 Timothée 1.12).

Les grandes alliances de l'Ecriture dépendent toutes de la fidélité des parties intéressées. Dans l'Ancienne Alliance Dieu ne manqua point à Sa Parole, mais Israël, l'autre « partie contractante », faillit. La différence, dans l'Alliance Nouvelle, c'est que notre part est garantie par la fidélité de Christ, qui est « l'Amen, le Témoin fidèle et véritable » ; notre « Grand Prêtre », et Celui qui nous « sanctifie » (Héb. 8.9,10. ; Apoc. 3.14 ; Héb. 2.17 ; 1 Thess. 5.24.)

Il importe de baser notre compréhension du fruit de l'Esprit sur ces grands attributs fondamentaux de la Divinité, pour cette raison que ce fruit spirituel est le résultat direct de notre participation à la nature divine par l'œuvre de régénération du Saint-Esprit, et grandit dans nos vies quand nous marchons en communion avec Dieu par l'Esprit.

Il nous est ainsi donné de partager cette qualité divine et de recevoir « la grâce d'être fidèle ». (1 Cor. 7.25). Certaines natures, en elles-mêmes inconstantes, peuvent être transformées, et d'autres, naturellement loyales, voir leur loyauté dirigée vers les buts les plus élevés.

J'entendis un jour mon ami Howard Carter donner une illustration excellente de ce principe en comparant nos natures humaines dans leur inconstance à de la poudre de ciment. Lorsque de l'eau est mélangée à cette poudre, elle la transforme en un ciment dur comme le roc. Ainsi l'eau vivante de l'Esprit de Dieu peut transformer notre faiblesse en une fidélité magnifique, et convertir maint « Si mon » impulsif en « Pierre » dévoués.

Quelques exemples remarquables de fidélité.

Les Ecritures nous en présentent de nombreux exemples. Moïse est décrit comme « fidèle dans toute sa maison ». (Heb. 3.2). Sa fidélité consistait évidemment en grande partie dans son obéissance à faire tout, dans le Tabernacle, « d'après le modèle ». Caleb et sept mille hommes au temps d'Elisée sont également de magnifiques exemples d'attachement à Dieu dans des temps d'apostasie. (Nombre 14.24 ; 1 Rois 19.18).

Dans le Nouveau Testament, à part les principaux apôtres, mention spéciale est faite d'Epaphras, dépeint avec amour comme un « fidèle ministre de Christ ». L'Ecriture a trouvé pour décrire sa constance une expression rare et féconde : « il ne cesse de combattre pour vous dans ses prières ». (Col. 1.7 ; 4.12).

Les jeunes prédicateurs doivent le noter. Timothée fut approuvé à cause de sa fidélité dans le seigneur (1 Cor. 4.17), et sa récompense se trouve dans la responsabilité des devoirs qui lui sont assignés dans les Epîtres portant son nom. Ceux qui aspirent à des positions de responsabilité et de direction dans l'Eglise doivent se rappeler la nécessité primordiale de la fidélité.

L'illustration la plus frappante, la plus remplie de beauté, est peut-être l'histoire d'Onésime, l'esclave vagabond, converti à Rome, et renvoyé à son maître Philémon avec une lettre de recommandation exquise de Paul. Il est spécialement apprécié comme un « fidèle et bien-aimé frère ». (Col. 4.9), et nous donne un exemple notoire de sable transformé en rocher par l'Esprit de Christ demeurant en lui.

La Fidélité dans le ministère.

Il est de toute importance qu'un prédicateur soit digne d'une entière confiance. « Ce qu'on demande des dispensateurs, c'est que chacun soit trouvé fidèle ». (1 Cor. 4.2). Nous suggérons trois points qui doivent spécialement retenir notre attention :

a) La fidélité dans la prédication.

« Un témoin fidèle délivre les âmes », et un prédicateur de l'Evangile doit l'être avant toutes choses. Malgré de temps en temps une persécution passagère, rien ne gagnera mieux le respect, à la longue.

La loyauté à la vérité doit de même marquer tout enseignement ; car les enfants nouveau-nés en Christ doivent recevoir le « lait spirituel et pur » (sans fraude). Il est des moments où la fidélité nous contraindra d'annoncer « tout le conseil de Dieu » (Actes 20.27), à ne rien retenir de la vérité que Dieu nous a révélée. Nous devons, cependant, nous garder de mal interpréter ce qui précède, et d'avancer en tout temps des questions de controverse. Paul se référait à une période de trois années de ministère à Ephèse, et non à un « engagement » passager. Nous ne sommes pas obligés de sortir toutes nos croyances chaque fois que nous prêchons.

b) La loyauté à nos promesses.

La perfidie est toujours odieuse, mais chez un prédicateur elle suffit pour le disqualifier de la fonction. Un ministre de Jésus-Christ doit être un homme dont « la parole est le lien ».

Ceci doit s'appliquer à tous les détails de son travail — au maintien des engagements de prêcher ou de rendre des visites, aux promesses faites indistinctement aux riches, aux pauvres, aux personnes jeunes ou âgées. Il trouvera que le maintien d'une promesse mérite, s'il le faut, une grande dépense d'argent, de loisirs et de forces. Rien n'établira de plus solide fondement à l'influence d'un prédicateur qu'une réputation de fidélité à la parole donnée.

c) La fidélité dans les affaires.

Un homme mis à part pour la prière et le ministère de l'Evangile agira avec sagesse en suivant la règle établie par les apôtres, de laisser à d'autres le soin de « servir aux tables ». Les affaires, au sens ordinaire du mot, forment un domaine dans lequel un prédicateur n'est pas appelé à briller ; en l'oubliant, certains bons prédicateurs ont fait naufrage dans leur ministère.

Cependant, le pasteur doit légitimement s'intéresser à certaines « affaires » inséparablement liées au travail dans l'église. Et il y a naturellement, les transactions ordinaires de sa vie privée et de sa maison.

Dans toutes ces choses, un ministre de Christ doit surtout éviter les dettes personnelles, et par tous les moyens en son pouvoir, se faire une réputation de la plus stricte intégrité parmi ceux qui ont avec lui des relations commerciales. Son intégrité et honnêteté doivent être proverbiales chez tous les commerçants de la localité.

« Fidèle jusqu'à la mort. »

Le principe qui nous inspire et nous réconforte, suivant lequel les récompenses seront finalement données aux serviteurs de Dieu pour leur fidélité, et non pour leur éclat — (Matt. 5.21) — a été relevé trop de fois pour que nous ayons à le développer ici.

Nous devons nous rappeler que la fidélité suppose un travail diligent, comme la parabole se propose de nous l'enseigner. Il faut plus que la stricte honnêteté du serviteur rendant à son maître tout ce qu'il reçut de lui. Dieu réclame de nous la fidélité d'un service zélé.

Comme tout fruit de l'Esprit, cette loyauté se développe ; elle commence par les choses simples. En vérité, si elle ne se manifeste pas dans les petites choses, elle ne pourra jamais s'exercer dans les occasions importantes, dont l'éternité peut seule révéler la grandeur. (Luc 16.10)

Les récompenses de la fidélité comprennent parmi leurs caractéristiques les plus attrayantes celle d'une activité plus grande au service de Dieu. (Luc 19.17). Mais ce n'est pas tout. Les aperçus de la récompense finale suffisent pour fortifier tout esprit chancelant, et ravir tout cœur aimant. Ceux qui seront « avec Lui » dans la gloire sont « les appelés, les élus, les fidèles ». (Apoc. 17.14). Voilà la récompense de la fidélité, de la loyauté à Christ. Il convient, après tout, que ceux dont elles seront la marque distinctive forment les armées célestes du Roi des rois et du Seigneur des seigneurs, sur la bannière duquel resplendiront ces mots : « Fidèle et Véritable ». (Apoc. 19.11-14).

Le fruit de l'Esprit, croissant ici-bas dans une marche persévérante avec Lui, mûrira pour la récolte. « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie ». (Apoc. 2.10).

chapitre précédent retour à la page d'index chapitre suivant