L’Église primitive jusqu’à la mort de Constantin

11. Concile de Nicée. — 325.

Les Manichéens et les Sabelliens. — L’Arianisme. — Le concile de Nicée.

Bien des hérésies avaient troublé l’Église depuis le temps de sa grande lutte contre le Gnosticisme. A peine cette fièvre morale s’était-elle calmée, qu’il s’en déclara une nouvelle, plus épidémique encore, et qui, de l’Orient, où elle avait pris naissance, se répandit bientôt dans le monde entier. Nous voulons parler du Manichéisme. Manès ou Mani (en latin Manichaeus) était un ascète de Perse, qui florissait vers le milieu du iiie siècle. A l’exemple des Gnostiques, il essaya de greffer le christianisme sur les anciennes religions orientales, en particulier sur le Bouddhisme et sur le Zoroastrisme. L’Évangile n’avait plus, dans son système, qu’une place tout à fait indigne de lui, et, s’il acceptait quelques portions du Nouveau Testament, il rejetait entièrement l’Ancien. A Zoroastre, il empruntait sa théorie dualiste des deux principes éternels du bien et du mal. On raconte même qu’il était infatué de sa personne au point de se prétendre le Paraclet promisa, et d’assurer qu’il était venu pour donner une connaissance plus parfaite des vérités révélées. Le nombre croissant de ses adhérents excita la jalousie du clergé persan, et il fut cruellement mis à mort par ordre du roi Varannes Ier (272-276). Partout ses disciples furent persécutés ; le nom même de Manichéen devint une insulte. Pourtant, leur accroissement ne cessa point, et, pour un instant du moins, le grand Augustin se laissa séduire par les subtilités de leur doctrineb.

aΠαράκλητος, avocat, défenseur, consolateur. Jean 14.16.

b – Neander, II, 157-195.

[« La téméraire doctrine de Manès, d’un principe du mal personnel, indépendant, éternel, en lutte constante avec le principe du bien, était seulement une simplification du Gnosticisme arrivé à sa dernière expression sous la pression des causes qui devaient le détruire. » Isaac Taylor, Ancient Christianity, I, 149.]

Mais l’Église devait s’apercevoir que les plus rudes ennemis sont ceux du dedans et non ceux du dehors. La plupart des erreurs qui détournèrent de l’orthodoxie les esprits des chrétiens du iiie siècle eurent pour point de départ les spéculations sur les rapports du Fils et de Dieu le Père. Dans leur zèle à maintenir l’unité de Dieu, plusieurs docteurs chrétiens ne voulaient reconnaître d’autre personne divine que Dieu, le Père. C’étaient les Monarchiens. On peut les diviser en deux catégories. Les uns enseignaient que Jésus-Christ était un homme comme les autres hommes, mais qu’il avait reçu une puissance et une sagesse divines plus grandes que celles de n’importe quel autre prophète. Les seconds, que les noms de Père et de Fils n’étaient pas autre chose que deux différents noms du même et unique Dieu. Ceux-là — parmi lesquels Théodose occupe un rang prééminent — ne voyaient en Christ que sa nature humaine, et ils laissaient complètement dans l’ombre sa nature divine. Ceux-ci, au contraire, ne mettaient en relief que sa divinité, et, négligeant son humanité, ils ne voulaient voir dans son apparence humaine qu’un voile temporaire, amovible, rendu nécessaire pour permettre la manifestation de Dieu dans l’humanité. C’étaient les Patripassiens, — ceux qui croient que le Père a souffert sur la croix, — parmi lesquels on doit distinguer principalement Praxéas et, plus tard, Sabellius. Pour ce dernier, par exemple, les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit ne sont employés que pour désigner trois différentes manifestations ou aspects d’un seul et même Être divin.

[Neander, II, 291-293. « Pour expliquer son système, Sabellius employait des comparaisons quelque peu bizarres, qui nous sont rapportées par Épiphane, celle du soleil, par exemple, qui n’est qu’une seule hypostase et a cependant trois modes d’être ou d’agir, son action illuminatrice, son action calorique et sa forme ronde. » Chastel, Hist. du Christianisme, I, 410. Cf. Robertson, I, 83, 86. Il se servait aussi de l’homme, corps, âme et esprit, comme terme de comparaison. — Dupin (I, 152, tr. angl.) nous informe que le Fils de Dieu était rarement mentionné dans quelques-unes des églises sabelliennes.]

Sous le règne de Constantin, ces spéculations théologiques entrèrent dans une nouvelle phase. Elles en vinrent à susciter, ainsi qu’on va le voir, un schisme qui partagea l’Église en deux, et eut une considérable influence sur le monde entier.

Arius, prêtre d’Alexandrie, était né en Lybie. Il avait étudié à Antioche sous Lucien, mort martyr pendant la persécution de Maximin Daza. Parmi ses anciens compagnons d’étude, Arius devait trouver plusieurs de ses adeptes les plus zélés. La controverse arienne commença vers l’an 318. Un jour Alexandre, évêque d’Alexandrie, prêchait sur la Trinité. Arius était présent. Il accusa l’évêque d’avoir soutenu les idées de Sabellius, et soutint, contrairement aux enseignements d’Alexandre, que le Fils de Dieu n’avait pas existé de toute éternité. Pendant quelque temps, l’évêque essaya de le convaincre de son erreur. Mais enfin, se voyant exposé lui-même à la censure pour avoir toléré un prêtre hérétique, dont les vues gagnaient rapidement du terrain dans les Églises, il convoqua (321) un synode de cent évêques égyptiens et lybiens, qui déposa et excommunia Arius. L’opinion hérétique qui lui était reprochée est indiquée en ces termes dans une lettre circulaire envoyée par Alexandre en même temps que la décision du synode : « Ces apostats affirment, dit-il, que Dieu n’a pas toujours été Dieu le Père, mais qu’il y a eu un temps où il n’était pas Père ; que le Verbe de Dieu n’a pas existé de toute éternité, mais qu’il a été créé de rienc. » Ces paroles de l’évêque semblent être confirmées en substance par Arius lui-même, lorsqu’il dit : « Nous disons et nous croyons que le Fils n’est point non engendré, ni partie d’un être non engendré, ni de quoi que ce soit d’existant, mais que, par sa propre volonté et son propre conseil, il a subsisté avant les temps et les âges, [en qualité de] Dieu parfait, Fils unique, immuable, et qu’avant d’être engendré, ou créé, ou constitué, il n’existait point, car il n’était point non engendré. Nous sommes persécutés parce que nous disons que le Fils a eu un commencement, alors que Dieu n’en a pas eu. »

c – Socrate le Scholast., H. E., liv. 1, chap. 6.

Chastel, Hist. du Christianisme, II, 474. — Lettre à Eusèbe, évêque de Nicomédie. Théodoret, H. E., liv. I, chap. 5. — Schaff, Nicene Christianity, 619, 620, dit : « La controverse arienne provient d’une part des éléments contradictoires de la christologie du grand Origène, qui sont eux-mêmes un résultat de l’état encore rudimentaire (crude) de l’esprit chrétien au iiie siècle ; et ensuite de l’antagonisme théologique entre Alexandrie et Antioche. Sans doute, Origène reconnaissait au Christ l’éternité et les autres attributs divins. Mais, dans son zèle a établir dans la divinité les distinctions de personne, il enseignait une diversité d’essence entre le Père et le Fils, et la subordination de ce dernier. Il en faisait une sorte de deuxième Dieu, de Dieu secondaire, au-dessous du Père. Il se trouvait donc, par là, fournir un point de départ à l’hérésie arienne. »

Bien que cette doctrine soit basée sur une grave erreur scripturaire, et que sa tendance doive forcément aboutir à la destruction du fondement même de la foi chrétienne, nous n’en concluerons pas qu’Arius eût conscience d’émettre des opinions différentes de la croyance générale de l’Église. « II ne pensait pas, dit Neander, qu’il prêchait une doctrine nouvelle. Il était animé d’un zèle sincère pour ce qu’il croyait vrai, en même temps que d’un grand amour de la clarté et de la logique. Mais il lui manquait la profondeur de l’intuition religieuse et de la conception des vérités chrétiennes. Il avait reçu sa direction personnelle, en matière d’exégèse, de l’école d’Antioche. Son but était de défendre la doctrine traditionnelle de l’Église sur la Trinité contre les Sabelliens et les Gnostiques, et de l’exposer d’une manière acceptable. Il ne se rendait pas compte lui-même des résultats auxquels sa tendance et ses principes devaient conduire. On est en droit néanmoins de conclure que si l’Arianisme avait pu triompher, les hommes ne se seraient pas contentés de ce qui paraissait suffisant à Arius, et que les doctrines transcendantales de l’Évangile auraient trouvé ailleurs leur expression. A l’homme qui a compris la vraie portée de la doctrine de la divinité du Fils, et son lien avec le système chrétien tout entier, la doctrine arienne devait toujours paraître incompatible avec l’essence même du christianisme. On ne saurait donc s’exagérer la grande importance de cette controverse, non seulement en raison de l’objet spécial sur lequel elle portait, mais aussi au point de vue du christianisme en général. »

Lorsque la controverse arienne éclata, Arius était en pleine maturité. II avait, nous dit-on, la taille élevée, élégante, et des manières affables. Son visage pâle respirait le calme et la modération. Enfin, il était d’un ascétisme rigide. Mais cet extérieur prévenant cachait — si nous en croyons ses ennemis (et nous n’avons pas d’autre source d’information) — un caractère querelleur et intrigant, un orgueil et une ambition démesurés.

Lorsqu’Arius eut connaissance de la décision du concile, il se retira en Palestine, puis à Nicomédie, où il trouva un protecteur dans Eusèbe, évêque de cette ville, son ancien condisciple, devenu l’un de ses partisansd. Il profita de son exil pour écrire des lettres où il exposait ses opinions, et pour composer, en vue de leur propagation, des hymnes ou cantiques populaires, spécialement destinés aux marins, aux meuniers, aux voyageurs, et qu’on pouvait chanter à table.

d – On ne doit pas confondre cet Eusèbe avec l’historien Eusèbe de Césarée.

[Neander, Church. Hist., IV, 10, 11. — L’ouvrage d’Arius avait pour titre le Banquet. Athanase nous a conservé quelques lignes de ces hymnes. « Dieu n’était pas toujours le Père ; il y a eu un temps (il ne dit pas quel temps) où Dieu était seul et n’était pas encore Père. Le Fils n’a pas toujours existé, etc. » — Contre les Ariens, chap. 1, § 5.]

Mais si Alexandrie était débarrassée d’Arius, elle ne pouvait l’être aussi facilement de ses doctrines. Bien au contraire, elles ne tardèrent pas à envahir l’Egypte et la Lybie. De là elles passèrent en Syrie, où les évêques les plus doctes et les plus influents les adoptèrent. Lorsque Constantin devint, en 323, maître de l’Orient, il trouva l’Église entière dans un état complet de confusion, et, oubliant la leçon que lui avait valu son ingérence dans les affaires des Donatistes, il sembla se figurer que l’autorité impériale suffirait à calmer la tempête. Il écrivit conjointement à Alexandre et à Arius, leur disant qu’ils disputaient sur des questions vaines et frivoles, nées d’une trop grande curiosité d’esprit. « Qui donc est capable, leur demande-t-il, de connaître des mystères aussi profonds et aussi cachés ?… Et puisque notre Dieu, grand et miséricordieux, nous a donné à tous, dans sa providentielle sagesse, la lumière de la même grâce, je vous supplie de faire tous vos efforts pour que les miens aboutissent et que le peuple de Dieu soit amené à vivre dans l’union et la paix… » « Permettez-moi, dit-il en terminant, de vivre moi-même en repos et de jouir du bonheur d’un règne paisiblee. »

e – Eusèbe, Vie de Constantin, liv. II, chap. 63 à 70.

Muni de la lettre de Constantin, et investi de la mission d’arranger l’affaire, Osius, évêque de Cordoue, se rendit à Alexandrie et convoqua un second synode. Le résultat de son enquête fut que la blessure était trop profonde pour pouvoir être guérie par un aussi simple moyen. « Dans chaque ville, écrit un historien, on trouvait un évêque opposé à un autre évêque, une congrégation à une autre congrégation. On eût dit des essaims de moustiques se battant dans les airs ». Et un autre : C’étaient de bien tristes jours, sur lesquels nous ne saurions répandre trop de larmes. Il n’en était plus alors comme du temps où l’Église était attaquée par les ennemis du dehors. C’étaient maintenant des citoyens d’une même ville, habitant sous le même toit, s’asseyant à la même table, qui combattaient entre eux, et leurs langues étaient acérées comme des lances. »

[Théodoret, H. E., liv. I, chap. 6. Des quatre anciens historiens cités dans ce chapitre, Eusèbe seul était contemporain. Les trois autres, Socrate le Scholastique, Sozomène et Théodoret, écrivaient un siècle plus tard.]

Les païens se moquaient des chrétiens ; leurs disputes étaient portées sur le théâtre et l’empereur chrétien lui-même excitait un tel mépris, que ses statues étaient indignement traitées.

Ces faits ouvrirent enfin les yeux de Constantin. Il comprit qu’il s’était trompé et que la doctrine en question n’était ni si futile, ni si abstruse. Sans doute, les Ariens étaient pour lui des perturbateurs de la paix publique, mais son expérience avec les Donatistes lui avait appris que ces sortes d’affaires ne se règlent ni par un décret impérial ni par les armes. Il lui restait une seule ressource, celle de convoquer un concile œcuménique qu’il présiderait lui-même, et dans lequel cette question et celle du moment de la célébration de la Pâque seraient menées à bonne fin. En conséquence, un concile général fut convoqué à Nicée, ville importante de Bithynie, pour le mois de juin 325.

On envoya des messagers dans toutes les parties de l’empire pour convier les évêques à cette nouvelle et auguste assemblée. Les postes impériales reçurent l’ordre de faciliter leur voyage par tous les moyens possibles, de préparer des chariots ou des montures, comme s’il se fût agi d’une affaire d’État ; le tout gratuitement. Enfin le trésor public se chargea de couvrir toutes les dépenses des délégués pendant le temps de leur réunion.

[« L’organisation du service postal dans l’empire rendait ces arrangements bien plus commodes alors qu’à aucune période du moyen âge. Les chemins de grande communication étaient comme nos voies ferrées et s’étendaient, droits comme des flèches, d’un bout de l’empire à l’autre. Des documents quelque peu postérieurs nous apprennent qu’il y avait, entre Bordeaux et Constantinople, deux cents stations postales et quatre-vingt-onze hôtelleries. On trouvait une hôtellerie à chaque demi-journée de chemin. Chaque évêque devait avoir comme suite deux prêtres et trois esclaves. » Stanley, Eastern Church., Lect. III, 93.]

Environ trois cent vingt évêques répondirent à l’appel. Avec eux un bien plus grand nombre encore de prêtres, de diacres, d’acolytes (sous-diacres) et même de laïques, « beaucoup d’hommes pieux et instruits des provinces environnantes » ayant été attirés à Nicée par une circonstance si extraordinaire et si nouvelle, ou par le désir de voir l’empereur. Il n’est pas jusqu’à des philosophes païens que le concile amena à Nicée. Peut-être voulaient-ils s’instruire ; ou plutôt, exaspérés par la répression récente du paganisme, peut-être voulaient-ils saisir avec empressement une occasion de semer la division parmi les docteurs chrétiens, en les mettant aux prises les uns avec les autres.

C’est surtout de l’Orient que vinrent les ecclésiastiques ; l’Europe n’avait pas encore été agitée par le schisme, et les seuls délégués d’Europe, depuis la Grèce vers l’Occident, étaient Osius, de Cordoue, Cécilien de Carthage, Nicaise, de Dijon, Domnus, de Strido, en Panonnie, Eustorge, de Milan, et Marc, de Calabre, deux prêtres romains, Victor, ou Vitus, et Vincentius, représentant le vieil évêque Sylvestre.

[Il reste encore trois listes des membres du concile : une en grec, une en syriaque, une en copte. Elles diffèrent sur certains points de détail. Aucune n’indique un nombre d’évêques égal à celui que nous donnons. Peut-être, cependant, ne serons-nous pas loin de la vérité en disant que l’Asie Mineure envoya environ les deux cinquièmes des membres, et la Syrie (Phénicie, Palestine et Arabie comprises) un quart. Il vint un évêque de Perse et un de la Gothie. B.-H. Cowper, Syriac Miscellanies, 1861. Schaff, Nicene Christianity, p. 624.]

Plusieurs des délégués portaient encore les marques de leurs souffrances durant la dernière persécution. Tel évêque d’Asie avait perdu l’usage de ses deux mains, traversées par un fer rouge ; d’autres, comme Paphnutius, de la Haute-Egypte, avaient eu l’œil droit arraché ; d’autres n’avaient plus leur bras droit. En un mot, dit un historien avec une exagération d’ailleurs digne d’indulgence, c’était une assemblée de martyrsf.

f – Théodoret, liv. I, ch. 7.

Avant l’ouverture du concile, les partisans des opinions opposées se livrèrent à de fréquentes discussions, en présence d’une foule d’auditeurs. Une fois, au milieu d’une discussion de ce genre, un laïque sans culture, mais qui avait montré une grande fermeté au milieu de la persécution, s’avance entre les deux adversaires, leur reproche de se laisser aller à de vains raisonnements, en ajoutant que Christ et ses Apôtres ne nous avaient pas légué l’art de la logique et des subtilités sans portée, mais la vérité nue, qu’il fallait conserver par la foi et les bonnes œuvres. Une autre fois, un philosophe païen se vantait de ses talents de dialecticien et commençait même à tourner en ridicule quelques prêtres âgés, lorsque tout à coup un ancien confesseur, ignorant dans la dialectique, s’avance vers lui et lui adresse les paroles suivantes : « Au nom de Jésus-Christ, philosophe, écoute-moi ! Il y a un seul Dieu, qui a créé toutes choses par la puissance du Verbe, et les a affermies par la sainteté de son Esprit. Le Verbe, que nous appelons aussi le Fils de Dieu, voyant les hommes plongés dans l’erreur et vivant comme les animaux qui périssent, a été rempli de pitié et a consenti à naître d’une femme, afin d’habiter parmi eux et de mourir pour eux. Il reviendra pour juger chacun de nous selon les actions qu’il aura faites. En toute simplicité, nous croyons ces choses vraies. Ne perds donc pas ta peine à chercher à réfuter ce que la foi seule peut comprendre, ou à scruter la manière dont ces choses ont pu ou n’ont pas pu se passer. Réponds-moi : crois-tu ? » Le philosophe, saisi par cette brusque question, et frappé dans sa conscience, répond : « Je crois » et commence immédiatement à enseigner aux autres sa foi nouvelleg.

g – Sozomène, liv. I, chap. 18.

Les premières sessions du concile furent probablement tenues dans une basilique ou dans quelque autre édifice public. Arius fut appelé à y comparaître et à défendre ses opinions. Beaucoup de délégués prirent part à la discussion ; mais le champion le plus remarquable de l’orthodoxie fut un jeune homme, diacre d’Alexandrie, qui accompagnait l’évêque Alexandre. C’était Athanase le Grand.

Dès l’arrivée de l’empereur, le concile tint ses séances dans le palais même. Une grande salle avait été préparée à cet effet, et les délégués, évêques ou autres, y furent placés selon leur rang.

La tradition et quelques débris de colonnes indiquent la place où se trouvait le palais. C’est au bord du lac Ascanius. Un platane solitaire pousse au milieu des ruines. Stanley, Eastern Church, 121. « Il n’est resté aucun autre souvenir de cet important événement qu’une peinture grossière dans l’église solitaire de Sainte-Marie. » Schaff, op. cit., 623.

Lorsque tous furent assis, ils gardèrent le silence en attendant l’empereur. Enfin Constantin arriva, accompagné de quelques favoris chrétiens et sans aucune garde. Aussitôt toute l’assemblée se leva et resta debout tout le temps qu’il mit à traverser, rougissant et les yeux baissés, la salle du concile. Sa taille imposante et bien proportionnée, ses membres bien pris ressortaient davantage encore à cause de la riche robe de pourpre, ornée de broderies et de pierres précieuses, qui les recouvrait. Sa place avait été préparée sur une estrade au haut de la salle. Lorsqu’il l’eut atteinte, on lui présenta une chaise basse en or. Mais il se tint debout un instant et fit signe aux évêques de s’asseoir avant lui.

Dès qu’ils furent assis, Eusèbe de Césarée, qui occupait la place d’honneur à la droite de Constantin, se leva et lui adressa quelques paroles, qu’il termina en récitant une hymne d’actions de grâce à Dieu. Les yeux de tous se portèrent alors sur l’empereur, et celui-ci, d’un ton doux et affectueux, adressa au concile un discours en latin. Ce discours fut ensuite traduit en grec et en d’autres langues par un interprète. « C’était mon désir, chers amis, dit-il, de vous voir réunis en concile… Qu’aucune animosité particulière ne nous prive donc du bien que cette réunion doit produire. Dieu, nous le voyons, a rendu les chrétiens victorieux des tyrans ; que l’ivraie des dissensions, semée par le diable, ne puisse donc croître parmi vous. Les troubles dans l’Église sont de plus dangereuse conséquence que la guerre. La guerre tue le corps ; ils détruisent l’âme… Je suis heureux, certes, de vous voir assemblés ici ; mais combien ne le serai-je pas plus si je vois l’union et l’affection mutuelles régner entre vous. Je vous conjure donc, chers ministres de Dieu, d’écarter toutes les causes de dispute, de couper toutes les têtes de l’hydre de l’hérésie et d’établir la paixh. »

h – Eusèbe, Constantin, liv. III, chap. 12.

Beaucoup d’ecclésiastiques étaient venus au concile, semble-t-il, dans l’espoir d’obtenir le redressement de certains griefs personnels ou de parti. La veille, une quantité de pétitions avaient été présentées à l’empereur. Les ayant apportées avec lui, il donna l’ordre de les brûler en sa présence et dit à leurs auteurs que leurs accusations mutuelles se produiraient de nouveau au dernier jour, et qu’elles seraient alors jugées par le souverain jugei.

i – Socrate, liv. I, chap. 8. Sozomène, liv. I, chap. 17. On ne sait pas exactement à quel moment précis les pétitions furent brûlées.

Mais l’excitation était trop grande pour que cette action de Constantin et le discours qui l’avait précédée pussent calmer les esprits. « A peine, dit Eusèbe, les membres du concile eurent-ils la faculté de parler, que les uns commencèrent à attaquer leurs plus proches voisins, les autres à se défendre et à accuser à leur tour. » Et l’historien Socrate : « C’était comme une bataille dans la nuit ; aucun des partis ne semblait comprendre exactement les motifs au sujet desquels ils se calomniaient entre eux. » « Une foule de questions diverses, continue Eusèbe, furent soulevées de part et d’autre, et les disputes devinrent ardentes et tumultueuses. L’empereur prêta à tout et à tous une oreille patiente, louant l’un, calmant l’autre, raisonnant et discutant avec courtoisie et impartialité, et donnant son opinion en grec, langue qu’il parlait avec assez de facilitéj. »

j – Eusèbe, Constantin, liv. III, ch. 13. — Socrate, H. E., liv. I ch. 23 —Sozomène dit cependant que Constantin ignorait presque entièrement le grec. H. E., liv. I, chap. 20.

La controverse arienne porta à l’extrême un désir qui s’était manifesté dans l’Église, depuis le moment où l’élément sacerdotal y avait pris la haute main. On voulut avoir une confession de foi que tous devaient adopter. On n’avait pas encore compris — l’a-t-on compris de nos jours ? — qu’un tel résultat, si désirable à atteindre qu’il paraisse, ne l’est pas en réalité, et que les chemins qui y conduisent amènent nécessairement à manquer de charité, à être intolérant, à persécuter. Jusqu’alors, il est vrai, on avait possédé de très longue date, dans quelques Églises, de courtes formules résumant la foi chrétienne. La plus ancienne dont nous ayons connaissance se trouve dans Irénée (182-188)k. Les écrits de Tertullien en contiennent deux ou trois, et l’une d’elles est presque semblable au Symbole des Apôtres, sous sa plus ancienne forme, c’est-à-dire tel qu’il était employé au ive siècle.

k – Elle manque de méthode, et contient plusieurs membres de phrases laissés de côté plus tard. Irénée. Contre les hérésies, liv. I, chap. 10, § 1.

[Traité des Prescriptions, chap. 13 ; Du voile des Vierges, chap. 1. — Voici l’ancienne forme du Symbole des Apôtres : Je crois en Dieu le Père tout-puissant et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui est né de la Vierge Marie par le Saint-Esprit, a été crucifié sous Ponce-Pilate, a été enseveli, est ressuscité des morts le troisième jour, est monté au ciel, et est assis à la droite du Père, d’où il viendra pour juger les vivants et les morts. Je crois au Saint-Esprit, à la sainte Église, à la rémission des péchés et à la résurrection du corps. — Voy. Mosheim, Hist. Eccl., I, 121 et 544 (trad. F.-B. de Félice).]

La première confession de foi qui fut présentée au concile provenait de l’une des Églises d’Orient, et n’était identique à aucune de celles que nous venons de mentionner. Eusèbe de Césarée la lut comme étant « celle qui, dès le début, avait été admise par les évêques de son Église ». Les termes en étaient, le plus souvent, empruntés à l’Écriture. La divinité du Christ y était distinctement constatée, mais avec des expressions telles que si, prises absolument, elles étaient en contradiction avec les opinions des Ariens, on pouvait néanmoins leur donner un sens acceptable même pour eux. D’après l’une de nos sources d’informations, ce document aurait été universellement désapprouvé et immédiatement déchiré. D’après les autres, le parti de l’évêque Alexandre en aurait accepté les divers articles, mais en ajoutant que cette confession de foi étant susceptible d’une double interprétation, il fallait y insérer quelques propositions ou quelques mots nouveaux condamnant expressément « les doctrines blasphématoires d’Arius « . C’est à cette opinion que l’empereur, influencé par Osius et ses partisans, donna le poids de son autorité. Aussi le parti opposé aux Ariens y introduisit-il, en définissant la nature divine du Fils de Dieu, le mot Homoousion (ὁμοούσιος, ayant la même existence, la même essence, la même substance que le Père), et ce mot fut choisi, nous dit-on, comme étant particulièrement désagréable aux Ariens.

[Le mot homoousios se trouve dans la Thalia d’Arius. « Le Fils, dit-il, n’a rien en propre de spécial à Dieu. Il n’est, en effet, ni égal à Lui, ni de même substance que Lui. » Epître d’Athanase aux conciles de Rimini et de Séleucie. Library of the Fathers, p. 95. — Fait digne de remarque, ce même mot homoousios avait été condamné par le concile d’Antioche (264) siégeant pour juger l’hérétique évêque Paul de Samosate. Neale, History of the Holy Eastern Church, Patriarchate of Antioch, by Williams, p. 49. Voy. cependant la note ajoutée à l’ÉpÎtre d’Athanase. Ubi supra, p. 465-116.]

Non seulement cela, mais de nouveaux articles encore furent ajoutés, dans le but de mettre Arius et ses adhérents complètement en dehors de l’Église orthodoxe, tandis que, d’un autre côté, l’anathème était prononcé contre tous ceux qui professeraient des opinions hérétiques. Malgré la répugnance de beaucoup des délégués des Églises orientales pour des expressions susceptibles, comme le mot homoousion, d’une interprétation matérielle ; malgré le nombre de ceux qui étaient unis de cœur avec Eusèbe de Césarée et formaient le parti des semi-Ariens, la tactique du parti orthodoxe réussit, et la formule qu’il présenta fut acceptée par la presque totalité des membres du concile.

[Neander, IV, 20-24. Parmi les évêques convoqués au concile, se trouvait Grégoire l’Illuminateur, l’apôtre de l’Arménie. Incapable de pouvoir s’y rendre, il y envoya son fils, qui lui en rapporta les décrets. Cet homme vénérable, en lisant le symbole, fut rempli de joie et s’écria : « Louons maintenant Celui qui était avant que les mondes fussent, adorons la très sainte Trinité et la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, maintenant et à jamais. Amen ! » Ces paroles sont encore ajoutées au Symbole toutes les fois qu’on le dit dans l’Église arménienne. Dict. Christ. Biog., art. St. Gregorius (7).]

C’est le célèbre Symbole de Nicée, dont voici la teneur :

Nous croyons en un seul Dieu tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles, — et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c’est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non fait, consubstantiel au Père, — par qui toutes choses ont été faites, celles qui sont au ciel et celles qui sont sur la terre ; qui pour nous, hommes, et pour notre salut, est descendu du ciel, s’est incarné, a séjourné parmi les hommes, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et en reviendra pour juger les vivants et les morts. — Et au Saint-Esprit. — Quant à ceux qui disent qu’il y avait un temps où il n’était pas, qu’il n’était pas avant d’être engendré, et que le Fils de Dieu a été fait de rien, ou qu’il est d’une autre hypostase ou essence, ou créé, ou sujet à la mutabilité ou au changement, l’Église catholique les anathématisel.

l – Bingham, Antiq. of the Church., liv. X, chap. 4, § 14. Schaff. Nicene Christianity, 667-670. Il y a plusieurs variations de mots suivant les différentes sources. Le concile de Constantinople (381) développa plus tard ce Symbole.

Le lendemain, lorsque le concile se réunit de nouveau, Eusèbe de Césarée exprima en termes énergiques sa désapprobation de certains des articles nouveaux. Après plusieurs explications et par amour pour la paix, à ce qu’il dit, il finit par céder. Il satisfit les exigences de sa conscience en interprétant les mots, de façon à les faire concorder plutôt avec ses convictions personnelles qu’avec les intentions de ceux qui les avaient introduits dans le Symbole. D’autres firent comme lui.

Tout d’abord, dix-sept évêques, tous Ariens stricts, probablement, avaient refusé d’accepter la décision de la majorité. Mais lorsqu’ils surent que le Symbole serait publié au nom de l’empereur et revêtu de son autorité, et que le refus de se soumettre entraînerait la perte de leur place et des faveurs impériales, la plupart se soumirent. Deux évêques seulement et Arius demeurèrent fermes. C’étaient Théonas de Marmarica et Secundus de Ptolémaïs, qui repoussèrent absolument le nouveau Symbole. Au contraire, Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée, amis intimes d’Arius, l’adoptèrent, mais en refusant de souscrire à l’anathème qui le terminait, parce qu’ils ne croyaient pas, d’après ce qu’ils connaissaient des écrits ou des discours d’Arius, qu’il eût réellement enseigné ce dont on l’accusait.

Il restait à déterminer le temps de la célébration de la Pâque. Ici, l’unanimité fut plus grande encore, mais la partialité ne fut pas exclue non plus. On admit définitivement la règle occidentale ou romaine, et la supputation juive fut condamnée. Enfin, le concile excommunia les communautés et les particuliers qui, en Orient, refuseraient de renoncer à leurs usages traditionnels sur ce point. Tel était le chemin parcouru depuis le temps de Polycarpe et d’Anicet ! telle l’absence de charité provoquée par l’amour de l’uniformité !

On désigne sous le nom de Quartodécimains (c-à-d observateurs du quatorzième jour) ceux qui ne voulurent pas accepter cette dernière décision.

Tel fut le fameux Concile de Nicée. De trop bienveillants auteurs le dépeignent comme une vénérable assemblée, pleine de sagesse et de grâce divine, résolvant heureusement les questions graves et compliquées qui agitaient alors l’Église. C’est là, en effet, sinon ce qu’il fut, du moins ce qu’il aurait dû être. Les chefs de l’Église, qui se prétendaient les successeurs des apôtres, avaient là une belle occasion de montrer au monde comment des hommes oints du Saint-Esprit savent traiter et mener à bonne fin les affaires spirituelles. Beaucoup avaient expérimenté la bonne et la mauvaise fortune, beaucoup s’étaient montrés intrépides à l’heure de la persécution et portaient encore les témoignages de leur fidélité. Mais, hélas ! alors qu’il eût dû régner dans cette assemblée la dignité, la patience et la charité, on n’y vit que trop prévaloir la dispute et l’envie. Maintenir la vérité par un effort de l’intelligence, composer un symbole scripturairement fidèle, n’est que la moindre part de la tâche d’un chrétien. Si nous voulons vraiment défendre et propager la foi, il faut que ce soit une foi de cœur, se traduisant dans les œuvres, et non pas une foi de tête seulement. Peut-il y avoir, nous le demandons, une preuve plus manifeste de la dégénérescence de l’Église au ive siècle, que la conduite des évêques à Nicée ? Peut-il y avoir un spectacle plus humiliant que celui qu’il donna ? Comment ! il fallut que dans cette assemblée, agitée par l’intérêt et la passion, si entièrement oublieuse du principe fondamental de l’Évangile, un empereur encore à demi-païen donnât à des prêtres chrétiens des leçons de support, de courtoisie et de charité ! Avant la persécution de Dioclétien, l’Église s’était abandonnée à l’orgueil et à la mollesse. Mais ce passage par la fournaise sept fois ardente l’avait purifiée et rappelée à son devoir. Treize ans suffirent, semble-t-il, pour lui faire de nouveau perdre ces avantages… Encore n’étaient-ce pas seulement treize années de paix, mais aussi de richesse, de pouvoir et de faveur impériale, accompagnements trop étrangers, il faut en convenir, à sa vraie vie.

Dira-t-on que si le concile ne conserva pas dans sa conduite tout le décorum désirable, il n’en fit pas moins une œuvre digne de son caractère œcuménique, et qui doit lui mériter l’estime et la reconnaissance de la postérité ? qu’il arrêta le torrent de l’Arianisme, confirma la foi orthodoxe, et lui donna une formule qui pouvait servir de centre de ralliement à l’Église ? Nous l’accordons et ne voulons pas lui ménager les éloges qu’il mérite. Personne ne peut dire ce qui serait arrivé si le Symbole de Nicée n’avait pas été accepté. Mais, d’un autre côté, ne fermons pas les yeux sur le mal incalculable que cette uniformité obligatoire fit à l’Église, et n’oublions pas que la décision du concile fut bien loin de régler définitivement la question. La manière dont la discussion fut terminée, dit Neander, ne pouvait que conduire à des disputes nouvelles. Il n’y avait là aucune union de cœur, librement née d’une conviction intime et commune ; il y avait seulement un lien obligatoire et artificiel entre des hommes profondément séparés encore par des manières de voir différentes au sujet du Symbole, qui leur avait été imposé et qu’ils expliquaient diversement, suivant leurs tendances diverses. Quelques-uns, tout en recevant le mot controversé Homoousion, l’expliquaient par le mot Homoiousion (ὁμοιούσιος de substance semblable et non plus, par conséquent, de même substance), et accusaient de Sabellianisme ceux qui lui donnaient son sens propre et original ; ceux-ci, à leur tour, accusaient les premiers de Tri-théisme. »

Vers la fin du concile (il dura deux mois), Constantin invita les évêques à un banquet, à l’occasion du vingtième anniversaire de son règnem. A leur entrée dans le palais, les gardes les reçurent debout et les glaives tirés. Mais, cette fois, les hôtes les virent sans crainte. Quelques-uns des évêques s’assirent près de l’empereur, d’autres, à des tables placées des deux côtés de la sienne et plus bas. Eusèbe nous raconte qu’ils pouvaient à peine en croire leurs yeux, et qu’ils se sentaient disposés à croire que le règne de Christ avait déjà commencé. A la fin du repas, Constantin fit des présents à chacun d’eux, suivant leur rang. Mais celui auquel il fit le plus d’honneur fut Paphnutius. Il le prit dans ses bras, et embrassa l’orbite de l’œil que les bourreaux lui avaient arraché. Enfin, lorsque les évêques furent sur le point de rentrer dans leurs Églises respectives, il les convoqua de nouveau, les exhorta à n’avoir qu’un même cœur, à garder la paix entre eux, et à prier beaucoup pour lui, pour ses enfants et pour l’État. Puis il leur dit adieun.

m – Depuis la mort à York de Constance Chlore, son père.

n – Depuis la mort à York de Constance Chlore, son père.



Porte de Yeni-Cheher à Isnik, l’ancienne Nicée.

Le village turc d’Isnik occupe maintenant la place où se trouvait Nicée. L’ancienne splendeur de la ville a disparu depuis longtemps, mais la beauté du site est restée la même. Sir Charles Fellows, qui l’a visitée, il y a trente ans environ, après avoir décrit les taillis et les arbustes toujours verts qu’il traversa pour y arriver, les arbousiers, les lauriers-tin, les lauriers parfumant l’air, et les violettes, les hyacinthes et les anémones qu’il foulait aux pieds, parle de la ville même dans les termes suivants : « Au milieu de ce jardin, nous eûmes tout à coup le plus beau point de vue ; rien de grandiose, mais un ensemble tout à fait charmant. Au fond, l’Olympe aux sommets couverts de neige ; plus près de nous, une quantité de belles montagnes dont le pied baignait dans le plus tranquille des lacs, l’ancien Ascanius, long de dix milles et large de quatre. A l’extrémité méridionale, et magnifiquement situées, on pouvait voir les tours ruinées de la si célèbre Nicée. Au-dessous, et jusqu’à la rive du lac, une vallée riche et fort bien cultivée. » Travels and Researches in Asia Minor. London, 1852, pp. 82-83.

La porte que représente notre gravure est une des quatre principales de la ville. Encore debout, elle atteste la solidité des anciennes constructions romaines. Elle est du côté sud, et remonte à un demi-siècle environ avant la tenue du concile. Entre ces tours massives et sous cette arche ont donc passé, en arrivant de l’Asie Mineure, de la Syrie et de l’Egypte, des évêques avec leur cortège, des nobles et leurs serviteurs, des philosophes païens, des marchands et des gens de toute sorte, attirés par la grande assemblée de l’an 325.

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