Préparation évangélique

LIVRE VII

CHAPITRE III
PARALLÈLE DES MŒURS DES HÉBREUX : CE QU’ILS ONT PENSÉ DE L’AUTEUR ET CRÉATEUR DE L’UNIVERS

Maintenant que vous sont connues les mœurs des anciens, admirez les Hébreux montrant seuls au milieu de tant de peuples des mœurs tout opposées. Ils sont en effet les premiers et les seuls qui, dès le commencement du monde, suivant dans leurs recherches le flambeau de la raison, et portant un esprit droit dans la considération de la nature, comprirent que les premiers éléments des corps, la terre, l’eau, l’air, le feu dont ils voyaient que l’univers était composé, le soleil, la lune et les étoiles n’étaient pas des dieux, mais l’ouvrage d’un Dieu ; que la substance corporelle était, par sa nature, dépourvue, non seulement de raison, mais encore de vie, en tant que fluide et sujette à la corruption. Réfléchissant ensuite que l’ordre et la disposition admirables de ce monde peuplé d’animaux vivants, soit raisonnables, soit irraisonnables, ne pouvaient être attribués à une cause aveugle ; que ce qui avait animé les êtres ne pouvait être inanimé, ce qui avait donné la raison, être dépourvu de raison, qu’une maison ne pouvait d’elle-même se construire de bois et de pierres, ni un vêtement se tisser sans un tisserand, ni les villes et les républiques subsister sans lois et sans magistrats, ni le plus petit instrument se faire sans la main d’un ouvrier, ni un vaisseau voguer et arriver au port sans un pilote expérimenté, ils en tirèrent la conséquence que des éléments, qui de leur nature sont inanimés et sans raison, n’avaient pu obtenir la vie et la raison que par la sagesse d’un Dieu suprême. C’est par ce raisonnement et autres semblables que les auteurs de la religion juive parlant de la grandeur et de la beauté de l’univers qu’ils envisagèrent avec une intention pure et les yeux éclairés de l’âme, parvinrent à honorer le Dieu créateur.

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