Le manuel des chrétiens protestants - Émilien Frossard

PRÉAMBULE

Si nous pouvons quelque chose, c’est pour la vérité et non contre la vérité. 2 Cor., XIII, 8.

L’auteur de cet écrit n’est point un controversiste qui discute, ni un théologien qui délibère, ni un docteur qui décide ; simple croyant, il professe sa foi ; simple observateur, il l’expose. Il lui a semblé bon de rappeler aux protestants le principe de leurs croyances et la raison de leurs pratiques, afin qu’ils se sentent confirmés dans leur foi, justifiés dans leurs actes, et plus fortement intéressés à leur culte. Il importe que les fils de la Réforme deviennent de plus en plus de bons protestants.

Cet ouvrage a encore un autre but, à notre avis, très avouable : il peut servir à éclairer ceux qui, sans être nés dans notre sein, nous accordent cependant un fraternel mais vague intérêt. La lumière commence à se faire en France à l’endroit du protestantisme. Sous le régime de la loi, les protestants partagent tous les droits de citoyens français comme ils partagent leurs charges ; enfants de la commune patrie, ils ont part pour leur culte à une protection égale à celle qui est assurée à toute autre religion reconnue par l’État. L’opinion publique leur devient chaque jour plus favorable.

Toutefois, il existe encore à leur égard, même chez les meilleurs esprits, de déplorables préjugés. Ceux-là même qui les défendraient, au besoin, les méconnaissent encore étrangement, voyant en eux bien plutôt des chrétiens niant des erreurs et repoussant des superstitions, que des chrétiens affirmant des vérités, acceptant l’Évangile du salut, et s’efforçant de marcher sur les traces de Jésus-Christ. Ils s’associent de cœur à la courageuse persistance que les protestants ont mise à démolir l’édifice élevé dans les ténèbres du moyen âge, et ils méconnaissent l’œuvre lente, persévérante, énergique, difficile que les enfants de la Réforme s’efforcent d’accomplir en rétablissant la vérité positive du pur christianisme pour l’instruction et la régénération du monde. À ces esprits bienveillants mais peu éclairés, nous offrons la rapide exposition de nos affirmations chrétiennes, de nos pratiques positives.

Notre ouvrage peut aussi, au besoin, servir à nous défendre contre les attaques de ceux qui, après avoir établi une théorie protestante imaginaire, après nous avoir prêté des croyances qu’aucun de nous ne saurait accepter, se donnent la facile et complaisante satisfaction de nous réfuter et de nous combattre.

Ce n’est point avec l’arme meurtrière et quelque peu rouillée de la controverse que nous désirons repousser leurs attaques, mais par la voie plus patiente, plus humaine et plus chrétienne de l’apologie.

« Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth (Jean, I, 46.) ? » disait Nathanaël à ceux qui lui parlaient pour la première fois du Sauveur des hommes. « Viens et vois, » lui répondit Philippe ; et Nathanaël vint, il vit, il crut, il adora.

Venez et voyez ! Dirons-nous aussi à ceux qui nous condamnent sans nous connaître.

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