Le jour éternel

IV.
La vie des siècles à venir

Une vie qui n’en est réellement pas une, est le partage de la multitude. La seule vie qui soit digne de ce nom, appartient au petit nombre. Cette vie véritable, avec ses étranges et précieux secrets de joie ou de tristesse, est peu connue, — que dis-je ? A peine en soupçonne-t-on l’existence dans cette région où règne la mort.

Les hommes ne se demandent pas ce que c’est que vivre, ils songent seulement à jouir de l’existence. L’idée d’une vie intérieure qui se déploie en nous par l’action divine, comme la feuille et la fleur qui s’épanouissent avec beauté sous l’influence du soleil et de l’air, dépasse toutes leurs conceptions. Et cependant, qu’est-ce que la véritable vie de l’homme, sinon le développement de ses forces et de ses affections, l’expansion de son être moral tout entier sous l’influence vivifiante du Saint-Esprit ? Ce qui constitue la vie du chrétien, ce ne sont ni les circonstances extérieures dans lesquelles il se trouve, ni le commerce qu’il peut avoir avec les hommes et les choses qui l’entourent, car au terme de sa carrière, et au milieu même de ses plus beaux jours, il ne saurait dire véritablement : « Je vis, » ou « j’ai vécu. » La vie dans le sens chrétien, n’est pas un vain mot, c’est l’homme renaissant, grandissant, s’épanouissant, — l’homme tel que Dieu le forme et le développe.

Combien peu de gens qui vivent, ou qui même veulent vivre de cette vie !

Pour la plupart, la vie est encore un domaine à explorer. Ils ne savent pas, et le malheur est qu’ils ne se soucient pas de savoir quels en sont les véritables caractères et les immenses ressources. Ils regardent d’un œil superficiel ou distrait les bancs de sable et les rochers que les âges ont formés et entassés sur ses bords ; ils s’imaginent que les formes extérieures auxquelles s’arrêtent leurs pensées, est tout ce que l’on peut connaître de cette vie. Ils n’ont jamais cherché à pénétrer dans l’immense intérieur, pour considérer ses rivières, ses lacs, ses bocages, ses vallées, ses champs, ses agréables demeures ; ils se sont plutôt retirés quand d’autres ont voulu leur en parler.

Mais si la vie est une région inconnue de la plupart, elle ne l’est pourtant pas de tous. Quelques-uns, quoique en très petit nombre, l’ont reconnue et en ont profité. Ils ont compris que la vie ne peut se trouver ailleurs que dans la reconnaissance de l’amour du Dieu qui les a créés. « Il y a toute une vie en sa faveur. » Jouir de l’existence et jouir de la faveur divine, sont deux choses tout à fait différentes. Dans le premier cas, c’est éprouver une satisfaction naturelle et charnelle ; dans le second, c’est faire l’expérience de la grâce, et nous possédons la grâce seulement lorsque nous sommes mis en rapport avec Dieu.

Cette vie nous a été donnée gratuitement ; elle est descendue du ciel comme la manne dont les Israélites furent rendus participants dans le désert. Nous ne l’avons pas achetée, ni méritée. Elle nous coûte ce que coûta la manne à Israël, la peine de la recueillir. Elle nous coûte ce que coûte aux corbeaux leur nourriture, ou aux lis des champs leur forme gracieuse. Nous avons travaillé longtemps et péniblement pour ce que nous croyions être la vie, nous avons creusé jusqu’aux entrailles de la terre pour en faire sortir quelque chose qui pût au moins porter le nom de vie, et nous en étions encore à poursuivre le même but lorsque, regardant en haut, nous vîmes la véritable vie descendre comme une onde rafraîchissante et abondante sur nous. Dès lors, nous comprîmes la stérilité de nos œuvres, et nous fûmes disposés à recevoir comme un pur don du ciel la rosée vivifiante. Nos âmes trouvèrent de quoi se désaltérer. Nos cœurs s’ouvrirent et furent remplis. Oh ! quel bonheur ! Tous nos propres efforts avaient échoué. Nous avons cessé de compter sur nous-mêmes, nous avons consenti à ce que Dieu fit son œuvre, et dès ce moment nous avons été satisfaits. L’amour de Dieu s’est répandu dans nos cœurs, et nous avons senti qu’auprès de lui était la vie et qu’il était lui-même « la source de la vie. » Maintenant, cette source s’est produite en nous. Jésus en parle comme d’une fontaine d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle, et nous sommes abreuvés de cette eau sans qu’il nous en coûte rien. Tandis que nous sommes encore ici-bas, nous possédons cette vie dans une faible mesure. Elle rencontre des obstacles qui lui font opposition ; comme tout ce qu’on appelle vie dans ce monde périssable, elle est perpétuellement en lutte avec le principe de la mort. Notre sol et notre climat ne lui sont pas favorables ; c’est une plante trop céleste dans sa nature pour qu’elle puisse jamais s’acclimater ici-bas. Mais quoique imparfaite sous certains rapports, elle n’est pas moins d’un prix infini ; « elle est plus précieuse que les perles, et toutes les choses désirables ne la valent point… (Proverbes 3.15).

Ce n’est pas une vie incomplète. Elle remplit et rassasie l’âme. Elle comble tous les vides. Elle est une vivante réalité, et porte tous les caractères de la vérité. L’homme qui a le bonheur de la posséder, éprouve ce « repos fort tranquille » dont parle le Prophète. Il n’a plus besoin de se tourmenter, de se plaindre, de s’étonner, ou même de se demander avec anxiété : « Qui me fera voir des biens ? » (Psaumes 4.6). Car il a trouvé les vrais biens ; en sorte que rien ne lui manque.

Ce n’est pas une vie inconstante. Elle s’enracine en nous et y demeure. Dans son action comme dans ses résultats elle ne se rend point sujette aux variations ni aux caprices de notre nature. Sa stabilité et sa fermeté se démontrent tellement, que celui qui en est rendu participant sait qu’elle ne se changera pas en ombre ou en vapeur.

Ce n’est pas une vie étroite ou concentrée. Elle est grande et étendue comme le cœur de celui duquel elle procède. Elle embrasse notre existence tout entière. Elle a une tendance à se répandre, tellement qu’elle élargira le cercle de nos affections pour y déployer toute sa vertu.

Ce n’est pas une vie égoïste. Elle ne dispose point l’âme à se replier sur elle-même de manière à ce qu’elle soit occupée uniquement de ses propres intérêts. Elle donne libéralement, désirant faire partager à tous les hommes sa santé et sa joie. Elle est pleine d’une tendre sollicitude pour ces esprits malades ou affamés qui cherchent dans ce pauvre monde « des choses qui ne nourrissent point, » « les gousses des pourceaux. » Enfin, elle leur offre de ses propres ressources et les invite instamment à se nourrir de ces « biens meilleurs et permanents. »

Ce n’est pas une vie oisive. Déjà sa raison d’être devient pour elle une nécessité de se rendre utile. On ne peut empêcher que le soleil donne sa lumière ; de même il faut que la vie s’exerce, se communique. « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive découleront de son ventre. » C’est une vie active, bienfaisante, et qui suit paisiblement son cours sans s’arrêter. Elle a les mains remplies de bénédictions, car ce sont des fleuves, et ce n’est pas dans sa nature de jouer un rôle passif ; elle n’est ni indifférente, ni chiche dans ses communications.

Ce n’est pas une vie mélancolique. « Une joie ineffable et glorieuse », est la portion de tous ceux en qui elle demeure. Cette source de vie qui se répand en torrents de délices, est intarissable ; l’eau qui nous désaltère, est toujours cristalline, toujours abondante. Elle n’a jamais rendu un cœur triste, tandis qu’elle en a réjoui des multitudes innombrables.

Et cependant, combien peu réalise-t-on cette vie ici-bas ! Quelques feuilles se sont détachées de l’arbre de vie, et en nous les appliquant, nous avons été soulagés et guéris. Mais l’arbre lui-même est au ciel, et nous attendons encore le jour où nous serons assis sous son ombre. Toutefois, ce jour viendra, et avant qu’il soit longtemps. Celui qui « nous a fait connaître le chemin de la vie » (Psaumes 16.11), nous conduira jusqu’à l’arbre de vie, afin que nous puissions, non seulement jouir de ses feuilles ou de son ombre, mais aussi de ses fruits, et nous en nourrir à tout jamais. « Quand Christ, qui est notre vie, apparaîtra, cette vie sera alors révélée dans sa plénitude. Nous savons déjà qu’il est notre vie, car c’est pour lui, par lui, et en lui que nous vivons. Mais, c’est à un faible degré que nous le possédons. Le lac qui est à l’intérieur, quelle que soit la transparence et la profondeur de ses eaux, est bien peu de chose en comparaison de l’immense Océan. C’est une chose précieuse que de pouvoir dire : « Je vis, non pas moi pourtant, mais Christ vit en moi, et ce que je vis maintenant en la chair, je le vis en la foi du Fils de Dieu » (Galates 2.20). Mais il nous sera infiniment précieux de pouvoir dire en la grande journée : « Ta face est un rassasiement de joie ; il y a des plaisirs à ta droite pour jamais » (Psaumes 16.11). Nous tenons pour certain que « celui qui a le Fils, a la vie, » et nous en faisons l’heureuse expérience. Mais comprendre ces paroles dans toute leur étendue, connaître le Fils comme il nous a connus, le voir tel qu’il est, c’est ce qui nous est réservé pour un autre temps. Lorsque nous serons abreuvés au fleuve de ses délices, nous posséderons la vie dans toute sa force, dans toute sa plénitude, avec toutes ses joies ravissantes qui en découlent. Si déjà « la vie de Jésus est manifestée dans notre chair mortelle » (2 Corinthiens 4.10), ou, pour le dire en d’autres termes, si la vie de Christ produit en nous des effets si extraordinaires, si sensibles pendant que nous sommes encore entourés de corruption, quelle ne sera pas sa manifestation lorsque ce « corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité, et que notre mortalité sera absorbée par la vie ! » (2 Corinthiens 5.4) Au lieu d’une lutte continuelle entre la vie et la mort, lutte souvent opiniâtre, où la vie, obscurcie et affaiblie par les résistances qu’elle rencontre, semble ne remporter qu’une victoire incomplète, au lieu de cela, ce sera la manifestation la plus complète, la plus glorieuse de cette vie du lieu vivant, de celui-là même qui tient encore en réserve des trésors inénarrables qui, pour être connus et justement appréciés, ont besoin de se répandre dans toute l’éternité.

Toutes les choses dont nous entretient l’Ecriture, ayant rapport à cette vie, sont éternelles. Elles ne sont sujettes à aucun changement. Il n’y a ni commencement ni fin de vie. Nous avons à considérer :

La vie en elle-même. Elle est constamment appelée la vie éternelle. La manière dont elle nous est présentée, les termes par lesquels Dieu veut nous rendre sensibles à cette vérité, sont tellement clairs et tellement rassurants, que le doute ou l’incertitude ne sont plus possibles à celui qui croit. En sorte que la conviction d’une vie impérissable, d’une vie éternelle, demeure inébranlable.

Celui duquel elle procède. Il est éternel, « le même hier, aujourd’hui et éternellement. » En parlant du Verbe, il est dit : « En lui était la vie » (Jean 1.4). Il s’appelle lui-même la vie éternelle : « Il est le vrai Dieu et la vie éternelle » (1 Jean 5.20). Il faut donc que notre vie soit véritablement éternelle. Comme Dieu ne peut mourir, nous ne le pouvons non plus, car il est notre vie.

La joie qui lui est associée. Elle est éternelle (Psaumes 16.11). La vie et la joie s’unissent inséparablement. Elles forment une étoile double qui rayonne d’une beauté merveilleuse. La vie et la joie ! Qui, ou qu’est-ce qui pourrait les mettre en division ? Rien dans ce monde ni dans celui qui est à venir.

La couronne de vie. Elle est immortelle. Elle est appelée tantôt « la couronne de vie, » tantôt « la couronne de justice » (Jacques 1.12 ; 2 Timothée 4.8) ; quelquefois « la couronne incorruptible, » d’autres fois « la couronne de gloire « (1 Corinthiens 9.25 ; 1 Pierre 5.4). Mais quel que soit le nom qu’on lui donne, il n’y a rien qui indique qu’elle doive se ternir ou tomber de notre tête. Elle est inflétrissable ; c’est une gloire souverainement excellente, dont le poids et l’éclat, bien loin de diminuer, iront au contraire en augmentant. La couronne « ne s’use pas, » pour parler à la façon des hommes, bien qu’on la porte sans cesse.

L’arbre de vie. C’est un arbre qui conserve, de siècle en siècle, sa riche verdure, et qui rend son fruit chaque mois. Il nous couvrira de son ombre, et quel délicieux repos n’y trouverons-nous pas ! Et tandis que nous jouirons du bienfait de son superbe feuillage, nous éprouverons que « son fruit est doux à notre palais » (Cantique des cantiques 2.3). Or, peut-on, trouver quelque trace de la mort ou de la maladie dans le lieu même où il est planté ? Aucune, puisqu’il y répand partout la vie et la santé. En sorte qu’aucun de ses heureux habitants ne dira : « Je suis malade. » Toute maladie de l’âme comme du corps sera désormais impossible. Notre jeunesse sera renouvelée comme celle de l’aigle d’âge en âge.

L’eau vive ou l’eau de la vie. Il en est parlé quelquefois comme d’une fontaine, et quelquefois comme d’un fleuve. Considérée sous ces deux aspects, elle est éternelle. Ici c’est une « fontaine d’eau vive, » là c’est un « fleuve d’eau vive, transparent comme du cristal ; » il « sort du trône de Dieu et de l’Agneau. » Ce n’est plus seulement un courant d’eau jaillissant du rocher qui a été frappé et qui nous suit dans le désert, c’est une rivière ou un fleuve qui prend sa source dans le trône de Dieu, c’est la plénitude de la vie qui se répand en torrents de joie de tous côtés. « Les ruisseaux de la rivière réjouiront la ville de Dieu, qui est le saint lieu où demeure le Souverain » (Psaumes 46.4).

Tels sont les différents aspects sous lesquels l’Ecriture nous présente la vie éternelle. Chacun d’eux est plein d’une joie ravissante, et nous donne l’assurance que pas une ombre de la mort ne planera jamais sur cette terre qui doit être notre héritage. Il n’y aura absolument que la vie dans toute sa perfection, la vie dans toute sa plénitude, la vie dans son excellence incorruptible ! Oui, « le don de Dieu c’est la vie éternelle, » — « laquelle Dieu, qui ne peut mentir, avait promise avant les temps éternels » (Tite 1.2).

Cette vie peut être envisagée encore sous un double point de vue. Il en est parlé quelquefois comme d’une chose que nous possédons actuellement, et d’autres fois comme d’une chose que nous ne possédons qu’en espérance. Ces deux points de vue ne se contredisent nullement. Nous possédons la vie, car il est écrit : « Celui qui croit a la vie ; » nous la posséderons, car il est dit « qu’ayant été justifiés par sa grâce, nous sommes faits les héritiers de la vie éternelle selon notre espérance (Tite 3.7). D’une part, nous obtenons la vie éternelle, nous en jouissons actuellement quand nous recevons le témoignage que Dieu en a rendu ; de l’autre, nous l’attendons comme une chose à venir, dont nous n’avons pas encore la jouissance. Mais ne faut-il pas que l’espérance que nous en avons soit accompagnée d’un saint empressement ? car nous sommes obsédés par tant d’obstacles qu’il semble que nous soyons toujours en danger de la perdre. Nous savons bien que nous y parviendrons, car nous ne périrons jamais, et le Rédempteur a déclaré lui-même que personne ne nous ravirait de ses mains. Toutefois nous avons tant de peine à la retenir, nous avons tellement à lutter pour nous préserver de toute contagion délétère, nous sommes si souvent obligés de chercher un refuge contre l’orage qui menace d’éteindre le lumignon de notre foi, que par moments nous sentons tout au plus une étincelle de vie dans nos âmes. Nous comprenons alors que ce n’est pas sans raison qu’il est dit du juste qu’il ne se sauve que difficilement. » Mais quand l’espérance réalise son objet, tous ces obstacles disparaissent : les angoisses et les périls de la traversée sont passés, nous sommes heureusement sur le rivage. Dès lors il n’est plus à craindre qu’aucun ennemi vienne nous disputer la vie éternelle, il n’est plus question de résister aux attaques du tentateur pour la maintenir ; mais nous la possédons, nous en jouissons sans distraction et avec une sérénité parfaite. Elle nous environnera de sa pure atmosphère ; elle nous ravira de beauté et de joie, et alors nous verrons accomplie, dans toute l’étendue de sa signification, cette parole de l’Apôtre : « La mort est engloutie en victoire. »

L’on sent que les paroles du Seigneur lui-même ont un sens sublime et profond : « Je suis venu afin qu’elles aient la vie, et qu’elles l’aient même en abondance, dit-il en parlant de ses brebis » (Jean 10.10). Son but n’était pas simplement de rallumer l’étincelle qu’avaient éteinte nos premiers parents ; il voulait allumer une lumière comme on n’en vit jamais de pareille ni dans le ciel, ni sur la terre. La mort du Rédempteur ne devait pas être seulement la rançon de notre vie, mais aussi le prix d’une vie bien plus noble que celle qu’Adam a perdue. C’est le « Prince de la vie » lui-même qui donne sa vie. Or, ce sacrifice qu’a bien voulu s’imposer le « Prince de la vie » ne pouvait avoir que des résultats étonnants et glorieux. C’est la vie qui coule avec abondance de son sein percé. Quoi de plus merveilleux en effet que le fruit d’une telle mort ?

C’est une vie toujours plus abondante qui fait l’objet de notre espoir. Elle ne demande qu’à se déployer. Quand elle aura commencé de se produire au dehors, elle continuera à se répandre sans empêchement et sans interruption pendant les heures innombrables du jour éternel, « Notre vie est cachée avec Christ en Dieu » (Colossiens 3.3). Elle demeure ainsi cachée et sûrement gardée en attendant le jour où elle sera pleinement manifestée. Jusque-là nous ne pouvons dire quel trésor se trouve renfermé en Christ. Il nous est conservé intact, étant en dehors des atteintes de l’homme, en dehors de tout danger. « Caché avec Christ, » et « en Dieu, » il est doublement gardé, puisqu’il est caché en Celui qui est lui-même dans le sein du Père.

Il faut nous préparer et travailler en vue de cette vie immortelle, et c’est ce que L’Apôtre appelle : « Semer pour l’Esprit » (Galates 6.8). De même qu’en semant pour la chair nous obtenons pour résultat « la corruption ; » de même, en semant pour l’Esprit, nous avons pour résultat « la vie éternelle. » Dieu nous proposant ainsi une magnifique moisson, nous devons être diligents et soigneux en ce qui concerne le travail de la foi ; car, « ce que nous aurons semé, nous le recueillerons aussi. » Nous n’avons pas à nous demander quels sont les différents degrés qui peuvent exister dans la vie éternelle ; cependant nous pouvons inférer des paroles de l’Apôtre, que les uns la posséderont dans une plus grande mesure que les autres. Quel motif n’avons-nous pas d’être scrupuleux dans notre travail ! Autant nous devons nous garder de semer pour la chair, autant devons-nous être appliqués à semer pour l’Esprit.

Nous semons pour la chair quand nous recherchons le bien-être de cette terre ou que nous nous laissons emporter par le courant du monde même dans les affaires qui sont légitimes. Nous semons selon la chair quand nous vivons dans la mollesse ou dans la dissipation. Nous semons pour la chair quand nous prenons nos aises et que nous recherchons notre propre satisfaction au lieu de renoncer à nous-mêmes et de travailler pour le bien de nos semblables. Nous semons pour la chair quand nous « aimons le monde, » quand nous traitons alliance avec lui, et que nous nous conduisons à sa manière.

Que de fois nous arrive-t-il de nous trouver dans ces dispositions. En suivant ainsi les penchants du vieil homme, nous perdons de vue le but de notre vocation et nous oublions que « la corruption » est tout le fruit qui peut nous en revenir. « L’affection de la chair produit la mort ; mais l’affection de l’Esprit produit la vie et la paix. »

Il suit de là que pour nous rappeler notre folie, Dieu est obligé de nous faire sentir le coup de sa verge. Il nous frappe de telle manière qu’il nous réveille et nous fait voir tout l’odieux de notre mondanité. Il ne retirera sa main que lorsque nous aurons compris la leçon qu’il veut nous donner, ou lorsqu’il nous aura montré que ce péché n’est pas moins détestable à ses yeux qu’il est funeste à nos âmes. Alors nos yeux sont ouverts sur la vanité de nos œuvres, et nous rentrons dans une meilleure voie ; nous semons pour l’Esprit avec l’assurance que nous moissonnerons de l’Esprit la vie éternelle.

Prenons donc garde comment nous semons. Chaque journée de travail nous prépare pour la récolte à venir. La moisson sera-t-elle grande ou petite ? La question n’est pas de savoir s’il y en aura une (car nous croyons qu’il y en aura une) ; mais sera-t-elle abondante ? Nos greniers regorgeront-ils ? L’entrée dans le royaume éternel nous sera-t-elle largement ouverte, ou bien sera-t-elle très étroite ? Sera-ce simplement le glanage de quelques épis maigres, ou bien la récolte d’une abondante moisson ?

Conduisons-nous selon L’Esprit, et que les fruits de l’Esprit se produisent en nous plus mûrs et plus abondants que jamais, sachant que « celui qui sème pour l’Esprit, moissonnera de l’Esprit la vie éternelle. » Le rapport qu’il y a entre la semaille et la moisson, n’est pas illusoire. Notre manière de vivre de chaque jour trouvera son correspondant dans la vie éternelle. Nous devons être circonspects et travailler avec un désir empressé pour le Seigneur, en mangeant, s’il le faut, le pain de la douleur ; car si maintenant « nous semons avec larmes, » il est certain que plus tard « nous moissonnerons avec chant de triomphe » (Psaumes 126.5).

Enfants de Dieu, ô vous qui êtes les héritiers de la vie à venir ! gardez toujours en vue l’éternelle moisson. Votre travail sera trop bien récompensé pour qu’il vous soit permis de perdre seulement une heure. N’épargnez aucune peine, ne regrettez aucun sacrifice. « Sème ta semence dès le matin, et ne laisse pas reposer tes mains le soir » (Ecclésiaste 9.6). Il faut donc que nous redoublions de vigilance, de zèle et d’activité, considérant d’un côté, que les jours sont courts et mauvais, et de l’autre, que la venue du Seigneur est proche.

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