Commentaire sur les Actes des Apôtres

Chapitre IV

Nous avons principalement trois choses à considérer en cette narration. Premièrement, qu’aussitôt que la vérité de l’Evangile se manifeste, Satan vient à l’opposite pour y résister en toutes les sortes qu’il peut, et fait tous ses efforts pour l’opprimer en ses commencements. Puis après, que le Seigneur munit les siens d’une force invincible, afin qu’ils demeurent fermes et constants contre toutes les machinations de Satan, et qu’ils ne quittent point la place à la violence des méchants. Finalement, il nous faut considérer l’événement ; que combien qu’il semble avis que nos adversaires soient en autorité, et que tout le gouvernement soit entre leurs mains, et qu’ils ne laissent rien pour abolir et effacer la mémoire du Seigneur Jésus ; et au contraire, que les ministres de la pure doctrine soient comme brebis dans la gueule des loups ; si est-ce toutefois que Dieu étend le Royaume de son Fils, entretient la lumière de son Evangile qu’il a allumée, et maintient le salut des siens. Par quoi, toutes les fois que la doctrine de l’Evangile en son commencement sera assaillie de diverses émotions, et que son cours sera troublé de plusieurs empêchements, il ne faut point que les cœurs fidèles soient ébranlés ou étonnés comme d’une chose non accoutumée, mais plutôt qu’ils se souviennent que ce sont des efforts ordinaires de Satan ; et même nous devons avoir ceci bien prémédité en nous, avant qu’il advienne, qu’il ne se peut faire autrement que Satan ne manifeste sa haine, toutes les fois que Christ se présente en avant avec sa doctrine. Cependant considérons que la constance des apôtres nous est proposée pour exemple, à ce que nous ne nous laissions vaincre par aucuns dangers, ou menaces, ou étonnements, et ne reculions de la profession de foi laquelle Dieu requiert de nous. Ajoutons avec ceci la consolation, qu’il ne nous faut point craindre que le Seigneur ne nous donne bonne issue, quand nous aurons fait fidèlement notre office.

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Mais comme ils parlaient au peuple, les sacrificateurs, le commandant du temple et les sadducéens survinrent,

Il apparaît par ceci, combien les méchants veillent soigneusement ; pour ce qu’ils se trouvent tout à point pour fermer la bouche aux serviteurs de Jésus-Christ. Car il ne faut point douter qu’ils ne soient accourus comme pour éteindre le feu. Et c’est ce que saint Luc signifie, quand il dit que le capitaine du temple y est survenu ; et ajoute qu’ils étaient en grande peine de ce que les apôtres enseignaient. Ils ne sont donc, point survenus par cas fortuit, mais de propos délibéré pour faire taire les apôtres de leur autorité. Ils ont cependant quelque apparence de droit et équité. Car si quelqu’un s’ingérait follement, l’office des Sacrificateurs était de réprimer une telle audace et outrecuidance ; et avec ce d’entretenir le peuple en l’obéissance de la Loi et des Prophètes, et de fermer l’entrée à toutes nouvelles doctrines. Quand donc ils entendent dire qu’il y a des hommes inconnus, n’ayant aucune autorité, qui prêchent et enseignent le peuple au temple, il semble bien qu’ils se mettent en leur devoir selon ce que requérait leur office, voire le commandement et ordonnance de Dieu pour donner remède. Et de fait, on ne peut pas de prime face apercevoir en ce qu’ils font, chose qui ait mérité répréhension. Mais la fin et l’issue montre bien que leur entreprise était méchante, et leur zèle pervers.

D’avantage, il a été bien difficile aux Apôtres, d’éviter cette note de blâme et mauvaise renommée, de ce qu’étant gens de basse condition et de nulle estime entre les hommes, ils osaient usurper autorité en public. Voire, pour ce que quand les choses sont confuses, il faut nécessairement attenter plusieurs cas outre la coutume, et surtout quand il est question de maintenir la religion et le pur service de Dieu ; pour ce aussi que les prélats en ferment le chemin, et même s’élèvent contre Dieu par l’autorité qu’ils ont reçue de Dieu. Il faut bien que les fidèles serviteurs de Christ, qui combattent pour la vérité, passent plusieurs blâmes semblables en la Papauté. Car mille saisons et années couleront l’une après l’autre, avant que telles gens viennent à quelque meilleur amendement et correction. Et pourtant S. Luc s’arrête en cet endroit, quand il dit qu’ils étaient marris et angoissés de ce que la résurrection était annoncée au nom de Jésus-Christ. Car il s’ensuit de cela, qu’ils étaient préoccupés de haine de la doctrine, devant que d’entrer en connaissance de cause. Il fait expressément mention des Sadducéens, comme ceux qui avaient plus grand cœur à cette matière. Car aussi étaient-ils presque une partie des Sacrificateurs. Mais pour autant qu’il était ici question de la résurrection, ils s’y opposent plus aigrement que tous autres. Au reste, c’a été une confusion monstrueuse entre les Juifs, que cette secte si profane était constituée en autorité. Car quelle crainte de Dieu y pouvait-il avoir de reste, ou quelle religion, quand l’immortalité des âmes était réputée comme une fable, et qu’une telle impiété demeurait impunie ? Mais il faut que les hommes soient précipités en une telle confusion, quand ils ont souffert que la pure doctrine de Dieu se corrompe entre eux. D’autant plus nous devons-nous diligemment garder de tous détournements pervers, afin qu’il ne s’en ensuive une telle chute. Quant au capitaine du temple, aucuns pensent qu’il était élu d’entre les Sacrificateurs. Mais il me semble plutôt que ce fut un tribun de la garnison des Romains. Car c’était un lieu fort, tant de nature que par artifice. D’avantage, Hérode y avait fait bâtir une forteresse, laquelle il nomma la forteresse Antonia. Ainsi il est facile à penser qu’il y avait garnison assise, et qu’il y avait un capitaine ou gouverneur Romain pour gouverner le temple ; de peur que ce ne fut une retraite pour les Juifs, s’ils eussent ému quelque sédition. Ce que même on peut recueillir de Josèphe. Et ceci convient très bien, que les ennemis de Christ ont imploré le bras séculier, sous couleur d’apaiser le tumulte. Cependant ils recherchent la faveur des Romains, comme s’ils eussent été soigneux de garder le droit de l’empire.

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fort en peine de ce que ces gens-là enseignaient le peuple, et annonçaient en Jésus la résurrection d’entre les morts.

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Et ils mirent les mains sur eux et les jetèrent en prison jusqu’au lendemain ; car c’était déjà le soir.

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Mais beaucoup de ceux qui avaient entendu la parole crurent, et le nombre des hommes s’éleva à environ cinq mille.

Il est vrai que les apôtres sont enserrés en prison, mais leur prédication étend sa vertu et efficace bien loin ; et le cours de celle-ci trouve avancement. De quoi S. Paul se glorifie magnifiquement, que la Parole n’est point liée avec lui. Par ceci nous voyons que la bride est bien lâchée à Satan et aux méchants pour exercer cruauté horrible contre les enfants de Dieu ; toutefois quelque machination qu’ils fassent, ils ne peuvent faire que Dieu n’avance le Royaume de son Fils, que Christ ne rassemble ses brebis, que peu de gens sans aucune force ni aide, ne montrent plus de puissance par la seule voix de leur bouche, que ne fera tout le monde écumant sa rage à l’encontre. C’est bien ici une œuvre excellente de Dieu, qu’une seule prédication a apporté un si grand fruit. Mais ceci est digne de plus grande admiration, qu’un danger si grand et si éminent n’empêche point les fidèles d’embrasser la croix du Fils de Dieu, avec la foi de celui-ci. Car ceci est un commencement bien dur et âpre pour des apprentis. Mais Christ démontre beaucoup mieux par cette efficace de doctrine qu’il est vivant, que s’il donnait son corps à toucher, et s’il le présentait visible et manifeste devant les yeux des hommes. Au surplus, quant à ce qui est ici expliqué, que le nombre des fidèles et croyant crût bien environ de cinq mille hommes, je ne l’entends point d’une croissance nouvelle, mais de toute l’Eglise[a].

[a] Calvin veut sans doute dire que l’effectif de l’Eglise atteignit 5000 hommes et non qu’il augmenta de 5000 hommes.

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Mais il arriva le lendemain que les chefs des Juifs, les anciens et les scribes s’assemblèrent à Jérusalem,

Il nous faut ici noter que les méchants ne négligent aucune finesse ou astuce pour abolir l’Evangile et la mémoire de Jésus-Christ, et nonobstant n’obtiennent point ce qu’ils espéraient pour ce que Dieu brise et dissipe leurs entreprises. Car ils sont une assemblée en laquelle ils se portent tellement en tyrans, que cependant leur appétit désordonné a quelque apparence d’équité, et la liberté est chassée bien loin, et finalement on pourrait penser que la vérité est condamnée à bon droit. Mais Dieu leur envoie une frayeur soudaine, qu’ils n’osent faire ce qu’ils peuvent et désirent grandement. Tout ce que les apôtres auront allégué pour la défense de leur cause, demeurera enclos entre les parois et enseveli, vu qu’il n’y a personne qui leur favorise. Ainsi la vérité n’a point de lieu. Toutefois nous voyons comment le Seigneur dissipe leur conseil, quand la crainte qu’ils avaient du peuple, les garde de passer outre. Or c’est merveilles de ce que S. Luc fait ici Anne grand Sacrificateur, vu qu’on peut connaître par Josèphe que cet honneur n’a point été ôté à Caïphe, jusques à ce que Vitellius eût fait son entrée en Jérusalem avec autorité, après que commandement fut fait à Pilate d’aller à Rome. Tous sont d’accord que le Seigneur Jésus fut crucifié le 18e an de l’empire de Tibère. Jusques à la fin de son empire on compte encore 4 ans. Il faut nécessairement que pour le moins il y eut trois ans depuis la mort de Jésus-Christ jusques au temps que Pilate fut déposé de son office de gouverneur. Car il ne vint point à Rome sinon après que Tibère fut mort. Ainsi Caïphe était encore Sacrificateur trois ans après la mort de notre Seigneur Jésus. Par quoi il est probable que ce que explique ici S. Luc, n’est pas advenu tout soudain après la résurrection de Christ. Toutefois encore n’aurons-nous pas entière solution de toute la difficulté en cette sorte. Car Josèphe dit que Jonathas fut substitué au lieu de Caïphe. Mais pour ce que ce Jonathas était fils d’Anne, il est vraisemblable que le nom de son père lui fut aussi donné. Comme aussi Caïphe avait deux noms ; car on l’appelait aussi Josèphe.

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avec Anne le souverain sacrificateur et Caïphe et Jean et Alexandre, et tous ceux qui étaient de la race des souverains sacrificateurs ;

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et les ayant fait comparaître au milieu d’eux, ils leur demandaient : Par quel pouvoir, ou au nom de qui, avez-vous fait cela, vous ?

Voici encore comment ils se couvrent du zèle de Dieu. Car ils font semblant d’en être soigneux, et de se donner bien garde que l’honneur de Dieu ne soit transféré ailleurs. Ce mot de Nom est ici pris pour autorité. En somme, ils font comme s’ils étaient grands zélateurs et bons protecteurs de la gloire de Dieu. Cependant on voit en eux une merveilleuse importunité, quand en réitérant souvent mêmes interrogatoires, et sur une chose indubitable, ils veulent contraindre les apôtres de se dédire, et par crainte tirer autre chose d’eux qu’ils n’avaient confessé. Mais Dieu se moquant de leur ruse, fait qu’ils aient des choses autres qu’ils ne voudraient.

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Alors Pierre ayant été rempli d’Esprit saint leur dit : Chefs du peuple et anciens,

Ce n’est point sans cause que S. Luc a ajouté ceci expressément ; c’est afin que nous sachions que ce que S. Pierre a parlé si magnifiquement et hautement, n’a point été de soi-même. Et de fait, lui qui avait été fort ébranlé à la voix d’une simple femme, voire en sorte qu’il en a renié Jésus-Christ, (Mathieu 26.70) comment n’eût-il été du tout abattu au seul regard d’un tel Sénat, et voyant une telle magnificence, s’il n’eut été redressé par la vertu du Saint Esprit ? Il est certain qu’il avait bon besoin de prudence et de force. Et nous voyons comment il est tellement garni de l’une et de l’autre, que sa réponse est vraiment Divine. Il est ici tout autre qu’il n’était auparavant. Au surplus, ceci nous apporte double profit. Car ce témoignage sert grandement à faire valoir la doctrine qui s’ensuit tantôt après, quand il est dit qu’elle est du saint Esprit. De plus, nous sommes exhortés de demander au Seigneur l’Esprit de force et de prudence, par lequel nos cœurs et entendements soient gouvernés, toutes les fois qu’il nous faudra faire confession de notre foi. Quand il est dit qu’il était rempli du saint Esprit, par cette plénitude est entendue une mesure abondante, et plus que de coutume.

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puisque nous sommes aujourd’hui recherchés pour avoir fait du bien à un homme malade, afin de savoir par quel moyen il a été sauvé ;

Il ne faut point douter que saint Pierre n’accuse ici les Scribes et Sacrificateurs d’ingratitude ; d’autant qu’ils font une enquête inique d’un bienfait et œuvre digne de grande louange ; comme si les apôtres eussent perpétré quelque forfait horrible. Si nous sommes examinés comme coupables, dit-il, pour ce qu’un homme impotent a été guéri par nous. Saint Pierre regarde ici un zèle pervers et affection maligne plutôt que l’ordre de l’enquête. Car s’ils eussent voulu détourner le peuple du pur service de Dieu sous ombre de ce miracle, les Scribes et Sacrificateurs eussent eu bonne cause de les appeler pour rendre raison de ce qu’ils avaient fait. Car la religion est sans comparaison plus excellente que tous les biens de la vie présente. Mais d’autant que n’ayant aucune cause ni raison, ils prennent malicieusement pour crime ce qu’ils devaient grandement honorer, S. Pierre s’appuyant sur cette confiance, les piquant les reprend à bon droit du commencement, de ce qu’ils sont là juges pour condamner les bienfaits. Toutefois il ne s’arrête guère sur ceci ; et c’est afin qu’il se fasse ouverture à la matière.

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qu’il soit notoire à vous tous, et à tout le peuple d’Israël, que c’est par le nom de Jésus-Christ le Nazaréen, que vous avez crucifié, que Dieu a ressuscité des morts ; c’est par lui que cet homme se présente devant vous bien portant.

Comme j’ai déjà montré, S. Pierre pouvait bien chercher des échappatoires, s’il n’eût voulu entrer en matière. Mais pour ce que le miracle avait été fait, afin que la renommée du Seigneur Jésus fut répandue, il tombe tout soudain sur ceci. Car il savait bien qu’il avait été ministre d’une si grande et excellente vertu de Dieu, afin que ce lui fut un sceau pour confirmer sa doctrine. Cependant les méchants sont contraints d’entendre ce qu’ils eussent bien voulu être tout à fait enseveli. En machinant et faisant le pire qu’ils peuvent, ils gagnent seulement un point, c’est que S. Pierre leur propose en face, et affirme ce de quoi ils étaient grandement marris qu’il avait été dit aux autres. Or premièrement il fait Jésus-Christ auteur du miracle. Puis après, d’autant qu’il semblait bien que ce fût une chose absurde et incroyable, qu’un homme mort fût garni d’une puissance Divine, il atteste que Jésus-Christ est vivant, pour ce que Dieu l’a ressuscité des morts, quoi qu’ils l’eussent occis. Ainsi le miracle lui sert d’occasion pour annoncer la Résurrection du Seigneur Jésus. Or S. Pierre a voulu prouver par ce témoignage, que Jésus est le vrai Messie. Il dit qu’ils l’ont occis, non seulement pour leur reprocher, afin qu’ils reconnussent leur faute, mais aussi afin qu’ils entendent qu’ils n’ont rien gagné de batailler contre Dieu ; et que pourtant ils doivent cesser de faire les enragés sous peine de malheur et de damnation.

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C’est lui qui est la pierre rejetée par vous les constructeurs, et qui est devenue la principale pierre de l’angle.

Il confirme par témoignage de l’Écriture, que ce n’est point une chose nouvelle, que les prélats et gouverneurs de l’Eglise, qui sont enflés de titres tant magnifiques et honorables, et qui occupent le premier siège au temple du Dieu, toutefois ont malheureusement rejeté Jésus-Christ. Il allègue donc le passage du Psaume 118, où David se plaint de ce que les princes et anciens gouverneurs du peuple l’ont rejeté ; et néanmoins il se réjouit et glorifie qu’il a été élu de Dieu pour tenir la première place. Au reste, il compare l’Eglise ou l’état du Royaume de Dieu, à un édifice ou bâtiment, par une similitude fort usitée en l’Écriture. Ceux qui ont le gouvernement, il les appelle maîtres maçons ou charpentiers ; et il se fait la principale pierre, laquelle soutient tout le fardeau et pesanteur du bâtiment. Car c’est ce qu’il signifie par le principal du coin. Or donc David se console en cette sorte ; que quoi que les gouverneurs l’aient rejeté, en sorte qu’ils ne lui aient point seulement laissé le dernier lieu ; néanmoins leurs pervers et iniques efforts n’ont pu empêcher que Dieu ne l’ait élevé au principal degré et en la plus haute dignité. Or ce que Dieu voulait être parfaitement représenté au Messie, a été figuré en David. S. Pierre donc adressant sa parole aux Juifs, allègue ce témoignage de David fort bien à propos, comme une chose qui avait été prédite du Messie ; comme eux aussi savaient bien que cela lui convenait proprement. Nous entendons maintenant à quel propos S. Pierre a allégué le Psaume, à savoir, afin que les anciens et Sacrificateurs étant follement enflés de leur honneur, ne s’attribuassent la puissance d’approuver ou réprouver tout ce que bon leur semblerait. Car il apparaît que la pierre qui a été rejetée par les maîtres maçons et principaux bâtisseurs, a été posée par la main de Dieu au principal lieu de tout le bâtiment pour le soutenir.

Au reste ceci n’est advenu seulement pour une fois ; mais il faut qu’il soit accompli tous les jours ; pour le moins on ne doit point trouver cela nouveau ni absurde, si aujourd’hui même les bâtisseurs principaux rejettent Jésus-Christ. Dont pouvons-nous ouvertement repousser la vaine et folle vanterie du Pape, lequel se glorifie d’un titre creux pour s’usurper tout ce qui appartient au Seigneur Jésus. Mais encore, accordons au Pape et à ses suppôts et toutes ses bêtes cornues ce qu’ils demandent, à savoir qu’ils sont Prélats et Pasteurs ordinaires de l’Eglise ; si est-ce qu’à la fin ils ne pourront passer plus outre, que d’être appelés bâtisseurs avec Anne et Caïphe. Or on voit bien clairement à quoi est bon ce titre, lequel ces mîtrés pensent bien être suffisant pour mêler le ciel avec la terre.

Maintenant faisons un bref recueil d’aucunes choses qui sont ici dignes d’être notées. Quant à ce que ceux qui ont la superintendance sur l’Eglise, sont appelés bâtisseurs ou maîtres maçons, le nom les exhorte de leur devoir et office. Par quoi qu’ils s’emploient du tout à édifier le temple de Dieu. Et pour ce que tous n’exécutent pas fidèlement la charge et office qui leur est commis, qu’ils avisent quelle est la vraie façon de bâtir comme il appartient. En premier lieu, qu’ils retiennent Christ pour fondement. D’avantage, qu’ils n’y ajoutent point de foin ni paille, ou chaume, mais qu’ils parachèvent tout l’édifice de pure doctrine ; comme S. Paul enseigne en 1 Corinthiens 3.2. Quant à ce qui est dit que Dieu a exalté Christ, qui avait été rejeté par les bâtisseurs ; cela nous doit donner bon courage, quand nous verrons que les gouverneurs et Pasteurs même de l’Eglise, ou pour le moins ceux qui sont en cet honneur et autorité, s’élèveront avec impiété contre Jésus-Christ pour le rejeter et exterminer. Car nous pouvons en bonne conscience et hardiment mépriser ces masques qu’ils nous mettent en avant, afin de ne douter point de donner au Seigneur Jésus l’honneur duquel le Père l’a honoré, et lequel il lui attribue. Que si Dieu en se déportant pour un temps de les punir dissimule leurs tours, si est-ce que d’en haut il se moque de l’audace de ses ennemis, cependant qu’ils tempêtent et troublent tout ici-bas. D’avantage, quelque puissance qu’il y ait en leurs conspirations, et quoi qu’elles soient munies et garnies de beaucoup d’aides ; nous devons toutefois avoir ceci pour tout résolu, que l’honneur qui appartient au Seigneur Jésus, lui demeurera toujours sauf et entier. Que le fruit aussi de cette assurée confiance et hardiesse s’ensuive, à savoir, que nous soyons forts et constants à maintenir le royaume de notre Seigneur Jésus ; duquel Dieu prononce qu’il se montrera protecteur invincible. Touchant la constance de saint Pierre, il a été déjà dit, que lui, qui était un simple homme, n’ayant nul qui lui tint compagnie en cet affaire et danger que Jean, toutefois ne montre aucun signe de crainte, quelque chose que les Juges lui fussent ennemis mortels ; mais plutôt confesse franchement devant cette assemblée furieuse, ce qu’il savait bien qu’ils devaient prendre si mal à gré. Or quant à ce qu’il leur reproche d’une telle sévérité le forfait horrible qu’ils avaient commis, il nous faut de ceci prendre une règle de parler, quand nous avons à faire avec ceux qui sont ennemis ouverts de la vérité. Car alors nous nous devons diligemment garder de deux vices ; à savoir qu’il ne semble que nous flattions en nous taisant, ou faisant semblant de n’y voir goutte. Car un tel silence serait une grande déloyauté ; d’autant qu’en ce faisant nous trahirions la vérité. Gardons-nous aussi de nous laisser transporter de sotte indiscrétion, ou de chaleur excessive ; comme il advient bien souvent, que nos cœurs bouillent plus que de raison, quand ils sont émus de contention. Qu’il y ait donc gravité en cet endroit, en sorte toutefois qu’elle soit modérée. Reprenons franchement ; mais que ce soit en sorte que toute ardeur bouillante de médire cesse. Nous voyons ici que S. Pierre garde un tel moyen. Car du commencement il parle à eux modestement et honorablement ; mais quand il est entré en matière, il se courrouce et les reprend aigrement. Et certes leur impiété si méchante ne pouvait être mise en oubli. Ceux qui suivront cet exemple, n’auront pas tant S. Pierre pour guide et conducteur, que l’Esprit de Dieu.

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Et le salut n’est en aucun autre ; car aussi il n’y a sous le ciel d’autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés.

D’une spécialité il vient à une généralité ; et d’un bénéfice corporel, il monte à une guérison entière. Et de fait, Jésus-Christ avait montré ce témoignage de sa grâce, afin qu’il fut reconnu pour auteur unique de vie. Il nous faut observer ceci en chacun bénéfice de Dieu ; à savoir que Jésus-Christ est la fontaine de salut. Au demeurant, il a voulu piquer les Sacrificateurs et gouverneurs par cette sentence, quand il dit qu’il n’y a salut qu’en Christ, lequel ils tâchaient d’éteindre complètement. Comme s’il disait qu’ils étaient doublement dignes de condamnation, d’autant que non seulement ils rejetaient le salut que Dieu leur offrait, mais s’efforçaient de le réduire à néant. Or combien qu’il semble avis qu’il parle à des sourds, nonobstant si leur tient-il propos de la grâce de Christ, si d’aventure il y en a aucuns qui veulent prêter l’oreille ; sinon que pour le moins ils soient rendus plus inexcusables par ce témoignage.

Car aussi il n’y a point d’autre nom. Il expose ce qu’il a dit. Il n’y a salut qu’en Jésus-Christ, dit-il, pour ce que Dieu l’a ainsi ordonné. Car par ce mot de Nom, il entend Cause ou Moyen. Comme s’il eût dit, vu qu’il n’y a que Dieu qui puisse donner salut, il ne veut point qu’il nous soit fait commun par autre moyen, sinon que nous le cherchions en Jésus-Christ. Quant à ce qu’il dit sous le ciel, la plus grande part le rapportent aux créatures. Comme s’il disait que la vertu ou puissance de sauver n’est donnée entre toutes les créatures sinon à Jésus-Christ. Toutefois je pense que ceci a été ajouté, pour ce que les hommes ne peuvent monter jusqu’au ciel pour parvenir jusqu’à Dieu. Vu donc que nous sommes si loin du Royaume de Dieu, il nous est besoin que non seulement il nous appelle à soi, mais qu’il nous tende la main de bien loin, et qu’il nous présente le salut pour en jouir. S. Pierre remontre maintenant que Dieu a fait cela en Jésus-Christ ; pour ce qu’il est descendu en terre, afin qu’il apportât le salut avec soi. Et cette doctrine s’accorde bien avec ce que Jésus-Christ est monté par-dessus tous les cieux. Ephésiens 4.10. Car il a vêtu notre chair pour une fois, afin que ce fut un gage perpétuel de notre adoption. Le sacrifice unique de sa mort nous a réconcilié et apaisé le Père à perpétuité ; en ressuscitant il nous a acquis la vie éternelle. Et maintenant aussi il nous est présent pour nous faire recevoir le fruit de la rédemption éternelle.

Mais il est ici question de la révélation du salut. Or nous savons que le salut a été tellement offert et manifesté en Jésus-Christ, qu’il ne faut plus dire : Qui est-ce qui montera au ciel ? Romains 10.6. Que si cette doctrine était bien enracinée dans les cœurs de tous, tant de différents et débats touchant les causes ou moyens de notre salut, seraient apaisés, desquels l’Eglise est aujourd’hui grandement tourmentée. Les Papistes confessent bien avec nous que le salut n’est qu’en Dieu ; mais tout soudain ils se forgent des moyens infinis pour obtenir ce salut. Or S. Pierre nous renvoie au seul Christ. Ils n’osent pas nier du tout, que le salut nous est conféré par Jésus-Christ ; mais en forgeant tant de moyens et aides, à grand-peine lui laissent-ils de reste la centième partie. Or fallait-il chercher salut entièrement en lui. Car quand S. Pierre exclut tous autres moyens, voire par paroles claires et ouvertes, il montre assez que le salut est parfaitement situé et réside entièrement en Christ seul, et non point seulement une partie. Il s’en faut donc beaucoup qu’ils entendent cette doctrine.

4.13

Or, voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, et se rendant compte que c’étaient des hommes sans instruction et du commun peuple, ils étaient dans l’étonnement, et ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus.

4.14

Et voyant là debout avec eux l’homme qui avait été guéri, ils n’avaient rien à répliquer.

4.15

Mais leur ayant commandé de sortir du sanhédrin, ils consultaient entre eux,

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disant : Que ferons-nous à ces hommes ? Car, qu’un miracle notoire ait été accompli par eux, cela est manifeste pour tous les habitants de Jérusalem, et nous ne pouvons le nier.

Ici se montre une mauvaise conscience. Car étant dépourvus de raison et équité, ils ont leur recours à une manifeste tyrannie, de laquelle ils avaient tâchés de se montrer complètement éloignés. Il explique donc en premier lieu, qu’ils ont été convaincus, afin qu’il soit tout notoire qu’ils font la guerre à Dieu tout à leur escient, comme on a dit des Géants le temps passé. Car ils voient une œuvre excellente et admirable de Dieu en la guérison de cet homme boiteux, et toutefois ils s’opposent méchamment à l’encontre, et tâchent de l’obscurcir. Et en la hardiesse de Pierre et de Jean ils reconnaissent une chose plus qu’humaine, d’autant qu’ils savaient bien qu’ils étaient hommes idiots et rudes. Par quoi ils sont ravis en admiration malgré qu’ils en aient. Et toutefois ils se laissent aller jusques à une telle impudence, qu’ils ne font nulle difficulté de chercher un moyen tyrannique et barbare pour opprimer la vérité. Quand ils confessent que c’est un signe ou miracle tout notoire, ils s’accusent en cela d’avoir mauvaise conscience. Quand ils disent que ce signe est manifeste à tous, ils montrent bien que laissant là Dieu derrière, ils regardent seulement aux hommes. Car ils montrent leur front d’airain et impudent, en ce qu’ils n’eussent point fait difficulté d’user de tergiversation, s’ils eussent eu quelque possibilité de nier le fait. Et quand ils s’enquièrent que c’est qu’ils devaient faire de ces hommes, en cela ils découvrent leur malice obstinée. Car ils devaient collaborer avec Dieu, s’ils n’eussent été transportés ailleurs par une rage diabolique. C’est-ci l’étourdissement et transportement des sens, duquel Dieu enivre ses ennemis. Ainsi quand un peu après ils pensent faire par leurs menaces, que le bruit de ce miracle n’aille point plus loin, saurait-on trouver une délibération plus lourde que cela ? Car après qu’ils auront fait taire deux hommes de peu de réputation quant à eux, le bras de Dieu sera-il pourtant rompu ?

4.17

Mais afin que cela ne se répande pas davantage dans le peuple, défendons-leur avec menaces de parler encore à qui que ce soit en ce nom-là.

Il apparaît par ceci, quel mal pernicieux est la puissance et autorité sans la crainte de Dieu. Car quand il n’y a point de telle révérence de la majesté de Dieu qu’elle doit être, d’autant qu’un chacun tiendra un lieu plus saint, d’autant est-il plus hardiment enragé. Par quoi nous nous devons d’autant plus nous garder que les méchants et gens de mauvaise conscience soient appelés au gouvernement de l’Eglise. Et ceux qui ont cette charge, se doivent bien habituer à toute révérence et modestie, afin qu’il ne semble qu’ils soient armés pour nuire. Que s’il advient qu’ils abusent de leur état, le saint Esprit montre ici comme en un miroir, qu’il ne faut rien estimer tout ce qu’ils ordonnent et commandent. Car l’autorité des Pasteurs principalement est limitée dedans certaines bornes, et ne leur est point licite de passer outre. Que s’ils sont si hardis d’entreprendre plus outre, il nous est licite de leur refuser obéissance ; laquelle si nous leur rendions, nous commettrions très grande offense.

4.18

Et les ayant appelés, ils leur défendirent absolument de parler et d’enseigner au nom de Jésus.

4.19

Mais Pierre et Jean répondant leur dirent : Jugez s’il est juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu’à Dieu.

Souvenons-nous qui sont ceux à qui ils répondent ceci. Car combien que cette assemblée représentât l’Eglise, toutefois pour ce qu’ils abusent de leur autorité, les apôtres disent qu’il ne leur faut point obéir. Et selon qu’on a accoutumé de faire en cause qui est hors de doute, ils permettent à la partie adverse de juger de la chose pour lui faire plus de honte. Il nous faut bien noter ceci, qu’ils opposent l’autorité de Dieu à leurs décrets. Cela se ferait mal à propos, s’ils n’étaient contraires à Dieu, lesquels toutefois étaient pasteurs ordinaires de l’Eglise sans cela. Les Apôtres aussi expriment quelque chose d’avantage, à savoir que l’obéissance qui est rendue aux mauvais et infidèles pasteurs, est contraire à Dieu, quoi qu’ils obtiennent le gouvernement légitime de l’Eglise. Le Pape résout cette question de bonne grâce ; car tout ce qui lui vient à plaisir de babiller, il dit que ce sont autant d’oracles de Dieu ; et par ce moyen il donne bien ordre qu’il n’y a plus de répugnance. Mais quoi ? Les évêques et autres bêtes cornues ne se peuvent, aujourd’hui non plus attribuer, ce que Dieu avait octroyé anciennement à l’ordre des Sacrificateurs. C’est donc une baverie trop puérile, de dire qu’ils ne peuvent rien commander ni ordonner, que ce ne soit du mandement de Dieu. Mais plutôt le fait en soi démontre clairement que lors il n’y aura plus de débat, quand la doctrine de Jésus-Christ sera abattue et renversée, et qu’après cela tout se fasse à leur appétit, et qu’ils lâchent la bride à leur plaisir sans frein. Quelque titre donc qu’aient les hommes, il ne nous les faut point écouter, sinon sous cette exception, qu’ils ne nous détournent point de rendre obéissance à Dieu. Par quoi tout ce qu’ils enseigneront doit être rapporté à la règle de la parole de Dieu. Il est vrai que nous devons obéir aux princes et autres qui sont constitués en autorité ; mais en telle sorte qu’ils n’ôtent point à Dieu, qui est le souverain Roi, Père et Seigneur, le droit qui lui appartient. Si cette modération doit être gardée dans les gouvernements politiques, elle doit plutôt avoir lieu au gouvernement spirituel de l’Eglise. Mais afin que selon leur outrecuidance accoutumée, il ne leur semble que ce soit déroger à leur autorité quand Dieu est exalté par-dessus eux, saint Pierre les détourne de telles flatteries, leur remontrant que la définition de ce différent appartient au siège judicial de Dieu. Car il exprime notamment devant Dieu pour ce que quoi que les hommes fassent des aveugles, Dieu toutefois ne permettra jamais qu’aucun lui soit préféré. Et certes le saint Esprit a mis cette réponse en la bouche des Apôtres, non seulement pour réprimer la félonie et cruauté de leurs adversaires, mais aussi pour nous exhorter de notre devoir, toutes les fois que les hommes s’élèvent en tel orgueil, qu’ils veuillent ôter le joug de Dieu, et nous mettre le leur sur nos épaules. Ainsi donc, que la très sainte autorité de Dieu nous vienne alors en mémoire, par laquelle nous puissions repousser toutes les vaines fumées de quelque excellence et autorité humaine que ce soit.

4.20

Car pour nous, nous ne pouvons pas ne point parler des choses que nous avons vues et entendues.

Il est certain qu’on peut, voire on doit taire beaucoup de choses, lesquelles on aura vues et entendues, quand il est question de racheter la paix. Car c’est une chose inhumaine, voire une opiniâtreté perverse, d’émouvoir débat pour chose non nécessaire. Mais les apôtres ne parlent pas ici en général, quand ils mettent en avant la nécessité de parler. Car il est question de l’Evangile de Jésus-Christ, auquel consiste la gloire de Dieu, et le salut des hommes. Ce serait un sacrilège exécrable, et grande méchanceté, que cette gloire fut supprimée par les inhibitions des hommes. Car Dieu commande que l’Evangile soit prêché ; vu en effet que les apôtres savaient que Dieu les avait élus pour témoins et hérauts de Christ, et que de son autorité il leur avait ouvert la bouche. Quiconque donc commande qu’on se taise, celui-là s’efforce quant à lui d’abolir la grâce de Dieu, et le salut des hommes. Que si telle défense tant pleine de sacrilège nous ferme la bouche, malheur à notre lâcheté. Maintenant qu’un chacun considère quelle confession notre Dieu requiert de nous, de peur que quand quelqu’un se sera tu pour acquérir la grâce des hommes, il ne soit contraint d’ouïr la sentence horrible de la bouche de Jésus-Christ, par laquelle sa déloyauté soit condamnée. Et surtout que ceux qui sont appelés pour enseigner, ne soient ébranlés d’aucunes menaces humaines ; qu’il n’y ait aucune couleur de domination ou commandement, ou autorité qui les empêche d’exécuter franchement ce qu’ils connaissent leur être enjoint par le Seigneur. Malheur sur moi, dit saint Paul, si je n’évangélise ; car la charge m’est commise, 1 Corinthiens 9.16. Et il ne faut point seulement opposer ce mandement de Dieu aux commandements et ordonnances tyranniques des hommes, mais aussi à tous empêchements que Satan met en avant tant de fois pour rompre ou arrêter le cours de l’Evangile. Car nous avons besoin d’un fort bouclier pour soutenir ces assauts si impétueux. Tous les fidèles ministres de Jésus-Christ sentent ces assauts ; mais quoi qu’il advienne, c’est une forteresse invincible, que la prédication de l’Evangile est agréable à Dieu ; et pourtant ne pourra être supprimée pour quelque cause que ce soit.

4.21

Ils les renvoyèrent donc après leur avoir fait de nouvelles menaces, ne trouvant aucun moyen de les punir, à cause du peuple, parce que tous glorifiaient Dieu de ce qui était arrivé.

Voici quelle est l’issue de la conspiration, que les méchants ne cessent d’écumer leur rage ; toutefois il y a une vertu secrète de Dieu qui les réprime et bride en telle sorte, qu’ils ne trouvent point de chemin ouvert pour nuire. D’où vient cela, que ceux-ci se contentant de menaces, n’exercent aussi bien leur cruauté sur les corps, sinon que la vertu de Dieu les tient garrottés comme d’une chaîne ? Non pas que la crainte de Dieu ou la révérence de sa majesté ait lieu entre eux ; car il n’y a autre chose que le regard du peuple qui les empêche. Mais le Seigneur les tient bridés de sa bride sans qu’ils en sachent rien. Or saint Luc nous propose la providence de Dieu pour la garde du salut des siens ; et combien que les infidèles ne l’aperçoivent, il nous la faut regarder des yeux de la foi. D’avantage, ici se montre un conseil admirable de Dieu, que la gloire de Jésus-Christ est avancée par ses plus mortels ennemis. Car ce que les Sacrificateurs s’assemblent, ne se fait point sans grand bruit. Il n’y a personne qui n’ait son Esprit en suspens, en attendant quelque événement non vulgaire. Les apôtres se retirent comme absous. Non seulement donc les ennemis demeurent vaincus, mais aussi mauvais gré qu’ils en aient confirment l’Evangile. Toutefois il faut noter d’autre part, que la victoire est tellement donnée aux fidèles, que cependant ils sont toujours humiliés sous la croix. Car ils sont derechef menacés, et leur est défendu de ne plus enseigner au nom de Jésus-Christ. Ainsi donc ils sont tellement victorieux, que toutefois ils ne triomphent point sinon sous l’opprobre de la croix. Quant à ce que saint Luc dit que tous donnèrent gloire à Dieu, il montre derechef quel fruit a apporté le miracle. Toutefois il se peut bien faire que tous n’ont pas été amenés à une fin légitime. Car celui qui sera bien touché du sentiment de la vertu Divine, et toutefois ne viendra point à Jésus-Christ, et ne réputera point le miracle pour un sceau de la foi, celui-là, par manière de dire, s’arrête au milieu de la course. Nonobstant ceci a été quelque chose, mais non pas le tout, que la vertu de Dieu a été connue en la guérison de cet homme ; en sorte que les ennemis honteux et confus se sont déportés de leur rage, ou pour le moins se sont retirés en arrière pour quelque temps.

4.22

Car l’homme sur qui le miracle de cette guérison avait été fait, avait plus de quarante ans.

4.23

Or après avoir été relâchés, ils vinrent vers les leurs et racontèrent tout ce que les principaux sacrificateurs et les anciens leur avaient dit.

Nous verrons ci-après pourquoi ils ont expliqué aux autres disciples ce qui leur avait été fait ; à savoir afin que pour l’avenir ils prissent plus de courage et hardiesse de la grâce de Dieu ; d’avantage, afin qu’ils se fortifiassent de prières contre les menaces orgueilleuses des ennemis. Et c’est ainsi qu’il en faut faire, que les uns incitent les autres, que les enfants de Dieu fassent un saint complot entre eux, afin que sous l’enseigne de Christ ils guerroient ensemble contre leur ennemi commun. Ils considèrent en eux-mêmes les périls qui leur sont prochains, afin d’être plus prêts à les endurer, et que combien qu’ils aperçoivent que leurs ennemis les pourchassent de près, que néanmoins ils ne soient point lâches à recommencer souvent le combat, et en soutenir de nouveaux ; et se confient qu’ils demeureront invincibles par la même vertu de Dieu, par laquelle ils avaient surmonté auparavant leurs ennemis. Or ce qui n’est point exprimé par saint Luc est toutefois probable, à savoir que ces apôtres se contentant de leur première réponse n’ont pas plaidé d’avantage contre ces enragés ; et que toutefois ils n’ont pas mis en oubli leur première magnanimité, tellement qu’ils aient accordé à ce méchant édit, comme gens lâches et abattus de crainte.

4.24

Eux, les ayant entendus, élevèrent d’un commun accord leur voix, à Dieu, et dirent : maître, toi qui as fait le ciel et la terre et la mer, et toutes les choses qui y sont ;

Nous sommes enseignés par cet exemple quel est notre devoir, quand les ennemis de la vérité nous menacent par autorité orgueilleuse. Car quant les périls menacent, il n’est pas temps de rire, comme gens bien assurés, mais la crainte du danger nous doit servir d’aiguillon pour requérir l’aide de Dieu. Et c’est le remède pour nous redresser, afin qu’un trop grand étonnement ne nous fasse oublier notre devoir. Nous voyons ici double fruit de cette présente histoire ; que quand les disciples de Jésus-Christ entendent les menaces furieuses de leurs ennemis, ils ne s’amusent point à prendre du bon temps comme gens sans souci et stupides ; mais étant poussés de crainte, ont leur recours à l’aide de Dieu. D’autre part, ils ne sont point excessivement ébranlés, en sorte qu’ils soient détournés de faire leur devoir ; mais ils s’efforcent par saintes prières et oraisons de se rendre constants et fermes.

Tu es le Dieu qui as fait le ciel et la terre, etc. Combien que ce titre magnifique de la puissance Divine soit général, toutefois il doit être rapporté à la matière présente. Car ils reconnaissent tellement la puissance de Dieu en tout l’ouvrage du monde, que en même temps ils l’accommodent à leur affaire présent. Comme aussi les Prophètes ont accoutumé de la magnifier, quand ils veulent remédier aux frayeurs qui nous saisissent, quand nous voyons la puissance et fierté des ennemis. Ils ajoutent puis après la promesse de Dieu. Et ainsi, par manière de dire, ils font ces deux fondements pour s’assurer à prier. Et de fait, nos prières sont lors légitimes et agréables à Dieu, quand étant appuyés sur les promesses de Dieu, et aussi sur sa vertu, nous prions avec certaine espérance d’obtenir ce que nous demandons. Car nous ne pouvons autrement concevoir une vraie confiance, sinon quand Dieu nous appelle à soi, et quand il promet qu’il est prêt de nous aider ; puis après, quand nous connaissons qu’il a assez de puissance pour accomplir ce qu’il a promis. Par quoi, que les fidèles s’exercent en cette double méditation, toutes les fois qu’ils se préparent pour prier. De plus nous recueillons de ceci, comment nous devons considérer la création du monde ; à savoir afin que nous sachions que toutes choses sont sujettes à Dieu, et sont gouvernées selon son bon plaisir. Et quoi que le monde tracasse et s’efforce de faire, que toutefois il n’en adviendra rien autre chose que ce que lui-même a ordonné ; voire même que toute l’arrogance des méchants est monstrueuse ni plus ni moins que si autant d’argile s’élevait contre le potier. Car en général les fidèles ne signifient autre chose, sinon que quelques périls menaçants qui leur viennent au-devant, toutefois Dieu y peut remédier par infinis moyens, vu qu’il a tout en sa puissance, et peut contraindre une chacune partie du ciel et de la terre à son obéissance et service, comme aussi il en est le créateur.

4.25

qui as dit par la bouche de ton serviteur David : Pourquoi des nations ont-elles : frémi, et des peuples ont-ils projeté des choses vaines ?

Maintenant ils descendent à la seconde partie, à savoir qu’ils ne demandent autre chose à Dieu, que ce que lui-même a témoigné qu’il accomplirait. Ainsi à sa puissance est conjointe la volonté, afin que leur assurance d’obtenir leurs requêtes soit toute pleine et entière. Et pour ce qu’il est question du Royaume de Jésus-Christ, ils mettent en avant la promesse de Dieu, par laquelle il proteste qu’il se montrera protecteur de celui-ci, en sorte que les machinations de tout le monde ne profiteront rien à l’encontre. Or leur zèle pur et sainte affection se démontre en cela, qu’ils ne sont pas tant soigneux de leur salut particulier, que des accroissements du Royaume de Jésus-Christ.

Pourquoi ont frémi, etc. Il ne faut point douter que David ne parle de soi-même, lequel combien qu’il fut élu roi par le Seigneur, et oint par le Prophète Samuel, toutefois il n’a pu jouir du royaume qu’à grande difficulté ; d’autant que ses adversaires lui résistaient de tous côtés. Nous savons quelle a été la conspiration des gouverneurs et de tout le peuple avec le roi Saül et sa famille. Les Philistins d’autre part, et autres rois étrangers s’étaient ensemble groupés contre lui pour lui faire guerre mortelle, le méprisant comme un homme nouveau, et venu tout en un jour, comme on dit. Par quoi ce n’est point sans cause qu’il se plaint que les rois ont fait bruit, et consulté ensemble, et que les peuples ont machiné et conspiré beaucoup de choses. Toutefois pour ce qu’il était assuré que son royaume était soutenu par la main de Dieu, il se moque de leurs entreprises folles, et prononce que tous leurs conseils s’en iront en fumée. Au reste, d’autant que son Royaume était institué, afin qu’il fut image du royaume de Jésus-Christ, David ne s’arrête point à l’ombre, mais il appréhende le corps. Et même le saint Esprit, reprend âprement la sotte rage du monde, de ce qu’il ose envahir le Royaume de Christ établi de la main de Dieu, tant en la personne de David, que de Jésus-Christ même. Or c’est une consolation fort singulière, quand nous entendons que Dieu tient notre parti, si nous bataillons sous l’enseigne du Seigneur Jésus. Il nous faut résoudre de ceci, que combien que tous les hommes du monde, tant grands que petits, assaillent ce Royaume par leurs conspirations méchantes et enragées, toutefois ils n’y gagneront rien. Car qu’est-ce de tout le monde au prix de Dieu ? Mais observons en premier lieu, que Dieu veut perpétuellement maintenir le Royaume de son Fils, lequel il a institué lui-même ; en sorte que nous pouvons opposer son décret inviolable à la témérité et folle outrecuidance de tous les hommes du monde ; et ayant sa main pour garant, nous pouvons mépriser hardiment tous les braves appareils des hommes, tant soient-ils redoutables. Or il exprime diligemment quelles sont les forces des ennemis. Il dit qu’ils machinent toutes choses ; il explique aussi leurs conseils, afin que rien de tout cela ne nous étonne.

Au surplus, quand le Psaume nous enseigne que le Royaume de Jésus-Christ demeurera en son existence en dépit de ses ennemis, il remontre en même temps qu’il y aura beaucoup d’ennemis qui tâcheront à le renverser et détruire. Pour cette cause il introduit les Rois comme faisant du bruit et s’agitant ; puis après les peuples murmurant ; signifiant par cela que tous les états lui seront ennemis. Et ne s’en faut point étonner ; car il n’y a rien plus contraire à la chair, que le glaive spirituel de l’Evangile, duquel notre Seigneur Jésus nous occit, pour nous réduire à son obéissance, Romains 15.16. Soyons donc avertis que le Royaume de Jésus-Christ ne sera jamais paisible en ce monde, afin que quand il faudra mettre les armes au poing, nous ne tremblions point, comme si nous entendons parler de quelque chose non accoutumée.

4.26

Les rois de la terre se sont avancés, et les chefs se sont assemblés contre ! le Seigneur et contre son Christ.

Le saint Esprit enseigne par ceci, que tous ceux qui refusent de rendre obéissance au Seigneur Jésus, et de s’assujettir à lui, entreprennent la guerre contre Dieu. Il est vrai que bien souvent ils n’y pensent pas ; tant y a toutefois que cela est véritable, que d’autant que Dieu ne veut point autrement régner qu’en la personne de son Fils, c’est rejeter son joug, toutes les fois que nous sommes rebelles au Seigneur Jésus. Comme lui-même le prononce en saint Jean : Quiconque n’honore pas le Fils, il n’honore point le Père (Jean 5.23). Par quoi, que les hypocrites protestent mille fois s’ils veulent, qu’ils n’ont rien moins en volonté que de guerroyer contre Dieu, si est-ce qu’ils sentiront que Dieu sera leur ennemi formel, sinon qu’ils embrassent Christ avec son Evangile. Au reste, cette doctrine a double usage. Car d’un côté elle nous munit et fortifie contre tous les étonnements de la chair, d’autant qu’il ne nous faut point craindre que ceux qui assaillent l’Evangile soient plus forts que Dieu. D’autre part, il nous faut bien garder qu’en méprisant la bonne et sainte doctrine, nous ne nous élevions contre Dieu à notre grande ruine et confusion.

4.27

En effet contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, se sont véritablement assemblés dans cette ville Hérode et Ponce Pilate avec des païens et avec les peuples d’Israël,

Ils exposent que l’événement a montré cette Prophétie être véritable ; afin qu’ils se reposent plus assurément sur la vérité de celle-ci. Car voici quel est le sens, Seigneur, tu as dit, et nous avons expérimenté de fait, que cela est vrai. Or ils se souviennent de ce qui avait été fait quatre ans auparavant ou environ. Ainsi pour confirmer notre foi, nous devons appliquer les événements des choses qui ont été prédites. Or toutefois, pour ce qu’il pouvait sembler alors qu’il en était bien autrement advenu que le Psaume ne prononce ; vu que les ennemis ne s’étaient point mutinés en vain, et leurs efforts n’avaient été sans effet, comme ainsi soit qu’ils avaient crucifié Christ, que puis après leur violence s’était augmentée d’une façon terrible ; les fidèles démontent ce scandale, et disent que les ennemis n’ont point eu plus de puissance ou autorité que Dieu l’avait ordonné. Par quoi, combien que les méchants pensassent que la mort eût du tout anéanti Jésus-Christ, et que déjà ils se bâtissent des triomphes en l’air, néanmoins les fidèles connaissent bien que tous ces bruits et murmures ne sont que fumées. Au surplus, on pourrait ici demander, pourquoi il nomme les Gentils et les peuples d’Israël, vu que c’était un même corps. Je pense qu’ici est dénotée la diversité des régions, desquelles les Juifs étaient venus pour s’assembler au jour de la fête ; comme s’il eût été dit que les Juifs qui étaient issus de divers lieux, étaient accourus tous ensemble pour assaillir le Royaume de Jésus-Christ ; et toutefois leur fureur s’était évanouie en fumée.

Ton saint Fils Jésus, etc. C’est le même mot Grec que j’ai naguère traduit Serviteur, quand il était mention de David. Car quelque fois il signifie serviteur, d’autres fois fils. Or David est ainsi appelé, pour ce qu’il a été serviteur de Dieu, tant à gouverner le peuple, qu’en l’office de Prophète. Mais le nom de fils convient mieux en la personne de Jésus-Christ ; sinon qu’on aime mieux dire que saint Luc ait voulu en la signification douteuse de ce mot, faire allusion à la similitude que David a eue avec Jésus-Christ. Or il dit nommément, que Dieu a oint son Fils afin que ce qui est expliqué au Psaume, lui appartienne en vérité. Car Dieu par son onction l’a consacré pour être Roi. Cependant il nous faut en même temps observer, quelle a été cette façon d’oindre. Car nous savons qu’il n’a point été oint d’huile visible, mais du saint Esprit.

4.28

pour faire toutes les choses que ta main et ton conseil avaient d’avance déterminé devoir arriver.

J’ai déjà déclaré à quel propos ceci est dit ; à savoir que tant s’en faut que le Royaume de Christ ait été renversé et détruit par cette conspiration, que c’est lors même qu’il a vraiment fleuri. Toutefois ici est contenue une doctrine singulière, que Dieu gouverne tellement toutes choses par son conseil secret, qu’il exécute par les méchants mêmes ce qu’il a délibéré de faire. Non pas qu’eux prêtent leurs mains à faire un tel service de leur propre vouloir et bon gré ; mais d’autant qu’il tire en arrière leurs conseils et efforts ; en sorte que d’un côté apparaît une souveraine équité et droiture ; et de l’autre part, on voit une iniquité et méchanceté manifeste. Mais de ceci nous en avons plus amplement traité ci-dessus au chapitre II. Apprenons ici en passant, qu’il faut tellement considérer la providence de Dieu, que nous sachions qu’elle est la souveraine et seule gouvernante de toutes les choses qui se font au monde ; que le diable et tous les méchants sont réprimés et arrêtés par la bride de celle-ci, afin qu’ils ne nous nuisent ; combien qu’ils s’élèvent orgueilleusement contre nous, que toutefois ils ne sont pas tellement déliés, qu’ils fassent tout ce qui leur plaît ; mais que la bride leur est aucunement lâchée, autant qu’il est expédient pour nous exercer. Ceux qui ne reconnaissent que la prescience de Dieu, et ne confessent point que toutes choses sont gouvernées par son bon plaisir, seront facilement convaincus par ces paroles, que Dieu a préordonné que ce qui est fait, fut fait. Il y a bien plus, que S. Luc ne se contentant point de ce mot de Conseil, a ajouté expressément la main. Il est vrai que c’est improprement, mais c’est afin qu’il montrât plus ouvertement, que les événements de toutes choses non seulement sont gouvernés par le conseil de Dieu, mais aussi sont modérés par sa main et puissance.

4.29

Et maintenant, Seigneur, regarde leurs menaces, et donne à tes serviteurs d’annoncer ta parole avec toute assurance,

Ils s’appliquent bien à propos, et étendent jusques à eux ce qu’ils avaient allégué de Christ ; car il ne veut point être séparé de son Evangile ; même, qui plus est, il attribue être fait à sa personne, toute la fâcherie qu’on fait à ses membres. Or ils demandent que le Seigneur réprime la cruauté de leurs ennemis. Et font cette requête, non point tant pour l’amour d’eux-mêmes, afin qu’ils vivent en repos, et sans aucune fâcherie, que pour le désir qu’ils avaient que l’Evangile fut dilaté. Car ils ajoutent : Donne à tes serviteurs de parler ta Parole en toute hardiesse. Au reste, il nous faut noter cette façon de parler : Que le Seigneur regarde aux menaces. Car puis que c’est son office de résister aux orgueilleux, et de rabattre leur haut caquet, il ne faut point douter que tant plus qu’ils se vantent arrogamment, plus aussi provoquent-ils la fureur de Dieu contre eux ; et que Dieu offensé d’une telle méchanceté, n’y veuille donner remède. Ainsi Ezéchias met en avant l’arrogance orgueilleuse et les cruelles menaces de Sennachérib, afin qu’il puisse obtenir aide en l’extrémité en laquelle il était, Esaïe 37.14, 17. Et pourtant les outrages et cruautés de nos ennemis doivent plutôt enflammer en nous le désir et zèle de prier, qu’affaiblir nos cœurs, et empêcher de poursuivre le cours de notre office.

Donne à tes serviteurs. Vu que les ennemis étaient si grandement irrités d’un seul miracle, comment se fait cela, qu’ici ces saints personnages désirent que tous les jours ils s’en fassent de nouveaux ? Nous recueillons donc de ceci ce que j’ai déjà touché, à savoir qu’ils ont la gloire de Dieu en si grande estimation, qu’au prix de celle-ci ils ne réputent rien toutes autres choses. Ils regardent seulement à ceci, que la vertu de Dieu soit connue par miracles. Ce que les fidèles doivent toujours désirer ; voire quand les ennemis devraient crever, et quand tous les enfers vomiraient leur rage. Autant en faut-il dire de la confiance et hardiesse de parler. Ils savaient bien que les méchants ne pourraient rien moins souffrir, que de voir que l’Evangile eût son cours sans aucune fâcherie ou détournement. Mais pour ce qu’ils connaissent que la doctrine que Dieu veut être publiée, est une doctrine de vie, et que Dieu veut qu’elle soit annoncée, quelque chose qui advienne ; ils ne font nulle difficulté de préférer à toutes choses la prédication de celle-ci, pour ce qu’elle est agréable à Dieu. Au reste, nous sommes enseignés qu’alors nous reconnaissons les bénéfices de Dieu comme il appartient, quand nous sommes incités par cette occasion à prier Dieu qu’il confirme ce qu’il a commencé. Les Apôtres avaient montré un signe de force héroïque ; maintenant ils prient derechef que Dieu leur donne hardiesse. Ainsi saint Paul prie les fidèles de faire requête au Seigneur qu’il lui ouvre la bouche, combien qu’il fît retentir sa voix par tout, Ephésiens 6.19. Par quoi, tant plus que nous nous sentons être aidés de Dieu, apprenons de demander pour l’avenir de nouveaux avancements, et même d’autant que c’est un don singulier de sa bonté, quand on confesse franchement son Evangile, nous le devons prier assidûment, qu’il nous entretienne en celle-ci.

4.30

en étendant ta main, afin qu’il se fasse des guérisons, des miracles et des prodiges par le nom de ton saint Serviteur Jésus.

4.31

Lorsqu’ils eurent prié, le lieu où ils étaient assemblés trembla, et ils furent tous remplis de l’Esprit saint ; et ils annonçaient avec assurance la parole de Dieu.

Maintenant saint Luc explique que non seulement cette prière a été exaucée de Dieu, mais qu’il y a eu un signe visible envoyé du ciel, afin qu’ils fussent certains d’avoir obtenu ce qu’ils demandaient. Car le mouvement du lieu n’eut de soi rien profité ; mais il tend à une autre fin, à savoir afin que les fidèles sachent que Dieu les assistait. Bref, ce n’est autre chose qu’un signe de la présence divine. Or le fruit s’en est suivi, à savoir, que tous ont été remplis du saint Esprit, et ont reçu plus grande confiance et hardiesse. Il nous faut arrêter plus fort en ce second membre. Car ce que Dieu alors a rendu témoignage de sa puissance par l’ébranlement du lieu, c’a été une chose extraordinaire, et qui n’advient guère souvent. Et quant à ce qu’il a été montré par effet, que les disciples ont obtenu ce qu’ils demandaient, c’est l’utilité qui suit toujours de l’oraison, laquelle nous est aussi proposée pour exemple.

4.32

Or la multitude de ceux qui avaient cru n’avait qu’un cœur et qu’une âme, et nul ne disait que quelque chose de ses biens lui appartînt en propre, mais toutes choses étaient communes entre eux.

Trois choses sont ici louées ; que les fidèles étaient d’un même courage ; qu’entre eux il y avait mutuelle communication de biens ; que les apôtres ont été hardis et constant à affirmer la résurrection du Seigneur Jésus-Christ. Or il dit que la multitude était un cœur, car ceci a été une chose beaucoup plus excellente, que si peu de gens eussent été d’un même accord. Il a dit ci-dessus que l’Eglise avait crû jusques à cinq mille, tant hommes que femmes. Il dit donc qu’en une si grande multitude il y avait accord mutuel, qui n’est pas une chose fort facile. Et de fait, où la foi règne, elle accorde si bien les cœurs, que tous veulent une même chose. Car les disputes viennent de là, que nous ne sommes point gouvernés d’un même Esprit de Jésus-Christ. Quant à ces deux mots, Cœur et Ame, il est assez notoire qu’ils signifient la volonté.

Et nul ne disait aucune chose être sienne, etc. C’est le second membre, qu’ils ont exercé charité par devoirs extérieurs. Or nous verrons tantôt après, quelle a été cette communication de biens. Pour maintenant il nous faut observer ceci en la déduction du texte de saint Luc, que l’unité intérieure des cœurs est comme la racine ; et puis le fruit s’ensuit. Et certes cet ordre doit avoir lieu entre nous ; que nous nous aimions l’un l’autre d’une ronde et pure affection de cœur ; puis après, que notre charité porte ses fruits. Car le bénéfice extérieur ne sera rien devant Dieu, s’il n’est partie du cœur. Et ce ne sera qu’une vaine vanterie et sotte gloire, quand nous nous vanterons d’avoir droite affection, si nous ne rendons témoignage de celle-ci par plaisirs extérieurs. D’avantage, S. Luc donne entendre couvertement, qu’ils n’étaient point d’un même accord pour leur utilité particulière, quand les riches en distribuant de leurs biens, ne cherchaient rien moins que le gain.

4.33

Et les apôtres rendaient témoignage, avec une grande puissance, de la résurrection de Jésus-Christ, le Seigneur ; et il y avait une grande grâce sur eux tous.

4.34

Car il n’y avait aucun indigent parmi eux, parce que tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient et apportaient le prix de ce qu’ils avaient vendu,

Ce troisième membre appartient à la doctrine. Car saint Luc signifie que tant s’en a fallu que l’ardeur du zèle des apôtres ait été diminuée, lequel ils avaient à prêcher l’Evangile, que plutôt ils ont été fortifiés de nouvelle vertu. Quant à ce qu’il fait seulement mention de la résurrection de Christ, c’est une partie pour le tout ; car la résurrection qui n’est qu’une partie, est prise pour tout l’Evangile. Mais saint Luc ne fait seulement mention que de la résurrection du Fils de Dieu, pour ce qu’elle est comme l’accomplissement de l’Evangile. De plus, pour ce qu’à cause de la résurrection ils avaient soutenu un grand combat ; de laquelle les Sadducéens qui pour lors avaient tout le gouvernement, ne pouvaient entendre parler.

Et grande grâce était sur eux. Il signifie que ceci a grandement servi à dilater la doctrine ; à savoir qu’en exerçant bénignité envers les pauvres, ils ont aussi trouvé grâce envers les étrangers. Car il dit qu’ils se sont rendus aimables, pour autant qu’ils faisaient du bien aux autres. Et pourtant en ces mots, Nul n’avait disette de rien entre eux, donne la cause de ce fait. Combien qu’il n’y a point de doute que leur bonté, chaleur, modestie, patience et autres vertus, n’aient attiré les cœurs de plusieurs à leur porter dilection et amour. Puis après il expose plus au long, quelle était cette communication de biens, de laquelle il avait parlé ; à savoir que les riches ont vendu leurs possessions et maisons pour subvenir à la nécessité des pauvres.

Pour ce que ceux qui possédaient, etc. Combien que ce soit une façon de parler générale, toutefois elle ne vaut non plus que s’il était spécialement parlé d’aucuns. Car il est vraisemblable qu’il y en eût plusieurs qui ne touchèrent point à leurs possessions ; comme on peut recueillir cela de la déduction du texte. Car quand il parle de Barnabas tout incontinent après, il ne faut point douter qu’il n’ait voulu noter un exemple mémorable par-dessus les autres. Il dit donc que tous ont fait, pour ce qu’il était fait seulement par quelque nombre. Laquelle manière de parler n’est point contraire au commun usage de l’Écriture. D’avantage, il n’entend pas que les fidèles aient vendu tous les biens qu’ils avaient ; mais qu’ils vendaient autant que la nécessité le requérait. Car ceci est dit pour amplifier, que les riches non seulement ont subvenu à la nécessité des pauvres frères du revenu de leurs champs ou possessions ; mais ils ont été libéraux jusques-là, que même ils n’ont point épargné les possessions. Or ceci s’est bien pu faire, voire en ne se dépouillant point du tout, mais seulement en diminuant leurs revenus de quelque partie. Ce qu’on peut derechef facilement recueillir des paroles de saint Luc. Car il exprime puis après pour quelle fin, à savoir que nul ne fut indigent.

Il montre en même temps qu’ils ont usé de prudence ; d’autant qu’ils distribuaient à un chacun selon qu’il en avait besoin. Les biens donc n’ont point été également répartis ; mais il y avait dispensation modérée, à ce que nul ne fut pressé de disette outre mesure. Et par aventure ceci est la raison pourquoi Joses surnommé Barnabas est ici loué, pour ce qu’il n’avait point d’autre possession ou héritage que celui qu’il avait vendu. Car il a surmonté tous les autres en ce faisant, il apparaît par ceci que signifie ce qui est ici dit, que nul ne disait aucune chose être sienne, mais que toutes choses leur étaient communes. Car ce qu’un chacun avait, il ne l’avait point pour soi pour en jouir tout seul, ne tenant compte des autres ; mais ils étaient prêts de rapporter en commun, selon qu’il en était besoin. Or maintenant il faut bien dire que nous avons les entrailles plus dures que fer, de ce que nous ne sommes point autrement émus en lisant cette présente histoire. Alors les fidèles élargissaient abondamment de leurs biens. Et nous aujourd’hui ne nous contentant point de supprimer par chicheté ce qui est en nos mains, nous ravissons les biens d’autrui par cruauté. Eux montraient ouvertement et en simple rondeur ce qu’ils avaient. Et nous excogitons et songeons mille moyens obliques, par lesquels nous attrapions à nous toutes choses par fraude. Eux apportaient aux pieds des apôtres. Et nous n’avons point de honte de brigander par sacrilège audacieux ce qui était consacré et offert à Dieu. Ils vendaient jadis leurs possessions. Maintenant règne une convoitise insatiable d’acheter. Alors la charité ardente faisait commun aux nécessiteux ce qui était propre à un chacun. Maintenant l’inhumanité d’aucuns est si grande, qu’ils sont envieux de ce que les pauvres habitent en la terre comme eux, et s’ils pouvaient, ils leur ôteraient l’usage commun du ciel, de l’air et de l’eau. Par quoi ces choses sont écrites à notre grande honte et déshonneur. Combien qu’une partie de ce mal réside dans les pauvres mêmes. Car comme ainsi soit qu’une telle communication de biens ne puisse être nullement sinon où il y a un saint consentement, et où il y a une âme et un cœur ; il y aura en plusieurs un si grand orgueil, ou paresse, ou ingratitude, ou hypocrisie, ou rapacité, que non seulement ils éteindront en tant qu’en eux est le désir de ceux qui ont de quoi bien faire, mais aussi empêcheront la faculté de le faire. Et toutefois cette admonition de saint Paul ne doit être mise en oubli : Que nous ne nous lassions en bien faisant, Galates 6.9.

Au reste, quant à ce que sous cette couleur les Anabaptistes et autres esprits étourdis ont de ce temps-ci répandu des rumeurs, comme s’il ne devait point avoir entre les hommes aucune propriété civile de biens, j’ai déjà réfuté cette rêverie au chap. II. Car saint Luc ne donne pas ici une règle à tous en général, laquelle il leur faille nécessairement suivre, quand il explique ce qu’ont fait ceux-ci dans lesquels une singulière efficace de l’Esprit de Dieu s’est manifestée ; et il ne parle pas de tous sans exception, en sorte qu’on puisse recueillir que nuls ne fussent estimés Chrétiens, sinon ceux qui eussent vendu leurs biens.

4.35

et ils le mettaient aux pieds des apôtres, et on distribuait à chacun selon qu’il en avait besoin.

4.36

Ainsi Joseph, surnommé par les apôtres Barnabas, ce qui signifie fils d’exhortation, Lévite originaire de Chypre,

4.37

possédant un champ, le vendit, apporta l’argent et le déposa aux pieds des apôtres.

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