Histoire des Dogmes II — De saint Athanase à saint Augustin

6.
La théologie grecque du ive siècle en dehors des questions trinitaires et christologiques.

6.1 — Angélologie.

Le moment n’était pas venu encore où la théologie grecque ferait aux anges une grande place dans ses spéculations. Tout entiers aux luttes présentes ou à l’instruction de leurs fidèles, les auteurs du ive siècle ne parlent des anges que par occasion.

Les Cappadociens regardent les anges comme des créatures immortelles par participation de l’éternité de Dieu, intelligentes et libres, mais qui, malgré leur perspicacité, ne sauraient comprendre la nature divine. Les anges sont-ils des esprits purs ? Saint Basile ne le pense pas : leur substance (οὐσία) est, d’après lui, un souffle aérien ou un feu immatériel (ἀέριον πνεῦμα ἢ πῦρ ἄυλον), et c’est pourquoi ils sont localisés et deviennent visibles à ceux qui sont dignes de les voir, dans la forme de leur propre corps (ἐν τῷ εἴδει τῶν οἰκείων αὐτῶν σωμάτων). Saint Grégoire de Nazianze refuse de se prononcer ; mais saint Grégoire de Nysse paraît admettre franchement leur absolue spiritualité. Ce dernier sentiment est peut-être aussi celui de saint Chrysostomea. Bien qu’il déclare que les anges étant d’une nature supérieure à la nôtre, nous ne pouvons connaître ce qu’ils sont μετὰ ἀκριβείας, il les présente cependant comme des créatures sans corps (ἀσώματος φύσις) qui n’ont pu avoir, avec les filles des hommes, les relations que certains leur attribuent sur une fausse interprétation de Genèse.6.2. Ce n’est donc pas non plus leur propre substance qu’ils ont montrée quand ils ont apparu, car celle-ci est invisible, mais seulement une forme extérieure, laquelle n’était qu’une chair apparente, non réelle (συγκατάβασις).

a – Je dis peut-être, car la philosophie de ce temps distinguait entre corps et matière, matière épaisse et matière subtile. Je reviendrai ailleurs sur ce point.

Les anges ont été, après leur création, élevés en grâce, car ils ne sont devenus saints que par l’action en eux du Saint-Esprit. Cette première grâce toutefois ne les a pas fixés dans le bien. Encore que moins susceptibles que nous ne sommes de pécher, ils étaient δυσκινήτοι, et non point ἀκινήτοι. La preuve en est dans la chute de Lucifer et de ses compagnons dont le péché a été l’envie ou l’orgueil.

Par le fait de cette chute, nous devons désormais distinguer entre les bons et les mauvais anges. Saint Chrysostome dépeint les bons anges remplissant l’air, habitant dans les églises, entourant l’autel et priant pour nous pendant l’oblation, présentant à Dieu le sang de son Fils et luttant en notre faveur contre les démons. A chaque juste d’ailleurs, et même à chaque homme, à chaque église et à chaque nation a été donné un ange gardien qui les protège et inspire à ceux qu’il conduit de saintes pensées. Quant aux anges prévaricateurs, saint Cyrille de Jérusalem paraît supposer que quelques-uns d’entre eux ont obtenu leur pardon. Saint Epiphane divise les autres en deux catégories, ceux qui sont sur la terre et les démons, fils des ténèbres, qui sont sous terre. Saint Grégoire de Nazianze dit simplement que, précipités du ciel mais non anéantis, les mauvais anges font actuellement la guerre aux enfants de Dieu.

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