Le Jour du Seigneur, étude sur le Sabbat

1.2.2.1 — Les Egyptiens.

A. la semaine égyptienne.

a) Avant Lepsius.

Nous avons vu qu’Alex. de Humboldt en 1816 rangeait les Egyptiens parmi les peuples qui avaient primitivement la semaine. Telle était aussi l’opinion d’Ideler, dans son Handbuch der mathematischen und technischen Chronologief, qui jouit d’une grande autorité ; et Fréd. Schlegel, dans son Indische Bibliothek, faisait largement rayonner d’Egypte cette institution.

f – 1825, Berlin, 1, p. 178. L’ouvrage entier, se composant de deux volumes a été réédité, sans changements, à Breslau en 1883.

En 1839, Champollion-Figeac, dans l’Univers pittoresque, disait, après avoir parlé de l’année et du mois des Egyptiens : « Alors aussi existait la semaine, l’un des plus antiques vestiges de la civilisation. On croit que le nombre des jours de la semaine fut tiré du nombre des planètes alors connues et qu’on donna aux jours de la semaine les noms de ces mêmes planètes. Il est certain du moins que l’antiquité classique nous a conservé cette période ainsi constituée… C’est donc sur cet ordre, — l’ordre indiqué par Dion Cassius et dont nous parlerons bientôt, — que repose un des usages les plus universellement répandus, la semaine, et peut-être le seul dans les sociétés modernes qui ait pour lui une si haute sanction d’antiquité et de durée. L’Egypte est donc arrivée jusqu’à nous, et c’est elle qui règle encore une de nos principales institutions publiques, la division civile du temps la plus usitée. »

b) Lepsius.

Telle était l’opinion générale parmi les savants de l’époque, mais depuis l’apparition de l’ouvrage de Lepsius sur la Chronologie égyptienne, un grand changement s’est opéré sous ce rapport. Lepsius a soutenu carrément que la semaine des Egyptiens était non de 7 jours, mais de 10, que c’était la décade, et qu’elle apparaissait sur tous les monuments égyptiens à partir du temps des grandes pyramides. Cette thèse a eu le plus grand succès et elle semble avoir été dès lors généralement adoptée, sauf peut-être en Angleterre. Elle l’a été en particulier par Œhler, Maspero, Fr. Lenormant, Schrader.

J’avoue toutefois que la sentence de Lepsius ne me semble pas définitive et que si après lui il faut bien considérer la décade comme l’institution officielle de l’Egypte, on pourrait cependant admettre à côté d’elle une autre institution plus ancienne et ayant toujours conservé une certaine existence populaire ou sacerdotale, à savoir la semaine, de la même manière, par exemple, que les Hébreux avaient en même temps une année religieuse et une année civile ; les Chaldéens, une année astronomique et une année ordinaire, religieuse et civile. Lepsius lui-même nous fournira nos principaux arguments.

1° Il reconnaît que la sainteté du chiffre 7 était au moins aussi ancienne chez les Egyptiens que chez les Hébreux, et il en donne plusieurs preuves.

2° Il admet que les Egyptiens ont eu un calendrier lunaire avant d’avoir le calendrier solaire. Il dit même : « Il n’est guère admissible que les plus anciens peuples ne soient pas partis du mois lunaire pour arriver de là au cycle plus grand de l’année. L’année solaire naturelle ou artificielle constitue par sa nature un progrès essentiel dans la mesure du temps ; elle suppose déjà un calendrier. Je crois donc que les Egyptiens aussi sont partis primitivement de l’année lunaire et que leur calendrier solaire appartient à un degré supérieur de leur civilisation. Il est de plus complètement impossible qu’un peuple qui a formé un calendrier solaire ne connaisse pas ou ait complètement oublié le calendrier lunaire, qui lui a servi d’échelon. Dans un développement régulier aucun état antérieur n’est assez complètement absorbé par les états immédiatement consécutifs pour ne pas laisser après lui des restes témoignant de son ancienne existence. » Lepsius voit de semblables restes de l’ancien calendrier lunaire égyptien dans la division de l’année en 12 mois, et il continue en disant : « II est donc très vraisemblable qu’en Egypte l’année lunaire ne resta pas complètement inobservée, mais qu’au contraire elle continua d’être prise en considération par les prêtres à côté de l’année solaire. » Il croit même que c’est cette année lunaire qui est désignée par certains monuments égyptiens comme étant la « petite année, » par opposition à la « grande année » qui serait l’année solaire.

[Rappelons encore ici Genèse 50.3,10. Il est possible en effet, que le deuil de 7 jours, célébré en l’honneur de Jacob par Joseph, à l’aire d’Athad, fût conforme aux coutumes égyptiennes, de même que les 70 jours de l’embaumement. Comp. Contemp. Review. 1886, p. 529. — Peut-être faudrait-il aussi mentionner ici le songe de Pharaon où il était question de 2 semaines d’années, les 7 vaches grasses et les 7 beaux épis représentant 7 années d’abondance ; les 7 vaches maigres et les 7 épis brûlés, 7 années de disette (Genèse 41.1-7, 25-32, 47, 54).]

3° Lepsius dit en outre que la semaine paraît avoir son origine dans un calendrier lunaire, de même que la décade suppose un mois de 30 jours et par conséquent l’année solaire.

4° Enfin il ne me paraît point tenir un compte suffisant d’une importante donnée de Dion Cassiusg.

g – Consul pour la seconde fois en 229 après Jésus-Christ.

En exposant cette donnée, nous serons tout naturellement conduit à indiquer quatre explications qui ont été proposées de l’ordre actuel de la semaine planétaire.

B. explications de l’ordre actuel.

Dion Cassius, dans son Histoire romaine, après avoir parlé de la prise de Jérusalem par Pompée, des Juifs, de leurs coutumes, de leur sabbat, « le jour qui porte le nom de Saturne » ou « le jour de Saturne, » consacre deux paragraphes entiers à la désignation planétaire des jours de la semaine, désignation qui se retrouve encore plus ou moins modifiée dans les langues de la plupart des peuples civilisés, ne correspond à aucune série des dites planètes envisagées en elles-mêmes, et dans les inscriptions cunéiformes n’apparaît point encore, tout au moins, comme fixée, ainsi que nous aurons l’occasion de le constater.

« L’usage de déterminer l’ordre des jours d’après les 7 astres qu’on appelle planètes, vient des Eyptiens, dit Dion Cassius (37.18-19), il existe chez les autres peuples ; mais, suivant mes conjectures, il ne remonte pas à une époque éloignée. Les anciens Grecs, du moins autant que je puis le savoir, ne le connaissaient pas ; mais puisqu’il est adopté aujourd’hui dans tous les pays et par les Romains eux-mêmes, comme une coutume nationale, je veux exposer en peu de mots comment et suivant quelles règles il a été établi. D’après ce que j’ai appris, il repose sur deux systèmes faciles à comprendre, mais qui s’appuient chacun sur une certaine théorie. »

Voici donc le premier de ces systèmes, système curieux, pouvant être qualifié de mystique et paraissant n’avoir aucun fondement historique :

« Si, rapportant à ces astres, d’où dépend toute la magnifique ordonnance des cieux, l’harmonie fondée sur l’intervalle de la quarte et qui est regardée comme tenant la première place dans la musique, on suit l’ordre dans lequel chacun accomplit sa révolution ; si, commençant par le cercle qui est le plus éloigné du centre et qui est consacré à Saturne, on laisse de côté les deux cercles qui viennent ensuite et on désigne le 4e par le nom du dieu auquel il est dédié ; si, après celui-là, franchissant encore les deux suivants, on arrive au 7e, et que, parcourant les autres d’après la même marche, on donne successivement aux jours le nom du dieu auquel chaque astre est consacré, on trouvera entre l’ordre des jours et celui des cieux un rapport fondé sur la musique. Tel est, dit-on, le premier système. »

[Intervalle de la quarte : τὴν ἁρμονίαν τὴν διὰ τεσσάρων καλουμένην. Littré dit sur le mot tétracorde : 1° ancienne lyre à quatre cordes ; 2° échelle ou série de quatre sons consécutifs. La musique des anciens toujours était fondée sur des tétracordes, et non sur des gammes ou échelles de 7 sons. — Voir pourtant sur le rôle qu’ont joué les théories musicales dans les conceptions astronomiques de Pythagore, de Platon et même, dans les temps modernes, de Tycho-Brahe, de Kepler et de Newton.]

Arrivons maintenant au second, qui mérite beaucoup plus de fixer notre attention, présente un caractère astrologique prononcé et semble avoir un fondement historique.

[Le fondement historique de ce système est établi par le témoignage de l’astrologue alexandrin Paul, qui dit dans son Introduction à l’astrologie : « La première heure du jour de Saturne est sous l’influence de cette planète, qui est le gouverneur (κύριος) de tout le jour. La seconde appartient, sous le gouvernement de Saturne, à Jupiter. La troisième relève de Mars, etc. » C’est ainsi que la première heure du jour suivant arrive à être sous le gouvernement du Soleil, précisément comme le dit Dion. « Si l’astrologue connaît celui qui gouverne chaque jour et lui donne son nom, est-il dit encore, il sait aussi sous quelle influence se trouve chaque heure. Il s’agit donc de trouver le gouverneur de chaque jour du mois ou le jour hebdomadaire correspondant, » etc. Quoique Dion Cassius soit le premier qui, à notre connaissance, parle aussi explicitement et complètement de la désignation planétaire des jours de la semaine, il est hors de doute que cette dénomination ne fût connue et pratiquée beaucoup plus tôt. Tibulle, contemporain d’Auguste parle déjà du jour de Saturne comme synonyme du jour du sabbat (Eleg. 1, 3, 15-18). Frontin, qui écrivait sous Nerva, de même (Strat. II, 1, 17). Justin Martyr, qui vivait au milieu du second siècle, remarque que Christ a été crucifié la veille du jour de Saturne et qu’il est apparu à ses disciples le lendemain de ce jour (Apologet. 1, 67). Tertullien, né vers le milieu du second siècle, parle du jour de Saturne comme étant notre samedi, et du jour du Soleil comme étant notre dimanche. (Apologet. c. 16)]

« Voici le second, continue Dion Cassius : comptez les heures du jour et celles de la nuit, en commençant par la première. Attribuez cette 1re heure à Saturne, la suivante à Jupiter, la 3e à Mars, la 4e au Soleil, la 5e à Vénus, la 6e à Mercure, la 7e à la Lune, en suivant l’ordre des cercles fixés par les Egyptiens. Faites plusieurs fois cette opération : lorsque vous aurez parcouru les 24 heures d’après la même marche, vous trouverez que la 1re heure du jour suivant échoit au Soleil. Opérez de la même manière sur les 24 heures de ce jour, et la 1re heure du 3e jour reviendra à la Lune. Si vous appliquez ce procédé aux autres jours, chaque jour sera donné au dieu auquel il appartient. »

Fr. Arago ne parle que de cette seconde explication et il dit à son sujet : « L’ordre suivant lequel les jours de la semaine se succèdent actuellement, avec leurs désignations planétaires (le soleil et la lune étant considérés comme des planètes), porte l’empreinte indélébile d’un ancien système d’astronomie d’après lequel les planètes étaient d’autant plus distantes de la terre qu’elles mettaient plus de temps à faire dans le ciel leurs révolutions apparentes. Ainsi, dans ce système, la Lune était la planète la plus voisine ; venait ensuite Mercure, puis Vénus, puis le Soleil, puis enfin Mars, Jupiter et Saturne.

On avait ainsi la série suivante : Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune. De cette série, en suivant l’indication donnée par Dion Cassius, va résulter l’ordre actuel des jours de la semaine :Samedi, Dimanche, Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi ordre dont il serait impossible, sans cela, de trouver l’explication, ni dans le temps des révolutions des astres, ni dans des considérations relatives à leur éclat, à leur aspect physique, ni dans l’importance accordée aux divinités dans la mythologie ancienne. Pourquoi, en effet, le jour du Soleil succéderait-il au jour de Saturne, le jour de la Lune à celui du Soleil, le jour de Mars à la Lune, ainsi de suite ? »

Sans doute Dion Cassius ne s’exprime pas d’une manière complète, quand il semble attribuer aux Egyptiens tout l’honneur, soit de la théorie de la classification des planètes d’après leur éloignement apparent de la terre, soit de la désignation planétaire courante des jours de la semaine.

L’antiquité était partagée au sujet de la première place à donner entre les astronomes de l’Egypte et ceux de la Chaldée. Il est des auteurs, tels que Macrobe, Clément d’Alexandrie, Lactance, Diogène Laërce, Diodore de Sicile, Pline l’ancien, qui donnaient cette place aux Egyptiens, tandis que d’autres, tels que Cicéron, Proclus, Josèphe, la donnaient aux Chaldéens. Sayce arrive à dire qu’il est impossible d’établir que l’astronomie des Babyloniens soit plus ancienne que la science moins développée des Egyptiens.

Lepsius, de son côté, concluait en disant : « Nous ne voyons que deux foyers de très ancienne civilisation ; le foyer égyptien et le foyer babylonien. De ces deux, le second nous paraît être incontestablement, au point de vue de l’érudition positive des Chaldéens, en particulier de leurs connaissances astronomiques, le foyer postérieur dérivé, et, précisément à cause de cela, quelquefois plus avancé dans le détail. »

Mais depuis l’époque où Lepsius a publié son ouvrage, on a vu apparaître derrière les Babyloniens toute la civilisation si antique des Accadiens qui, selon l’expression de Tiele furent les professeurs des Babyloniens, comme les Babyloniens le furent plus tard des Assyriens. Aussi Lenormant, un de ceux qui ont le plus étudié cette civilisation, n’hésite-t-il pas à dire : « La science astronomique s’était constituée chez les habitants de la Chaldée à l’état d’une véritable science dès les temps les plus reculés, et ses premiers progrès remontaient jusqu’à l’époque presque légendaire de Nemrod. Dès les temps les plus anciens où nous fassent remonter les monuments, l’astronomie était à Babylone et dans la Chaldée beaucoup plus avancée qu’elle ne le fut jamais en Egypte. Tous les progrès qu’on pouvait réaliser dans cette science avec le simple secours des yeux et sans l’aide d’instruments d’optique perfectionnés avaient déjà été accomplis par les Chaldéens. Ils avaient même reconnu le déplacement annuel du point équinoxial sur l’écliptique, dont on attribue d’ordinaire l’invention à l’astronome grec Hipparque. »

G. Perrot ne s’exprime pas d’une manière différente : « Pour donner à la doctrine astrologique, dit-il, une base d’une apparence solide, les Chaldéens inventèrent une numération qui leur permît des calculs assez compliqués. A l’aide de cet instrument, ils ébauchèrent de très bonne heure toutes les grandes théories de l’astronomie. En quelques siècles, ils eurent poussé cette science bien plus loin que ne le fit jamais l’Egypte. C’est ce qu’indique déjà Laplace dans le Précis de l’histoire de l’astronomie, qui forme le livre V de la cinquième édition de son « Exposition du système du monde. » Il y résume les principaux résultats que lui paraissent avoir obtenus les astronomes chaldéens. Aujourd’hui, grâce aux récentes découvertes, il pourrait peut-être entrer dans un détail plus circonstancié et plus précis. »

Quoi qu’il en soit, pour autant que j’ai pu étudier la question et comme cela ressortira en bonne partie de ce que nous aurons à dire sur les Chaldéens, il me semble que ce sont eux qui ont le mieux gardé l’institution de la semaine et le plus préparé la désignation de ses jours d’après les sept planètes, mais que ce sont les Egyptiens qui ont en définitive fixé l’ordre présidant à cette désignation.

On peut trouver une certaine confirmation de l’indication donnée à cet égard par Dion Cassius, dans un passage d’Hérodote, historien tout autrement plus ancien que le consul romain, puisqu’il est né en 484 avant Jésus-Christ. Il dit en effet : « Les Egyptiens sont encore les auteurs de diverses inventions, comme, par exemple, à quel dieu chaque mois, chaque jour est dédié ; quel sort, quel caractère et quelle fin chaque homme doit avoir d’après le jour de sa naissance. »

D’autre part, Lotz énonce dans les termes suivants une opinion qui peut être rapprochée de celle que nous avons émise : « Dion a dit que l’ordre dans lequel nous voyons les planètes se ranger dans notre semaine, a été constitué par les Egyptiens. Mais comme cet ordre, à ma connaissance (voir Lepsius), ne se trouve nulle part dans les monuments égyptiens, je soupçonne que Dion veut parler des astronomes grecs d’Alexandrie. Les Egyptiens au moins n’ont certainement pas institué les semaines comme Dion le veut ; car dans leurs monuments on ne voit pas qu’ils fissent présider les jours par les planètes, et là même où chez eux il est question des planètes, elles sont seulement au nombre de cinq, le soleil et la lune étant laissés de côté… C’est par les astronomes alexandrins que la distribution de ces cinq planètes, de la lune et du soleil entre les divers jours de la semaine, a été enfin fixée pour tous les Grecs et les Romains. »

Quelque postérieur et subordonné qu’ait été le rôle joué par les astronomes égyptiens sur cette distribution, eût-il même été, comme il le semble, purement astrologique, toutefois il serait étrange que le peuple qui n’en a pas moins agi de la manière la plus profonde sur la nomenclature en quelque sorte définitive des jours de la semaine, ne l’eût pas en quelque manière, et dès longtemps, connue et pratiquée, qu’elle n’eût pas, tout au moins, trouvé chez lui un solide point de raccordement. Cette considération, à elle seule, n’aurait peut-être pas une grande valeur, mais elle en acquiert quand elle est réunie à celles que nous avons d’abord présentées.

Signalons encore une troisième explication non moins curieuse que les deux exposées par Dion Cassius. Elle est donnée en passant par Lotz, qui n’indique pas si elle est de son invention ou empruntée à d’autres. Elle mérite en tout cas d’être considérée. Il dit que si l’on applique la seconde explication fournie par Dion, non pas au jour divisé en vingt-quatre heures, mais au jour divisé en soixante parties égales, comme le divisaient quelquefois les astronomes grecs, égyptiens, babyloniens, indiens, et en commençant non par Saturne, mais par la lune, on retrouve également les noms planétaires actuels de la semaine, mais à partir du lundi et non du samedi. Le jour astronomique serait alors divisé en soixante minutes de jour, chacune de ces minutes en soixante secondes de jour, et chacune de ces secondes serait elle-même semblablement subdivisée.

Selon Lepsius (p. 128-130), il n’y a point en égyptien de mot correspondant à l’heure, bien que la division du jour en vingt-quatre heures fût usitée dans la vie civile en Egypte comme ailleurs ; — la division du jour en soixante parties présentait la plus grande analogie avec l’antique division du cercle en 360 degrés, c’est-à-dire six fois soixante, de même qu’avec plusieurs des divisions du temps, en particulier celle du mois comptant trente jours. — Ptolémée, dans son Almageste (iv, 2), où il traite des calculs faits sur le cours de la lune par Hipparque et les Chaldéens, se sert de cette division du jour en soixante minutes de jour, etc. On sait aussi que les Chaldéens divisaient invariablement l’unité en soixante parties égales, divisées et subdivisées de la même manière, et qu’ils avaient strictement établi sur cette base toutes leurs mesures de superficie, de capacité et de poids, mesures qui avaient passé, pour la plupart, dans les différentes contrées de l’Asie antérieure et même chez les Grecs, souvent en conservant plus ou moins leurs noms babyloniens (par exemple μηνᾶ et ὀβολὸς.)

Cette troisième explication se justifierait donc tout aussi bien au point de vue des Egyptiens qu’à celui des Chaldéens, peut-être même encore mieux au premier point de vue, car, si les Chaldéens avaient un mot pour désigner l’heure, « l’heure babylonienne, » comme l’appelaient les astronomes grecs, en comprenait deux des nôtres. « Le jour et la nuit ont été égaux, dit une tablette chaldéenne : six heures de jour, six heures de nuit. »

Rapportons encore une quatrième et dernière explication qui, du reste, peut se rattacher à l’astronomie égyptienne aussi bien qu’à la chaldéenne. Après avoir parlé des deux explications de Dion Cassius et en particulier de la seconde, Alex, de Humboldt, s’exprime ainsi :

« Cette manière d’expliquer les appellations des jours de la semaine avait été jusqu’ici généralement considérée comme la plus exacte ; mais Letronne, s’appuyant sur le zodiaque de Bianchini, longtemps délaissé dans les collections du Louvre et sur lequel, frappé moi-même d’une singulière ressemblance entre un zodiaque grec et un zodiaque des Tartares kirghises, j’avais en 1812 attiré l’attention des archéologues, — Letronne, dis-je, déclare adopter de préférence une troisième explication. »

Cette explication est basée sur le partage des 12 signes du zodiaque ou des 360 degrés de sa circonférence en 36 décans ou dizaines de degrés, chaque décan comptant lui-même 3 des 7 planètes et ces 3 planètes étant réparties toujours en suivant la même ancienne division des 7 astres par ordre de distance apparente de la terre. Pour trouver ainsi l’ordre actuel des jours de la semaine, il suffit de prendre successivement la première des 3 planètes assignées à chaque décan. Et en effet, si l’on part du signe de la Vierge et de ses 3 planètes : Soleil, Vénus, Mercure, pour passer au signe de la Balance et de ses 3 planètes : Lune, Saturne, Jupiter, puis au signe du Scorpion et de ses 3 planètes : Mars, Soleil, Vénus, on arrivera à déterminer comme suit les 3 premiers jours de la semaine : dimanche (ou jour du Soleil), lundi, mardi, et ainsi de suite. Pour trouver de cette manière l’ordre actuel complet des jours de la semaine, il suffit de juxtaposer 4 mêmes séries des 7 planètes et de les diviser de gauche à droite par triades, en ne comptant pas la première triade de la première série et en numérotant successivement dans chacune des triades suivantes la première de ses planètes :

Il ne faudrait pas cependant conclure de ce qui vient d’être dit d’après de Humboldt que l’ordre des jours planétaires soit ici réellement et complètement donné, avec le jour du Soleil en tête. En effet, Letronne dit positivement que sur le zodiaque dit de Bianchini, ainsi que sur plusieurs autres dont il vient de parler, le point de départ du zodiaque n’est point marqué, et lui-même énumère les jours hebdomadaires dénommés dans le zodiaque, selon l’ordre que voici : mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi.

Terminons par quelques courtes observations préalables, sur l’ensemble des quatre explications de la désignation planétaire des jours de la semaine :

  1. Ce qui est à la base de toutes, ce qui leur sert de point de départ commun, c’est une observation réellement astronomique, à savoir l’ordre des planètes suivant le degré de leur éloignement apparent de la terre.
  2. Mais toutes ne procèdent pas identiquement de cet ordre. La première et la seconde mettent en tête la planète la plus distante, soit Saturne, et en dernier lieu la planète la plus rapprochée, soit la Lune. La troisième fait le contraire.
  3. La première et la seconde aboutissent à cette série des jours de la semaine : samedi (jour de Saturne), dimanche (jour du Soleil), lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi.
  4. La troisième aboutit à cette série : lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche.
  5. La première explication est purement mystique et la moins astrologique ; elle est aussi la moins fondée historiquement.

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