L’Imitation de Jésus-Christ, traduite en vers français

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Que nous devons découvrir toutes nos nécessités à Jésus-Christ

Source de tous les biens où nous devons prétendre,
            Aimable et doux Sauveur,
Qu’en cet heureux moment je souhaite de prendre
            Avec pleine ferveur ;
De toutes mes langueurs, de toutes mes faiblesses
            Tes yeux sont les témoins,
Et du plus haut du ciel, d’où tu fais tes largesses,
            Tu vois tous mes besoins.
Tu connais mieux que moi tous mes maux, tous mes vices,
            Toutes mes passions,
Et n’ignores aucun des plus secrets supplices
            De mes tentations.
Le trouble qui m’offusque et le poids qui m’accable
            Sont présents devant toi ;
Tu vois quelle souillure en mon âme coupable
            Imprime un juste effroi.
Je cherche en toi, Seigneur, le souverain remède
            De toutes mes douleurs,
Et le consolateur qui me prête son aide
            Contre tant de malheurs.
Je parle à qui sait tout, à qui dans mon courage
            Voit tout à découvert,
Et peut seul adoucir les fureurs de l’orage
            Qui m’entraîne et me perd.
Tu sais quels biens surtout sont les plus nécessaires
            A mon cœur abattu,
Et combien dans l’excès de toutes mes misères
            Je suis pauvre en vertu.
Je me tiens à tes pieds, chétif, nu, misérable ;
            J’implore ta pitié,
Et j’attends, quoique indigne, un effort adorable
            De ta sainte amitié.
Daigne, daigne repaître un cœur qui te mendie
            Un morceau de ton pain,
De ce pain tout céleste, et qui seul remédie
            Aux rigueurs de sa faim.
Dissipe mes glaçons par cette heureuse flamme
            Qu’allume ton amour,
Et sur l’aveuglement qui règne dans mon âme
            Répands un nouveau jour.
De la terre pour moi rends les douceurs amères,
            Quoi qu’on m’y puisse offrir ;
Mêle aux sujets d’ennuis, mêle aux succès contraires
            Les plaisirs de souffrir.
Fais qu’en dépit du monde et de ses impostures
            Mon esprit ennobli
Regarde avec mépris toutes les créatures,
            Ou les traite d’oubli.
Elève tout mon cœur au-dessus du tonnerre ;
            Fixe-le dans les cieux ;
Et ne le laisse plus divaguer sur la terre
            Vers ce qui brille aux yeux.
Sois l’unique douceur, sois l’unique avantage
            Qui puisse l’arrêter,
Sois seul toute la viande et seul tout le breuvage
            Qu’il se plaise à goûter.
Deviens tout son amour, toute son allégresse,
            Tout son bien, tout son but ;
Deviens toute sa gloire et toute sa tendresse,
            Comme tout son salut.
Fais-y naître un beau feu par ta bonté suprême,
            Et si bien l’enflammer,
Qu’il l’embrase, consume, et transforme en toi-même
            A force de t’aimer.
Que par cette union avec toi je devienne
            Un seul et même esprit,
Et qu’un parfait amour à jamais y soutienne
            Ce que tu m’as prescrit.
Ne souffre pas, Seigneur, que de ta sainte table,
            Où tu m’as invité,
Je sorte avec la faim et la soif déplorable
            De mon aridité.
Par ta miséricorde inspire, avance, opère,
            Achève tout en moi,
Ainsi que dans tes saints on t’a vu souvent faire
            En faveur de leur foi.
Serait-ce une merveille, ô Dieu, si ta clémence
            Me mettait tout en feu,
Sans qu’en moi de moi-même en ta sainte présence
            Il restât tant soit peu ?
N’es-tu pas ce brasier, cette flamme divine
            Qui ne s’éteint jamais,
Et dont le vif rayon purifie, illumine
            Et l’âme et ses souhaits ?

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