Synonymes du Nouveau Testament

66.
Ἁμαρτία, ἁμάρτημα, παρακοή, ἀνομία, παρανομία, παράβασις, παράπτωμα, ἀγνόημα, ἥττημαζ, πλημμέλεια
Péchés

Groupe de mots tristement nombreux et qu’il ne serait que trop facile d’étendre ! Il est bien aisé d’en voir la raison, car, le péché, que nous pouvons définir avec Augustin : « factum vel dictum vel concupitum aliquid contra æternam legem » (Con. Faust, 22.27 : cf. la définition des Stoïciens, ἀμάρτημα, νόμου ἀπαγόρευμα, Plutarch., De Rep. Stoic. 11) ; ou encore : « voluntas admittendi vel retinendi quod justitia vetat, et unde liberum est abstinere » (Con. Jul. 1.47), le péché, disons-nous, peut être considéré sous un nombre infini d’aspects, et dans toutes les langues on l’a ainsi envisagé : mais, comme son diagnostic appartient avant tout à l’Écriture, nulle part ailleurs nous ne pouvons nous attendre à trouver le péché examiné de tant de côtés ni représenté sous tant d’images. On l’y verra comparé à un trait qui ne frappe pas au but, c’est alors ἁμαρτία, ou ἁμάρτημα ; à l’action de franchir, de dépasser une limite, c’est dans ce cas παράβασις ; à la transgression d’un commandement, nous avons alors παρακοή ; à une chute quand il fallait rester debout, ce qui donne παράπτωμα ; à l’ignorance de ce qu’il aurait fallu savoir, ce sera ἀγνόημα ; à l’amoindrissement de ce qui devait être reproduit dans toute sa longueur, ce qui se traduit par ἥττημα ; à la violation d’une loi, c’est ἀνομία ou παρανομία ; à une fausse note dans l’harmonie des sphères célestes, et alors on a πλημμέλεια. On peut encore envisager le péché sous d’autres faces presque sans nombre.

Commençons par le terme le plus général. En cherchant une exacte définition de ἁμαρτία et par là le moyen de le mieux, distinguer des autres mots de notre groupe ; nous n’avons aucun secours à attendre de son étymologie, vu qu’elle est tout-à-fait incertaine. Suidas, comme c’est bien connu, fait dériver ἁμαρτία de μάρπτω : « ἁμαρτία quasi ἁμαρπτία, » c’est l’action de manquer une prisea. L’hypothèse de Buttmann (Lexilogus, p. 80, édit. angl.), qui rapporte le mot à la racine μέρος, μείρομαι, dont on a fait par la particule négative un verbe signifiant « manquer, ne pas avoir son lot, » cette hypothèse, dis-je, a trouvé plus de faveur (voir une longue note de Fritzsche, sur Romains 5.12 ; excellente philologie, mais théologie misérable). Le seul point certain, c’est que lorsqu’on contemple le péché comme ἀμαρτία, on le considère comme manquant le vrai but de la vie, qui est Dieu ; ἡ τοῦ ἀγαθοῦ ἀπόπτωσις, pour parler avec Œcumenius ; ἡ τοῦ ἁγαθοῦ ἀποτυχία (et ἁμαρτάνειν ἄσκοπα τοξεύειν), selon la définition de Suidas ; ἡ τοῦ καλοῦ ἐκτροπή εἴτε τοῦ κατὰ φύσιν εἴτε τοῦ κατὰ νόμον, selon un autre auteur.

a – D’après Benary (Kuhn, Zeitschrift, 4.50) la signification étymologique du thème ἁμαρτ est « immemorem esse. » Dr A. Scheler.

Il va sans dire qu’avec une conception plus faible du péché et du mal qui en est la conséquence, il résultera du même coup un sens moral plus faible dans les mots employés pour exprimer le péché. Par conséquent, il n’y a rien d’étonnant si ἁμαρτία et ἁμαρτάνειν n’atteignent nulle part, dans le grec classique, à cette profondeur de sens qu’ils ont obtenue dans la religion révélée. Ces mots parcourent la même carrière que tous les mots qui, aboutissant à une terminologie éthique, semblent devoir inévitablement parcourir. Enrôlés d’abord au service de choses naturelles, ces vocables sont ensuite transférés dans le domaine des choses morales et spirituelles, selon cette analogie entre les deux ordres que l’homme se plaît tant à retracer. Ainsi ἁμαρτάνειν signifie, de prime abord, manquer son point de mire ; cent fois, dans Homère, le guerrier ἁμαρτεῖ, quand il lance son trait, sans atteindre son adversaire (Il. 4.491). Puis le mot passe dans la région des choses intellectuelles. Le poète ἁμαρτάνει, en choisissant un sujet qu’il est impossible de traiter poétiquement, ou en visant à des résultats qui dépassent les limites de son art (Aristot., Poët. 8 et 25) ; ainsi nous avons : δόξης ἁμαρτία (Thucyd., 1.31) ; γνώμης ἁμάρτημα (2.65). Ἁμαρτία est toujours opposé à ὀρθότης ; (Plato, Leg. 1.627.d, 2.668.c ; Aristot., Poët. 25). Le mot est si loin d’impliquer nécessairement un sens éthique, que quelquefois Aristote le soustrait presque, si ce n’est tout-à-fait, à la sphère du bien et du mal (Eth. Nic. 5.8.7). Le péché devient une erreur, une terrible erreur, comme celle d’Œdipe, mais rien de plus (Poët. 13 ; cf. Euripid., Hippolytus 1407). Ailleurs cependant, ἁμαρτία participe autant à l’idée que fait naître notre terme « péché » qu’aucun mot employé chez les moralistes païens peut y participer.

Ἁμάρτημα diffère de ἁμαρτία en ceci que ἁμαρτία indique le péché au sens abstrait, aussi bien qu’au sens concret ; ou encore, l’action de pécher, non moins que le péché lui-même ; « peccatio » (A. Gellius, 13.20.17), non moins que « peccatum » ; tandis que ἁμάρτημα (qui ne paraît que dans Marc 3.28 ; 4.12 ; Romains 3.25 ; 1 Corinthiens 6.18) n’est jamais le péché considéré comme chose criminelle (as sinfulness) ou comme l’acte du péché, mais seulement le péché considéré dans ses diverses manifestations ou modes de transgresser une loi divine. Même différence entre ἀνομία et ἀνόμημα (non dans le N. T., mais dans Ézéchiel 16.49), entre ἀσέβεια et ἀσέβημα (non dans le N. T., mais dans Lévitique 18.17), entre ἀδικία et ἀδίκημα (Actes 18.14). La preuve en est fournie par Aristote (Ethic. Nic. 5.7), qui oppose l’un à l’autre, ἄδικον (ἀδικία) et ἀδίκημα dans ces paroles : διαφέρει τὸ ἀδίκημα καὶ τὸ ἄδικον Ἄδικον μὲν γὰρ ἔστι τῇ φύσει ἢ τάξει. τὸ αὐτὸ δὲ τοῦτο ὅταν πραχθῇ ἀδίκημά ἐστι. Comparez un passage instructif de Xénophon (Mem. 2.2.3) : αἱ πόλεις ἐπὶ τοῖς μεγίστοις ἀδικήμασι ζημίαν θάνατον πεποιήκασιν ὡς οὐκ ἂν μειζόνος κακοῦ φόβῳ τὴν ἀ δικίαν παύσοντες. Sur la distinction entre ἁμαρτία et ἁμάρτημα, ἀδικία et ἀδίκημα, et autres mots de notre groupe, il y a une longue discussion dans Clément d’Alexandrie (Strom. 2.15), mais le résultat n’en est pas très satisfaisant.

Παρακοή ne se rencontre que dans Romains 5.19 (où il est opposé à ὑπακόη) ; 2 Corinthiens 10.6 ; Hébreux 2.2. Il n’existe pas chez les Septante, mais παρακούειν (dans le N. T. seulement Matthieu 18.17) s’y trouve plusieurs fois dans le sens de désobéir : Esther 3.3, 8 ; Esaïe 65.12. Παρακοή, dans sa signification la plus rigoureuse, veut dire l’action de ne pas entendre ou d’entendre mal, en impliquant cette désobéissance active qui suit une audition inattentive ou insouciante ; peut-être est-ce le péché considéré comme étant déjà commis dans le fait qu’on n’a pas écouté quand Dieu a parlé. Reproduisons l’excellente note de Bengel (sur Romains 5.19) : « παρά in παρακοή perquam apposite déclarat rationem initii in lapsu Adami. Quæritur quomodo hominis recti intellectus aut voluntas potuit detrimentum capere aut noxam admittere ? Resp. Intellectus et voluntas simul labavit per ; neque quicquam potest prius concipi quam, incuria, sicut initium capiendse urbis est vigiliarum remissio. Hanc incuriam significat παρακοή, inobedientia. » Il est à peine nécessaire de faire remarquer que constamment l’A. T. décrit la désobéissance comme étant un refus d’écouter (Jérémie 11.18 ; 35.17) ; dans Actes 7.57, l’accusation porte sur ce chef. Παράβασις, qui accompagne et qui suit παρακοή, Hébreux 2.2, impliquerait le fait, dans l’intention de l’écrivain, que non seulement chaque transgression effective, se produisant dans un acte extérieur de désobéissance, était punie, mais encore chaque refus d’écouter, alors même qu’il ne s’était pas déclaré par une désobéissance aussi ouverte.

On traduit volontiers ἀνομία par « iniquité » (Matthieu 7.23 ; Romains 6.19 ; Hébreux 10.17 ; 2 Corinthiens 6.14) ; une fois l’on trouve « ce qui est contre la Loi » (1 Jean 3.4). Tandis que ἄνομος est employé au moins une fois dans l’Ecriture (1 Corinthiens 9.21) dans le sens négatif pour désigner une personne sans loi, ou qui n’a point reçu de loi (ailleurs, mais en parlant du plus grand ennemi de toute loi : l’homme de péché, l’homme sans loi, 2 Thessaloniciens 2.8), ἀνομία ne signifie jamais dans l’Ecriture la condition de quelqu’un qui vit sans loi, mais toujours la condition ou l’action de quelqu’un qui agit contre la loi ; de là παρανομία, que l’on ne trouve que dans 2 Pierre 2.16. Il s’en suit que là où il n’y a point de loi (Romains 5.13), il peut y avoir ἁμαρτία, ἀδικία, mais certainement pas ἀνομία ; car ἀνομία est, selon la définition d’Œcumenius : ἡ περὶ τὸν θετὸν νόμον πλημμέλεια, et selon celle de Fritzsche : « legis contemtio aut morum licentia qua lex violatur. » Ainsi les Gentils, qui n’avaient point de loi (Romains 2.14), pouvaient être accusés de péché (de péché sans la loi, ἀνόμως c-à-d χωρὶς νόμου, Romains 2.12 ; 3.21), mais ils ne pouvaient pas être accusés d’ἀνομία. Il est vrai que derrière la loi de Moïse, qu’ils n’ont jamais eue, il y a une autre loi, la loi primitive et la révélation de la justice de Dieu, écrite dans les cœurs de tous (Romains 2.14-15) ; et comme cette loi, dans aucun cœur d’homme, n’est complètement oblitérée, tout péché, même celui du sauvage le plus ignorant, doit encore, dans un sens secondaire, demeurer comme une ἀνομία, une violation de cette loi plus ancienne quoiqu’en partie obscurcie. Ainsi Origène (in Rom. 4.5) : « Iniquitas sane a peccato hanc habet differentiam, quod iniquitas in his dicitur quæ contra legem committuntur, unde et Græcus sermo ἀνομίαν appellat. Peccatum vero etiam illud dici potest, si contra quam natura docet et conscientia arguit delinquatur. » Cf. Xenoph., Mem. 4.4,18,19.

Il en est de même de παράβασις. Il doit y avoir quelque chose à transgresser, avant qu’il y ait transgression. Le péché existait d’Adam à Moïse, comme le prouve le fait que la mort existait, mais ceux qui vivaient entre l’époque où la loi fut donnée dans le Paradis (Genèse 2.16-17) et celle où elle fut donnée sur le Sinaï, tout en péchant en réalité, ne péchèrent cependant pas « par une transgression semblable à celle d’Adam » (παραβάσεως, Romains 5.14). Ce n’est qu’avec la Loi que surgit la possibilité de transgresser la loi, et cette transgression est exactement exprimée par παράβασις, qui vient de παραβαίνειν, litt. transgredi ; comp. le français forfaire, agir fors ou hors de la limite tracée. Cicéron (Parad. 3) : « Peccare est tanquam transilire lineas. » (Comp. dans Homère ὑπερβασίη. Il. 3.107, et passim). Dans le langage constant de St. Paul, cette παράβασις, comme étant la transgression d’un commandement clairement donné, est une chose plus grave que ἁμαρτία (Romains 2.23 ; 1 Timothée 2.14 ; cf. Hébreux 2.2 ; 9.15). C’est à ce point de vue, et même par rapport au mot qui nous occupe, qu’Augustin fait souvent une distinction entre le « peccator » et le « prævaricator », entre « peccatum » (ἁμαρτία) et « prævaricatio » (παράβασις). Ainsi (Enarr. in Ps. 118, Serm. 25, § 1) : « Omnis quidem prævaricator peccator est, quia peccat in lege, sed non omnis peccator præevaricator est, quia peccant alii sine lege. Ubi autem non est lex, nec prævaricatio. » On voit que le mot latin introduit une nouvelle image : il ne s’agit plus de dépasser une ligne, mais de clocher des deux côtésb : image qui avait cependant entièrement disparu du mot, quand Augustin l’employa, vu qu’il ne s’en servait que pour montrer que le prévaricateur agissait injustement par rapport à la loi. Celui qui pèche sans être soumis à aucune loi expresse, est, dans le langage d’Augustin, un « peccator » ; celui qui possède une telle loi et qui pèche, est un « prævaricator » (παραβάτης, Romains 2.25). Avant que la loi vînt, l’homme pouvait être un « peccator » ; après la loi, il ne peut plus être qu’un « prævaricator ». Dans le premier cas, il y a désobéissance implicite ; dans le second, explicite.

b – Prævaricari, proprement, aller à droite et à gauche, biaiser. Dict. d’Étymol. franç., par le Dr A. Scheler. Trad.

Passons à παράπτωμα. « Si originem verbi spectemus, dit Cocceius, significat ea facta prac quibus quis cadit et prostratus jacet, ut stare coram Deo et surgere non possit ». Jérôme rapporte, à propos d’Ephés.2.1, où se rencontrent παραπτώματα et ἁμαρτίαι, une distinction entre ces deux mots, qu’il semble approuver, à savoir que les παραπτώματα sont des péchés qui prennent naissance dans l’esprit et qui y sont nourris, tandis que les ἁμαρτίαι sont des péchés qui se traduisent en faits réels : « Aiunt quod παραπτώματα quasi initia peccatorum sint, quum cogitatio tacita subrepit, et ex aliqua parte conniventibus nobis ; needum tamen nos impulit ad ruinam. Peccatum vero esse, quum quid opere consummatum pervenit ad finem ». Nous ne pouvons accepter cette explication. Elle n’est vraie qu’autant qu’elle rappelle que les péchés en pensées participent davantage à notre infirmité, et ne sont pas aussi graves que les péchés qui prennent corps dans des actes. En effet παράπτωμα est quelquefois employé pour désigner des péchés qui ne sont pas des plus énormes. On peut en voir une preuve bien claire dans Galates 6.1, où la version anglaise voulait, sans doute, observer la même distinction dont nous parlons quand elle y a rendu παράπτωμα par faute et non par offense, comme elle l’a fait d’une manière, je crois, assez obscure, dans Romains 5.15, 17-18. Παράπτωμα signifie aussi erreur, méprise en fait de jugement, bévue ; ainsi dans le langage de Polybe (9.10.6 ; comp. Psaumes 18.13-14), où παράπτωμα est mis en contraste avec ἁμαρτία μεγάλη. Nous pouvons attribuer à un certain sentiment de ce genre une autre distinction imparfaite, celle d’Augustin (Qu. ad Lev. 20), selon laquelle παράπτωμα est l’omission du bien (« desertio boni », ou « delictum ») et forme opposition à ἁμαρτία, qui est la commission du mal (« perpetratio mali »).

Mais ce sens adouci et sous-entendu est bien loin d’appartenir toujours au mot. Il n’y en a pas trace dans Éphésiens 2.1 : « morts dans les offenses (παραπτώμασι) et les péchés ». Παράπτωμα est un péché mortel, Ézéchiel 18.26 ; et le παραπεσεῖν d’Hébreux 6.6 est l’équivalent du ἐκουσίως ἁμαρτάνειν d’Hébreux 10.26, de l’ἀποστῆναι ἀπὸ Θεοῦ ζῶντος de Hébreux 3.12, et toute atteinte portée à la force du mot est expressément défendue par un passage de Philon (2.648), qui ressemble de très près aux deux textes de l’épître aux Hébreux, et dans lequel Philon qualifie distinctement de παράπτωμα la condition d’un homme qui, après s’être élevé à une certaine hauteur de piété et de vertu, en déchoit : « Élevé à la hauteur du ciel, il est tombé au fond de l’enfer ».

Ἀγνόημα, dans le N. T., ne se trouve que dans Hébreux 9.7 (voy. Tholuck, Comment, sur les Héb. Beit. p. 92), et en dehors du N. T., dans 1 Maccabées 13.39 ; ἄγνοια a le même sens de péché, Psaumes 25.7, et souvent ; et ἀγνοεῖν,

de pécher, Osée 4.15 ; Siracide 5.15 ; Hébreux 5.2. On désigne le péché par ἄγνοια, quand on désire l’excuser autant que possible et le considérer sous le jour le moins défavorable (Actes 3.17). Il y a toujours, à vrai dire, un certain élément d’ignorance dans toute transgression humaine, ignorance qui en fait un péché d’homme, non de démon, et qui, tout en ne levant point la culpabilité du péché, la mitige suffisamment pour en rendre le pardon sinon nécessaire, du moins possible. Ainsi, comparez les paroles de notre Seigneur : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23.34), à celles de saint Paul : « Miséricorde m’a été faite, parce que c’est par ignorance que j’ai agi dans l’incrédulité » (1 Timothée 1.13). Aucun péché de l’homme, si ce n’est le péché contre le St. Esprit, ce qui est, peut-être, la raison même qui le rend irrémissible (Matthieu 12.32), n’est commis avec une pleine et parfaite connaissance du mal qu’on choisit comme tel et du bien qu’on abandonne comme tel. Comparez encore les nombreux passages dans les Dialogues de Platon, où le vice est identifié à l’ignorance, et ou il est même déclaré qu’aucun homme n’est volontairement mauvais ; οὐδεὶς ἐκὼν κακός. Lisez aussi ce que dit Archer Butler, dans ses Lectures on Ancient Philosophy (vol. 2, p. 285), quand il qualifie cette idée et qu’il nous met en garde contre elle. Mais, pour en revenir à la déclaration de Platon, quel qu’exagérée qu’elle soit, disons qu’il demeure vrai que le péché est toujours plus ou moins un ἀγνόημα ; et que plus l’ἀγνοεῖν, comme étant opposé au ἐκουσίως ἁμαρτάνειν (Hébreux 10.26), prédomine, d’autant moins forte est la culpabilité. Il y a donc un admirable à propos dans l’emploi du vocable dans le seul cas précité où il apparaisse dans le N. T. Les ἀγνοήματα ou « erreurs » du peuple, pour lesquelles le souverain Pontife offrait des sacrifices au grand jour des expiations, n’étaient point des péchés volontaires, « des péchés commis par fierté » (Psaumes 19.13), des « peccata proæretica », commis contre la conscience et à main levée contre Dieu ; ceux qui étaient coupables de tels péchés étaient retranchés de l’assemblée ; la constitution lévitique ne pourvoyait rien pour le pardon de telles offenses (Nombres 15.30-31) ; tandis qu’elle proclamait un pardon pour les péchés causés par la faiblesse de la chair, par une imparfaite connaissance de la loi de Dieu, par la légèreté et le manque de circonspection (Lévitique 5.15-19 ; Nombres 15.22-29), péchés sur lesquels le coupable jette ensuite les yeux avec honte et remords ! Entre ἄγνοια et ἀγνόημα il existe la même différence que nous avons déjà établie entre ἁμαρτία et ἁμάρτημα, entre ἀδικία et ἀδίκημα : à savoir que le premier terme est souvent le plus abstrait, le second, toujours le terme concret.

Ἥττημα ne paraît nulle part chez les auteurs grecs classiques ; la forme que le mot y revêt est ἧττα, qui est opposé à νίκη, comme le mot déconfiture ou défaite l’est à victoire. Ἥττα a traversé à peu près les mêmes phases que le latin « clades ». Dans la finale μα que le mot a acquise, nous avons un exemple de cette tendance, qui caractérise les langues à leur déclin, à préférer les formes à suffixe. Ἥττημα apparaît une fois dans les Septante (Ésaïe 31.8), et deux fois dans le N. T., à savoir dans Romains 11.12, et dans 1 Corinthiens 6.7 ; mais ce n’est que dans le dernier de ces passages qu’il possède un sens moral, et qu’il signifie un manquement au devoir, une faute ; il répond à l’allemand, « Fehler » ; et au latin, « delictum ». Gerhard (Loc. Theol. 11) s’exprime ainsi : « Ἥττημα, diminutio, defectus, ab ἡττᾶσθαι, victum esse, quia peccatores succumbunt carnis et Satanæ tentationibus ».

Πλημμέλεια se trouve fréquemment dans l’A. T. (Lévitique 5.15 ; Nombres 18.9, et souvent), mais il ne paraît point dans le Nouveau. Dérivé de πλημμελής, qui veut dire quelqu’un qui chante hors de ton (πλὴν et μέλος), comme ἐμμελής est quelqu’un qui chante juste, et ἐμμέλεια, l’exacte conformité de la voix à la musique, ce vocable indique proprement un désaccord, une disharmonie (πλημμέλειαι καὶ ἀμετρίαι, Plutarch., Symp., 9.14.7). D’où il résulte qu’Augustin est en défaut quand il traduit le mot μέλει, par « curæ est » (Qu. in Lev. l. 3, qu. 20), et qu’il confond πλημμέλεια avec ἀμέλεια, insouciance. C’est plutôt le péché, considéré comme une discordance ou dissonance dans le grand concert de l’univers :

Disproportioned sin
Jarred against nature’s chime, and with harsh din
Broke the fair music that all creatures made
To their great Lord.

chapitre précédent retour à la page d'index chapitre suivant