Synonymes du Nouveau Testament

92.
Κόσμιος, σεμνός, ἱεροπρεπής
Modeste, grave

Κόσμιος et σεμνός sont deux épithètes éventuellement appliquées à des choses, mais plus fréquemment à des personnes ; comme leur sens est voisin on les trouve souvent ensemble, mais elles restent très distinctes l’une de l’autre.

Κόσμιος, qui se relie à κόσμος dans son sens premier, ornemental, tandis que κοσμικός (Tite 2.12 ; Hébreux 9.1) se rapporte plutôt au sens second, celui de monde, se trouve deux fois dans le N. T., où il est rendu par modeste (1 Timothée 2.9) et par convenable (1 Timothée 3.2) ; il correspond assez bien au compositus de Sénèque (Ep. 114) ou à son compositus et ordinatus (De Vit. Beat., 81). La Vulgate le traduit deux fois, de manière fautive, par ornatus, bien que l’on conçoive comment cette erreur est apparue. Ce mot de prédilection de Platon est appliqué par lui et d’autres au bon citoyen qui remplit tranquillement ses devoirs, étant tout le contraire d’un ἄτακτος (1 Thessaloniciens 5.14 ; cf. 2 Thessaloniciens 3.6-7, 11), s’exerçant plutôt à être τεταγμένος. Platon et St Paul l’associe à σώφρων (Leg. 7.802 e) — qualificatif qui l’accompagne le plus souvent (Lysias, Orat. 21.163 ; Plutar. Quom Adul. ab Am. 36) ; les autres étant ἥμερος (Platon, Rep. 410 e) ; νόμιμος (Gor. 504 d) ; ἐγκρατής (Phædr. 256 b) ; εὐσταλής (Menex. 90 a) ; φρόνιμος (Phædr. 108 a ; Plutar. De Mul. Virt) ; στάσιμος (Rep. 539 d) ; εὐκολός (329 d) ; ἀνδρεῖος (399 e) ; καλός (403 a) ; εὔτακτος employé par Aristote ; αἰδήμων par Epictète (Enrich. 40) ; et par Plutar. (De Garrul. 4) ; avec γενναῖος ; avec εὐάγωγος (Max. cum Princ. 2) ; opposé par Platon à ἀκόλαστος (Gorg. 494 a.). Toutes ces épithètes qui partagent la compagnie de κόσμιος prouvent le caractère superficiel des explications qui le réduisent à : bien ordonné, décoratif, courtois (Webster) ; et même la traduction de Tyndale, bien que plus proche de la vérité, honnêtement vêtu (1 Timothée 3.3), ne lui rend pas justice. Certes, κόσμιος contient tous ces sens, mais plus encore. Le bon ordre dont il témoigne provient non de l’habit ou de l’aspect extérieur, mais de la vie intérieure se manifestant et s’exprimant par la conversation. Bengel même manque de sonder la profondeur du mot lorsqu’il dit : « Quod σώφρων est intus, id κόσμιος est extra ». Le poète comique Philémon, dans quatre vers rapportés par Stobaeus, résume qui est κόσμιος et qui ne l’est pas, les voici pour ce qu’ils valent :

οὐκ ἂν λαλῇ τις μικρόν ἐστὶ κόσμιος.
οὖδ᾽ ἂν πορεύηται τις εἰς τὴν γῆν βλέπων.
ὁ δ᾽ ἡλικον μὲν ἡ φύσις φέρει λαλῶν
μηδὲν ποιῶν δ᾽ ἄσχημον οὗτος κόσμιος

Quoiqu’il en soit du riche sens de κόσμιος, σεμνός pour sa part apporte davantage encore. Le κόσμιος se conduit fort sagement par rapport à la πολιτεία terrestre, mais le σεμνός fait preuve d’une grâce et d’une dignité qui ne lui vienne pas d’ici-bas, ils les tient de sa citoyenneté céleste ; il n’inspire pas le respect, seulement, mais une religieuse révérence. En grec profane σεμνός est un adjectif toujours relatif aux dieux — aux Eunemides, les σεμναὶ θεαί, surtout. Il qualifie les choses en relation avec le monde céleste. Ceci devient manifeste lorsqu’on prête attention aux autres adjectifs auxquels il se lie : ἅγιος (Platon, Sophist. 249 a ; Rep. 290 d ; cf. Clément de Rome 1 Ep § 1, où on le trouve joint à ἁγνός et ἄμωμος) ; ὀρθός (Apol. 412 e) ; μέγας (Theatet. 203 e) ; τίμιος (Crit. 51 a) ; μέτριος (Clément de Rome, 1 Ep.) ; βασιλικός (Plutar. Quom. Aud. Poet. 8) ; ἔντιμος (Præc. Ger. Reip. 31) : μεγαλοπρεπής (De Def. Orac. 30) ; θεῖος et φοβερός. D’après tous ces mots, il devient clair que σεμνός implique une atmosphère de majesté et de crainte divine qui ne se trouve pas dans κόσμιος, sans pour autant qu’elle provoque la répulsion, elle attire au contraire, selon l’heureuse définition, μαλακὴ καὶ εὐσχήμων βαρύτης, qu’Aristote donne de σεμνότης, équilibre parfait entre deux extrêmes l’ἀρεσκεία, complaisance timide, et l’αὐθαδία, indépendance égoïste. Chez Plutarque pourtant, σεμνός est associé avec φιλικός (Quom. Am. ab Adul. 6) ; avec ἡδύς (Conviv. 4, Proem.) ; avec φιλάνθρωπος, avec ἐπιεικής et d’autres mots semblables ; enfin avec προσηνής dans Josèphe (Ant. 11.6, 9). Ceci n’ôte en rien à σεμνός son caractère cultuel, qu’il dérive du verbe σέβω. Le traduire n’est pas chose aisée. Dans certains cas il se rapporte aux choses plutôt qu’aux personnes (Philippiens 4.8 où nos versions le traduisent par honnête) ; en trois autres occasions il est rendu par grave (1 Timothée 3.8 ; 3.11 ; Tite 2.2) ; de même σεμνότης devient une fois honnêteté (1 Timothée 2.2), et deux fois gravité (1 Timothée 3.4 ; Tite 2.7).

Ἱεροπρεπής appartient à l’apogée de la langue grecque, utilisé par Platon (Theag. 122 d) et par Xénophon (Conv. 8.40), différant par cela de ὁσιοπρεπής et de ἁγιοπρεπής créés par plus tard par la langue ecclésiastique. Tout comme pour κόσμιος un nombreux cortège d’autres mots satellites gravite autour de lui ; ils se retrouvent dans les épîtres pastorales de Paul.

Par exemple les adjectifs qui ne sont qu’une variation ou une addition de son vocabulaire éthique dans ses autres épîtres et qui n’apparaissent que dans les épîtres pastorales : αἱρετικός, ἀκρατής, ἄμαχος, ἀνεπαίσχυντος, ἀνεπίληπτος, ἀνήμερος, ἀνεξίκακος, ἀνόσιος, ἀπαίδευτος, ἄρτιος, ἀφιλάγαθος, ἀψευδής, διδακτικός, διάβολος, δίλογος, ἐγκρατής, εὐμετάδοτος, ἐπίορκος, ἤπιος, καλοδιδάσκαλος, κοινωνικός, ματαιολόγος, νηφάλιος, οἰκουρός, ὀργίλος, πάροινος, σώφρων, φιλάγαθος, φίλανδρος, φίλαυτος, φιλήδονος, φιλόθεος, φιλόξενος, φιλότεκνος, φλύαρος.

Il résulte de ce que nous avons déjà dit sur σεμνός que ἱεροπρεπής lui est plus voisin que κόσμιος. En Tite 2.3, il est uni avec σώφρων, au sujet des femmes qui font profession de sainteté. Leur conduite leur attirera une respectueuse considération, bien que ceci ne soit pas impliqué par ἱεροπρεπής autant que par σεμνός.

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