Contre Marcion

LIVRE II

Chapitre XVII

Ces considérations établissent la sagesse des jugements divins, ou pour parler un langage plus digne, nous les montrent comme la sauvegarde de cette bonté universelle et souveraine que les Marcionites séparent de la justice, et qu’ils ne veulent pas reconnaître dans le même Dieu, pure dans son essence, « faisant pleuvoir sur les bons comme sur les méchants, et lever également son soleil sur les justes et sur les impies. » Cependant à quel autre qu’au Créateur convient cet éloge ? Vainement Marcion osa retrancher de l’Evangile ce témoignage rendu par Jésus-Christ à notre Dieu. Il est gravé dans le livre de l’univers : il est lu par toutes les consciences. Tremble, Marcion ! cette patience que tu nies, t’attend et te jugera ; cette patience « qui désire le repentir du pécheur plutôt que sa mort, et qui préfère la miséricorde au sacrifice. » Tu la nies ! Mais n’est-ce pas elle qui détourne le glaive suspendu sur la tête des Ninivites ? qui accorde quinze années aux larmes d’Ezéchias ? qui rétablit sur le trône de Babylone un roi pénitent ? qui rend aux supplications de tout un peuple le fils de Saul, près de mourir ? qui pardonne à David après qu’il a confessé sa prévarication contre la maison d’Urie ? qui relève l’empire d’Israël autant de fois qu’elle le renverse ? qui réchauffe aussi souvent qu’elle intimide ? Tu n’attaches tes regards que sur le juge : contemple aussi le père. Tu le censures quand il se venge ; ouvre aussi les yeux quand il pardonne. Mets dans la balance la sévérité et la douceur ! Puis, quand tu auras découvert dans mon Dieu la miséricorde et la justice, tu n’auras plus besoin de recourir à un autre Dieu pour rencontrer la bonté.

De là passe à l’examen des divers commandements, préceptes, injonctions et conseils dont il a environné l’homme. Tout cela, me diras-tu peut-être, ne se trouve-t-il pas aussi réglé par les lois humaines ? Sans doute, mais avant tous les Lycurgue et tous les Solon du monde, il y avait Moïse ; il y avait Dieu. Chaque génération suivante hérite des générations passées. Toutefois ce n’est pas de ton dieu que mon Dieu créateur apprit à porter ces défenses : « Tu ne tueras point ; tu ne commettras point d’adultère ; tu ne déroberas point ; tu ne porteras point faux témoignage ; tu ne désireras point le bien d’autrui ; honore ton père et ta mère ; tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Après les recommandations principales d’innocence, de pudeur, de justice, de piété filiale, viennent des préceptes de bienfaisance. Ainsi, au bout de six années de servitude, l’esclave recouvre sa liberté. Chaque septième année, la terre se repose afin que le pauvre y moissonne à son tour. « La loi » délie même la bouche du bœuf qui foule les moissons, » afin que la douceur ordonnée envers les animaux nous conduise à la compassion envers nos semblables.

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