Le jour éternel

Préface

Le voyageur qui poursuit sa route dans l’espérance de revoir bientôt sa patrie, porte souvent ses regards vers le lieu qu’il doit habiter ; il étudie son chemin, il en considère les détours, il en mesure la distance, et tâche au moins d’entrevoir au loin la maison paternelle que l’on dirait bâtie sur un riant coteau. De retour chez lui, il n’éprouve pas moins de plaisir à revenir en arrière sur les lieux qu’il a parcourus, repassant ainsi dans sa mémoire ce qui lui est arrivé en chemin, soit en bien, soit en mal.

Il en est de même de nous. Nous sommes en route pour l’éternité ; nous marchons en avant, les yeux tournés vers la Nouvelle Jérusalem. C’est avec bonheur que nous pensons au jour éternel, puisque nous devons y jouir de la présence de Dieu et de l’Agneau. Avant qu’il soit longtemps, nous nous y trouverons dans ses parvis, ou bien nous marcherons en sainte compagnie dans les rues de la cité, avec tous les bienheureux. Et quand, de ces hauteurs sublimes, nous reporterons nos regards sur le sentier qui nous conduit au royaume, sentier fort court à la vérité, mais rempli de merveilles, nous nous rappellerons toutes les luttes, tous les pas fatigants, toutes les heures obscures ou solitaires, toutes les « vallées de Bacca » avec leurs puits ou leurs étangs, toutes les tristesses et les consolations ; nous repaîtrons, agréablement notre souvenir des dispensations de Dieu à notre égard, et nous verrons comment, par des voies mystérieuses mais sûres, nous avons été amenés à cette cité glorieuse. Ou bien encore, nous raconterons notre histoire à d’autres, à un ange peut-être, à un saint qui, ayant quitté la terre à l’état d’enfance, sera entré dans son repos sans passer par ce rude chemin dont nous voulons parler ; nous lui dirons comment à tel endroit et à telle époque, après avoir suivi bien des voies détournées, nous avons commencé de nous approcher de Dieu et avons éprouvé combien il est bon : c’est à tel endroit, à telle époque et de telle manière que j’ai soutenu ce combat, que je me suis laissé prendre dans ce piège, que j’ai bronché et suis tombé, que j’ai été surpris par les ténèbres, — cependant Dieu m’a délivré de tout.

Quelle satisfaction ne trouverons-nous pas dans cette vision du passé, dans ce souvenir des merveilles de la grâce toute-puissante qui aura ainsi formé notre courte mais intéressante carrière ! Heureuses réflexions, récits merveilleux qui seront autant de sujets d’amour et de louange éternelle dans les siècles à venira !

a – « Siècles » ou « siècles des siècles » sont les termes dont Dieu se sert quand il parle de l’éternité. Ils désignent non seulement une durée éternelle, mais l’évolution successive des cycles dont chacun sera la manifestation de quelque dessein glorieux.

Nous sommes emportés par le temps. La nuit sera bientôt passée, et le matin millénial ne tardera pas à éclore. Puis, la gloire milléniale elle-même sera remplacée par le jour éternel qui est au delà des siècles et des économies. L’esprit trouve déjà une bien douce joie dans cette perspective du siècle millénaire ; mais c’est avec une satisfaction plus grande encore que nous pensons au jour qui n’aura pas de fin. La pensée que les ténèbres de cette nuit vont se dissiper à l’apparition de l’Etoile du Matin, nous console véritablement ; mais notre consolation s’affermit et se multiplie lorsque nous considérons que la beauté de cette Etoile matinale doit se perdre dans la gloire du jour éternel.



Horatius Bonar (1808-1889)

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