Discours pour le tricentenaire de la mort de Calvin

Sermon de M. Gaberela

a – Jean-Pierre Gaberel (1810-1889). Pasteur et historien, connu par ses conférences sur des sujets patriotiques et par ses ouvrages Rousseau et les Genevois, Voltaire et les Genevois.

Service pour la jeunesse

Une grande prospérité est réservée à ceux qui observent la loi de l’Eternel.

Psaume 119.165

Il y a aujourd’hui trois cents ans, Genève présentait un solennel et intéressant spectacle.

Dès le point du jour, une foule considérable stationne devant une modeste maison de la rue des Chanoines. Les personnes qui sortent de cette demeure disent, en essuyant leurs larmes : Il est allé à Dieu, hier au soir, sain d’esprit et sans souffrances. — Vers huit heures du matin, quelques amis annoncent au peuple que nul ne pourra plus contempler en ce monde les traits du réformateur Calvin, son corps venant d’être renfermé dans un cercueil de bois pour être enseveli, selon l’usage accoutumé, sans pompe ni cérémonie.

A deux heures de l’après-midi, quatre hommes, portant ce cercueil, s’acheminent vers le cimetière de Plainpalais. Derrière eux suivent les magistrats, les pasteurs, l’Académie, les étrangers, les citoyens, presque tous les habitants de la ville, dit un témoin oculaire, avec les démonstrations de la plus grande douleur qu’on puisse imaginer. On dépose silencieusement le corps du Réformateur dans la fosse, et, pour demeurer fidèle à la volonté du défunt, on n’inscrit aucun nom sur sa tombe.

Telles furent les funérailles de l’homme auquel les enfants de Genève viennent aujourd’hui donner une marque de respectueux souvenir.

Essayons, en vous retraçant l’œuvre de Calvin dans notre République, de vous faire comprendre la légitimité de la douleur éprouvée par nos ancêtres à la mort du Réformateur, et Dieu veuille que les bienfaits dont il a doté Genève se conservent longtemps encore au sein de notre chère et heureuse patrie ! Amen.

I

Pourquoi Genève en deuil a-t-elle célébré les funérailles de Calvin ?

Pourquoi, depuis trois siècles, Genève est-elle appelée la Cité de Calvin ?

Pourquoi, dans ce jour, les enfants de Genève veulent-ils fêter la mémoire de Calvin ?

C’est que Genève, jadis petite ville de 12 000 âmes, sans territoire, sans autre richesse que des foires et quelque peu de commerce, sans force militaire pour la protéger ; Genève, grâce aux principes et à l’œuvre de Calvin, est devenue une cité éclairée, instruite et considérée dans ce monde par ses travaux intellectuels et sa science. Genève est devenue une ville respectée par sa religion et sa moralité. Genève est devenue la place du refuge pour la liberté de conscience et la vérité chrétienne.

Nous venons donner une marque de souvenir au réformateur Calvin, parce qu’il a fait de Genève une ville instruite et savante.

Pour bien comprendre le service que Calvin rendit à Genève, rappelons, en quelques mots, l’état intellectuel des nations au XVIe siècle. Il y a trois cents ans, les peuples se trouvaient dans la plus triste position sous le rapport de l’instruction et de l’éducation publique. Il existait sans doute des universités pour former des savants et des docteurs ; mais la science devait se renfermer dans le cabinet des érudits, et, dès que les hommes distingués pensaient autrement que l’Eglise romaine, ils subissaient la prison ou l’exil. Quant aux peuples, la superstition et l’ignorance étaient leur partage, et la généralité, des citoyens ne savait ni lire ni écrire.

Enfants de Genève, comprenez-vous les misères d’un peuple qui ne sait ni lire ni écrire ?

Chez ce peuple, les pères et les mères sont incapables de diriger l’éducation de leurs enfants. Dans les classes populaires, les jeunes hommes peuvent très rarement aspirer aux fonctions élevées, au commerce étendu à la grande industrie ; ils doivent se faire ouvriers ou soldats, et, même dans ces rudes professions, leur ignorance entrave l’avancement et le progrès.

Chez un peuple qui ne sait ni lire ni écrire, les agriculteurs sont mous, insouciants ; trop paresseux pour cultiver soigneusement la terre, ils ne savent tirer aucun parti des richesses que le Créateur a déposées dans le sein des campagnes.

Chez un peuple qui ne sait ni lire ni écrire, les citoyens ne peuvent guère comprendre la vérité touchant les intérêts de l’Etat ; ils sont superstitieux et crédules ; les intrigants habiles, les despotes hardis les réduisent aisément à l’esclavage, et font périr les jeunes hommes sur les champs de bataille pour satisfaire leurs sanguinaires passions.

Chez les peuples qui ne savent ni lire ni écrire, la pauvreté générale rend bien difficile le soulagement des infortunes qui frappent les individus et les familles ; la mendicité permanente s’étale dans les rues et sur les grands chemins.

Enfants sans éducation, jeunes hommes sans carrière et sans avenir, citoyens sans intelligence pour la liberté, campagnes en friche, misères sans secours réparateurs, voilà les fruits de l’ignorance…

Les Réformateurs connaissent ces malheurs ; ils veulent les détruire et régénérer les peuples ; ils veulent que l’instruction renfermée dans les universités, concentrée dans les cabinets des docteurs, interdite par le clergé romain, soit le partage de tout le mode sans exception… Ils veulent que chaque village possède une école où tous les enfants reçoivent des connaissances proportionnées à leur âge… Ils établissent dans toutes les villes des collèges, des académies où ces études se poursuivent, s’agrandissent, où les jeunes hommes de toutes les classes de la société, le fils de l’ouvrier et le fils de l’homme riche, puissent se préparer pour tous les états les carrières honorables et lucratives ; ils obligent, par des lois sévères, les parents à faire profiter les enfants des bienfaits de la bonne éducation.

Ce plan s’est exécuté. Les Réformateurs, ont doté les pays protestants de l’instruction universelle, et peuplé ces contrées de « personnes intelligentes, capables d’examiner toutes choses et de retenir ce qui est bon. »

Mais, direz-vous, les écoles, les collèges, les académies, existent dans tous les pays civilisés et non pas seulement chez les nations protestantes. — Mes amis, sachez-le bien ! C’est uniquement chez les peuples réformés, ou chez les nations qui, tout en demeurant catholiques, ont adopté les principes libéraux des protestants, que l’instruction est donnée à tout le monde sans exception. Pour le prouver, je ne parlerai pas de la déplorable ignorance qui règne dans les provinces lointaines de l’Autriche, en Pologne, dans les Etats du pape, en Irlande, en Espagne… Non, je prendrai mes exemples en France… Certes, s’il est un pays où l’instruction universelle doit pénétrer dans toutes les classes de la société et dans toutes les familles, c’est bien la France, car ni les collèges, ni les académies, ni les professeurs, ni l’argent, ni les lois ne manquent au puissant empire français pour élever convenablement la jeunesse ; le législateur semble avoir tout prévu, puisque la loi établit une école pour chaque commune française, et cependant, malgré ces florissantes institutions, voici le résultat de l’instruction universelle dans cette contrée. Il y a quatre ans, en 1860, le nombre des conscrits appelés au service militaire était de 306 314, et, sur ces jeunes hommes, âgés de vingt ans, il y en avait 90 000 ne sachant ni lire ni écrire… Un sur quatre ! Tel est le nombre d’illettrés qui prouve qu’en France il existe un pouvoir plus actif, plus adroit que le gouvernement, le clergé romain, qui s’oppose à ce que tous les citoyens français soient convenablement instruits.

Mes amis ! vous qui avez le bonheur d’appartenir à un pays où depuis trois siècles les magistrats, les pasteurs, les savants, les pères de famille veulent conserver l’instruction universelleb, chacun de vous individuellement connaîtra bientôt la valeur du service rendu par Calvin… Elles vont venir les années où le plus grand nombre d’entre vous devront gagner leur vie, les uns dans leur famille, les autres en s’éloignant de Genève, alors, munis de cette bonne éducation de nos écoles et de nos collèges, pouvant vous distinguer dans tous les états honorables, accueillis au dehors par cette confiance, cette préférence que l’on accorde au caractère probe, sérieux, actif, des Genevois, vous redirez de tout votre cœur : « Oui, l’on eut raison de fêter le souvenir de l’homme qui, le premier, favorisa d’une manière efficace l’instruction universelle, source de gloire et de prospérité pour Genève. »

b – En 1428, le Conseil Général de Genève décréta l’érection d’un grand bâtiment d’école. Un riche magistrat, François de Versonnay, fournit l’argent nécessaire. Il s’exprime ainsi : … « Je regarde l’instruction comme une chose salutaire qui chasse l’ignorance, dispose à la sagesse, forme les mœurs, donne des vertus et favorise la bonne administration des affaires publiques. Cependant, Genève a été presque entièrement privée jusqu’ici de ce bienfait, et c’est pour y remédier que je fais l’abandon d’une partie des biens que la providence m’a accordés. » Ce collège fut assez florissant par intervalles ; mais l’incurie et les misères publiques paralysèrent les nobles intentions de Versonnay. Ce fut seulement vers 1510, qu’un certain nombre d’élèves profitèrent régulièrement des bénéfices de l’instruction. L’instruction générale ne fut véritablement naturalisée à Genève qu’après l’établissement du Collège de Calvin, en 1569.

II

Nous venons célébrer le souvenir de Calvin parce qu’il a fait de Genève une ville morale et religieuse. Mes amis, comprenez-vous la nature et le prix de ce bienfait ?

Calvin et les Réformateurs ont rendu l’Evangile aux peuples ; ils ont voulu que les pères, les enfants, les hommes de tout âge, de toute condition fissent une sérieuse étude des Saints-livres. — Cet Evangile, vous l’avez entre vos mains ; vous comprenez déjà une partie de ses vérités ; votre cœur s’émeut au récit des souffrances, de la mort, de la résurrection de votre Sauveur… Aimer Dieu de toute votre âme, lui demander pardon pour vos fautes, le prier qu’il vous accorde la volonté d’obéir à ses commandements, le bénir de la vie éternelle qu’il nous donne en Jésus-Christ, telle est la religion que, depuis trois siècles, Calvin et les Réformateurs ont rapportée parmi nous. Cette religion, aujourd’hui comprise et respectée par les chrétiens qui, dans toutes les Eglises, ont l’intelligence droite et le cœur bien disposé, savez-vous ce qu’elle était il y a trois siècles ? Ce qu’elle serait encore aujourd’hui, si Dieu n’eut pas envoyé Calvin et ses amis pour la réformer.

Au lieu d’adorer Dieu en esprit et en vérité dans ces temples où tout est simple, où tout vous inspire le respect pour le culte, on vous enseignerait des superstitions et des légendes ; on vous ferait mettre à genoux devant des idoles de pierre et de bois, devant des ossements d’animaux qu’on vous présenterait comme les restes des saints et des martyrs. Dans ces temples, l’on vous enseigne, d’après l’Evangile, que les amis de Jésus-Christ, fidèles à ses lois, confiants en ses promesses, reposent en paix après leur mort, sauvés par la miséricorde et la rédemption de notre Seigneur, en sorte que nous devons bénir Dieu qui nous donne gratuitement la vie éternelle et bienheureuse !… Mes enfants ! si Dieu n’eût pas envoyé Calvin et ses amis pour redonner la vérité chrétienne à nos ancêtres, on vous enseignerait ici que les morts que vous aimez et regrettez expient leurs fautes dans un lieu de tourments, qu’il faut payer des messes pour obtenir la miséricorde divine à leur égard. Et il y a trois cents ans, ceux qui ne payaient pas assez entendaient, dans ces temples, sortir de dessous ces tombes des gémissements que les prêtres représentaient comme les plaintes des morts, reprochant à leurs amis de ne pas donner assez d’argent pour finir leurs douleurs et les délivrer des flammes du purgatoire.

Dans ces temples et dans vos maisons, vos parents et vos pasteurs vous enseignent que vous devez être doux, charitables, sobres, laborieux, évitant le mensonge, l’envie, la colère… Vous savez qu’après avoir commis des fautes, vous devez en demander pardon à Dieu, qui vous fait miséricorde, et obtenir la bénédiction céleste en réjouissant le cœur de vos parents par de bonnes actions.

Mes amis, si Dieu n’avait pas envoyé Calvin et les Réformateurs pour nous redonner la sainte morale de l’Evangile, pour exiger que la conduite et les œuvres fussent d’accord avec la foi ; si les coutumes honteuses, la tolérance pour le mal, eussent continué tels qu’ils existaient il y a trois cents ans, vous verriez aujourd’hui le désordre, la violence et la débauche, envahir toutes les classes de la société, s’étaler publiquement dans les rues, et, comme avant la Réformation, des magistrats intègres obligés de sévir contre les prêtres, complices et imitateurs de ces scandales.

Aussi, mes amis, ce fut une grande et bénie journée que celle où les Réformateurs et les citoyens, après s’être délivrés « des abus et des superstitions papistes, » vinrent jurer dans ce temple, le 26 mai 1536, « de demeurer fidèles à la sainte Loi évangélique et Parole de Dieu telle qu’elle leur était prêchée. »

Ils furent bons citoyens, vrais amis de leur pays, ces hommes qui, durant trois siècles, ont tenu parole et montré par de bonnes œuvres la vérité de leur religion. — Bénies soient les familles genevoises sincèrement attachées à leurs devoirs chrétiens, amies du travail, et, par leur probité sévère et délicate, conservant à notre patrie cette prospérité que l’Eternel réserve aux nations qui observent ses lois.

III

Nous venons donner un témoignage de bon souvenir à Calvin, parce qu’il a fait de Genève le siège d’une grande mission chrétienne.

Mes amis, vous le savez, on estime, on aime les hommes lorsqu’ils sont bons, charitables, et qu’ils accomplissent des œuvres utiles à leurs frères, mais on refuse l’affection et le respect aux gens égoïstes, durs, avares. Or, on éprouve pour les peuples les mêmes sentiments que pour les individus.

Vous voyez des Etats qui font le commerce uniquement pour s’enrichir et la guerre pour asservir leurs voisins ; ils ruinent les vaincus et leur enlèvent, la liberté nationale. Aussi, lorsque des désastres militaires atteignent ces villes et ces empires, on bénit l’Eternel de la destruction des oppresseurs de l’humanité.

Mais, grâces à Dieu, il existe en ce monde des cités, des royaumes, des républiques dont la conduite est différente. Ces peuples ont une conscience droite devant Dieu et devant les hommes ; ils emploient leurs richesses à soulager les misères de leurs concitoyens et les épreuves des peuples éloignés. Ces Etats pensent que la religion de Jésus seule peut donner au monde les vertus, la paix et le bonheur ; ils l’honorent, ils répandent au loin ses doctrines, ils aident et protègent les hommes qui se dévouent au service de l’Evangile… Cette mission, Calvin l’a choisie pour Genève.

Genève possède les bienfaits, les vérités du christianisme ; Genève les répandra chez les peuples voisins et dans les contrées lointaines. Genève enverra des bibles, des catéchismes, des livres religieux pour faire connaître l’Evangile aux nations catholiques… Genève enverra des maîtres d’école, des pasteurs, dès missionnaires, qui établiront des Eglises, rassembleront les communautés dispersées par la persécution, expliqueront la Parole sainte dans les villes et les campagnes, au désert’ et sur les places publiques… Ces prédicateurs sont emprisonnés, mis à mort ; Genève consacre de nouveaux serviteurs, et propage la foi réformée sur la terre de France et d’Italie ! Genève accomplit cette mission sans craindre la colère des papes, les conspirations des princes savoyards, les armes des rois de France.

Cette œuvre est belle ! mais Genève la veut plus glorieuse et plus dévouée encore. Au nord et au midi les protestants sont dépouillés de leurs biens, envoyés dans les cachots, aux galères, détruits par le fer et le feu. Ceux qui échappent cherchent au loin un asile, et Genève, sans armée, sans forces pour se défendre, recueille les proscrits ; durant deux siècles, elle partage son industrie, ses maisons, ses terres, avec les exilés de l’Evangile ; et ils sont venus en si grand nombre, que, parmi vous qui m’écoutez, il est peu de personnes qui ne soient descendants ou parents de ces martyrs chrétiens.

Voilà l’œuvre de Calvin à Genève.

Cette mission lui a coûté vingt-huit années de travaux.

Sa tâche étant accomplie, quel sera le sort du Réformateur en ce monde ? Passera-t-il une vieillesse longue et paisible au sein de cette Genève qu’il a faite religieuse et savante, entouré des proscrits de l’Evangile, qu’il a secourus et consolés, béni par les Eglises françaises, qui le proclament leur chef et leur père, comblé d’honneurs et de dignités par les princes dont il fut le confident et l’ami ?

Ainsi que Théodore de Bèze, Calvin aurait pu terminer sa carrière terrestre, rassasié de jours, s’il eût possédé la santé, les forces corporelles, la vigueur physique nécessaires à l’accomplissement de sa tâche ; mais, dès l’âge de trente-cinq ans, il est atteint de maladies, d’infirmités, dont une seule suffit à l’ordinaire pour paralyser l’activité et le travail. Il est sujet à de fréquentes migraines, abattu par des accès de fièvre intermittente, tourmenté par la goutte, épuisé par des crachements de sang ! Malgré ces maux, il travaille constamment ; l’administration des Eglises occupe ses journées, et, ses nuits sans sommeil, il les emploie à composer, à dicter ses ouvrages touchant les Saintes-Ecritures.

Une telle œuvre devait bientôt tuer l’ouvrier !… Calvin avait cinquante-quatre ans, et ses amis désespèrent de le conserver longtemps encore… ; Leurs craintes sont fondées.

Vers le mois d’avril 1564, son état devient si grave, que l’on prévoit sa fin prochaine. Les souffrances ne lui laissent aucun repos… Mais il conserve une patience sans bornes. Dans ses plus mauvais moments, il redit à mains jointes : « Seigneur, tu me broyes ! hélas ! ta volonté soit faite ! » et le 27 mai, disent les témoins de sa dernière heure, il sembla qu’il parlait avec moins de difficultés, mais c’était le suprême effort de la nature, les signes de la mort parurent tout à coup sur son visage, et il rendit le dernier soupir si tranquillement, qu’il semblait, s’être endormi pour quelques heures…

A ceux qui recherchent le royaume du Ciel et sa justice, Dieu donne toutes choses pardessus. — Calvin repose en paix, suivi de ses œuvres ! Et Genève, ville savante, ville charitable, ville chrétienne, a vu l’abondance et la paix fleurir sur ses bords ! — Genève a vu ses enfants choisis, préférés, pour toutes les positions honorables dans les pays étrangers. — Genève, pendant trois siècles, est protégée par les souverains et les peuples amis de la liberté et de la vérité religieuse. Tour à tour l’Allemagne, la Hollande, l’Angleterre, lui prodiguent les témoignages d’affection, les secours les plus sérieux, lorsque l’incendie et les misères publiques désolent ses habitants, lorsque la guerre met en danger son indépendance… Et ce qui est plus important que tout le reste dans notre histoire nationale, c’est que, pendant trois siècles, Genève est considérée par la Suisse comme une république sœur qui accomplit un travail commun de liberté de conscience et de charité chrétienne. — Pendant trois siècles, la défense de la foi protestante, la protection des martyrs de l’Eglise réformée, ont intimement uni Genève et les cantons évangéliques, Bâle, Berne, Zurich, Schaffouse. — Pendant trois siècles, ces cantons ont veillé sur la conservation de Genève ; elle a partagé leurs périls, leurs guerres, leur prospérité, leurs fêtes. — Puis, en 1815, cette union fraternelle, cette communauté de vie nationale nous ont ouvert les rangs des peuples suisses, et assuré l’indépendance et le bonheur de la République.

Et maintenant, enfants de l’Eglise réformée ! enfants de Genève !… pour terminer ce culte qui nous rappelle les beaux souvenirs de notre histoire… levez-vous, et prions Dieu pour Genève !

Seigneur notre Dieu, protecteur des Etats et des Eglises, nous te supplions de répandre tes bienfaits sur notre pays, et puisque le développement de l’intelligence, le devoir chrétien, la charité évangélique, ont fait la gloire, la protection de la République durant trois siècles… accorde à ces héritiers du nom de Genève la continuation de ces grâces !… Puisse l’affection dévouée pour l’antique cité grandir avec les années dans leur cœur ! Puisse l’obéissance à tes lois, le culte des choses bonnes et honnêtes, le travail, la probité, conserver dans cette génération l’honneur et la renommée de notre patrie ! — Et dans un siècle, lorsque cette génération se sera endormie avec ses pères, fais que nos arrière petits enfants, rassemblés sous ces voûtes, puissent redire de leurs aïeux : Ils ont gardé fidèlement le dépôt que tu leur avais confié ! Amen.

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