Synonymes du Nouveau Testament

31.
Μολύνω, μιαίνω
Souiller, maculer

Nous traduisons indistinctement ces deux mots, dans les passages où se présentent (μολύνω, 1 Corinthiens 8.7 ; Apocalypse 3.4 ; 14.4 ; μιαίνω, Jean 18.28 ; Tite 1.15 ; Hébreux 12.15 ; Jude 1.8), par un même mot, « souillera », dont sans doute ils partagent tous deux l’idée. Néanmoins ils s’appuient chacun sur une image différente. Μολύνειν signifie proprement « barbouiller », ou « embouer » (« besmirch ») avec de l’ordure et de la fange, « salir », ce qui n’est qu’une autre forme de « souiller » ; ainsi Aristote (Hist. An. vi, 17,1) parle de pourceaux, τῷ πηλῷ μολύνοντες ἑαυτούς, c’est-à-dire, comme il résulte du contexte, s’encroûtant de boue (cf. Plato, Rep. vii, 525 e ; Cantique des cantiques 5.3 ; Siracide 13.1). Μιαίνειν, dans son sens premier, ne signifie pas « barbouiller », d’une matière, mais teindre d’une couleur. Le premier terme correspond au mot latin, « inquinare » (Hbr., Sat. i, 8, 37), à « spurcare » (lui-même probablement connexe avec « porcus »b), et à l’allemand « besudeln » ; le second, au mot latin « maculare », et à l’allemand « beflecken ».

a – Arnauld emploie « infecter… » Hébreux 13.15 ; la version de Lausanne, de même. Trad.

b – En effet, porcus est pour sporcus et veut dire le sale. Dr A. Scheler.

D’où il suit que si, dans un sens secondaire et éthique, ces deux mots ont également une signification déshonorable (le μολυσμὸς σαρκός (2 Corinthiens 7.1) n’étant pas autre chose que les μιάσματα τοῦ κόσμου (2 Pierre 2.20) et tous deux étant encore employés pour désigner l’action de souiller une femme, cf. Genèse 34.5 ; Zacharie 14.2), — ce déshonneur ne s’y attachera que pour autant que ces vocables sont usités au sens figuré et moral.

Ainsi considéré, μιαίνειν est, à la vérité, dans le grec classique, le mot par excellence pour exprimer l’action de profaner ou de polluer quelque chose (Plato, Leg. ix, 868 a ; Tim. 69 d ; Sophoc, Antig. 1031 ; cf. Lév. v, 3 ; Jean xvm, 28) : dans un sens littéral, au contraire, μιαίνειν peut être employé en bonne part, précisément comme en anglais on parle du staining (l’action de colorier, littéralement, l’action de teindre) du verre, du staining de l’ivoire (voyez par ex., Il. iv, 141), ou bien, comme en latin, où la « macula » n’est pas de nécessité une « labes » ; pas plus qu’en anglais le « spot », ne doit toujours être un « blot ». Μολύνειν, d’un autre côté, ne peut s’employer dans cette acception plus noble ni dans le sens littéral ni dans le sens figuré.

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