Synonymes du Nouveau Testament

94.
Ἀποκάλυψις, ἐπιφάνεια, φανέρωσις
Révélation, dévoilement

Ἀποκάλυψις ne se trouve qu’une fois dans l’A.T. (1 Samuel 20.30), dans le sens secondaire de dénuder ; trois fois dans les apocryphes (Siracide 11.27 ; 22.22 ; 41.2) où là aussi il reste très loin de la signification grandiose que lui a donné le N.T. Il y apparaît une vingtaine de fois environ, sous la plume de Paul principalement ; avec les sens de venue (1 Corinthiens 1.7), de manifestation (Romains 8.19), d’apparition (1 Pierre 1.7), une fois d’illumination (εἰς ἀποκάλυψιν, Luc 2.32) ; essentiellement il communique l’impression auguste d’un dévoilement de la personne de Dieu à ses créatures, à laquelle nous avons donné le terme latin de Révélation. Le verbe ἀποκαλύπτειν dans le N.T. porte ce même caractère majestueux, on le trouvait déjà avec ce sens dans le grand livre apocalyptique de l’A.T., en Daniel 2.19, 22, 28. Quelque fois il est vrai il signifie simplement l’action de découvrir, de mettre à nu : Luc 12.2 ; Proverbes 21.19.

Ἀποκάλυψις d’après Saint Jérôme ne se trouvait que dans la Bible : « Verbum ἀποκαλύψεως proprie Scripturarum est ; a nullo sapientum seculi apud Graecos usurpatum. » (Comm. in Galates 1.12) Mais il se trompait puisque Platon emploie plusieurs fois ἀποκαλύπτειν (Protag. 352 d ; Gorg. 460 a) ; ἀποκάλυψις même n’est pas rare chez Plutarque (Æmil. 14 ; Cato Maj. 20, où il signifie γύμνωσις ; Quom. Am. ab Adul. 32, et ailleurs).

Le sens chrétien du mot a été explicité par Arethras : ἡ τῶν κρυπτῶν μυστηρίων δήλωσις καταυγαζομένου τοῦ ἡγεμονικοῦ τῆς ψυχῆς εἴτε διὰ θείων ὀνειράτων εἴτε καθ᾽ ὕπαρ ἐκ θείας ἐλλάμψεως. Rapproché avec ὀπτασία (2 Corinthiens 12.1), Théophylacte remarque que ὀπτασία ne se rapporte qu’à la chose vue indépendamment de ce qu’on la comprend ou non, tandis qu’ἀποκάλυψις inclut l’interprétation de la vision. Ainsi il dit : ἡ ἀποκάλυψις πλέον τι ἔχει τῆς ὀπτασίας. ἡ μὲν γὰρ μόνον βλεπειν δίδωσιν. αὕτη δὲ καί τι βαθύτερον τοῦ ὁρωμένου ἀπογυμνοῖ. La vision des quatre bêtes dans Daniel reste incomprise tant que quelqu’un ne la lui dévoile pas : Daniel 7.15-16, 19, 23 et de même Daniel 8.15, 19 ; Zacharie 1.18-21. Cette distinction au sujet de ὀπτασία, vaut aussi bien sûr pour ὅραμα (Matthieu 17.9 ; Actes 7.31 ; 10.19), et pour ὅρασις (Actes 2.17) ; la distinction avec ὀπτασία étant imperceptible.

Ἐπιφάνεια, que Tertullien rend par apparentia (Adv. Marc 1.19) se trouve deux fois dans les livres canoniques de la Septante (2 Samuel 7.23, μεγαλωσύνη καὶ ἐπιφάνεια (cf. δόξα καὶ ἐπιφάνεια Plutar. De Tranq. Anim. 11 ; Amos 5.22), et plusieurs fois dans le deuxième livre des Maccabées où il a toujours le sens d’apparitions surnaturelles de Dieu venant en aide à son peuple : ἐξ οὐρανοῦ ἐπιφάνειαι, 2 Maccabées 2.21, cf. 2 Maccabées 3.24 ; 5.4 ; 12.22 ; 15.27. De même le verbe ἐπιφαίνειν est en usage chez les écrivains grecs profanes (Plutar. De Def. Orac. 30), quoique souvent dans un sens prosaïque. Ἐπιφάνεια se trouve six fois dans le N.T., chez Paul, traduit par apparition, sauf pour 2 Thessaloniciens 2.8 : ἐπιφάνεια τῆ παρουσίας, rendu par l’éclat de son avènement, pour ne pas faire tautologie. Un fois il se rapporte à la première apparition du Seigneur (2 Timothée 1.10, ainsi que ἐπιφαίνειν Tite 2.11 ; 3.4), εἰς ἀνθρώπους ἔν σαρκος ἐπιφάνεια ; les autres fois il s’agit de sa seconde venue, l’ἐπιφάνεια τῆς παρουσίας αὐτοῦ (2 Thessaloniciens 2.8), τῆς δόξης τοῦ μεγάλου Θεοῦ (Tite 2.13 ; 1 Timothée 6.14 ; 2 Timothée 4.1,8 ; Actes 20.20).

Comparant les deux mots, ἀποκάλυψις est le plus global ; le monde peut bien avoir quelque idée de l’éternelle puissance de Dieu mais seule l’Église est la destinataire première de l’ἀποκάλυψις. Disons que les diverses ἐπιφάνειαι sont contenus dans l’ἀποκάλυψις. Les épiphanies de l’A.T. étaient en même temps des théophanies, l’Ange du Seigneur se manifestant aux hommes (Genèse 16.7 ; Josué 5.13-15 ; Juges 6.11 ; 13.3). Les épiphanies peuvent être regardées comme des préludes d’une incomparablement plus glorieuse qui les suivit, l’incarnation, qui elle-même oriente nos regards vers l’avènement triomphant à venir du Seigneur.

Φανέρωσις ne se trouve que deux fois dans le N.T. (1 Corinthiens 12.7 ; 2 Corinthiens 4.2), et sans rapport avec le caractère eschatologique de la première et de la seconde venue, bien que le verbe φανεροῦσθαι soit constamment employé à leur sujet : 1 Timothée 3.16 ; Hébreux 9.26 ; 1 Jean 1.2 ; 2 Pierre 1.20 pour la première ; Colossiens 3.4 ; 1 Pierre 5.4 ; 1 Jean 3.2 ; d’autres exemples de ce sens auguste : Jean 2.11 ; 21.1. Φανέρωσις est couramment utilisé par les Pères de l’Église. Athanase (cité par Suicer) appelle l’incarnation : ἡ ἐν σώματι φανέρωσις τοῦ πατρικοῦ Λόγου.

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