Vers la Sainteté

CHAPITRE III

Obstacles qui empêchent de recevoir la bénédiction

La sainteté ne court pas les rues à la recherche des oisifs, comme semblait le croire un chrétien paresseux qui pensait que cette bénédiction lui « viendrait d’elle-même quelque jour ». À quoi un camarade remarqua fort justement qu’il pourrait tout aussi bien attendre que la salle vînt à lui.

Il est certain que pour la plupart des hommes le chemin de la sainteté est semé d’obstacles ; mais, vous qui désirez en faire l’expérience, rejetez pour jamais la pensée qu’un seul de ces obstacles vienne de Dieu ou des circonstances particulières où vous êtes placés ; si nombreux soient-ils, c’est en vous seuls qu’ils se trouvent tous. Ceci posé, c’est donc le comble de la folie d’attendre paisiblement, les mains jointes, que cette expérience bénie vienne à vous. Soyez certains qu’elle ne viendra pas plus à vous qu’une récolte de pommes de terre n’ira au devant du paresseux qui, assis sous l’ombrage, ne fait aucun usage de sa bêche dans les mois du printemps et de l’été. La règle dans le monde spirituel est : « Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas non plus manger, et : ce qu’un homme a semé, il le récoltera, aussi. »

La sagesse consiste donc à rechercher sur le champ le nombre et la nature de ces obstacles par une étude minutieuse de la Parole de Dieu, accompagnée de beaucoup de prières secrètes, d’un examen de soi-même, rigoureux et sans complaisance, d’une stricte abnégation, d’une joyeuse obéissance à toute la lumière de Dieu et d’une fréquentation régulière des réunions des enfants de Dieu. Une fois ces obstacles découverts il faut, par la grâce de Dieu, les éloigner, dût-il en coûter autant que de se couper la main droite ou de s’arracher l’œil droit.

Or, la Bible nous dit – et le témoignage et l’expérience de tous les saints sont d’accord avec elle – que les deux principaux obstacles à la sainteté sont : premièrement, une consécration incomplète, deuxièmement, une foi imparfaite.

Avant que l’horloger puisse nettoyer et régler ma montre, je dois la remettre sans réserve entre ses mains ; pour que le docteur puisse me guérir, je dois prendre son remède de la manière et au moment indiqués ; pour qu’un capitaine puisse me conduire à travers un océan sans voie frayée, je dois me rendre à bord de son vaisseau et y demeurer. De même, si je désire que mon cœur soit purifié et dirigé dans toutes ses affections, si je veux que mon âme, atteinte de la maladie du péché, soit guérie, que le Seigneur me conduise sain et sauf de l’océan du temps dans celui de l’éternité, plus vaste encore, je dois me remettre entièrement entre Ses mains et y demeurer. En d’autres termes, je dois faire ce qu’Il me dit, Lui être complètement consacré.

Une capitaine de l’Armée du Salut, agenouillée avec ses soldats, chantait :

Partout, Jésus, je te suivrai.

Elle ajoutait en elle-même : « Seigneur, partout, excepté à H. » Sa consécration était imparfaite ; et aujourd’hui elle ne fait plus partie de l’œuvre. Elle ne voulait pas tout faire pour Jésus ; c’est pourquoi Il ne put la purifier et la garder.

Il y a quelque temps, un pauvre rétrograde me disait qu’il savait bien qu’à un moment donné il aurait dû renoncer au tabac. Dieu lui demandait ce sacrifice ; mais il continuait à fumer en secret. Sa consécration imparfaite le retint loin de la sainteté et le conduisit à la ruine ; c’est aujourd’hui un malheureux ivrogne qui suit le chemin de l’enfer. Il y avait dans son cœur une secrète déloyauté et Dieu ne pouvait ni le purifier ni le garder. Le Seigneur demande une loyauté parfaite dans le secret de votre cœur, et il le demande non seulement pour Sa gloire, mais aussi pour votre bien ; car si vous saviez le comprendre, la plus grande gloire de Dieu et votre plus grand bien sont une seule et même chose.

La consécration consiste à se dépouiller entièrement de sa volonté propre, de ses dispositions, de son caractère, de ses désirs, de ses sympathies et antipathies et à se revêtir de la volonté, des dispositions, du caractère, des désirs, des sympathies et des antipathies de Christ. En un mot, la consécration consiste à se dépouiller de soi-même pour se revêtir de Christ, à renoncer, en toutes choses, à sa volonté propre pour la volonté de Jésus-Christ. Cela peut paraître presque impossible et très désagréable à votre cœur non sanctifié, mais si votre intention est d’accomplir un travail qui subsistera pendant l’éternité, et si vous voulez regarder intelligemment et sans vous détourner ni à droite ni à gauche vers la porte étroite par laquelle il en est peu qui entrent, si vous dites au Seigneur que c’est dans ce chemin-là que vous voulez marcher, dût-il vous en coûter la vie, le Saint-Esprit vous montrera bientôt qu’il est non seulement possible, mais facile et agréable de vous abandonner ainsi à Dieu.

Le second obstacle qui se dresse sur la route de celui qui recherche la sainteté est une foi imparfaite. Quand Paul écrivait aux salutistes de Thessalonique, il les louait d’être en exemple à tous ceux qui croyaient, tant en Macédoine qu’en Achaïe, ajoutant : « Vous êtes devenus des modèles pour tous les croyants. » (1 Thessaloniciens 1.7-8.)

C’était l’Eglise la plus vivante de la chrétienté si réelle et si solide était sa foi qu’elle put endurer la persécution, comme nous le voyons dans les chapitres 1.6 ; 2.14 et 3.2-5 de la première Épître, de sorte que Paul pouvait dire : « Nous sommes consolés à votre sujet dans toutes nos afflictions et notre détresse par votre foi. » Foi solide sans doute, mais non parfaite, puisque Paul ajoute : « Nuit et jour nous le prions avec une extrême ardeur de nous permettre de vous voir et de compléter ce qui manque à votre foi. » (1 Thessaloniciens 3.10.) Or, s’ils n’étaient pas sanctifiés, c’est que leur foi était imparfaite ; c’est pourquoi l’apôtre termine sa lettre par ces mots : « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers. »

Tous ceux qui sont nés de Dieu et qui tiennent du Saint-Esprit le témoignage de leur justification, savent parfaitement bien que ce n’est point par leurs bonnes œuvres ni par un développement graduel qu’ils ont été sauvés, mais par la grâce qui s’obtient par la foi, tandis que beaucoup de braves gens paraissent s’imaginer que nous croissons dans la sanctification ou que nous l’obtenons par nos propres œuvres. Pourtant le Seigneur lui-même a résolu cette question de la manière la plus claire lorsqu’Il dit à Paul qu’Il l’envoie vers les Gentils « pour ouvrir leurs yeux et les conduire des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu, afin d’obtenir le pardon de leurs péchés et l’héritage avec ceux qui sont sanctifiés, par la foi en Lui. » Ce n’était point par leurs œuvres, ni graduellement qu’ils devaient être rendus saints, mais par la foi.

Si donc vous voulez être saints, vous devez venir à Dieu « avec un cœur sincère et une pleine assurance dans la foi, » et si vous attendez patiemment en vous tenant devant Lui, cette œuvre merveilleuse s’accomplira.

La consécration et la foi sont du domaine du cœur et pour beaucoup c’est là que gît la difficulté ; mais il y a évidemment des gens qui sont arrêtés par un obstacle qui a sa source dans l’intelligence ; ceux-ci ne reçoivent pas cette bénédiction parce qu’ils recherchent quelque chose qui lui est bien inférieur.

La sainteté est une grande bénédiction. C’est le renouvellement de l’homme entier à l’image de Jésus. C’est la destruction complète de toute haine, de toute envie, de toute malice, de toute impatience, de toute convoitise, de l’orgueil, de l’impureté, de la crainte des hommes, de l’amour de ses aises, de l’admiration humaine, de l’amour des grandeurs, de la honte de la croix, de la volonté propre et autres choses semblables. Elle rend celui qui la possède, « doux et humble de cœur », comme Jésus l’était lui-même, patient, plein de mansuétude, compatissant, rempli d’amour et de foi, bienveillant et zélé pour les bonnes œuvres.

Or, j’ai entendu certaines gens se réclamer de la bénédiction de la sainteté pour avoir renoncé à fumer, à porter des plumes ou quelque affaire de ce genre, tandis qu’ils demeuraient impatients, sans charité ou absorbés par les soucis du monde. Il en résulta qu’ils ne tardèrent pas à se décourager, conclurent que cette bénédiction n’existait pas, et devinrent d’amers adversaires de la doctrine de la sainteté, tout simplement pour avoir cherché une bénédiction trop minime. lis avaient renoncé à certaines choses extérieures ; mais la vie cachée du moi n’avait pas été crucifiée. Le mineur enlève la gangue attachée au minerai, mais il ne peut modifier la composition intime de celui-ci ; c’est là l’œuvre du feu par lequel le minerai doit passer avant qu’on puisse obtenir le métal pur. De même, il est nécessaire de renoncer aux choses extérieures, mais seul le baptême du Saint-Esprit et du feu peut purifier les désirs secrets et les affections du cœur et le sanctifier. Si donc vous voulez recevoir ce baptême du feu vous devez le rechercher ardemment par une consécration et une foi parfaites.

D’autres n’obtiennent pas cette bénédiction parce que ce qu’ils cherchent diffère absolument de la sainteté. Il leur faudrait une vision du ciel, des flammes de feu ou l’apparition d’un ange ; ils voudraient être à l’abri de toute épreuve et de toute tentation, de toute erreur ou infirmité possible ; ils voudraient posséder un pouvoir qui jetât à leur voix les pécheurs la face contre terre. Ils oublient le verset déclarant que : « le but de cette recommandation, c’est une charité venant d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère » qui nous enseigne que la sainteté n’est autre chose qu’un cœur pur, plein d’une charité parfaite, et une conscience pure devant Dieu et devant les hommes, provenant de l’accomplissement fidèle du devoir et d’une foi simple, dénuée d’hypocrisie. Ils oublient que la pureté et l’amour parfait sont les attributs d’une âme ressemblant au Christ, et des dons si rares dans ce monde qu’ils sont en eux-mêmes une grande, une immense bénédiction. Ils oublient que tout en étant le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, Jésus était aussi un humble charpentier qui « s’est dépouillé lui-même en prenant sur lui la forme d’un serviteur, … et qui « s’est humilié lui-même ». Ils oublient qu’ils doivent être ce qu’était Jésus « dans ce monde » et que « ce monde » est le lieu de son humiliation où il est « méprisé et abandonné des hommes, » « homme de douleurs, habitué à la souffrance », n’ayant « ni beauté ni éclat pour attirer nos regards ». Dans ce monde, Sa seule beauté est la beauté intérieure de la sainteté, cet esprit d’humilité, de douceur et d’amour, « cet ornement d’un esprit doux et paisible qui est d’un grand prix devant Dieu. »

Votre âme a-t-elle faim et soif de la justice de l’amour parfait ? Voulez-vous être semblables à Jésus ? Êtes-vous préparés à souffrir avec Lui, « à être haïs des hommes à cause de Son nom ? » Si oui : « Rejetant toute entrave et le péché qui vous enveloppe aisément » … offrez vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable » … « et courez avec persévérance dans la carrière qui vous est ouverte ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi. » (Hébreux 12.1-2.) Venez au Seigneur avec la même simplicité de foi qu’au moment de votre conversion, exposez-Lui votre cas, demandez-Lui d’enlever toute souillure, de vous perfectionner dans l’amour et croyez qu’Il le fait. Si vous êtes résolus à résister à toutes les tentations de Satan qui ont pour but de vous entraîner dans le doute, vous verrez bientôt disparaître les obstacles et vous vous réjouirez d’« une joie ineffable et glorieuse. » « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ. Celui qui vous a appelés est fidèle et c’est Lui qui le fera. »

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