Vers la Sainteté

CHAPITRE XI

Votre propre âme

Une femme m’adressait un jour la question suivante : « Ne peut-on pas courir le risque de prendre un trop grand soin de son âme ? Je vois partout autour de moi tant de chagrins, de douleurs et d’injustices que je suis perplexe quant à la manière dont Dieu gouverne le monde, et il me semble que le chrétien, au lieu de tant se préoccuper de sa propre âme devrait plutôt chercher à venir en aide à son prochain. »

Cet embarras est assez général. Tout chrétien voit autour de lui des chagrins et des souffrances auxquels il est incapable de remédier ; sa perplexité devant cette impuissance est une incitation du Seigneur à prendre le plus grand soin de son âme, de peur qu’il ne bronche et ne succombe au doute et au découragement.

Mais quand je dis que le chrétien doit prendre soin de son âme, je n’entends pas qu’il doive se dorloter, se choyer et s’apitoyer sur lui-même, pas plus que travailler selon les sentiments qui lui sont agréables, mais je veux dire par là qu’il doit prier, prier et prier encore, rechercher la présence et les enseignements du Saint-Esprit jusqu’à ce que son âme soit remplie de lumière et de force ; jusqu’à ce qu’il arrive à avoir en la sagesse et l’amour de Dieu une foi telle qu’il ne posera plus de questions ; une patience infatigable en étudiant sa volonté (Hébreux 6.12) et un amour qui sera à la hauteur de tous les besoins qu’il découvre autour de lui.

Lecteurs, peut-être êtes-vous aussi troublés à la vue de toutes les misères non soulagées qui vous environnent. Or, nulle créature ne pourra résoudre à votre gré les problèmes que vous vous posez à vous-mêmes et que Satan vous suggère en présence des douleurs de ce monde. Mais le Consolateur béni satisfera votre cœur et votre esprit si vous attendez avec foi et patience qu’Il vous enseigne « toutes choses » et vous conduise « dans toute la vérité. »

« Ceux qui se confient en l’Éternel renouvellent leurs forces. » Vous ne pouvez venir en aide aux autres si vous vous approchez d’eux dépouillés de votre force par les doutes, les craintes et les perplexités. Ainsi donc, attendez-vous à l’Éternel, jusqu’à ce qu’Il fortifie votre cœur.

Ne vous impatientez point. Ne cherchez pas d’avance à comprendre ce que Dieu veut dire ou comment Il le dira. Il vous enseignera sûrement, mais vous devez le laisser agir comme il l’entend et vous pourrez alors aider les autres avec toute la puissance et la sagesse de Jéhovah.

Vous devez vous confier en Son amour et attendre le moment qu’Il a choisi. en vous reposant sur Lui pour que Lui-même vous enseigne. Lorsqu’un chef d’État doit venir en son palais, les serviteurs ne l’attendent pas nonchalamment, pas plus qu’ils ne sont à la recherche d’un travail à faire, mais chacun s’occupe à la besogne qui lui est assignée et attend son chef avec une ardeur empressée. C’est ce que je veux dire par s’attendre à Dieu. Si c’est là la sorte de soin que vous prenez de votre âme, vous ne risquez jamais de dépasser. la mesure, ne vous laissez-en donc détourner par qui que ce soit, ni par la persuasion, ni par la crainte du ridicule.

Insensé serait le bûcheron qui croirait avoir trop de bois à couper pour prendre le temps d’aiguiser sa hache. Inutile serait le serviteur qui courrait en ville faire des achats pour son maître mais serait trop pressé pour prendre ses ordres et lui demander l’argent nécessaire. Combien donc plus insensé et plus inutile encore celui qui tenterait de faire l’œuvre de Dieu, sans avoir au préalable obtenu Sa force et Sa direction !

Un matin, après avoir conduit une demi-nuit de prière pendant laquelle j’avais travaillé dur, je me levai de bonne heure, pour m’assurer encore une heure avec Dieu et ma Bible. Dieu fit descendre sur moi une bénédiction telle qu’elle m’arracha des larmes. Très ému, un officier qui était avec moi me confessa : « Je ne trouve pas souvent Dieu dans la prière. – Je n’en ai pas le temps ».

Ceux qui ne trouvent pas Dieu dans la prière doivent entraver Sa cause au lieu de la faire avancer. Prenez-en le temps. Renoncez à déjeuner, si c’est nécessaire, mais prenez le temps de vous présenter devant Dieu : puis, quand Dieu se sera approché de vous et vous aura béni, allez vers les misérables qui vous entourent et déversez sur eux les richesses de joie, d’amour et de paix que Dieu vous aura données. Mais n’y allez pas avant de vous sentir en possession de sa puissance.

J’ai entendu le Général dire une fois dans un Conseil d’Officiers : « Prenez chaque jour le temps de faire descendre la bénédiction du Seigneur sur votre propre âme ; si vous ne le faites pas, vous perdrez Dieu. Chaque jour Dieu abandonne des hommes. Autrefois ils avaient la puissance. Ils marchaient dans la gloire et la force du Seigneur ; mais ils cessèrent de s’attendre à Lui, de chercher Sa face avec ardeur, et Il les abandonna. Je suis un homme très occupé, néanmoins je prends chaque jour le temps d’être seul avec Dieu et d’entrer en communion avec Lui. Si je ne le faisais pas, Il m’aurait bientôt abandonné. » Que Dieu bénisse notre cher et vénéré Général !

Paul a dit : « Prenez donc garde (1) à vous-mêmes et (2) à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques. » (Actes 20.28) Et ailleurs : « Veille (1) sur toi-même et (2) sur ton enseignement, car en agissant ainsi, tu te sauveras toi-même et tu sauveras ceux qui t’écoutent », (1 Timothée 4.16).

Paul ne voulait pas nous inciter à l’égoïsme en nous disant de veiller d’abord sur nous-mêmes ; il voulait par là nous enseigner qu’à moins de veiller sur nous-mêmes afin que nos âmes soient constamment remplies de foi, d’espérance et d’amour, nous serions incapables de venir en aide à notre prochain.

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