Pendant des générations, la théologie a été considérée comme la reine des sciences, et la théologie systématique, la couronne de la reine. La théologie elle-même est la science de Dieu et de ses œuvres, et la théologie systématique, la systématisation des découvertes de cette science. Certains refusent d'admettre que la théologie est une science parce qu'ils doutent qu'on puisse en arriver, dans ce domaine, à des conclusions certaines et définitives. Influencé par la philosophie actuelle du pragmatisme, le théologien moderne commence par affirmer qu'en théologie, comme dans tous les autres domaines d'investigation, la foi ne dois jamais aller au-delà du simple énoncé d'une hypothèse de travail. On ne doit jamais la considérer comme quelque chose de fixe et de définitif. Ayant rejeté la Bible comme la Parole infaillible et inerrante de Dieu, et ayant accepté l'opinion selon laquelle tout est en continuel changement, le théologien libéral considère qu'il est dangereux de formuler des idées fixes sur Dieu et la vérité théologique. Le théologien évangélique croit cependant qu'il y a certaines choses dans le monde qui sont stables et fixes. Il attire l'attention sur la régularité des corps célestes, des lois de la nature et de la science des mathématiques comme les preuves fondamentales de cette croyance. La science peut mettre en doute la régularité même des lois de la nature, mais le croyant exercé voit dans ces apparentes irrégularités l'intervention de Dieu et la manifestation de sa puissance miraculeuse. Il soutient que, bien que la compréhension de la révélation divine soit progressive, la révélation elle-même est aussi stable que la justice et la vérité de Dieu. Il croit, par conséquent, à la possibilité de la théologie et de la théologie systématique, et il a pour elles la même considération que les anciens. Même l'étudiant moderne, qui ne formule pas ses croyances théologiques, a des opinions assez précises concernant les questions principales de ce domaine. Et on en trouve la raison dans sa propre constitution mentale et morale. Mais quelle est la nature de la théologie ?
Le terme "théologie" est employé aujourd'hui dans un sens restreint et dans un sens large. Il est dérivé de deux mots grecs, theos et logos, le premier signifiant "Dieu" et le dernier "parole", "discours" et "Doctrine". Dans son sens restreint, la théologie peut donc être définie comme la doctrine concernant la personne de Dieu. Mais dans son sens large et plus habituel, le terme en est venu à designer toutes les doctrines chrétiennes, non seulement la doctrine précise de Dieu, mais aussi toutes les doctrines qui traitent des relations que Dieu entretient avec l'univers. Dans ce sens large, nous pouvons définir la théologie comme la science de Dieu et de ses relations avec l'univers. Pour clarifier encore davantage cette idée, nous devons remarquer les différences entre la théologie et chacun des domaines suivants : l'éthique, la religion et la philosophie.
La psychologie traite du comportement ; l'éthique, de la conduite. Cela est vrai aussi bien pour l'éthique philosophique que pour l'éthique chrétienne. La psychologie s'enquiert du comment et du pourquoi du comportement ; l'éthique, de la qualité morale de la conduite. L'éthique peut être descriptive ou pratique. L'éthique descriptive examine la conduite humaine à la lumière d'une certaine norme du bien et du mal ; l'éthique pratique pose le fondement de l'éthique descriptive, mais insiste plus particulièrement sur les motifs qui poussent à vivre selon une telle norme. Dans un cas comme dans l'autre, l'éthique philosophique repose sur un fondement purement naturaliste et ne comporte aucune doctrine du péché, aucun Sauveur, aucune rédemption, aucune régénération, et aucun Dieu qui vient habiter dans le croyant pour lui permettre d'atteindre les buts de cette éthique. L'éthique chrétienne diffère grandement de l'éthique philosophique. Elle est plus étendue en ce qu'elle inclut aussi les devoirs de l'homme envers Dieu tandis que l'éthique philosophique se confine aux devoirs entre les hommes. De plus, elle est différente dans sa motivation. Dans l'éthique philosophique, le motif est soit celui de l'hédonisme, de l'utilitarisme, du perfectionnisme ou une combinaison de ceux-ci, comme dans l'humanisme ; mais dans l'éthique chrétienne, le motif est une affection pour Dieu et une soumission volontaire à son égard. Cependant, la théologie renferme immensément plus que ce qui fait partie de l'éthique chrétienne. Elle comprend aussi les doctrines de la Trinité, de la création, de la providence, de la chute, de l'incarnation, de la rédemption et de l'eschatologie. Aucune de celles-ci ne fait vraiment partie de l'éthique.
Le terme "religion" est utilisé dans un grand nombre de façons imaginables. Il peut être employé dans un sens très général pour toute adoration ou service de Dieu, d'un dieu ou de plusieurs dieux. Il peut designer certaines formes de culte à Dieu ou a un dieu. Il peut s'agir d'une dévotion ou d'une fidélité à n'importe qui ou à n'importe quoi. Plus explicitement, il peut faire allusion à un système particulier de foi et de culte. Être religieux, c'est être conscient de l'existence d'un être suprême et vivre à la lumière de ses exigences. La religion chrétienne se restreint au christianisme biblique, la vraie religion qui est exposée dans les Saintes Écritures. C'est être conscient du vrai Dieu et de notre responsabilité à son égard. Mais quelle est la relation entre la théologie et la religion ? La relation entre la théologie et la religion est celle des effets produits par les mêmes causes, mais dans des sphères différentes. Dans le domaine de la pensée systématique, les faits concernant Dieu et ses relations avec l'univers conduisent à la théologie ; dans la sphère de la vie individuelle et collective, ils conduisent à la religion. Autrement dit, dans la théologie, l'homme organise ses pensées concernant Dieu et l'univers. Dans la religion, il exprime par ses attitudes et ses actions les effets que ces pensées ont produits en lui.
La théologie et la philosophie ont pratiquement les mêmes objectifs, mais elles diffèrent grandement quant à leur façon d'aborder et leur méthode d'atteindre ces objectifs. Ils sont tous deux à la recherche d'une conception complète du monde et de la vie. Mais tandis que la théologie commence par la croyance en l'existence de Dieu et le concept qu'il est la cause de toutes choses, sauf du péché, la philosophie commence par un quelconque objet déterminé et l'idée qu'il est suffisant d'expliquer l'existence de toutes les autres choses. Pour certains anciens, cet objet était l'eau, l'air ou le feu ; pour d'autres, ce fut la pensée ou les idées ; pour d'autres encore, la nature, la personnalité, la vie ou une autre chose quelconque. La théologie ne commence pas simplement par la croyance en l'existence de Dieu, mais soutient également qu'il s'est miséricordieusement révélé lui-même. La philosophie refuse d'admettre ces deux idées. C'est à partir du concept de Dieu et de l'étude de la révélation divine que le théologien développe sa conception du monde et de la vie ; pour le philosophe, c'est à partir de l'objet déterminé et des prétendues puissances qui y sont inhérentes. Il est donc clair que la théologie repose sur un solide fondement objectif, tandis que la philosophie ne repose que sur les hypothèses et les spéculations du philosophe. La philosophie a cependant une valeur bien déterminée pour le théologien. Elle lui fournit d'abord un certain support pour la position chrétienne. Sur la base de la conscience, le philosophe peut parler en faveur de l'existence de Dieu, de la liberté et de l'immortalité. De plus, la philosophie lui révèle l'insuffisance de la raison pour résoudre les questions fondamentales de l'existence. Bien que le théologien apprécie toute l'aide réelle qu'elle lui procure, il découvre rapidement qu'elle n'a pas de vraie théorie des origines ni de doctrines de la providence, du péché, du salut ou d'un aboutissement final. Étant donne que tous ces concepts sont vitaux pour une conception adéquate du monde et de la vie, le théologien, pour traiter ces doctrines, est irrésistiblement poussé vers Dieu et la révélation qu'il a donnée de lui-même. Et, finalement, elle lui fait connaître les points de vue de l'incroyant instruit. La philosophie est pour l'incroyant ce que la foi chrétienne est pour le croyant et l'incroyant y adhère avec la même ténacité que le croyant adhère à sa foi. Connaître la philosophie d'un homme, c'est donc entrer en possession de la clé qui nous permet de le comprendre et aussi de savoir comment l'aborder (Ac 14.17 ; 17.22-31). Mais le chrétien doit reconnaître que la philosophie n'amènera jamais personne à Jésus-Christ. Paul a écrit : "Le monde, avec sa sagesse, n'a point connu Dieu" (1 Co 1.21), et aussi : "Cependant, c'est une sagesse que nous prêchons parmi les parfaits, sagesse qui n'est pas de ce siècle, ni des chefs de ce siècle, qui vont être réduits à L'impuissance ; nous prêchons la sagesse de Dieu... sagesse qu'aucun des chefs de ce siècle n'a connue, car, s'ils l'avaient connue, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de gloire" (1 Co 2.6-8).
Même ceux qui refusent de formuler leurs croyances théologiques ont des idées assez précises en ce qui concerne les principaux sujets de la théologie. Cela montre qu'il est nécessaire d'avoir une certaine sorte de croyance théologique. Cela est dû à la nature de l'intellect humain et aux questions pratiques de la vie. Considérons donc brièvement les raisons de cette nécessité, en pensant particulièrement à sa nécessité pour le chrétien.
L'intellect humain ne se contente pas d'une simple accumulation des faits ; il recherche immanquablement l'unification et la systématisation de ses connaissances. L'intelligence ne peut pas se satisfaire de la simple découverte de certains faits au sujet de Dieu, de l'homme et de l'univers ; elle veut connaître les relations entre ces personnes et ces choses, et organiser ses découvertes en système. Elle ne se contente pas d'une connaissance fragmentaire ; elle veut organiser cette connaissance et en tirer des déductions et des Conclusions.
Les dangers qui menacent l'Église ne viennent pas de la science, mais de la philosophie. L'époque actuelle est, en grande partie, saturée d'athéisme, d'agnosticisme, de panthéisme et d'unitarisme. Tous les niveaux de vie sont imprégnés d'incrédulité, que ce soient les niveaux politique, commercial, éducatif ou social. Il est nécessaire que les chrétiens soient "toujours prêts à" se "défendre devant quiconque" leur "Demande raison de l'espérance qui est en" eux (1 Pi 3.15). À moins que les enfants de Dieu ne soient fermement enracinés, ils seront comme "Des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine" (Eph 4.14). Nous avons besoin d'avoir un système de pensée organisé de manière à pouvoir présenter une défense conséquente de notre foi. Si nous n'en nous avons pas, nous serons à la merci de ceux qui en ont un. La Bible présente une conception conséquente du monde et fournit des réponses aux grands problèmes auxquels les philosophes sont aux prises depuis des générations.
La Bible est au théologien ce que la nature est au scientifique, un ensemble de faits inorganisés ou organisés seulement partiellement. Dieu n'a pas cru bon d'écrire la Bible sous forme d'une théologie systématique ; il nous revient donc de rassembler les faits dispersés pour en faire un système logique. Il y a bien certaines doctrines qui sont traitées de façon assez complète dans un seul contexte ; mais il n'y en a pas une seule qui y soit traitée de façon exhaustive. Prenons comme exemples du traitement assez complet d'une doctrine ou d'un thème dans un seul passage :
Bien que ces thèmes soient traités de façon assez complète dans ces passages, ils ne le sont de façon exhaustive dans aucun d'entre eux. Il est donc nécessaire, si nous voulons connaître tous les faits sur un sujet donné, de rassembler les enseignements dispersés et d'en faire un système logique et harmonieux.
Il y a deux conceptions erronées à ce sujet :
Le libéral accuse parfois le croyant orthodoxe d'absurdité en défendant les croyances traditionnelles de l'Église tout en vivant comme un infidèle. Son credo, insiste-t-il, n'a aucun effet sur son caractère ni sur sa conduite. Le libéral, d'un autre côté, se propose de produire une bonne vie sans le credo orthodoxe. Comment répliquer à cette accusation ? La simple acceptation d'une série de doctrines ne suffit pas pour produire des résultats spirituels et, malheureusement, beaucoup de personnes n'ont rien d'autre qu'une loyauté intellectuelle à l'égard de la vérité. Mais la vraie foi, celle qui engage l'intellect, les sentiments et la volonté, a incontestablement un effet sur le caractère et la conduite. Les hommes agissent selon ce qu'ils croient vraiment, mais non selon ce qu'ils ne font que semblant de croire. Que la théologie étouffe la vie spirituelle n'est vrai que si le sujet est traité comme une simple théorie. Si elle est rattachée à la vie, elle n'étouffera pas la vie spirituelle ; elle sera plutôt un guide permettant de réfléchir intelligemment aux problèmes religieux et un stimulant pour vivre une vie sainte. Comment une conception juste et complète de Dieu, de l'homme, du péché, de Christ, du ciel et de l'enfer pourrait-elle faire autrement ? La théologie ne nous enseigne pas seulement quel genre de vie, nous devrions vivre, mais elle nous inspire aussi notre mode de vie. Il est bon de remarquer que les grandes vérités doctrinales sont souvent formulées dans une section pratique des Écritures (par exemple l'incarnation dans 2 Co 8.9 ; Php 2.5-11). La théologie n'indique pas seulement les normes de conduite, mais elle fournit aussi les motifs pour vouloir vivre en accord avec elles.
Les chrétiens ont besoin de connaître la doctrine chrétienne. Christ et ses apôtres étaient des prédicateurs de doctrine (Mc 4.2 ; Act 2.42 ; 2 Ti 3.10) et nous sommes exhortés à prêcher la doctrine (2 Ti 4.2 ; Tite 1.9). Les croyants qui ont bien assimilé la Parole de Dieu pourront être des ouvriers chrétiens efficaces et de dévoués défenseurs de la foi. Ce n'est que si nous savons à quoi nous croyons que nous pourrons résister aux attaques du malin et aller de l'avant dans la victoire qui nous est donnée en Jésus-Christ.